LA MULTIPLICATION DES PAINS I
>ouvez augmenter l'huile de la veuve pour qu'elle n'en manque pas durant toute la disette. Répandez donc vos bénédictions fécondes sur les faibles provisions que j'ai réunies pendant mes années de préparation; accordez avec usure des fruits à mon pauvre talent, afin qu'il puisse non seulement doubler, mais décupler. Servez-vous des moyens si misérables que je possède pour nourrir votre peuple; dressez vous-même pour lui la table dans le désert, et donnez-lui la vraie manne céleste, c'est-à-dire, votre sagesse et votre grâce, vousmême. /«•
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OUS analyserons les circonstances de ce beau récit de l'Evangile.
Voici une femme, connue pour ses désordres et qui passe aux yeux de tous pour une pécheresse. Dieu ne nous a pas révélé ce qui toucha son cœur; mais nous pouvons avancer que ce fut le ministère de Jésus : car si elle vient à lui pour obtenir son pardon, c'est, sans doute, parce que son désir de pardon lui était entré dans le cœur grâce à lui.
LA CONVERSION DE MARIE MADELEINE I 3 l
Quelle foi vive en Jésus nous révèle sa conduite! C'était Dieu qu'elle avait offensé; c'est à Jésus qu'elle demande pardon. Elle le croit donc assez puissant pour accorder ce pardon au nom et par l'autorité de Dieu. Et, en effet, la façon directe et toute personnelle avec laquelle elle s'adresse à lui, ses larmes qu'elle répand sur ses pieds avec ses baisers, tout fait supposer qu'en péchant contre Dieu, elle croit avoir péché contre le Sauveur.
Va-t-elle alors se rendre auprès de Jésus en cachette, comme Nicodème, et lui demander ce qu'elle doit faire pour être sauvée? Non, le sentiment de ses fautes publiques lui indique comme nécessaire une réparation publique. Vat-elle donc, comme les lépreux ou les aveugles, attendre Jésus sur le bord de la route, et, à son passage, se jeter à ses pieds et implorer son pardon en présence de la foule? A son repentir se mêlait trop d'amour, pour qu'elle pût se contenter d'une simple déclaration, ou d'une attention toute passagère ; et elle n'aurait pu supporter le tumulte et les distractions de la multitude.
Pourtant, il lui faut faire réparation pour ses scandales. Admirons les délicatesses que va lui suggérer son amour. Elle exprimera sa contrition à Jésus, dans une circonstance où elle pourra lui donner libre cours, et où, cependant, elle sera exposée à recevoir plus de mépris et d'insultes qu'en plein public.
Jésus doit prendre son repas chez un pharisien ; ce sera l'occasion choisie pour son projet. Elle achète un vas3 du plus précieux parfum, et se prosternant devant Jésus, elle arrose ses pieds de ses larmes, elle les essuie avec ses cheveux et répand sur eux son parfum. Elle ne prononce pas une parole ; elle ne demande pas de pardon ; elle ne dit même pas qui elle est. Mais combien plus éloquemment que des paroles, ses larmes confessent ses fautes et son repentir! Combien ses cheveux, entretenus par la vanité, mais en ce moment consacrés à l'office le plus enviable, bien qu'aux yeux des hommes il n'en paraisse pas ainsi, sont un symbole vivant de sa conduite passée et de sa conduite future! Combien ce parfum, que jusqu'alors elle répandait sur sa tête, mais dont, en ce jour, elle arrose les pieds de Jésus, est une frappante image du changement opéré dans son cœur, et des sentiments nouveaux qui l'animent! Jamais repentir ne s'est traduit d'une manière plus touchante, plus délicate, plus convenable, plus parfaite ! Rien d'étonnant à ce que l'Eglise l'ait toujours proposé comme modèle à ses enfants : car ici, la contrition la plus parfaite est unie au plus complet changement de vie, et à l'éloignement le plus entier des occasions de rechute.
LA CONVERSION DE MARIE MADELEINE l}}
Examinons la conduite du Sauveur envers Marie Madeleine.
Il ne s'écarte point d'elle, comme eût fait le Pharisien. Il ne la chasse pas comme pécheresse et indigne de pardon. Il ne lui pardonne pas non plus dès le début; il ne l'encourage même en aucune façon. Mais il lui laisse accomplir tout ce qu'elle veut, sans l'interrompre, afin qu'elle puisse avoir tout le mérite de son amour, et la pleine satisfaction de son action.
Il n'en est pas ainsi du Pharisien : celui-ci se scandalise intérieurement de voir Jésus permettre une telle familiarité à cette pécheresse. C'est alors que le Sauveurrépond à ses pensées secrètes par la parabole des deux débiteurs, qui devaient des sommes inégales, mais qui furent également pardonnés. Nous pouvons nous imaginer comment Marie Madeleine écoutait ces paroles, dont elle comprenait si bien l'importance. Dans cette défense indirecte de son acte, elle devinait que sa conduite avait été agréable à Jésus et qu'elle avait atteint son but. Sans doute, le Sauveur ne s'était pas adressé à elle, il ne lui avait pas dit le mot qui scelle le pardon; mais il avait fait plus; il s'était
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fait son défenseur, il avait écarté d'elle l'ignominie, à laquelle elle s'attendait, comme à un juste prix de ses scandales.
Mais il va encore plus loin : il se fait son panégyriste. Il compare sa conduite à son égard avec celle du Pharisien, et il lui donne la préférence ; il résume toutes les marques d'amour qu'elle lui a données, depuis qu'elle est entrée, et termine par une attestation de cet amour et du pardon qu'il lui a mérité.
Quelle bonté, quçUe noblesse d'âme, dans la façon dont il fait venir ces derniers mots : « Vos péchés vous sont remis ' ! »
Qui pourrait dire le rayonnement de joie, l'effusion de consolation, qui s'échappa du cœur de Marie-Madeleine à ces mots' Ah! si elle aimait Jésus, si son amour s'était accru à chacune de ses paroles à quel degré il dut s'élever quand elle vit ainsi réalisées toutes ses espérances, comblés tous ses vœux ! Quel bonheur peint sur son visage quand elle se relève, quel sourire, quel sentiment nouveau et quelles résolutions pour la vertu! De ce jour, en effet, elle ne péchera plus ; sa place sera à côté de la vierge Marie, pour servir Jésus et se tenir au pied de sa croix!
I Reniilliintiii- tihi peccata. S. Luc vu,