BEAUCOUP D APPELÉS, PEU D ÉLUS I
Arrivons maintenant à la seconde partie, si terrible, de la sentence de Jésus: « Mais peu sont élus. »
Nous sommes parmi les « appelés >è>; sommesnous parmi les « élus »? Parmi ceux que Dieu appelle à la pratique de la vertu au moyen de la loi naturelle, combien peu, relativement, se rendent à cet appel! Parmi les millions d'hommes qui ont reçu ou qui reçoivent la foi, combien abandonnent la vérité pour suivre les maximes du monde, les hérésies, les schismes, les superstitions ! Et parmi ceux qui restent, combien peu vivent selon les principes de leur religion, pratiquent ses lois, obéissent à ses pasteurs ! Combien, dans leur jeunesse, se laissent emporter par le torrent des passions, et courent, sans y penser, à la perdition î Combien commencent leur vie dans le sommeil de l'indifférence, dans l'oubli de Dieu et de ses commandements, et la finissent de même, comme les êtres sans raison ! Qu'il est petit le troupeau de ceux qui paraissent « élus » de Dieu I
Etudions-nous nous-mêmes. Ne nous sentonsnous pas si prévenus de grâces, si entourés de bienfaits depuis notre berceau, que nous puissions
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nous considérer non seulement comme « appelés », mais aussi comme « élus » ? Ou bien, songeant au petit nombre de ces élus, ne sommes-nous pas portés à nous décourager, et à tout abandonner comme perdu? Si nous avons le jugement sain, nous ne donnerons dans aucun de ces excès, mais nous passerons entre l'un et l'autre avec prudence et fermeté. Nous serons actifs et fervents, comme si nous étions certains de la faveur et de l'amour de Dieu ; nous serons, néanmoins attentifs et vigilants, nous souvenant que notre salut n'est pas assuré. Notre cœur aura la confiance du prédestiné; il usera, toutefois, de la pénitence et ressentira la crainte de celui qui court tm grand danger. Nous nous rappellerons que nous pouvons gagner le ciel, mais aussi que nous pouvons le perdre. Nous remettrons notre sort entre les mains de Dieu, lui disant : « O mon Dieu, mon sort est dans vos mains. Je ne veux point marchander avec votre grâce, Je travaillerai pour vous jour et nuit; je vous aimerai de tout mon cœur, de toute mon âme, de toutes nies forces. A vous de décider de mon sort : comment douterais-je qu'il ne soit bien meilleur que je ne le mérite, et que ne valent mes pauvres œuvres ? »
Puis, nous nous souviendrons que si l'appel vient de Dieu, la réponse, en grande partie, dépend de nous. « Beaucoup d'appelés », c'est comme l'armée
BEAUCOUP d'appelés PEU d'ÉLUS l'J'J
puissante qu'un roi réunit sous son drapeau; mais, parmi ces soldats, il fait choix de ceux qui sont prêts à supporter les fatigues de la guerre. Nous sommes comme les soldats de Gédéon, une troupe d'élite. Le chef renvoya ceux qui, plongés dans le luxe et les plaisirs, n'étaient point aptes aux combats et aux privations des camps ; puis, tous ceux qui, pour boire, s'agenouillèrent au bord du ruisseau, au lieu de prendre l'eau dans le creux de leurs mains. A nous de décider si nous voulons faire partie du petit nombre des élus. A nous de choisir entre le monde et Dieu, entre la froideur ou la générosité au service du Seigneur, entre les plaisirs de cette vie ou les joies éternelles. Selon notre choix, Dieu agira ensuite. Si nous le choisissons, il nous choisira. Si nous préférons son amour, il nous prouvera lui-même qu'il nous aime.
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« O bon et doux Sauveur, lors même que mon choix ne pourrait en rien influencer le vôtre, je n'hésiterais pas cependant sur la voie à suivre. Puis-je vouloir autre chose que m'attacher à vous, le Seigneur de mon âme et le Dieu de mon cœur, à qui m'unissent tant de liens si puissants? Mais que sera-ce, quand de mon propre choix dépend le
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vôtre, ô mon Dieu, sans lequel je ne puis qu'être malheureux pour l'éternité?
Inscrivez-moi donc, dès ce jour, bon Jésus, sur le livre d'or de vos élus; car je vous choisis désormais comme mon seul partage et ma joie unique, pour toute ma vie. Mettez-moi, si vous le désirez, au nombre de ceux qui vous servent sans aucune consolation ni aucune satisfaction ici-bas. Rangez-moi parmi ceux qui doivent travailler, souffrir et gagner le ciel en portant une croix pesante. Faites de moi ce qu'il vous plaira sur cette terre; mais marquez mon nom sur le livre de vie, et écrivez-le parmi ceux des saints.
Si mes nombreuses fautes ont effacé ou taché mon nom déjà inscrit sur ce livre, que votre sang lave cette tache, et qu'il lui rende son premier éclat, afin qu'il ne se ternisse pas jusqu'au dernier jour où vous viendrez juger le monde. Oh! alors, quand vos élus se réuniront des quatre vents du ciel, faites que ma place se trouve à votre droite parmi eux I »
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pARABOLE DE? DIX TALENT?
premier Çoint
^W^^ETTE parabole nous montre la conduite l<j'^'/i4 simple et raisonnable d'un homme qui, sur le point de partir pour un long voyage, distribue différentes sommes à ses serviteurs, et leur recommande de travailler pour lui. A son retour, il récompense ceux qui ont été fidèles à ses ordres, non pas d'après les profits absolus qu'ils ont acquis, mais relativement aux moyens dont ils ont disposé ; c'est-à-dire.
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selon la diligence et le soin qu'ils ont apportés aux affaires de leur maître.
Ces serviteurs, c'est-nous-mêmes ; nous, à qui le Seigneur notre Maître a distribué différents dons et différents talents pour le bien. Cela est vrai de chaque chrétien, mais combien plus spécialement de nous, à qui a été confiée l'œuvre la plus précieuse, le soin des âmes. C'est une œuvre de grâce divine, sans doute ; mais il plaît à Dieu de se servir de ministres, et d'employer, à cet effet, les qualités et les dispositions propres à chacun. Il se sert de la parole de l'éloquent, de la science du savant, de l'habileté et des conseils du prudent ; la situation, les aptitudes, les ressources naturelles, tout peut être un instrument utile dans la tâche qui nous est dévolue. Ce sont ces talents confiés au nombre de cinq, de deux, d'un, dont un jour il nous sera demandé compte, selon l'usage que nous en aurons fait. A ce moment, il ne nous servira de rien de répondre que nous avons travaillé autant que d'autres, et que nous ne savions pas qu'il dût nous être demandé davantage. Supposons, en effet, que celui qui avait reçu cinq talents ne leur en eût fait produire que deux autres, et de même pour celui qui en avait reçu deux ; supposons que, questionné, il eût avoué que le surplus avait été dépensé pour son plaisir ou son intérêt ; n'est-il pas évident, d'après l'esprit de la parabole, qu'il
PARABOLE DES DIX TALENTS l8l
aurait été condamné comme un mauvais serviteur? Et alors, pensons-nous être quittes nous-mêmes plus facilement, si, par la grâce de Dieu, pouvant faire beaucoup, nous ne produisons que peu; si prenant les autres comme terme de comparaison, nous ne fournissons pas tout l'effort dont nous sommes capables?
Il importe donc grandement de nous bien connaître, et de bien voir, non ce que nous possédons par nos mérites, car Dieu sait que nous n'avons rien de notre propre fond, mais ce que Dieu nous a donné, afm de bien savoir quel compte il nous demandera. Surtout, dépouillons ce masque d'indolence et d'apathie qui, sous un déguisement de fausse humilité, et sous prétexte de manque de facilité et de talent, nous fait abandonner tout effort et nous laisse végéter dans la routine du devoir. Sachons, avec une vraie humilité, reconnaître nos moyens, afm de déployer en proportion notre action et notre énergie, et de nous assurer ainsi, avec la protection divine, un compte favorable.
Quel encouragement nous donne la fin de cette parabole ! Ce ne sont pas les succès, ce ne sont pas les résultats heureux qui nous mériteront d'entendre un jour les bienheureuses paroles : 'i Eiige, serve bone et fidelis! C'est bien, bon et
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fidèle serviteur M » Ce sera notre persévérance dans nos efforts, et notre ardeur au bien. A notre lit de mort, nous n'aurons pas besoin d'envier ceux qui auront opéré plus de conversions, réfuté plus d'adversaires, exercé une influence plus brillante et plus éclatante. Si nous avons cultivé avec soin notre petit lot stérile, si nous avons enseigné avec sincérité la vérité, si nous ne nous sommes jamais lassés de travailler au bien, nous aurons une récompense aussi assurée et aussi grande que ceux qui ont fait davantage avec plus de ressources.
deuxième ^oînt
Si cette parabole est pleine de consolations, elle n'est pas cependant sans inspirer aussi quelque crainte.
Nous lisons, en effet, qu'un de ces serviteurs, qui avait reçu un talent, au lieu de le faire valoir, l'enveloppa soigneusement et le mit dans la terre. 11 ne le gaspilla pas, il prit même des .précautions pour que son éclat ne se ternît pas. Il le remit à son maître tel qu'il l'avait reçu. S'il ne méritait aucune récompense, qui aurait supposé qu'il recevrait un châtiment et un châtiment très sévère?
I s. Matth., XXV, 23.