PARABOLE DU PHARISIEN ET DU PUBLICAIN
Dieu, était-il venu dire, je vous remercie de ce que je ne ressemble pas au reste des hommes, qui sont voleurs, injustes, adultères, comme ce publicain. Je jeûne deux fois la semaine. Je donne la dîme de tout ce que je possède' 1 » L'orgueil incarné dans une prière ! L'orgueil le plus arrogant, joint à la présomption, à l'injustice et à la calomnie ! Voilà ce qu'il était venu dire à Dieu dans son Temple ! Et pourquoi ? Mais parce que sa bouche parlait de l'abondance de son cœur. Son cœur était corrompu d'orgueil; il ne pouvait pas dire autre chose.
Toute affection désordonnée, toute passion qui domine notre âme déborde jusque dans nos prières, et lui enlève, si nous nous. en apercevons et ne la repoussons pas, tout mérite et toute valeur. Quelle leçon capable de nous faire éviter une pareille faute, qui nous porterait, à la longue jusqu'à insulter Dieu en face comme le Pharisien.
Et quelle fut la récompense de sa prière? Ce qu'il demandait précisément: rien! Mais, du moins, c'était un hymne à la gloire de Dieu qu'il était venu chanter, et cela méritait quelque chose? Non, car il ne célébrait que ses propres mérites; et, par la préférence qu'il se donnait dans sa fatuité insupportable, sur tous les autres hommes, et, en
I s. Luc, XVIII, II et 12.
l6o VINGT-TROISIÈME MÉDITATION
particulier, sur son pauvre voisin, il se fermait la porte du ciel.
deuxième ^oint
Considérons, maintenant, le second suppliant.
Il s'avance d'un pas modeste, les yeux baissés. Il évite les regards des autres; il choisit l'endroit le plus retiré et se tient à l'écart. Il prie, en regardant à terre, et en se frappant la poitrine avec de grandes marques de contrition. Il ne dut pas prononcer beaucoup de paroles, et sa prière fut beaucoup plus courte que celle du Pharisien, qui le regardait avec mépris. Si quelqu'un le remarque, et arrête sa pensée sur lui, il ne doit probablement pas estimer bien chère sa prière. Que disait-il donc? Simplement ceci : « O mon Dieu, ayez pitié de moi ; je suis un pécheur M »
Il y a peu de paroles, mais combien pleines de sens et de grâce ! Jésus nous assure qu'elles suffirent pour le justifier aux yeux de Dieu. En effet, quelle profondeur d'humilité, quelle ferveur, quelle contrition sincère, quelle confiance dans la miséricorde divine! Pouvait-il dire davantage en si peu de mots? Pouvait-il concentrer toutes les
I s. Luc, XVIII, 13.
PARABOLE DU PHARISIEN ET DU PUBLICAIN l6l
qualités de la prière dans une phrase plus courte? Aurait-il aussi bien parlé dans une prière plus longue? Comme, en deux mots, il se met bien à sa véritable place, lui pécheur, devant le Dieu miséricordieux! Comme dans son attitude et son geste il prouve bien qu'il croit véritablement ce qu'il dit, et comme il fait éclater la sincérité de sa prière ! Comme son action de se frapper la poitrine, non pas machinalement, ainsi que nous le faisons souvent, mais avec une componction que l'Evangile a notée, témoigne de son profond repentir! Et comme son regard baissé, sa tenue modeste dans un endroit retiré, font ressortir son humilité! Le résultat d'un pareille prière nous est rapporté par Jésus : « En vérité je vous le dis, cet homme s'en retourna justifié, et non pas l'autre '. » Si l'autre n'avait rien demandé à Dieu, celui-ci avait beaucoup demandé : il avait demandé ce qui méritait d'être obtenu, et il avait été exaucé. Tous deux prirent la même peine ; tous deux dépensèrent le même laps de temps; tous deux, comme Caïn et Abel, firent ensemble leurs offrandes, et comme eux, chacun fut jugé selon les dispositions intérieures du cœur. L'orgueilleux fut rejeté ; l'humble et le repentant fut pardonné.
I s. Luc, xviii, 14.
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« Vois, mon âme, comme il est facile et simple de bien prier, de prier de façon à être exaucé ! Qu'il faut peu de paroles, et que ces paroles sont simples, qui peuvent trouver le chemin du ciel, pourvu qu'elles s'envolent d'un cœur fervent et contrit! — « O mon Dieu, ayez pitié de moi; je suis un pécheur! » Que ces mots se retrouvent souvent et avec amour sur mes lèvres et dans mon cœur! Elles me conviennent si bien!
Je veux bannir tout orgueil, toute suffisance, toute présomption, tout mépris du prochain, quand je me mettrai en la présence de Dieupourprier. Je ne connais pas les autres, mais je me connais ; je connais mes fautes, mes ingratitudes, mes iniquités contre Dieu, dont les miséricordes pour moi ont été infinies. Quand j'irai à lui, je me présenterai comme un malheureux chargé d'un pesant fardeau, accablé sous le poids de misères insupportables ; je m'approcherai ainsi de mon Dieu, qui seul peut me soulager, seul peut me donner le repos.
Je viens donc à vous, Seigneur, comme le publicain. Que ma prière ressemble à la sienne, et ait le même résultat. Puissè-je ne jamais entrer dans votre demeure sans vous demander pardon