CONSOLATION DE L*ÊTRE SOUFFRANT
la soatenlr; il est vrai que tes enfants, dépourvus de soins, ressemblent à des orphelins autour de ton lit et jettent sur toi des regards inquiets et attristés; il est vrai qu'une douleur profonde ronge le cœur de ton affectueuse compagne , bien qu'elle tâche de te la cacher ; — cependant, ne désespère pas ! Le bras de la divine Providence, ce bras puissant te soutient. Et si tes souffrances devenaient plus pénibles, si ta fortune s'amoindrissait davantage, si ton avenir était encore plus désespéré, Dieu serait encore et toujours ton Dieu! Lutte avec courage dans les heures de souffrance, et garde ta î(A. Le sort de tes enfants ne sera pas celui que tu entrevois, mais celui jque Dieu a ordonné. Et si tu es destiné à quitter les êtres qui te sont cbers, si les larmes qui coulent des yeux de ta chère famille sont les premières larmes de la dernière séparation, — alors tu es béni! Le Père qui créa tout t'appelle quelques moments plus tôt dans un monde meilleur. Nous te suivrons bientôt, après un autre rêve de courte durée. Pourquoi te chagriner avec cette inquiétude anxieuse pour ceux qui ne séjourneront sur la terre que bien peu de temps après toi? Qui s'est inquiété de ton sort quand aucun mortel ne veillait sur toi? Ton Dieu n'est-il pas aussi le Dieu des êtres que tu aimes?
Et toi, qui^ayec un ccBur aimant, t'es attaché au*
CONSOLATION DE l'ÊTRE SOUFFRANT. 79
tant que tu as pu à un esprit semblable au tien, et qui cherches le bonheur de ta vie dans cette seule amitié, — pourquoi es-tu ainsi abattu? Parce que ce cœur ta trompé ? parce que ces lèvres ont seulement feint l'amour que tu donnes de toute ton âme? parce que ces yeux ont jeté sur toi un sourire mensonger? parce qu*on a répondu à ta confiance par un lâche parjure, et à ta tendresse par une infâme trahison? Infortuné qui te désoles, tu as en effet beaucoup perdu ; ton expérience a peut-être pour jamais versé ramerturae dans ton cœur affectueux, et t'a retiré ta confiance en l'humanité . La trahison dont tu as souffert a peut-être rempli pour jamais ton cœur d'incrédulité en la vertu humaine. Tu n'as plus un ami en qui tu puisses avoir foi, auquel tu puisses te dévouer. Tu es seul au monde ; et sans affection, la vie n'a pas d'attraits pour ton âme délicate et tendre. Conduis-toi cependant avec force et avec courage. Toi aussi, tu tepréparesà combattre en véritable Chrétien ; sois généreux, sois noble jusqu'à la fin ! Dieu est fidèle si personne ne Test sur terre ! Si le monde entier te trompe, il est un Dieu qni ne trompe jamais. Il est ton Dieu, un Dieu de vérité et d'amour, le Dieu qui a doté ton âme de ses tendres aspirations. Quand même tu serais destiné à passer en ce monde sans un ami, il en est un qui te reste, — le Père étemel, ton Créateur ? Si ceux qui te
80 CONSOLATION DE l'ÊTRE SOUFFRANT.
sont chers t'abandonnent, que ce jeu d'ombres, ces changements continuels des scènes sublunaires soutiennent ton âme dans son indépendance, et te rapprochent de ce qui est éternellement vrai et durable, — Dieu !
Pourquoi pleures- tu, veuve, désolée, sur le cercueil de ton époux? Et toi, affectueux enfant, sur la tombe de ton père, ton ami? Et toi, mère inxîonsolable sur la bière de ton enfant? Qu'est-ce qu'on porte au cimetière? N'est-ce pas une dépouille mortelle? ou se peut-il que lame meure et se mêle à la terre? Ah! ce qui t'a quitté, ce que cherchent tes yeux n'est pas là! Lève tes regards au Ciel, fais-les traverser l'univers sans bornes! Ton ami est là. Le mystérieux pouvoir qui animait la poussière, et que nous appelons àme, cette âme qui te souriait si souvent au travers de ses yeux tendres, qui te parlait par des lèvres amies, tantôt avec empressement, tantôt avec joie, ellç est partie vers Dieu, elle est avec Dieu, elle est entrée dans un milieu plus glorieux, dans des sphères d'action plus hautes ; elle est plus élevée, plus libre, plus heureuse, plus parfaite que toi! Pourquoi, alors, tourner les yeux vers la tbmbe ? Les corps qui reposent sous cette pierre n'étaient qu'un vêtement d'emprunt ; ils n'appartenaient pas à l'Être immortel; ils n'étaient qu'un instrument utile pour le peu de temps qu'ils devaient
CONSOLATION DE L ÊtBB SOUFFRANT. 81
passer ici-bas; maintenant ils sont inutiles. L*âme a fourni sa course en ce monde, elle a lutté et gardé sa foi. Désormais elle porte la couronne de l'immortalité. — Sois homme, 6 toi qui pleures, prépare-toi aussi à soutenir une lutte vigoureuse. Les êtres aimés que tu as perdus viendront un jour te recevoir aux portes de l'éternité, te souhaiter la bienvenue comme à un glorieux compagnon, et ils te diront : Ici encore Dieu est ton Dieu.
0 Dieu ! ô Père ! tu es aussi mon Dieu, mon Père ; pourquoi alors serais-je courbé par la douleur? Pourquoi me rendrais-je avant d'avoir fini ma course tout entière, avant d'avoir lutté jusqu'à la fin de la bataille? Oh! donne moi la force, la puissance ! Quelque douleur que tu puisses m'imposer, je la supporterai, car elle me rapprochera de toi.
Père, reçois Texpression de ma reconnaissance pour tous les plaisirs terrestres;— je Te rends grâce, ô Père! qimnd même la douleur dépasserait la mesure. Si Tu me les reprenais tous les deux, je ne chanterais pas moins Tes louanges!
Au doux et souriant printemps, quand de vrais amis m'entourent, quoique chaque heure apporte des joies nouvelles, des désirs accomplis aussitôt que conçus, — cependant je vois avec tristesse que toutes les joies de la terre ne sont que vanité.
Si éclatantes que soient les joies qui nous attachent à la Terre et au Temps, mon âme
82 CONSOLATION DE l'ÊTRE SOUFFRANT.
s^efforce de gagner Timmortalité. Je ne vois qu'une seule joie pure, — être uônt et béni de . Dieu.
Bientôt, oh! bientôt! tout sera fini, je m reposerai en Toi, 6 Seigneur; moi aussi, je remporterai la victoire. Déjà mon cœur, d'une voix plus puissante que celle du tonnerre, s'écrie ; Crois, réjouis-toi.
Oui, je crois que^ jusqu'à la fin de mes jours, le Dieu en qui j'ai mis ma confiance ne m'abandonnera jamais. En Lui j'espfere, en Lui je me reposerai quand le dernier lien de mes affections sera rdfepu. Que je puisse seulement Le posséder, et je ne me trouverai jamais seul.
■Seigneur, aie pitié de mes larmes, vois mes inquiétudes, ^ mon abattement. Souverain Consolateur, viens, apaise mes craintes. Ohl je suis si abandonné, si désolé! Soutiens-moi, mon Sauveur ; calme la douleur qui me ronge ; verse 1» joie et la paix dans mon codur.
Pourtant, ô mon Père, que Ta volonté, et non la mienne, que Ta volonté seule soit faite et s'appesantisse sur moi. Conmie Jésus supplicié, je m'avance vers Gethsémani; mais, ô mon Dieu, quand tout sera terminé, j'aurai gagné la glorieuse récompense. .
Je inpporteral en silence, sans murmurer ni me plaindre, les maux qu'il plaira à Dieu de m'envojrer. Quoiqu'il me ûmppe, il m'aime encore ; en proie à la maladie, je n'en suis pas moins l'enfant de Dieu, alors même que le monde sourit autour de moL Fid^ à luimême, Dieu ne change jamais; il est toujours sage, toutrpuissant, miséricordieux.
(Saint Matthieu xxv. 36.)
Parmi les malheurs nombreux qui peuvent assaillir rhumanité, la perte de la santé est Tun des plus cruels. Toutes les joies que la vie peut procurer ne sauraiefnt surpasser les souffi:unces du malade. Dour nez-lui tout et laissez-lui ses maia, il trouvera que la moitié du monde est perdue pour lui. Couchez-le sur une couche ^aussi molle que la soie, il n'en gémira pas moins sous l'angoisse de la douleur; et le sommeil s'éloignera de ses paupières, tandis que le
mendiant dénué de tout, mais jouissant de la sanfé, dort paisiblement sur la dure. Couvrez sa table de mets délicats, de boissons exquises, il repousse la main qui les lui présente, et porte envie au pauvre qui dévore avec appétit son morceau de pain sec. Entourez-le de la pompe des rois ; que son siège soit un trône, sa béquille le sceptre puissant d'un des princes de la terre ; il regarde d'un air dédaigneux le marbre, Foret la pourpre, et il s'estimerait heureux s'il pouvait, fût-ce sous un toit de chaume, jouir de la santé du plus humble de ses sujets.
Voilà ce qui rend la vue d'un malade pénible pour tout le monde. Qui peut voir sans pitié et sans émotion les joues pâles, les yeux ternes, le corps amaigri de l'être qui souffre? A ce spectacle, le farouche guerrier lui-même contient son impitoyable fureur et épargne l'infortuné.
' Le malade est un objet sacré pour tout Chrétien, et il doit l'être. Les plus légers même deviennent graves près du lit d'un malade.
Peut-être as-tu souffert toi-même, peut-être as-tu été jadis un objet de pitié; s'il en est ainsi, souvienstoi de tes jours de souffrance. Tu as subi alors de grandes et graves épreuves. Aujourd'hui viens en pensée au chevet d'un de tes semblables, accablé parla maladie, renouveler les réflexions et les résolutions que tu as prises alors.
^Ê^ÊSi
Mais si tu n'as pas encore appris ce que c'est que de souffrir, Theure où tu feras cette triste expérience peut sonner d'un moment à l'autre. Tiens-toi prêt, comme le sage, pour le temps de l'épreuve. Apprends à aimer les malades, à leur donner des soins affectueux, afin qu'à ton tour, lorsque le jour sera venu, tu sois traité avec le même respect et les mêmes égards.
La maladie n'est pas une condition inhérente à la vie humaine. Dans l'origine, l'homme fut créé parfait dans toutes ses parties. Des milliers d'hommes passent leur vie sans jamais avoir éprouvé le moindre dérangement dans leur organisation physique, l'approche même de la mort ne leur apporte aucune maladie.. Ils meurent comme s'éteint une lampe dont la dernière goutte d'huile est consumée ; ils s'endorment tranquillement de lassitude, comme le moissonneur qui a fini sa journée.
Lorsque nous n'avons pas reçu en héritage de nos parents le germe d'une maladie, c'est généralement à notre imprudence, à notre irréflexion, que nous devons attribuer la perte du don le plus précieux de la vie, — la santé de notre corps, — la destruction partielle de l'instrument à l'aide duquel notre âme doit déployer son activité et se rendre utile.
Dans tous les cas, étudie la nature de ton corps, et conformes-y ton genre d'existence. Règle d*après
Sd LE MALADB..
ses besoins ta nourriture, ta boisson, tes plaisirs, tes travaux. N'oublie jamais qu'une seule heure d'intempérance peut engendrer de longues années de souffrance; n'oublie jamais qu'un instant d'égarement coupable, dans les transports de la joie, suffit pour empoisonner la coupe de ton bonheur.
Le corps de l'homme n'est pas sa propriété inaliénable ; c'est un prêf qu'il tient de la main de Dieu, et que nous devons restituer un jour, — c'est l'instrument sans lequel notre esprit serait incapable de remplir sa tâche sur la terre. Si l'homme mérite d'être puni lorsqu'il commet une faute, il le mérite assurément lorsqu'il pèche contre son progre corps; car il se ravit à lui-même le plaisir de la vie, et pour longtemps, peut-être pour toujours, la faculté de faire tout le bien qu'il pourrait faire autrement.
En négligeant notre santé , non-seulement nous nous rendons incapables de nous acquitter, comme nous le devons, de nos devoirs envers Dieu, notre patrie, nos concitoyens, les étrangers, et nos amis, mais encore, lors même qu'en apparence nous paraissons guéris, nous pouvons, en réalité avoir hâté l'heure de notre mort. C'est commettre un suicide, involontaire, il est vrai, que de manquer de modération, que de s'exposer inutilement, par une vanité téméraire^ au danger, ou d'amollir so|i corps par des soins exagérés.
LB MALADB. 87
Ce n*est pas tout. Les germes de la maladie se transmettent souvent des parents aux enfants : les maux d'une génération se propagent ainsi à une postérité éloignée. Aie donc le soin le plus scrupuleux de la santé de ton corps, de peur qu'un jour tes enfants ne t'accusent de leurs souffrances, de peur qu'un moment de folie dans ton existence ne devienne une source de maux pour les enfants de tes enfants ! C'est ce que donne à entendre l'Écriture Sainte, en disant : Les fautes des parents sont punies jusqu'à la troisième et la quatrième génération.
Àpproche-toi souvent par la pensée du chevet du malade : ce peut être pour toi une école de sagesse. Quand l'œil creux et la pâleur mortelle de l'infortuné qui souffre te font trembler, tu te raffermis dans la résolution d'éviter tout ce qui peut porter atteinte à ta santé.
Mais ne te préoccupe pas de toi seulement ; veille aussi à la santé de ton prochain. N'excite pas les autres à des plaisirs immodérés; ne les entraîne pas à des excès qui peuvent engendrer des maladies. Quelle satisfaction sera-ce pour toi de les avoir dé- ' pouillés des charmes de la santé, d'avoir détruit en eux le bien le plus précieux de la vie?
Néanmoins on voit bien des gens, ayant bon cœur du reste, sans préméditation, mais dans l'ivresse des plaisirs, pécher à cet égard. Leur exemple,
88 LE MALADB.
leurs discours excitent des personnes plus faibles qu'eux à se livrer à des excès. C'est en cherchant mêm« à prodiguer à leurs amis les preuves de leur affection, que souvent ils leur versent le poison et deviennent en quelque sorte leurs meurtriers. La méchanceté, la cruauté de l'homme n'est pas aussi dangereuse que son imprudente légèreté.
Respecte, ô Chrétien, chez toi et chez les autrès, le caractère divin de la santé ! Accomplis envers les malades le pieux devoir de la charité î
Sois l'ami des malades, comme le fut Jésus, ce type sublime de ce que nous devrions être et de ce que nous ne pouvons pas être. Ne s'approchait-Il pas du lit des malades pour leur tendre une main secourable? N'appelait-Il pas à Lui avec amour les boiteux, les aveugles, les lépreux, et les paralytiques? N'était-Il pas le refuge de tous les malades et de tous les malheureux? Tous ceux qui souffraient ne vinrent-ils pas ou ne se firent-il pas porter vers Lui, lorsqu'ils apprirent la venue du Divin Sauveur de l'humanité souffrante? Toi qui te dis Chrétien, sois Chrétien réellement ; — disciple de Jésus, sois ce que Jésus a été !
Ta main, il est vrai, ne peut faire de miracles ; mais elle peut faire des actes de charité ! Ton bras ne peut remettre sur pied le malade dont la vie est condamnée, ni lui rendre la santé ; ton bras ne peut arrêter
la mort ; mais il peut servir d'appui au faible. Ta parole, il est yrai> ne peut dissiper tous les maux, mais elle peut donner des consolations, des conseils, du courage à celui qui ne goûte plus aucune des joies de la terre, parce la santé Ta abandonné.
« J'ai été malade et vous ne m'avez pas visité ! »» dira Jésus à ceux qui auront été assez peu charitables pour laisser les malades sans soins et sans secours.
Soulage, plus particulièrement, l'étranger pauvre et malade ! Ceux qui sont dans leur pays reçoivent des secours de leurs familles affligées. Le riche ne manque pas de soins, car chacun s'empresse de le servir, et il a le moyen de se procurer tout ce qu'il lui faut, tout ce qui peut contribuer à alléger ses souffrances. Mais qui prendra soin du pauvre? Pas même un mercenaire insensible peut-être. Qui soignera l'étranger qui souffre? Hélas! personne peutêtre, tandis que ses frères et ses sœurs pensent à lui, les larmes aux yeux, au pays éloigné.
Tu désires souvent être mis à même de faire du bien. Sans doute tu penses avoir fait assez quand tu as fait charitablement l'aumône à l'indigent qui mendie dans la rue. Mais que cette aumône est peu de chose ! Dieu t'a donné plus, bien plus que cela ; et pourtant dans quel état de faiblesse et de dénûment n'étais-tu pas quand tu es entré dans le monde? Fa\s
90 LB MALADB.
plus qne de distribuer des aumônes. Rappelle-toi les paroles de Jésus, et qu'elles aient de Técho dans ton cœur : « Ce que vous avez fait à l'égard du plus petit de mes frères, c'est à moi-même que vous l'avez fait. »»
Va visiter la demeure de la pauvreté et de la misère, vois sur leur grabat le père que la faim dévore, et la mère qui se meurt d'épuisement et de douleur : ils n'ont personne pour leur donner des soins et des avis, ni médecin, ni médicaments; ils n'ont autour d'eux que des enfants en pleurs et effrayés; voilà ton poste d'honneur; voilà le champ ou tu es appelé à semer le grain de l'éternité ; voilà le sentier qui doit te conduire à la gloire. Si Dieu t'a comblé des biens de ce monde, ou même ne t'en a accordé qu'une part modique, cherche les familles pauvres de ton voisinage ; informe-toi de la manière dont elles vivent; et si tu rencontres des malades, sois leur ange gardien !
Dans bien des cas l'aumône qu'on jette dans la rue à un mendiant de profession n'est rien de moins qu'un moyen d'encourager sa paresse, un aliment à son manque d'ordre et d'économie. Mais si tu pouvais voir de tes propres yeux l'intérieur de tant de pauvres taudis d'indigents, tes yeux pleureraient des larmes de sang; tu serais saisi d'effroi en décou* vrant une misère si hideuse à cAié de ce palais où
S* étale le luxe le plus pompeux ; tu frémirais en pensant que, dans une ville chrétienne, il peut y avoir tant de soufirances non soulagées, tant de douleurs inconnues au milieu de tant de créatures adonnées aux plaisirs. De nos jours on ne voit pas toujours le pauvre Lazare, couvert d'ulcères, couché à la porte du riche, chercher à apaiser sa faim avec les miettes qui tombent de la table opulente ; mais on le trouve dans la maison voisine, où nul n'entend ses soupirs que Dieu, qui est présent partout.
Si c'est en ton pouvoir, fonde des intitutions charitables pour venir en aide aux étrangers malades. C'était une des plus louables coutumes de nos ancêtres : quand ils étaient riches, ils employaient une partie de leurs richesses à créer de pieux et charitables établissements. Dieu leur avait prodigué le superflu, et ils lui en témoignaient leur reconnaissance en lui en rendant une portion dans leurs testaments. Leurs cœurs pieux, qui appelaient Dieu le Père de tous, étaient ouverts à l'amour de leurs frères malheureux, et lorsque l'époque était venue, les indigents avaient leur part dans leur héritage.
Dans plusieurs pays, cette coutume généreuse, vraiment chrétienne, ne s'observe que rarement ; dans d'autres, elle est tombée complètement en désuétude. Nos ancêtres sont morts, et aujourd'hui escore des milliers de malades, soignés dans les éta-
blissements dus à leur charité, prient, dans l'effusion de leur reconnaissance, pour leurs bienfaiteurs inconnus qui dorment depuis longtemps dans la tombe. Les générations futures prieront-elles de môme pour nous? Hélas! riches et grands de la terre, les enfants de vos enfants regarderont d'un œil indifférent les mausolées de marbre que vous avez fait élever pour vous-mêmes. La frivole vanité qui vous fait rechercher le faste et la pompe jusque dans le tombeau leur arrachera un sourire dédaigneux. Une seule larme versée par la reconnaissance d'un pauvre malade, soulagé dans un établissement qui perpétue votre charité, même après votre mort, çût été plus précieuse que les pleurs mensongers simulés par le ciseau de l'artiste sur le visage de la statue de marbre qui orne votre sarcophage. Ces pleurs disparaîtront, tomberont en poussière avec la pierre dans laquelle ils sont taillés: la larme du pauvre. Dieu en tient compte dans le ciel.
Revenons à la bonne vieille coutume de nos pères ; sur notre lit de souffrance souvenons- nous de ces malades indigents qui n'ont personne pour leur donner les soins qu'on nous prodigue ; et concourons à adoucir leurs maux, même après que Dieu a mis fin aux nôtres.
Respecte, partout où elles frappent tes yeux, les
souffrances de ton frère malade. Si tu n'étais pas son ami auparavant , deviens-le alors qu'il souffre , et même, si tu as été son ennemi, va te réconcilier avec lui. S'il t'a offensé, va lui pardonner, afin qu'il se sépare de toi, et quitte la vie l'esprit content. Si tu lui as fourni quelque légitime sujet d'irritation, va implorer son pardon. Que personne n'emporte dans la tombe de ressentiment contre toi, et que dans l'éternité aucune amené se lève pour t'accuserl
Tôt ou tard tu peux être toi-même cloué sur un lit de souffrance. Alors nul baume, nul remède , ne sera aussi efi9cace pour calmer tes douleurs que la pensée qu'aucun de tes semblables n'a de grief contre toi, que plus d'un cœur aimant te suivra de ses soupirs et de ses regrets dans l'éternité, mais que pas une voix ne s'élèvera pour te maudire !
 l'heure de la souffrance, rends témoignage à ta foi Chrétienne par ta patience, par ta pieuse résignation à la volonté de ton Créateur, qui t'a toujours guidé, et ne cessera de te guider dans l'avenir comme par le passé. Manifeste ta foi en la Providence de Dieu par une confiance tranquille, une assurance calme, une courageuse abnégation. Ne désire pas ta dissolution, mais ne crains pas non plus le sommeil tranquille du trépas. Des millions d'hommes sont morts avant toi : des raillions d'hommes mourront
après toi ; telle est la loi Divine qui régit l'univers; et c'est pour le bonheur du monde. Toi-même tu es mort déjà bien souvent. Toutes les fois que tu t'es endormi tu as goûté de la mort, car elle n'est que le dernier sommeil. Ce n'est pas toi qui t'endors, ce n'est que ton corps. Ton âme ne dort pas, elle veille avec Dieu, elle vit près de Lui, elle s'élance vers des sphères plus fortunées, et elle rit de ses terreurs passées.
Suppose que ta maladie n'est pas mortelle, et que te doives en guérir. Est-ce done un si grand bonheur? Tu ne t'éloignes du tombeau qui s'ouvrait que pour en approcher de nouveau quelques années plus tard. Ton rêve terrestre sera prolongé de quelques instants, et ton entrée dans la gloire du monde meilleur qui t'attend, selon la promesse de Jésus, sera différée de quelques jours.
Même sur ton lit de souffrance, ne cesse pas tes œuvres de charité ; môme sur ton lit de souffrance, fais du bien sans relâche. Si tu as négligé d'en faire quand tu étais en bonne santé , fais-en maintenant qu'il en est temps encore. Qu'aucun jour de ta vie ne se passe sans un acte de charité Chrétienne : le souvenir de tes bonnes actions fera ton bonheur dans la mort.
Mais, malade ou plein de santé , le Chrétien est en tout temps i«*êt à échanger les biens temporels
pour ceux de réternité. Ce n*est pas que la pensée de la mort doive constamment absorber son esprit : non, ce serait de la folie que de g&ter par de tristes idées les nombreux biens dont nous comble ici-bas la main généreuse et bienfaisante de Dieu; mais vis comme si tu devais être enlevé de ce monde tout à coup et à rimproviste. Prépare ton àme, aân qu*elle soit prête au départ à chaque instant; meta ta maison en ordre, afin que lorsque la maladie et la mort viendront te surprendre, tu te trouves avoir rempli tous tes devoirs envers ceux qui dépendent de toi. Mets ta maison en ordre. Apporte en tout temps tant de soin et d*exactitude à tes affaires, que tes parents, quand ils te perdroat, n'aient pas à déplorer une double perte, — ^à supporter une double épreuve. Pendant que tu jouis de la santé, tu pourvois avec, une tendre sollicitude aux besoins de ta famille ; mais réfléchis un instant : aurait-elle les mômes ressources si, aujourd'hui même, un accident malencontreux venait subitement vous séparer, et si, demain, privée de ton appui, elle n'avait plus que ses yeux pour jdeurer! Ne te flatte pas de l'espérance qu'une longue et lente maladie te laisserale temps de régler tes affaires domestiques. Ne vois-tu pas chaque semaine des hommes moissonnés à la fleur de Tâge ? N'en vois-tu pas d'autres qu'une maladie prolongée a rendus tout à fait incapables de s'occuper d'aucune
affaire sérieuse et chez qui elle en a même étouffé le désir ?
On montre qu'on est vraiment Chrétien en se tenant toujours.prêt, toujours dispos dans toutes ses relations, soit comme habitant de la terre, soit comme appelé du royaume étemel. Le vrai Chrétien traverse la vie avec joie et sérénité , car il est à toute heure préparé à rendre ses comptes, en ce monde et dans Tautre.
Puissé-je lui ressembler, ô mon Dieu et mon Père ! Le Chrétien accompli est le plus grand des hommes ici-bas : il envisage avec le même calme le passé et l'avenir; Tun et l'autre lui présentent une égale .perspective de bonheur. C'est un véritable héros; car, tandis qu'il savoure avec reconnaissance les plaisirs de la vie dont tu l'as comblé, ô Père Tout- Puissant, son esprit habite déjà par anticipation les régions de l'éternité. Il est au-dessus de tous les événements, car aucun ne saurait le surprendre ; il est plus grand que le sort qui peut l'atteindre, car, plein de confiance en toi,!^ mon Dieu, son esprit plane au-dessus des choses de la terre.
Puissé-je devenir comme lui ! puisse ma mort enseigner aux autres comment il faut vivre ; et puisse ma vie leur enseigner à mourir avec joie ! Ainsi vécut, ainsi est mort mon Sauveur, Celui qui m'a conquis ma félicité céleste, Jésus, mon Divin
Maître. Il a été Tàmi fidèle des malades, leur conseiller, leur consolateur. Je veux l'imiter autant que mes faibles facultés me le permettront.
Oui, mon Père! sois mon soutien, mou consolateur dans la peine et le chagrin;— fais que la maladie elle-même pour moi se change en bien ; attire mon cœur, — tous les cœurs tristes qui saignent, au plus fort de leurs angoisses^ au moment où ils ont besoin de soulagement, vers Ton amour — et à Toi.
Jésus! mon cœur T'implore, — Oh! viens k mon secours^ car Tu es Celui qui guérit. Tu sais adoucir le mal le plus cruel; Tu tournes nos maladies mêmes en bénédiction. — Tu es notre refuge dans la détresse, et Ta vue tarit toujours nos larmes.
Je Te conserverai ma confiance et ma foi. OIi ! que jamais mon amour pour Toi ne se refroidisse, que je souffre ou que je jouisse de la santé, quel que soit mon sort. Aucune douleur ne peut ébranler mon esprit ; je me réjouis de souffrir pour Tamour de Toi. Mon cœur reconnaissant Te remercie des épreuves auxquelles Tu me soumets.