‹ Méditat́ions sur la mort et l'éternitéChapitre 11 sur 40 · CONSOLATION DB L'ÊTRE SOUFFRANT · texte numérisé non relu

CONSOLATION DB L'ÊTRE SOUFFRANT

que les méchants, auxquels la fortune sourit, vivent dans le bien-être, gagnent des positions élevées, bien qu'entièrement dépourvus de mérite, et ne connaissent ni le chagrin ni la douleur, — ah ! combien est pardonnable dans un tel moment la plainte du chrétien découragé : — « A quoi bon ma vertu, mes prières, «i pleines de dévotion sincère, mes efforts pour assurer le bonheur des autres, ou les nombreux sacrifices que j'ai si fréquemments faits aux principes? Voyez, le vice s'élève; et la vertu est méprisée. Celui qui brave Dieu triomphe; la crainte de Dieu, l'innocence du cœur ne sont que folies, et l'adorateur de Dieu mouille la poussière de ses larmes. Personne ne s'approche avec affection du pauvre patient délaissé; Dieu lui-même semble lui avoir retiré sa miséricorde. L'ordre du monde, tel que Dieu l'a créé, est-il donc opposé à tout ce qui s'appelle religion et piété ? Les nobles cœurs sont- ils donc destinés à souffrir? Celui qui gouverne l'univers ne récompense-t-il donc que le manque de foi, le crime, la bassesse et la ruse ? — Où suis -je ? Pourquoi Jésus m'a-t-il enseigné à regarder un cœur comme le plus précieux des trésors, si ce cœur est, plus que tout autre, exposé à toxites les douleurs ? »»

Qu'a donc fait le Chrétien pieux, pour que la nue qui porte le feu du ciel éclate sur sa chaumière et

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la détruise? Peut-être ses fils, Tespérance de sa vie, ont-ils été assassinés, ses filles déshonorées, ses biens dispersés, ses moyens de subsistance ravis. Comme un mendiant sans appui, il faut qu'il lutte contre la misère jusqu'à la fin de ses jours, et qu'il marche en chancelant jusqu'à la tombe, sans un seul ami pour le soutenir et le consoler, tandis que des hommes moins dignes que lui se sont enrichis par des moyens peu scrupuleux, et ont vécu honorés, aimés, et flattés. De quoi cet enfant s'est-il rendu coupable, pour être ainsi torturé par la maladie dont il n'est pas cause, et pour qu'il ait à traîner à travers une vie flétrie un corps malsain et soufirant? il atteint la jeunesse, il devient homme, — mais à quoi servent les ardentes prières qu'il adresse pour recouvrer la santé à Celui qui écoute toutes les plaintes? Elles restent sans résultat. A quoi servent la piété de son cœur, son ardent désir d'être utile aux autres? Il vit et il meurt dans une misère constante, tandis que d'autres, dans la parfaite jouissance d'une santé florissante, ne semblent avoir reçu du Ciel la plénitude de la force que pour pouvoir -infliger au monde plus de maux.

Oui, qui osera le nier? Il y a sur la terre des souffrances qui nous portent à douter de la justice de la Providence, et du mérite de la piété et de

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la yerta ; alors notre foi nous abandonne, et une insurmontable tristesse prend possession de notre âme.

Mais même pendant ces moments de désespoir une voix amie, qui vient du Ciel, crie à nos cœurs les paroles de Jésus : « Venez à moi, vous tous qui souffrez et qu'un lourd fardeau accable, et je vous donnerai le repos. »» La seule source de consolatioa, quand le raisonnement ne nous en fournit plus, est la religion de Jésus. En effet, où pourrions-nous nous réfugier quand le monde nous abandonne, si ce n'est dans les bras de Dieu, au pouvoir duquel nous sommes?

Et quelle que soit la fureur des orages qui fondent sur notre vie ; quoique toute porte de salut semble se fermer devant nous ; quoique la lumière soit éteinte sur le sentier de notre vie ; quoique notre dernier ami nous ait quitté ; quoique notre douleur et notre détresse aient atteint le comble ; que la vie et la mort luttent en nous à qui triomphera, — notre Dieu est toujours notre Dieu! Tout ce qui nous arrive est toujours^Son œuvre et l'œuvre de l'Amour Suprême. Ce qu'il retient de notre part terrestre fera la force de notre âme immortelle, ce que nous avons perdu et pouvons perdre encore, n'a été et ne sera que transitoire, et nous devons tous être préparés à subir ces pertes ; mais nos âmes s'enrichissent de ces

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privations et par là se trouvent plus rapprochées de Dieu.

Montre donc du courage, de la fermeté, de la foi, même à l'heure de l'épreuve la plus cruelle ! IL ne t'abandonnera pas, IL ne t'oubliera pas, LUI, quoique toutes les consolations terrestres te manquent, si tu ne L'oublies pas! Qui t'a jamais promis que les choses de ce monde ne seraient pas passagères ? que tes doux rêves seraient éternels? Et même si, comme Job, tu as été dépouillé de tous tes biens, de tout ce que tu possédais, qu'as-tu perdu? Rien qu'un peu de poussière, un peu de cendre ! «• Dieu te l'avait donné, Dieu te Ta ôté ! »

Si tu conserves ton couratge et ta foi, tu n'as rien perdu ; car Dieu est Tout dans tout, et sans Lui c'est le néant. Dieu sera près de toi, car tu es Sa crc'.;ture ; tu es l'objet de Ses soins, et de Son amcur ! Dieu reste près de toi, même quand le monde te semble plongé dans l'obscurité, et que les ailes de la Mort s'agitent au-dessus de toi, — car le but de ton âme c'est l'éternité.

Tu seras béni, si, à la fin de ta vie, tu peux dire, avec l'orgueilleuse conscience de la résignation avec laquelle tu auras traversé chaque épreuve : «< J'ai lutté, j'ai fourni ma course, -et j'ai gardé ma foi! »

C'est une erreur de croire que la vertu peut être récompensée par les biens terrestres, parla richesse.

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les honneurs, la santé, et toutes les jouissances humaines. Non, Tàme ne peut être récompensée avec ce qui appartient à la chair ; sa récompense ne doit être que spirituelle. La nature de Fàme est immortelle, comme ses jouissances doivent Tètre également. Seulement, tant que nous appartiendrons à là terre, c'est-à-dire, tant que nous serons des êtres sensibles, nous chercherons les plaisirs sensuels. Ceux-ci, cependant, nous sont échus, ou nous sont retirés, indépendamment de notre vertu et de notre piété. Ils sont les résultats, en partie de notre prudence et de notre jugement, en partie de notre industrie, en partie de la confiance que nous avons su inspirer aux autres. Ils sont en partie ou même entièrement les conséquences des sages ordonnances de Celui qui gouverne le monde, selon qu'il trouve chez les uns ou chez les autres des auxiliaires mieux adaptés aux qualités de nos âmes.

Il est donc erroné de conclure, que parce qu'un homme est accablé dé privations de toute espèce ou de la perte de tous ses biens, Dieu le punit. Il est également faux de considérer les richesses, les honneurs, et autres dons de la fortune, comme des récompenses accordées par Dieu. Le Chrétien le plus méritant, le plus fidèle, est souvent sujet aux plus grandes privations. Le plus audacieux misérable, qui se moque de la religion, amasse souvent une

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grande fortune. Une récompense plus glorieuse attend le juste ; un châtiment plus terrible que des privations physiques est réservé au pécheur.

II est vrai que les parents encouragent leurs enfants à Tobéissance en leur donnant des récompenses terrestres ; il est vrai que les princes honorent le mérite de leurs sujets à Taide de richesses et de faveurs, — non pas que la vertu puisse se payer avec une certaine somme d'argent ; mais parce que les princes n'étant pas des divinités, mais des hommes^ ils ne peuvent reconnaître les services, et témoigner leur estime, qu'en accordant des biens terrestres»

D'un autre côté, les souffrances auxquelles noifâ autres mortels sommes sujets nous sont souvent imposées par nous-mêmes; — dans certains cas, elles sont les pénibles conséquences de l'abus que no«s avons fait des dons et des capacités que nous tenions de la main de Dieu, et des transgressions à Ses lois; alors elles sont réellement des châtiments infligés au péché par le péché même ; ou bien elles fondent sur nous sans qu'il y ait la moindre faute de notre part ; et dans ce cas, la volonté de Dieu les rendra peutêtre pour nous ce que les dons de la fortune soût peut-être pour les autres : des moyens de purifier et de sauver nos âmes. Et ainsi toute souffrance fiait par conduire au triomphe de l'esprit victorieux, ■€* lui ouvre une carrière plus glorieuse dans l'Eternité.

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Dieu est juste ! Dans toute la création, il. n'y a rien de mal ou d'injuste. Tout mène à une fin glorieuse, Dieu, le Dispensateur des récompenses, vit ! Et que sont, après tout, les souffrances sur cette terre, quand nous les comparons à la gloire qu'elles nous préparent au ciel, en donnant à notre àme une plus grande force , un plus grand pouvoir , une plus grande dignité?

En outre, dans sa sagesse infinie, le Très-Haut a ordonné qu'aucune peine liée à la terre ne puisse durer toujours. Celui qui néglige son àme, qui oublie do cultiver son esprit, — celui-4à seulement perd l'éternité, parce qu'il néglige ce qui est éternel. L'habitude dépouille les maux les plus terribles de leur aspect effrayant, et rend plus légers les plus lourds fardeaux. Aucune souffrance ne dure longtemps. Sur toutes les blessures, quelque cruelles qu'elles puissent être, le temps verse un baume bienfaisant. La nuit est toujours suivie du jour, Torage du calme. Nous vivons dans l'empire du transitoire; et comme aucune joie ne dure éternellement, les chagrins, la misère, et l'inquiétude ne sont que des nuages qui passent sur notre ciel.

Persévère avec courage dans le bien, garde ta foi et ta confiance en Dieu, et tu sortiras triomphant de la lutte, le front ceint d'une auréole de gloire que Dieu y aura placée.

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Tu t'épuises dans une misère horrible , et tu n'entrevois pas la fin de tes tribulations. Tu as travaillé avec zèle et probité, et cependant tu n'as rien amassé, et chaque jour qui se succède te fait trembler pour l'avenir. Quoique resté fidèle à l'accomplissement de ta vocation, plein de foi aux prières que tu adresses au Dispensateur de tous biens, tu plonges néanmoins plus à fond dans la pauvreté et dans l'infortune. Au lieu de diminuer, tes difficultés augmentent chaque jour avec une effrayante rapidité ; et tu ne vois aucun moyen d'en sortir. Aux yeux de ta famille, c'est un avenir semé de peines et de privations ; — aux tiens, c'est une vie dépouillée d'honneurs et de contentement. Pourtant, arme -toi de courage, ô infortuné mortel ! et bien que tout t'abandonne, n'abandonne pas, toi, le sentier de la vertu. Bien que tout espoir te soit ravi, ne perds pas de vue le Seigneur, n'oublie pas ton Dieu ! Sauve Tinnocence de ton âme, et tu auras tout sauvé. D'autres ont été frappés plus cruellement que toi encore, et pourtant ils ont été miraculeusement sauvés par la Providence, Lutte avec courage, et garde ta foi. Lors même que tout t'aura abandonné. Dieu sera encore ton Dieu.

Et toi qui n*as jamais reculé devant les labeurs et les peines pour assurer, quand cela était en ton pouvoir, le bonheur de ton prochain; toi qui as

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