ADORATION DES MAGES S
leurs anciens compagnons se moqueront d'eux par ce quils ont quitté leur demeure et sont allés si loin pour ne trouver qu'un enfant; ces incrédules ne trouveront pas là des signes suffisants pour leur faire admettre qu'il est, selon la parole de ces trois sages, le roi des Juifs et le Sauveur du monde; mais tout en faisant ces réflexions, au moment de reprendre leur voyage, maintenant que leurs yeux ont vu le salut de Dieu, la Lumière venue en ce monde pour éclairer les Gentils, la Gloire du peuple d'Israël, ils sont indifférents à ce que les hommes penseront de leur démarche. Toute leur vie, ils se rappelleront les consolations éprouvées grâce à cette étoile qui guida leurs pas et leurs recherches, et les mena sains et saufs au terme de leur voyage; ils seront dans le ravissement de la joie intime ressentie lors de leur première admission auprès de cet Enfant-Dieu, et de leur entretien avec sa bienheureuse mère. Toutes les injures, toutes les persécutions leur paraîtront légères, comparées au bonheur qu'ils ont goûté'
Quelque chose de ce bonheur sera aussi le partage de ceux qui embrasseront la vérité de Jésus, et qui, surtout, s'uniront à lui dans l'adorable Eucharistie, Ils béniront ceux qui les auront convertis et guidés, et n'auront jamais assez de gratitude pour eux ici-bas.
6o NEUVIÈME MÉDITATION
N'aurons-nous pas à cœur d'être ainsi une étoile pour d'autres? Il est écrit que ceux qui enseignent le chemin du bien brilleront comme des étoiles durant l'éternité. Bien loin de nous toute vaine ambition ou désir de réputation ; mais ayons la ferme volonté de servir d'exemple aux autres, de façon que leur vie et leurs vertus puissent glorifier notre Père qui est dans les cieux. Ne nous décourageons pas si le succès ne répond pas à nos espérances : l'étoile miraculeuse brilla sans résultat aux yeux de milliers d'hommes; sa lumière pourtant ne fut pas inutile, puisqu'elle amena trois fidèles au Christ. Dieu connaissait à l'avance ce résultat médiocre ; pour un si petit nombre, toutefois, il alluma dans les cieux un astre nouveau.
^ffection6 et piAolution6
« O divin Jésus, moi aussi vous m'avez attiré de loin. Ma vocation, cette étoile brillante, m'a conduit à travers les périls du monde jusqu'aux pieds de votre autel pour vous y adorer, pour me prosterner devant le tabernacle où votre majesté et votre divinité se cachent sous les voiles du sacrement. Votre parole, conservée par votre
ADORATION DES MaGES 6i
Eglise, a brillé dans les ténèbres des siècles et a été le guide qui m'a conduit vers vous. Je vous adore et je vous aime, ô Jésus, d'autant plus profondément et avec d'autant plus de dévotion que je vous vois vous dépouiller de votre gloire, afin que je puisse m'approcher de vous.
Mais, hélas ! où sont mes trésors, dans lesquels je puisse trouver quelque présent digne de vous, et qui vous traduise mes sentiments et ma reconnaissance ! Depuis longtemps ils ont été dissipés et gaspillés î Du moins, Seigneur, recevez mes efforts énergiques et smcères, à la place des présents réels que j'aurais aimé vous offrir. Ou plutôt, dans votre infinie bonté, donnez-moi d'abord ce que je pourrai ensuite vous offrir. Donnez-moi la myrrhe amère de l'esprit de mortification, de soumission à votre Loi. Donnez-moi l'encens d'un cœur dévoué et fervent, qui fasse monter vers vous ses soupirs et ses aspirations. Donnez-moi l'or d'une âme éprouvée et purifiée, détachée de toutes les vanités terrestres, et marquée du sceau de votre perfection.
Je vous promets de consacrer sans réserve tous ces présents inestimables à votre service, pour le salut de mon âme et de l'âme de mon prochain. »
]^UITE EN ÏJqYPTE
Prélude. — Représentons-nous la sainte Famille à sa première halte dans sa fuite en Egypte, se reposant à l'écart, sur le bord d'un cours d'eau.
premier Çoint
SSAYONS de comprendre les sentiments de saint Joseph quand, éveillé par l'ange, il reçoit l'ordre de se lever, de prendre Marie et son enfant et de fuir sans retard en Egypte, parce qu'Hérode en veut à la vie de Jésus. Est-ce donc là vraiment le Fils de Dieu qui a été
commis à sa garde ? Ne peut-on trouver de meilleurs moyens pour le sauver? Dieu ne savait-il pas à l'avance ce danger, et n'aurait-il pu en prévenir les mages afin qu'ils demeurassent pour défendre l'enfant ? Ou bien, si l'exil était nécessaire, n'aurait-il pas dû le conduire avec honneur sur la terre étrangère ? Ce sont là des pensées et des doutes qui auraient pu effleurer une âme moins éprouvée dans la foi que celle de S. Joseph.
Sans une hésitation, il se lève, certain que le Père éternel a tout ménagé pour le mieux en faveur du salut de son Fils. Sans perdre de temps, il éveille Marie et, dans les termes les plus doux lui annonce leur brusque départ. Peut-être essaie-t-il de lui laisser ignorer le danger qui menace son tendre fils, et à ses questions il répond en différant la pénible nouvelle qu'il ne peut cacher plus longtemps. Cependant Marie est toute remplie de confiance en la puissance du Très-Haut ; mais, son amour maternel ne laisse pas que de la troubler, et son cœur bat avec émotion, tandis qu'elle prend son cher enfant encore endormi, qu'elle l'enveloppe chaudement et le presse sur son sein, pour ce triste et lugubre voyage.
Quel exemple d'obéissance prompte et absolue aux ordres de Dieu nous est donné, en cette occasion, par Marie et Joseph. Si l'ange avait dit
à Joseph de fuir vers les montagnes ou de traverser le Jourdain, l'ordre aurait déjà été bien rigoureux. Mais lui commander de partir, la nuit même, pour une contrée étrangère et lointaine, où il n'a ni amis, ni personne de connaissance, dont il ne connaît pas la langue, au milieu d'un peuple idolâtre qui méprise sa religion et depuis longtemps est l'ennemi de sa race, où il restera il ne sait combien de temps, où il souffrira il ne sait quelles privations, voilà certes un ordre inattendu, difficile à exécuter, et qui est bien propre à faire oublier toutes les consolations et la joie goûtées à la visite récente des Sages d'Orient. Marie elle-même, si tendre et si délicate, qui lui est si chère, doit partir de suite sans avertissement ; il faut que leur départ s'effectue avant l'aurore pour qu'il passe inaperçu. Au moins quelques instants de préparation sont nécessaires; pour un si long et si périlleux voyage, il faut quelques provisions, des objets pour la route contre le froid de la nuit... Toutes ces considérations sont mises de côté, dès lors que Dieu a fait connaître clairement sa volonté. Aussitôt Joseph « se lève, prend la mère et l'enfant et s'enfuit en Egypte '. » Un pauvre âne sert de monture à Marie, qui porte son divin enfant dans ses bras ; Joseph marche à ses côtés, essayant de
I s. Matth., II, 14.
l'encourager, bien que son cœur soit lui-même rempli de tristesse ; avec soin, il veille sur la monture de peur que dans les ténèbres elle ne heurte et ne tombe...
Ainsi voyagea la sainte Famille sur cette terre. Et nous, pauvres créatures, nous recherchons toujours les aises et le confort en toutes choses. Même dans nos voyages d'apostolat nous ne partons pas sans que tout ait bien été prévu et que rien ne manque. Toute idée de souffrance nous fait peur, et nous voudrions aller du berceau à la tombe sans jamais aucun trouble ni aucun devoir pénible. Prenons donc modèle sur cette sainte Famille, et suivons courageusement les ordres de Dieu toutes les fois qu'ils nous sont manifestés, en accomplissant de tout notre pouvoir son adorable volonté.
Peujcii^me Peint
Contemplons maintenant cette Sainte Famille dans la situation où nous l'avons imaginée dans notre prélude.
Après avoir marché toute la nuit, le besoin de repos se fait sentir. Joseph regarde donc de tous côtés jusqu'à ce qu'il trouve un endroit tranquille, à distance de la route pour qu'on ne puisse les surprendre. Il y conduit Marie et l'aide à descendre
à terre avec le divin Enfant. Puis il tire quelques maigres provisions, qu'il avait recueillies àla hâte, de leur frugal repas de la veille, et les prépare de son mieux. Il s'inquiète de la fatigue de Marie qui lui répond avec sa douceur accoutumée ; il prend de ses bras son tendre enfant, non tant pour la soulager d'un fardeau qui n'en est pas un pour elle, que pour avoir le bonheur de le caresser lui-même et de recevoir un de ses aimables sourires, la seule récompense qu'il ambitionne pour sa prompte obéissance aux ordres de Dieu; cela le console de tout ce qu'il a souffert en cette nuit, dans son âme et dans son corps.
Quand ils sont un peu reposés, ils peuvent parler plus à l'aise et plus librement que durant leur marche fatigante. Leurs premières alarmes sont dissipées, mais l'embarras de leur triste position leur apparaît plus clairement. Ils ont fui précipitamment ; ils n'ont pas pris le temps, et la prudence ne leur permettait pas d'avertir quelqu'un du voisinage de leur départ et de l'endroit où ils allaient. Il devait y avoir parmi les voisins de Bethléem quelques gens vertueux qui s'étaient liés avec eux et avait ressenti de l'affection et de la vénération pour Marie et Joseph; le récit des bergers et la venue des Mages avaient attiré l'attention sur eux. Comment toutes ces personnes allaient-elles interpréter leur départ
subit?... Jusqu'au soir précédent ils n'avaient manifesté aucune intention de partir ; est-ce qu'ils ne soupçonneront pas de leur part quelque tort, pour expliquer une si soudaine disparition? Est-ce que des bruits malveillants ne vont pas circuler sur leur compte? De plus, leurs pauvres biens, si petits fussent-ils, ont été abandonnés sans aucune disposition pour en assurer la sécurité, et se trouveront certainement perdus. Leurs provisions ne peuvent durer longtemps, et la route est encore longue devant eux ; ils ne peuvent que difficilement s'arrêter dans les villes par crainte des poursuites. Ils savent que le cruel Hérode est leur ennemi. Chaque bruit de pas sur la route, chaque bruissement de feuilles fait trembler Marie ; comment échapper à la vitesse des chevaux et des dromadaires d'Hérode ?...
Mais elle se souvient qu'Elie, fuyant la colère de Jézabel, fut nourri par un corbeau dans le désert, et qu'Agar, chassée avec son fils Ismaël, fut guidée par un ange ; elle songe combien elle, et à plus forte raison son fils, ont des droits plus sûrs à la protection de Dieu, et elle renouvelle avec Joseph sa confiance en Dieu et se jette dans les bras de la Providence. Dans l'amour de leur cœur ils remercient et bénissent le Seigneur de toutes ses faveurs et de toutes ses miséricordes, et ce lieu désert devient resplendissant de la gloire de Dieu
et de la présence de la milice céleste qui descend du ciel pour protéger et entourer la sainte Famille. Quand ils se sont reposés, ils reprennent leur chemin et le continuent avec courage et confiance ; et ainsi, jour par jour, ils recommencent jusqu'à ce qu'ils aient atteint la terre d'Egypte. Avant leur arrivée, peut-être, la nouvelle leur parvient de la sanglante vengeance d'Hérode et du massacre des enfants de Bethléem, et l'angoisse étreintleur cœur à la pensée du martyre de ces pauvres petits êtres et de la douleur de leurs mères, qu'ils avaient sans doute connues. Mais leur âme était prête atout, et ils reçoivent cette épreuve avec vaillance, sans aucune pensée égoïste, certes, mais avec reconnaissance envers Dieu pour la préservation du divin Enfant.
gffectionâ et HéÀolutionâ
Après nous être émus du sort de notre Sauveur et de celui de ses bienheureux parents dans ce mystère, adressons-nous à Jésus lui-même et disons-lui :
« O aimable Sauveur, que vous commencez de bonne heure à devenir un proscrit par amour pour moi, et à ressentir la jalousie et la haine des hommes ! Qu'est-ce qu'Hérode pouvait craindre de vous ? Est-ce que vous aviez besoin de son
royaume dont la perte le faisait trembler ? A-t-il besoin des royaumes terrestres celui qui donne le royaume du Ciel. Ce tyran s'imaginait-il que, si vraiment le roi des Juifs était né et était venu pour s'emparer de son sceptre, il pourrait l'en empêcher ou traverser les desseins de la Providence par quelque astuce ou quelque cruauté ? Pauvre insensé ! Ne savait-il pas qu'aucune attaque contre vous ne peut réussir, et qu'il n'y a ni sagesse ni conseil contre le Seigneur?
Aussi, ô bon Jésus, n'est-ce pas par peur de sa puissance que vous avez pris la fuite, mais parce que, dans cette fuite, vous vouliez nous donner l'exemple de nombreuses vertus, et commencer, aussitôt que possible, à souffrir pour nous.
Si donc vous avez commencé de si bonne heure à être persécuté, et si, depuis lors jusqu'à maintenant, vous avez été chassé et proscrit du séjour des hommes, établissez votre séjour, je vous en prie, dans mon cœur et dressez-y votre tente. Que ce ne soit pas seulement une demeure passagère, comme un abri dans un champ ou un refuge dans un jardin, qui ne durent qu'une saison, mais que ce soit une demeure permanente, un séjour agréable où vous aimiez à vous reposer. Puissiez-vous y rencontrer l'innocence et la simplicité pour vous recevoir ! Plût au Ciel que ces hôtes si goûtés de votre enfance ne fussent point depuis longtemps exilés de mon cœur !
Ne dédaignez pas, ô Jésus, mon hospitalité ; si pauvre qu'elle soit, du moins vous n'y rencontrerez point l'infidélité ni les idoles d'Egypte ; s'il en restait quelqu'une, votre approche les réduirait en poussière. »
^A^^ACRE DE? ?AINT3 |nNOCENT?
Prélude. — Représentons-nous Hérode, rongé d'envie, qui ordonne le massacre des enfants de Bethléem.
premier ^oint
SSAYONS de nous imaginer les préliminaires de cette sanglante tragédie.
L'orgueilleux tyran, dont la jalousie n'a pas hésité à verser le sang de ses propres enfants soupçonnés de révolte, calcule les jours et les heures écoulées depuis le départ des Mages,
suppute à quelle distance ils doivent se trouver, le temps de leur séjour et la durée de leur retour. « Dans trois jours, pense-t-il en lui-même, demain, ce soir, je saurai tout au sujet de ce nouveau-né, prétendant à mon trône, et je prendrai mes mesures pour sa perte avec une précision rigoureuse... »
Mais d'où vient que ces Mages ne reviennent pas? Un accident les a-t-il arrêtés en chemin, ou bien auraient-ils osé le tromper? Cette seule pensée le fait bondir de rage et allume sa fureur. A la longue il s'aperçoit qu'il a été dupé, et par qui? Par ces sages d'Orient, pense-t-il; mais non, ses plans ont été déjoués par Celui qui dépasse infiniment en sagesse tous les voyants de Saba, de Théman et de Chanaan; c'est Lui qui a renversé les projets et réduit à néant les conseils de cet astucieux despote.
Dans son désappointement, ses passions effrénées ne connaissent plus de bornes, et aucune cruauté ne lui semble exagérée pour le double but. qu'il veut maintenant atteindre : assurer sa propre sécurité contre tout compétiteur, et se venger du coup porté à sa sagacité. Sa rage est trop furieuse pour lui permettre de combiner quelque plan habile, et, dans un instant de folie, il lance le décret qui englobe dans le même sort et le même massacre tous les enfants de la ville et des
environs. Ses ministres, si habitués qu'ils fussent à ses cruautés et à l'exécution de ses ordres, ne peuvent s'empêcher de frémir à cette monstruosité. Ils n'osent pas refuser, et ceux qui tentent quelque observation reçoivent des menaces et des réponses de courroux.
Roi cruel et inique ! Une couronne vaut-elle la peine d'être portée, qui exige de si cruelles abominations ? Toutes les pompes royales réussiront-elles à calmer les atroces remords qu'un pareil forfait doit mettre dans un cœur humain?...
Et maintenant assistons, si nous le pouvons, au drame épouvantable. Une troupe d'assassins envahit Bethléem; ils cachent leurs armes et s'informent d'abord, avec rase, et sous divers prétextes, du nombre d'enfants nés depuis deux ans et du lieu de leur résidence; puis ils prennent leurs mesures pour qu'aucun ne puisse échapper. Peut-être laissent-ils entendre que des gratifications seront distribuées aux heureuses mères de ces enfants, et plusieurs d'entre les pauvres, séduites pas l'espérance, amènent leurs enfants qui, autrement, eussent échappé. Enfin, le signal est donné; le masque tombe. Les glaives et les poignards brillent aux yeux terrifiés des mères; aucune résistance n'est possible ; elles voient leurs enfants brutalement arrachés de leurs bras, et, en dépit de leurs cris et de leurs larmes,
impitoyablement massacrés pa^ ces assassins. En vain s'interposent-elles entre le bourreau et la victime, elles sont écartées, et le coup fatal éteint la vie qui ne faisait qu'éclore. C'est l'œuvre d'Un moment, et les mères affolées peuvent à peine en croire leurs sens, quand elles voient la terre jonchée des membres mutilés de leurs enfants, et toute fumante de leur sang; leur amour maternel ne peut que s'exhaler en gémissements de douleur! Ah! quelles malédictions amères montèrent ce jour-là jusqu'au trône du Dieu de justice, et retombèrent comme des charbons enflammés sur la tête d'Hérode ! Quel cri de vengeance s'éleva de la terre au ciel contre l'exécrable Hérode !
Çeuxîcmc ^oint
Bien des leçons peuvent se dégager de cette scène abominable.
A quels excès aboutissent les passions que l'on ne prend pas la pein-e de refréner! Si Hérode, en effet, ne s'était pas laissé aveugler par la passion, il aurait réfléchi qu'en supposant réelle l'apparition de l'étoile conductrice, l'enfant désigné par ce signe miraculeux venait du Ciel, et qu'aucune puissance humaine ne pouvait rien contre lui; si, au contraire, le récit des Mages était un mensonge,
il n'avait rien à craindre et point n'était besoin d'aucun déploiement de forces. Dans les deux cas l'horrible massacre avec son infamie et ses remords était inutile. Il aurait pu, d'ailleurs, envoyer des messagers qui se seraient informés de celui que les Mages avaient visité, et il aurait ainsi découvert l'enfant objet de sa terreur, ou bien il aurait appris avec certitude sa fuite. Par son crime aveugle, il n'assure pas sa sécurité, et l'exemple d'Athalie aurait dû le prémunir contre l'inutilité d'un tel massacre, elle qui pensait bien avoir anéanti toute la race royale, et qui plus tard découvrit, à ses dépens, que Joas avait été sauvé par sa tante. Et, en effet, bien avant que ses émissaires fussent à Bethléem, la sainte Famille qu'il voulait atteindre était déjà loin, escortée par lesTiTîges, sur la route d'Egypte.
Hérode ne fut pTis-seiil trompé dans l'issue de ce drame ; il y en eut d'autres qui dorent aussi déçus, quoique leur sort fût plus heureux. "Poxirquoi pleurez-vous, filles de Rachel ? Pourquoi vous frappez-vous la poitrine et vous arrachez-vous les cheveux? Pourquoi ces lamentations et ces plaintes sur cette hécatombe d'agneaux innocents, oblation matinale du jour nouveau qui se lève sur le monde, après la nuit des siècles ? Ah î que vous connaissez peu les enfants dont vous avez été jugées dignes d'être les mères, victimes immolées dans la fleur
76 ONZIÈME MÉMTATION
de leur vie, guirlande printanière pour le ciel, prémices choisies de la terre régénérée ! Si vous voyiez leur sourire dans le sein d'Abraham, tandis qu'ils racontent leur brève histoire, et qu'ils disent comment, à peine nés et inconscients encore du bien et du mal, ils ont été, dans une douleur d'un instant, soudainement arrachés des bras de leurs mères, qui étaient pour eux tout l'univers ! Maintenant qu'ils savent pourquoi ils ont été ravis à la terre, comment leur mort a favorisé la fuite de leurs Rédempteur, enfant comme eux, qu'ils sont heureux de penser que leurs petites vies ont concouru à ce grand événement ! Si vous pouviez, dans une vision prophétique, les contempler devenus les compagnons de l'Agneau, le suivant partout où il va, parce que leur langue n'a pas proféré le mensonge ; si vous pouviez apercevoir ces innocentes victimes mêlées au cortège des martyrs, partageant la même gloire, comme vos murmures se changeraient en actions de grâce et vos lamentations en chants d'allégresse ! Quelle reconnaissance ils ont, ces Innocents, et quelle joie ils goûtent d'avoir été ainsi choisis par la Providence préférablement à tant d'autres de leur âge, qui vécurent pour repousser et crucifier celui pour lequel, eux, ils sont morts !
Ainsi Dieu tira, même de ce crime affreux d'Hérode, une source de gloire pour lui et de bénédiction pour une légion d'âmes.
^ffcctien6 et p^âclutionÂ
« Quelle hâte vous avez eue, ô bien-aimé Jésus, de nous donner un exemple de cette maxime de votre apôtre, à savoir que pour régner avec vous il faut souffrir avec vous! Ceux-là même qui furent choisis les premiers pour recevoir les bienfaits de votre venue en ce monde, et que leur âge si tendre et leur innocence auraient dû, semble-t-il, exempter des rigueurs de cette loi, la subissent cependant et n'arrivent ^ la gloire que sous le tranchant du glaive, comme plus tard vos apôtres, qui nous ont laissé ce récit.
Votre berceau devait avoir ses martyrs muets, comme votre croix eut ses témoins éloquents qui. par le retentissement de leurs prédications, se préparèrent à verser leur sang.
Pour moi, ô Jésus, la première de ces périodes est passée ; il est fini pour moi le temps d'innocence où vous auriez pu, si vous aviez voulu, me transplanter dans votre paradis; pour arriver à votre demeure, il ne me reste plus que le chemin épineux de la pénitence. Accordez-moi donc d'être le témoin de vos grandeurs et de votre gloire, sinon en vous donnant mon sang, da moins en vous prodiguant mon amour.
Donnez-moi l'éloquence pour proclamer vaillamment vos louanges et défendre la vérité de vos doctrines, prêt s'il était nécessaire à sacrifier ma vie pour vous.
Dans votre crèche, faites que je reconnaisse et que je vénère le mystère de votre divinité ; sur votre croix, faites que j'aime et que j'adore votre expiation infinie ! Donnez-moi force et courage pour dire avec zèle et succès ces sublimes vérités, afin que se répandent et s'augmentent parmi les hommes la Foi et l'Amour ! »
Jé?u? recouvré dan^ le Jemple
Prélude. — Représentons-nous Marie et Joseph pénétrant dans le parvis du Temple, où Jésus se tenait au milieu des docteurs de la loi.
^emicr Peint
IRRÊTONS-NOUS à ce mystère surpre- ,^.^- nant de l'enfance du divin Rédempteur ^^În^ïÎ qui tranche d'une manière si frappante sur le silence obscur de toute cette partie de sa vie. Il est rapporté, sans doute, afin d'attirer notre attention sur cette première manifestation du rôle
So DOUZIÈME MÉDITATION
extraordinaire qui devait se développer par la suite.
Jésus avait douze ans. La Sainte Famille part de Jérusalem après y être demeurée à l'occasion d'une grande fête. Selon le mode de voyage dans cette contrée, ils sont probablement avec des amis et forment une caravane qui se dirige vers la Galilée. En des circonstances analogues , Jésus avait peut-être l'habitude d'aller avec des amis à quelque distance de ses parents, de sorte que ceux-ci n'éprouvaient aucune inquiétude à ne pas le voir à leurs côtés en franchissant la porte de la ville. Il n'était pas comme les autres enfants, dont l'absence eût aussitôt causé de l'anxiété à leur mère ; Marie et Joseph savaient qui il était et quel trésor de sagesse et de prudence il possédait. Ils marchent jusqu'au soir, à l'heure où parvenus à leurpremière étape, tous se réunissent pour un frugal repas et pour prendre le repos à l'endroit assigné à chaque famille. On cherche, et Jésus ne se trouve pas. Imaginons alors, si nous pouvons, la douleur et l'angoisse de Marie à la nouvelle de cette perte. Oh ! sans doute, nombreuses furent les douleurs qu'elle eut à supporter à cause de son tendre Fils, mais jamais ses douleurs ne provenaient d'ellemême. Son voyage à Bethléem, ses épreuves en cette occasion sa fuite en Egypte, son long exil dans cette contrée , tout cela avait été
JÉSUS RECOUVRÉ DANS LE TEMPLE 8l
enduré à cause de Jésus ; mais elle n'avait eu aucune coopération dans les circonstances qui avaient amené ces événements; et puis, toutes ces peines avaient été alors amplement compensées par la joie de la présence de Jésus. Avec Jésus, toute souffrance lui était douce ; pour Jésus,- toute peine lui était agréable. Ici, pour la première fois, elle doit souffrir sans Jésus, et à cause de son absence.
Ah ! pauvre Mère, quel avant-goût adouci des cruelles séparations qu'un jour vous subirez! Si ce calice est amer à votre bouche, que sera-ce des amertumes prochaines !^
Que votre cœur est tourmenté durant cette nuit sans sommeil, ô Marie ! Vous scrutez votre conduite, vous cherchez jusqu'au fond de vos pensées, pour découvrir si vous avez fait ou pensé quelque chose qui ait pu déplaire à celui que vous aimez si tendrement. Mais non; vous ne trouvez rien que de douces paroles, de l'empressement, et le plus profond amour maternel!
L'ignorance de la cause de cette disparition augmente encore votre angoisse, et vous laisse sans repos, bien que résignée, jusqu'au matin où, accompagnée de Joseph tout rempli de désolation, vous reprenez le chemin de la cité sainte, en abandonnant votre caravane.
Trois jours de recherches infructueuses s'écoulent. Ces pauvres parents affligés vont de porte en
porte, là où ils connaissent quelqu'un, mais personne n'a vu leur Fils bien-aimé. Comme leur peine et leur affliction s'accroissent à chaque pas ! Ainsi que l'épouse des cantiques, Marie adjure les filles de Jérusalem de lui dire si elles ont vu son bien-aimé, et où il repose. Mais c'est en vain ; personne ne l'a vu, personne ne l'a entendu. Ces trois jours mystérieux, comme les trois jours qui suivirent la perte suprême du même Jésus dans cette cité, se passent dans le deuil et les larmes, pour se terminer au troisième jour, dans la joie et le bonheur.
Peuxîcme ^oînt
Imaginons-nous les sentiments de cette Mère si tendre, quand, au troisième jour, elle pénétra dans le parvis du Temple. Elle y aperçoit son cher enfant assis au milieu des docteurs de la loi, dans la fraîcheur et l'éclat de sa jeunesse contrastant avec les traits vieillis, les cheveux blancs de ceux qui l'entourent.
Tous se penchent pour l'entendre avec une admiration attentive ; ces sages sont supendus aux lèvres d'un enfant, tout émerveillés de la profondeur de ses questions, et de la prudence de ses réponses et de ses remarques. Il paraît chercher