‹ Méditations sur l'évangileChapitre 7 sur 64 · NAISSANXE DE NOTRE SEIGNEUR · texte numérisé non relu

NAISSANXE DE NOTRE SEIGNEUR

encore plus grande, quelle erreur, quelle méprise ! Cet enfant abandonné sera le salut de cet autre entouré de caresses et dont l'avenir semble s'ouvrir si brillant ; il sera l'être le plus grand et le plus glorieux qui ait jamais paru sur la terre. Pourtant, il aura une vie et une mort bien appropriées à sa naissance misérable ; il est l'opprobre du monde et le rebut de l'humanité : Opprobrium homintim et abj'ectio plebis * ; et en même temps, il est la gloire et l'honneur du monde. 11 est un ver de terre n'ayant plus l'apparence d'un homme ; Ego atitem siim vermis et non homo *; et en même temps il est la splendeur de son Père éternel, le Seigneur, le Tout-Puissant! Il est le plus pauvre des pauvres, et pourtant il porte les empires sur ses épaules, il est le Conseiller, le Prince de la paix ! C'est celui dont le Prophète disait : Un enfant nous est né, un fils nous a été donné î Puer natus est nobis... Voici qu'une vierge concevra et enfantera un fils et son nom sera Emmanuel. Ecce virgo concipiet et pariet filiiim et vocabitur nomen ej'îis Emmanuel ?.

Cet enfant, le voilà, si délaissé, si pauvre! Que les voies de Dieu sont différentes des voies des hommes!

1 Ps. XXI, 7.

2 Ibid.

3 Isaîe, vu, 14.

l^euxicmc Moint

11 est pourtant facile de comprendre que ces circonstances qui entourèrent la naissance de Jésus convenaient mieux que toutes autres au Fils de Dieu et à son Père céleste.

Qu'auraient ajouté à sa splendeur et à sa gloire les cortèges les plus, somptueux et le luxe le plus raffiné de l'Orient? Supposons-le exposé sur un lit de parade, enrichi d'or, de diamants, de pourpre, autant qu'il est possible de l'imaginer ; quel résultat ? Il eût ressemblé à tous les. fils des rois terrestres, destinés à devenir orgueilleux et despotes. Les hommes ne se seraient approchés de lui, malgré qu'il ne fût qu'un enfant, qu'avec crainte, et, ils se seraient émerveillés bien plus des joyaux éblouissants de sa parure que de ses charmes personnels et de sa gloire.

Au contraire, en le contemplant tel qu'il est dans sa crèche, c'est de la vénération et de l'amour que nous éprouvons pour lui. Dans le premier cas, il n'y aurait eu que peu de place pour les sentiments du cœur : comment aurait-on pu prendre compassion de lui? Comment aurions-nous pu l'appeler nôtre? Il nous eût paru bien plus capable de donner que de recevoir, et nous nous serions

Page 1