‹ Méditations sur l'évangileChapitre 49 sur 64 · PARABOLE DES DIX TALENTS · texte numérisé non relu

PARABOLE DES DIX TALENTS

Il en fut pourtant ainsi. Non seulement son talent lui est enlevé, non seulement il reste dans sa condition de serviteur, au lieu d'être appelé à la joie de son Seigneur, comme ses compagnons, mais il est jeté dans les ténèbres extérieures, où il y a des pleurs et des grincements de dents.

Tels sont les principes sévères de justice d'après lesquels nous serons traités. La divine Providence, par exemple, nous a-t-elle accordé la faveur d'être élevés parmi de bons chrétiens, ayant la facilité de recueillir une foule d'exemples et d'impressions éminemment propices au salut? C'est un talent confié à nos soins, qui doit être employé au service du Maître. Si nous ne faisons pas profiter les autres de nos avantages, si ces sentiments reposent cachés au fond de notre coeur, entretenus soigneusement, si l'on veut, mais stérilisés et sans aucun profit pour les autres, qu'aurons-nous fait, sinon envelopper notre talent et l'enfouir profondément dans la terre? Quel titre nous vaudra notre conduite, sinon celui de serviteur inutile?

Il s'agit là d'un don commun à beaucoup, quoique tous nos frères ne le possèdent pas. Mais il y a aussi des dons particuliers à chacun de nous. Quelqu'un peut avoir le don et l'influence de la parole, de façon à pouvoir toucher les autres et les amener à la vérité et à la vertu; si, sachant par l'exemple des saints et des fervents de nos jours,

comrnent de tels talents peuvent servir au salut et à la justification de milliers d'âmes, il se retire par paresse, par timidité, dans les limites les plus étroites de ses obligations, et manque de courage pour déployer ces talents de façon à les rendre fructueux, que fait-il en réalité? Il retire de la circulation, et il cache dans l'oisiveté stérile un trésor qui pourrait l'enrichir, lui et beaucoup d'autres, pour la vie éternelle.

Il ne suffit donc pas de ne point abuser des dons que la bonté de Dieu nous a départis, et de ne point les gaspiller. Il faut encore employer toutes ses forces à les rendre fructueux. Entendons la singulière excuse que le serviteur inutile donne à sa conduite. « Je savais, dit-il, que vous êtes un homme dur \ » Il craignait son maître ; il ne l'aimait pas. Cette crainte, aurait-on pu supposer, aurait dû le pousser au travail. Mais non ; l'amour est le seul principe qui nous excitera toujours à travailler sans relâche et de toutes nos forces au service de Dieu. Tant que la crainte nous guidera, nous serons fidèles, peut-être, à la lettre de la loi ; nous n'en aurons pas l'esprit. Nous ne négligerons pas, peut-être, un devoir positif ; mais nous n'accomplirons aucun bien signalé.

I s. Matth., XXV, 24.

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