DEUXIÈME PARTIE
Si je mets ina coirtiiincc ou Dieu seul, si je «ens qu'il est mon seul bien, si mon cœur Lui reste fidèle jusqu%\ l'heure de ma mort, je ne eonnaltr^i plus la sonffmnco, je no sentirai plus qu'amour, dévotion, et ravissement.
Si mon âme est bénie en Lui, j'abandonne volontiers tous les autres biens; plein de foi, je veux poursuivre mon pèlerinage, je ne veux me lier qu'a mon Dieu. Je no redoute aucun des troubles, des orages de la terre, tant que je puis me reposer sur Lui,
Où je puis jouir do la vue de Dieu, là seulement est ma patrie ; tous les biens qu'il m'envoie de ce céleste séjour sont autant de gages qui prouvent mes droits ù y prendre place. C'est là que, renaissant à une vie nouvelle, à une seconde jeunesse, je retrouverai les parents et les amis que je pleure en vain depuis si longtemps.
( ROMAliNS V, 3.)
Oui, je le sais, je le crois, je le sens, je le vois dans tous les événements de ma vie, dans les iiesti-
jiées'diverafes de mes semblables, dans toutes les merveilles de \a nature, — ce temple éternel et sublime .de la Divinité, — que le Père des h(Mnmes, qui est tout amour, nous a créés, tous tant que nous sommes, enfants de la terre, pour le parfait bonheur, et que nous pouvons ici-bas avoir un avantgoût de la béatitude céleste ; mais que nos plaisirs, comme nos maux, ont leur source dans notre sein, qu'ils proviennent de nos vertus ou de nos vices.
De quel bonheur inexprimable doit jouir l'homme qui n'a rien à se reprocher dans aucune de ses relations sociales ; qui ne laisse troubler son esprit par aucune espèce de soins ou de soucis ; qui ne commet point d'excès ; qui sait maîtriser sa colère» et mettre de justes bornes à son affection ! Son àme est l'asile d'un calme auguste dont les hommes ordinaires peuvent à peine se faire une idée , — de ce calme qui est la véritable paix divine,
Avez^vous jamais passé une belle matinée de printemps au milieu des charmes de la nature renaissante? Vous vous promeniez seul à l'ombre des paisibles bocages, dont les rayons dorés du soleil éclairaient la tendre verdure ; la. douce haleine de l'aurore agitait les herbes de la praMe ; les innombrables fleurs semblaient trembler sur leurs tiges; les gouttes de If rosée étincelaient xîomme dés
larmes de joie versées par le ciel, ému de la sainteté et de la bonté da Créateur ; Técho répétldt le murmure solennel de la cascade qui se précipitait avec fracas de la cime du rocher, de la rivière qui coulait paisiblement dans son lit, et de la forêt dont le vent balançait les arbres sur la colline ; au-dessus de votre tête et à vos pieds, Tair retentissait du chant merveilleux des oiseaux et du bourdonnement* des insectes ; — oh ! que ressentiez-vous en ce moment ? N'éprouviez-vous pas un ravissement inexprimable? Vous respiriez à pleins poumons, votre corps semblait plus étliéré ; vous auriez voulu joindre vos accents à ceux qui remplissaient les airs, mêler vos larmes à celles tombées du ciel; vous auriez voulu avoir des ailes pour vous élancer à travers Tempyrée, vous enfoncer dans les vertes solitudes des forêts, ou vous perdre dans la brume bleuâtre qui voilait à vos yeux un horizon lointain et inconnu. Vous auriez voulu embrasser le monde entier dans votre amour.
Vous êtes-vous jamais couché sur le sommet d'une montagne, d'où votre vue pouvait contempler un vastç paysage qui se déroulait à vos pieds avec ses champs et tes chaumières àams le calme et le silence? Une tranquillité parfaite régnait aussi dans votre coBfar. Vous oubliiez tout le tracas des affidres domestiques; mcxok ehi^in M pesait sur votre
espnt , aucun souvenir pénible ne gâtait la salutaire sérénité de votre cœur, aucune passion n'osait venir troubler la paix de votre àme, et une voix intérieure vous disait : « Oh ! que je serais heureux si je pouvais demeurer toujours dans cet état ! « Ce que vous ressentiez était un avant- goût passager du ciel, tel qu'il en est quelquefois accordé même à des ■ esprits inquiets, passionnés, afin qu'ils se recueillent et réfléchissent sérieusement au moyen de rendre durables ce calme et cette félicité. Ce que vous ressentiez alors, c'était la paix de Dieu, que les hommes vertueux et sages, les vrais disciples du Christ, goûtent même au milieu des plus grandes tribulations, au-dessus desquelles elle les élève. Dans les moments dont nous venons de parler vous étiez heureux, parce que vous saviez vous oublier vousmême, parce que vous étiez exempt des désirs mondains qui ont repris possession de vous, une fois rentré dans votre demeure. Mais malheur à celui qui, pour jouir entièrement de la vie, doit s'oublier lui-même! C'est une preuve que son cœur est bourrelé par le remords de bien des fautes, ou qu'il est oppressé par des désirs non satisfaits, les déboires qu'il s'est attirés par sa vanité, sa frivolité, sa convoitise, ou d'autres passions impures ; ou que la sagesse n'est la règle ni de ses actions ni de ses jouissances ; mais qu'il se laisse dévorer par mille inquiétudes vaines
et mesquines, et se crée des chagrins dont il finira par reconnaître l'inanité.
Le vrai disciple d^ Jésus n'a jamais besoin de s'oublier pour trouver la sérénité intérieure de Tàme. Au contraire, c'est quand il descend en luimême et sonde ses rapports>«vec le Père de toute vie, qu'il se sent le plus heureux. Le présent peut avoir ses orages, mais l'avenir n'en paraît que plus riant et plus brillant à ses yeux. Il vit en Dieu, et Dieu vit en lui. Qu'il soit dans la grandeur ou dans une humble position, dans la richesse ou dans la pauvreté ; que le monde lui prodigue ses louanges ou l'accable de sa réprobation, cela lui est indifférent; car la source de son bonheur ne se trouve point dans le monde extérieur, mais au dedans de lui-même. Et il vit en Dieu, et Dieu vit en lui. Et « bienheureux sont ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu ; » ils le voient même déjà sur cette terre, où ils ont un avant-goût de la béatitude Céleste.
Presque tous les âges de la vie humaine ont leurs instants divins, pendant lesquels le mortel se sent en quelque sorte élevé involontairement au-dessus de lui-même. La véritable source du bonheur ne consiste ni dans ce que nous possédons ou gagnons, ni dans le boire ou le manger, ni dans le luxe des vêtements, ni dans l'opinion que les hommes ont de nous, mais dans la pureté du cœur.
As-tn VU Tinnocence persécutée échapper à ses bourreaux ? as-tu vu un homme de bien et de mérite, longtemps méconnu et calomnié, triompher des accusations de ses ennemis, et recevoir les témoignages d'estime du monde revenu de son injustice ? ou as-tu lu quelque histoire de ce genre? Te rap^ pelles-tu l'émotion dont cette réhabilitation de l'innocence opprimée a fait battre ton cœur; la joie sereine qui s'est emparée de toi, comme s'il se fût agi de ta propre justification ; les larmes de muette satisfaction que te fit répandre le bonheur de la vertu enfin récompensée ? Tu as alors partagé avec celui dont l'innocence était reconnue un avant-goût du Ciel. La joie que tu éprouvais avait sa source dans les sentiments vertueux dont tu étais doué toimême. C'étaient les germes du vrai bonheur qui s'agitaient au dedans de toi ; c'était la source de ta félicité étemelle qui commençait à jaillir. Hélas ! pourquoi en as-tu arrêté le cours, en l'obstruant, en y jetant la fange des désirs impurs et des basses inquiétudes ? Pourquoi n'avoir pas fait tous tes efforts pour résister désormais aux vils penchants, et n'avoir pas pris la résolution de rester tel que tu étais dans ces courts moments d'émotion, de conserver cette dignité, cette élévation de sentiments?
L'enfance a son Éden. L'adolescence a ses heures de Para.dis. Dans les autees âges, l'homme voit de
temps en temps un rayon de lumière, échappé à un monde meilleur, éclairer le sentier de sa vie et la poussière au milieu de laquelle il se meut. Ce rayon, c'est un ayant-goût du Ciel, comme la Providence en envoie parfois aux pauvres mortels pour les stimuler à rechercher ce qui peut seul rendre durable une pareille félicité.
Âs-tu idée des sentiments qui animent une mère à la vue de son enfant qui lui sourit, dont la fraîcheur a l'éclat de la beauté et de la grâce ? Dans le transport d'un saint et muet attendrissement, elle se penche sur cet ange de sa vie, dont elle semble, dans ses baisers, aspirer l'àme pure vers la sienne ? As-tu l'idée du bonheur d'un père, la première fois qu'il contemple le nouveau-né qui lui doit l'existence, la première fois que l'enfant lui sourit, la première fois qu'un mot s'échappe des lèvres bégayantes du joyeux bambin, lorsqu'il le voit croître en santé, en activité, et en vertu? Non, il ne changerait pas les délices de ces moments célestes pour tous les trésors du monde ! La mère, elle aussi, est profondément émue : « Enlevez-moi tout le reste, n s'écrie-t-elle, «4 je n'en serai pas moins heureuse ! »» Une Reine peut être misérable, et une mendiante fortunée à un point qu'on ne peut mesurer.
De psu'eils sentiments sont les vibrations des cordes les plus délicates du cœur. Hélas \ pourquoi
négligeons-nous si souvent de les faire vibrer! Quelle puissance irrésistible et secrète nous entraine tous vers le monde enchanteur de nos premières années? Pourquoi la vue d'un enfant touche-t-elle le cœur du barbare et captive-t-elle celui de l'étranger ? C'est la naïve candeur , la douce innocence, la grâce séduisante de l'enfance, qui nous charment. C'est la pureté sans tache de la nature angélique ; c'est le vague espoir d'un brillant avenir pour l'enfant, appelé ajuste titre à mériter les hommages du monde, — s'il sait conserver sa pureté et ses vertus dans les autres âges de sa vie. Chez l'enfant, nous respectons la sainteté vierge du cœur, que nul pressentiment du ma,l n'a encore souillé. Ce n'est pas la forme extérieure, la chair et le sang qui excitent notre amour et notre admiration ; c'est cette inno cence, cette pureté , cette ' expression Divine qui respirent dans Tœil candide et ouvert du jeune être, qui se reflètent sur son doux et franc visage. C'est le sentiment de la vertu inné chez nous , qui , à notre insu, nous anime en de pareils moments. La société de ces innocentes petites créatures nous rend nousmêmes plus innocents, plus nobles et plus sages ; nous rougissons de leur laisser voir toutes nos imperfections, et l'homme qui n'a pas le courage de se corriger de ses défauts essaye au moins de les cacher. En vérité, nous avons souvent plus à apprendre.
UN AVANT-aOUT DU CIEL. 121
SOUS le rapport de la sagesse et de la bonté, dans la société des enfants que dans celle des personnages les plus habiles de notre connaissance « Laissez venir à moi les petits enfants, »» a dit Jésus ; « car le Royaume des Cieux est à eux. »»
L'expérience de tous les âges prouve donc évidemment que la plus grande somme de bonheur dont rhonune est susceptible ne dépend pas du plus ou du moins qu'il possède, mais de la pureté du cœur. Les moments où son bonheur est à son comble sont toujours ceux où l'amour de la vertu se réveille avec le plus de force dans soi àme. Dans ces moments-^Ji, il est bon, il s'élève au-dessus de Tégoïsme, de la méchanceté, de la fourberie, des désirs impurs. Dans ces moments-là, il partage volontiers ses biens avec le pauvre ; il ferait volontiers le bonheur du monde entier, si cela dépendait de lui; il pardonne à son ennemi mortel, et son amour embrasse tout le genre humain.
C'est l'influence de la vertu qui le domine et rend témoignage à la vérité de cette promesse faite par Jésus : u Bienheureux ceux qui ont le cœur pur y car ils verront Dieu, »
Conserve la pureté du cœur, et dans ton sein jailliront toutes les sources de la béatitude céleste, et tu jouiras constamment de cet avant-goût du Ciel qui jusqu'à ce jour n'a été ton partage que dans les
moments les plus favorisés de ton existence. Ces moments ont été les plus heureux de ta vie, simplement parce que, tant qulls ont duré, tu as été meilleur. Pourquoi n'es-tu pas resté ce que tu étais alors ? Pourquoi es-tu devenu infidèle à toi-mômo? Tu as été infidèle à toi-même ente soumettant de nouveau à Tempire du monde extérieur , en lui demandant des plaisirs qu'il ne peut donner. Tu es volontairement devenu infidèle à toi-même, parce que tu n'as plus veillé à être ton propre maître, et que tu as préféré subir le joug de choses qui ne pouvaient nullement te procm >r la paix de l'esprit. Tu t'abandoni;ies à des inquiet des excessives pour tes intérêts mondains, oubliant c^ue c'est la situation de ton âme qui est l'aflaire essentielle de la vie, et que, lorsqu'elle n'est pas ce qu'elle doit être, honneurs, plaisirs, richesse, luxe, pompes et grandeurs, rien n'est capable de te rendre heureux. Semblable à un insensé, tu sacrifies la vie pour la mort, la paix de l'esprit pour une inquiétude perpétuelle, la joie du cœur pour la tristesse, le calme d'une conscience pure pour les tortures du remords, la fierté de l'indépendance pour la honte de l'esclavage, la sécurité pour des terreurs sans fin. Peut-être as-tu souvent adressé au Ciel cette prière : « 0 Dieu, donnemoi la pureté du cœur, et que Ton Saint-Esprit m'inspire! »» Mais, à peine ta prière terminée, tu
t'emportais de noayeau contre ton frère, ton hypocrisie trompait sans scrupule ton prochain sans défiance, tu refusais aide et consolation à un malheureux en proie à la soufirance, tu te remettais à amasser de l'argent par des moyens illicites, tu laissais la jalousie remplir ton cœur de haine et de malveillance. Et que t'ont valu jusqu'ici tes nombreuses inquiétudes? Peut-être des infirmités corporelles qui t'empêchent de jouir des autres avants^es que tu peux posséder; peut-être quelques richesses de plus, mais peut-être aussi moins de bonheur que lorsque tu possédais moins de biens terrestres; peut-être un emploi honorable qui t'expose aux attaques malveillantes de l'envie, et t'accable de responsabilités et de soucis. Est-ce là un avant-goût du Ciel? De tels gains sont-ils comparables au bonheur dont tu jouissais dans ces heures fortunées où tu ne possédais aucun de ces biens, il est vrai, mais où tu possédais un cœur pur, et un esprit libre et exempt de crainte?
Celui qui possède le parfait bonheur en lui-même ne convoite point d'autres plaisirs, et ne demande qu'à rester toujours tel qu'il est. Si les circonstances extérieures rendent l'homme heureux , pourquoi donc le voyons-nous sans relâche, lors même qu'il a touché le but qu'il désirait, soupirer après quelque chose de mieux, après quelque objet différent ouuou*
veau ? Pourquoi donc court-il sans cesse à la recherche du bonheur, comme Tenfant qui poursuit les brillantes couleurs de Tarc-en-ciel, sans jamais pouvoir y atteindre?
Arrête, interroge - toi , réifléchis aux heures célestes dont tu as joui dans le cours de ta vie, et aux causes qui te les ont procurées. Ce n'est ni à la grandeur, ni à la richesse, ni k la magnificence de tes vêtements, ni à la délicatesse de ta table, que tu en as été redevable, mais à la pureté de ton cœur. Tu étais alors un homme meilleur; c'est pourquoi tout ce qui t'entourait était meilleur aussi. Quitte la fausse route que tu as prise, et qui ne saurait te conduire au bonheur, et travaille de nouveau à rentrer dans la seule voie qui puisse te ramener vers ton paradis.
. Vis en Dieu dans toute la pureté de l'enfance. Ne te laisse jaûais trop absorber par les préoccupations mondaines. Fais ton devoir , garde ta conscience libre ; pour tout le reste, mets ta confiance en Celui qui sait mieux que nous ce qu'il nous faut. Extirpe de ton cœur tes défauts et tes mauvais penchants ; dans ton enfonce, tu ne les avais pas, voilà pourquoi tu étais plus heureux qu'aujourd'hui. Ayant tout renonce aux désirs qui troublent le plus ta tranquillité ; combats avec une ferme persévérance ces dé£etuts de caractère et de conduite qui sont la
source principale de tes inquiétades. Uhomme exerce, lorsqu'il le veut, un grand empire sur luimême. Ne songe pas à satisfaire tes penchants ; mais, chaque jour de ta vie, ne perds pas de vue le bien que tu peux faire aux autres. Réclame tes droits; mais, d'un autre côté, ne fais pas le moindre tort è personne. Pour continuer à devenir meilleur, étudie assidûment les préceptes de Jésus, et inspire-toi de son esprit. Ils te révéleront la souveraine sagesse et le chemin qui doit te ramener au Paradis que tu as perdu. Là tu retrouveras ton Dieu ; et, au milieu même des plus rudes épreuves de la vie, tu goûteras une paix, une félicité intérieures, que nul mortel ne pourra jamais t'enlever. « Bienheureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu ! »»
Dieu étemel et miséricordieux, Amour intarissable. Père de l'univers, mon Père ! auprès de Ta possession, tous les biens de la vie ne sont qu'ombres vaines et chimères. Pourvu que je Te possède, je marcherai sans crainte à travers les ténèbres comme à la lumière, et je suivrai mon chemin sans chanceler, sans être ébranlé par les menaces de la misère et de la mort. Si je Te possède, je serai assez riche, dussé-je manquer de tous les biens qui constituent la richesse ici-bas ; je m'estimerai assez haut placé, malgré le mépris et le dédain du monde ; je serai assez fort, quoique des milliers d'ennemis aient
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conjuré ma ruine; je supporterai, impassible et sans faiblir, les malheurs qui pourront m*accabler, la perte de tous mes biens terrestres. Pourvu que je Te possède, la mort même ne saurait me rayir ma joie, dût-elle séparer de mon cœur saignant les âmes qui me sont le plus chères. Oui, la mort est T(m messager, un ange que Tu nous envoies pour nous remmener vers Toi, et dans le sein de Ton amour je retrouverai les êtres que je regrette. En te possédant, je possède tout! Ainsi soit-ill
Le Seigneur est Roi! Son règne eatéterneL— Le Seigneur est Dieu! 11 u*a ni commencement ni fin ; — 11 est Celui qui a été, qui est et qui sera. Qui est-ce qui osera changer ce qu*il a ordonné? L'uniyers repose dans Sa main, ~ il s^écrouleraitsi cet appui venait k lui ujanquer; — cependant le globe terrestre continue chaque jour de rouler rég^èrement dans Pocéan infini de Tair, sans que rien vienne en troubler la marche ni en altérer la beauté.
Jusques à quand, nations, mettrez-Tcms Sa patience à l'épreuve et braverez -vous Son courroux? Grains de poucsiëre, semés sur la terre,— Son amour vous épargne;— combien de tenipa s'éconlera-t-il avant que Sa colère no vous réduise en cendres? Il est tout -puissant, et pourtant vous faites fi de Sa puissance; vous Le méconnaissez.— Père et Juge à la fois, Usait frapper , malgré Son immense miséricorde ;— la terre ne subsiste que par Sa volonté I et vous aussi, vous qui Le méprisez! cependant Sa clémence diffère encore le châtiment.
(I. Corinthiens 3rai. 12-13.)
Quel baimonieux accord entre le Bi^u qui nous éblouit dan» les Célestes révélations de Jésus» et le
Dieu admirable qui manifeste Sa Majesté à tous les peuples, à tous les siècles, dans la magnificence et dans la grandeur si variées de la nature ! Il nous* apparaît grand et mystérieux dans Son action sur le monde des esprits, comme dans l'harmonie des myriades de mondes flamboyants qui se meuvent éternellement dans leurs orbites respectifs, sans jamais s'écarter de la route qui leur est tracée, sans jamais se choquer les uns avec les autres. Dieu règne plein de miséricorde dans le royaume des esprits immortels, où Son verbe, qui répand le bonheur, pénètre tous les êtres, où Sa justice gouverne ; Il règne aussi plein de miséricorde dans ce monde sublunaire, où son amour s'étend jusqu'à -a plus humble créature. Plus je médite et approfondis les révélations du Fils Éternel de Dieu, et plus je me plonge dans la contemplation de la création; plus je me sens rapproché de Dieu, et plus je suis convaincu que cette œuvre infinie n'est pas simplement le produit d'un travail mécanique. Dans toutes les formes de notre monde sublunàire, quoique le jeu de toutes les forces occultes et mystérieuses soit caché, tout ne nous en révèle pas moins une Volonté pleine de Toute- Puissance, une Toute-Puissance pleine de Sagesse, une Sagesse pleine de Sainteté et d'Amour : — à ces traits je reconnais Dieu ! Mais la nature de Dieu est insondable. Un Dieu dont je pourrais définir la
LE MONDE, MIROIR DE l'ÉTERNITÉ. 129
nature ne serait pas Dieu ; car la nature même de mon âme est une sombre énigme pour moi. Ne cherche pas à connaître en quoi consiste l'essence de cet Être Divin, car l'essence même de la plus chétive créature sortie de Ses mains est pour toi un mystère impénétrable. Mortel téméraire, plus tu regardes fixement la lumière éblouissante du soleil, plus son éclat t'aveugle et te brûle les yeux.
u Nos connaissances ici-bas sont bornées, »» dit Saint Paul, le sage disciple de Jésus; « nous ne voyons Dieu maintenant que comme dans un miroir ou une énigme , mais alors nous le verrons face à face ; je ne le connais maintenant qu'imparfaitement, mais alors je le connaîtrai comme je suis moi-même connu de lui. Maintenant la foi , Tespérance et la charité demeurent, mais entre elles la charité est la plus excellente. » (I. Corinthiens xiii. 12-13.) " Oui, ce monde qui nous est assigné pour demeure passagère est à mes yeux comme un obscur miroir de l'éternité. Je vois ici et imparfaitement en partie ce que je verrai un jour avec ravissement dans sa merveilleuse perfection et son intégrité. Les espérances que je forme ici-bas s'accompliront là-haut; ce qui n'est ici qu'un vague et sombre symbole deviendra ailleurs une brillante réalité, et le Dieu de Vie, dans toute Sa gloire dont je ne vois ici qu'un pâle reflet , Se révélera à ««la vue dans toute Sa
splendeur, alors que mon âme immortelle s'épanouira en Lui et se plongera dans les flots de la béatitude céleste.
Le monde est pour moi un obscur miroir de l'éternité, dans lequel ma vue se repaît et dans lequel j'aperçois dejpetites échappées qui me font présager le spectacle dont je jouirai un jour dans une vie plus parfaite. Car dans la création Divine règne une unité harmonieuse que rien n'interrompt; tout se tient, tout s'enchaîne ; il n'y a point de solution de continuité. Il ne manque aucun anneau à la chaîne de l'immense univers.
L'existence présente et l'existence future, la vie et l'éternité ne font qu'UN, ne forment qu'UN TOUT, un ensemble sans interruption. Si mon œil était assez fort, assez perçant, dans la graine ténue, qu'un brin d'herbe suffit pour cacher, je découvrirais larbre colossal qui , au bout d'un certain nombre d'années, couvrira toute une vallée de son ombrage. Dans toute chose il y a développement et progrès.
Dieu a répandu dans toute l'étendue du vaste uni • vers un principe de vie, une vitalité secrète. Cette force, qui anime tout, se manifeste de toutes parts, et cependant il est rare que nous y fassions attention. Elle répare et refait constamment tout ce qui tombe en dissolution ; elle agit avec une énergie extraordinaire dans le germe le plus caché de chaque graine ,
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elle tire sa nourriture de tous les éléments, attire à elle la poussière des siècles , lui communique la -vie et produit une plante nouvelle, dont la beauté nous charme au printemps , dont les radieuses couleurs éblouissent nos yeux, dont le parfum nous enchante, ou dont les fruits nous fournissent une nourriture délicieuse.
Cette force vitale réside dans toutes les parties de la nature animale : à peine une partie est-elle séparée du tout , qu'au milieu de sa dissolution une vie nouvelle commence à se développer.
Ce principe de vie anime également notre substance terrestre. Cette force merveilleuse, répandue dans tout l'univers, agit dans chaque molécule corporelle. Elle est au service de notre àme, tant que celle-ci habite notre corps. C'est pour les besoins de Tàme qu'elle donne la sensibilité aux tissus nerveux Içs plus délicats , et qu'elle fait couler le sang à travers . le labyrinthe des artères et des veines ; c'est pour les besoins de l'àme qu'elle puise sa nourriture dans les éléments, donne à l'œil son éclat, aspire le parfum des fleurs , et porte les sons du monde extérieur jusque dans les replis les plus profonds de notre être.
Cependant, lorsque l'essence immortelle qui glt en nous se dépouille de son enveloppe terrestre ; lorsque le principe pensant, agissant, libre, spon-
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tané qui vit en nous, assujetti à ses propres lois, et que nous nommons notre esprit, notre moi, se sépare du corps, la force vitale cesse de fonctionner, et le corps périt.
Mais, de même que ces forces vitales trouvent toujours de nouveaux éléments à façonner, à modeler sous des formes nouvelles, de même la plus noble de toutes, l'esprit immortel, dès qu'il renaît à la liberté, à la béatitude, à l'éternité, revêt une nouvelle enveloppe. Il ne dort ni ne meurt quand son premier corps rentre dans la poussière ; il ne manquera pas de trouver un nouveau voile pour se parer, lorsqu'il sera appelé peut-être àjouer unrôle plus glorieux, plus parfait dans la sphère de la vie éternelle. Il doit en être ainsi, — car rien nejyérit. Qu'est-ce que la mort, si ce n'est une transformation ? La fleur morte se transforme en poussière, et la poussière contribue bientôt à former, d'autres fleurs. La force vitale occulte qui fonctionne conformément aux lois éternelles de Dieu ne cesse jamais d'agir; il en est de même de l'esprit libre de l'homme, affranchi de son enveloppe terrestre. Donc ce monde est pour nous un pâle miroir de l'éternité.
Quel œil peut mesurer l'immensité de l'univers, œuvre de Dieu? Avec le plus parfait des télescopes, l'astronome ne saurait parvenir à en découvrir les limites. Par delà tous ces astres, tous ces mondes
que rinstrument nous dévoile, nous apercevons les faibles lueurs d'une pâle lumière, indice de contrées inconnues encore, plus éloignées de nous dans Timmensité de l'espace, reflet d'astres situés à une distance plus incommensurable encore dans les régions de Tinfini, qui resteront sans doute éternellement inaccessibles à l'œil de l'homme.
On a calculé la rapidité prodigieuse avec laquelle nous parvient la lumière ; on a mesuré les distances respectives qui existent entre le soleil et les planètes qui gravitent autour de lui, et lui empruntent leur lumière ; mais les mots et les chiffres nous manquent pour indiquer les distances, les positions de la plupart des constellations. Certaines étoiles que nous voyons briller dans les cieux, parce que leur lumière tombe directement sur nous à travers les espaces incommensurables, peuvent avoir été longtemps éteintes. Il peut exister, à un éloignement incalculable de notre globe, de nouveaux soleils, que nous ne voyons pas, parce que la lumière dont ils sont le foyer n'a pas encore eu le temps d'arriver jusqu'à nous. Telle est l'immensité de l'univers ! — r Que dis-je? non pas de l'univers, mais seulement de la faible partie de l'univers qu'il nous est possible d'apercevoir de la terre ; et cette faible fraction, suivant les suppositions des astronomes les plus distingués, est loin du centre glorieux au-
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tour duquel se meuvent les mondes. La terre, le soleil, une multitude d'étoiles, flottent dans le vaste océan de l'espace, et opèrent leur révolution autour d'un soleil plus grand qui reste caché à nos débiles regards. Le globe que nous habitons parcourt dans l'espace quinze mille milles par heure,, et trois cent cinquante-cinq mille milles par jour. Chaque heure, chaque jour, le soleil, avec ses onze planètes (qui sont autant de mondes comme le nôtre) et les dix-huit lunes (que nous ne pouvons voir toutes à l'œil nu) qui appartiennent à son système,, se meuvent également avec une rapidité inconcevable, sans que nous soyons capables de nous en apercevoir. Les distances qui séparent ces mondes faisant partie d'un seul et même système sont tellement incommensurables, que, même après un siècle d'observations, nous sommes à peine en état dé découvrir leur mouvement autour d'un autre soleil — qui nous est totalement inconnu.
Ces sphères sans nombre, qui presque toutes sont infiniment plus grandes que le globe que nous habitons, ont entre^elles d'intimes rapports, malgré les distances énormes qui les séparent. Semblables par leur forme, elles se communiquent mutuellement la lumière qu'elles projettent, et qui est sans doute la même que celle qui éclate dans la foudre, et brille dans l'Aurore Boréale.
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Hélas! qu'est le plus beau chef-d'œuvre fait par le premier des artistes mortels, comparé à cet immense et merveilleux univers où règne Dieu ! Et tous ces mondes forment une unité, — un système complet dont toutes les parties sont intimement liées ensemble ! Du fond de ces distances incommensurables, ces mondes agissent les uns sur les autres. La lune règle le flux et le reflux des mers, et influe sur la température de notre globe ; de même notre terre subit l'influence du 'soleil, qui tient sous sa dépendance toutes les sphères qui flottent dans l'espace à une distance de plusieurs centaines de millions de lieues. Ces mondes innombrables exercent constamment une influence réciproque les uns sur les autres, reliés entre eux à l'aide d'une matière que nous ne connaissons pas, et que, sans doute, nous ne connaîtrons jamais. Ainsi les mondes ne forment qu'un tout, unis par la Main Toute-Puissante de la Majesté Divine ! Ainsi cette terre, quelque faible partie que j'en connaisse, est pour moi un pâle miroir de l'éternité ! Et moi je vis dans cet océan infini de l'univers où rien n'est jamais anéanti. Comme tout ce qui en fait partie, je ne cesse d'y exister. J'habite aussi l'édifice Divin; et je puis appeler mon Père le Très-Haut, dont le souffle anime des myriades de soleils! Oui, mon Père! sur cette terre, comme dans le monde à venir, je suis dans les limites de l'éter-
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nité! Il n'y a pas de différence, car tous les mondes ne forment qu'un seul univers ; les heures, les 'années qui passent ici-bas sur ma tète sont des fractions de l'éternité, des gouttes d'eau dans son immense océan ; elles sont inséparables.
Lorsque les observations des astronomes et des physiciens les plus distingués m'apprennent que le volume du soleil surpasse quinze cent mille fois celui de notre globe ; que le soleil est probablement composé de terres et de rochers semblables à ceux de notre sphère ; qu'à sa surface apparaissent de vraies montagnes et de vraies vallées ; que cet astre n'est pas, comme il nous semble l'être, un globe de feu resplendissant, mais qu'il est environné d'une vapeur lumineuse indéfinissable, comme notre terre est plongée dans les nuages ; — ou lorsque des télescopes de moyenne force m'aident à découvrir à la surface de la lune des chaînes entières de montagnes et des vallées de formes étranges, entrecoupées de taches noires, qu'on suppose être des océans et des plaines; — ou lorsque j'entends dire que, dans la sphère que nous appelons l'étoile du matin ou rétoile du soir, on a découvert des montagnrî surpassant les nôtres, un saint frémissement me saisit, mon esprit est frappé de vertige à la vue de rim< mensité incompréhensible et de la structure merveilleuse de l'univers dans lequel j'aperçois une
LE MONDE, MIROIR DE l'ÉTERNITÉ. 137
ûiaJtitude de globes semWables au nôtre, et probablement — que dis-jeî — certainement, habités comme le nôtre par des êtres vivants, par des êtres dont les plus nobles reconnaissent Dieu et chantent ses louanges — hélas ! avec plus de sincérité sans doute, et d'une manière plus digne que je ne le fais.
Alors je vois le monde comme dans un miroir
terni; alors je m'élève jusqu'à des sentiments que
je n'ai jamais éprouvés encore ; alors j'ai conscience
^ appartenir non-seulement à cette terre, à cette
^® éphémère, insignifiante, mais aussi à d'autres
^^ndes en rapport avec celui que j'habite aujour-
^^i ; que j'ai, dans des régions de ce vaste univers,
^é^s à des distances incommensurables, des frères
y "s parfaits et plus heureux que moi. Les paroles
^ ^^anquent. Mes pensées sont confuses. Il me
^^Xe avoir un pressentiment de l'infini. Je suis
^%^é au sein de l'éternité. Je m'abîme dans ses
^Ifcles profondeurs !
^^elles formes multiples et variées ne doit pas ^ ^tîr la vie, l'existence, dans ces vastes mondes ^ ^ Veulent avec tant de majesté à travers l'espace ! , ^île échelle ascendante de perfection et de bon- ^^ alFant de plus en plus croissants, dont, pauvre ^^tel que je suis, je ne puis lùe former une idée, ^^e incomplète! Déjà sur terre je discerne et
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admire la variété infinie qui caractérise les grandes et les petites choses. Déjà sur terre j'observe d'étranges inégalités. Quelle diversité de puissance, d'intelligence et de sensibilité, rien que parmi les animaux! Quelle misérable créature que le coquillage attaché au rocher qui borde la mer, en comparaison de la mouche aux ailes dorées qui parcourt, en voltigeant, l'atmosphère embaumée du printemps! Quel rang élevé occupent dans la création l'élér phant, doué d'une si subtile sagacité, le cheval, si intelligent, et le chien, ce fidèle ami de l'homme, en comparaison d'autres animaux d'une espace plus grossière ! Et qu'est-ce que l'instinct de l'animal si on le compare à la raison de l'homme? Or, pouvonsnous supposer que, pour avoir donné l'existence à l'homme, la puissance créative du Maître de toutes choses ait été épuisée? Pouvons-nous supposer que* l'homme soit le plus parfait de tous les êtres créés dans l'univers, parce qu'il est l'être le plus noble et le plus parfait du globe qu'il habite ? Qu'est-ce que notre terre? C'est une des plus petites planètes du firmament. Le soleil même qui nous éclaire, quoiqu'il soit un million et demi de fois plus gros que la terre, n'est qu'un des plus petits astres, si on le compare aux soleils qui, situés à des distances qu'il n'est donné à aucun mortel de pouvoir calculer, nous apparaissent cependant comme des étoiles
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de première grandeur. A en juger par les proportions comparatives des corps célestes, l'homme doit être l'une des plus chétives et des plus insignifiantes des créatures sorties de la main de Dieu ; il existe dans l'infini de la création, dans les profondeurs de l'éternité, des êtres d'une nature bien supérieure à la nôtre, devant lesquels nous ne devons paraître que comme la poussière que nous foulons aux pieds, et dont la sagesse, la sainteté, la perfection, et le bonheur surpassent les nôtres autant que notre sagesse, notre sainteté, et notre bonheur surpassent ceux du ver rampant que nous écrasons sans le voir. Oui, il y a des créatures, d'une nature plus élevée que la mienne, bien ,plus saintes et bien plus parfaites que moi, qui, comme moi, adressent leurs prières au Très-Haut. La révélation les qualifie d'anges, d'esprits Célestes, de Chérubins, et de Séraphins. Il y a des mondes supérieurs au nôtre. L'immense univers renferme des habitants auprès desquels je ne suis rien, à proprement parler. Et quand bien même la révélation ne m'eût pas enseigné cette vérité, je l'aurais apprise par les observations que j'ai faites ici-bas. Oui, assurément, le monde est pour moi le miroir de l'éternité, et quoique ce ne goit qu'un terne et pâle miroir, les images qu'il reflète sont assez vives pour m' émouvoir jusqu'au fond de l'àme.
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Ce n'est qu'un miroir obscur ; cependant que de choses j'y vois! Ici-bas ma perfection n'est qu'imparfaite, cependant combien elle est étendue dans son imperfection ! Quand mon esprit se perd dans l'infini des créations Divines, je sens ma petitesse, mon néant; en même temps cependant un noble orgueil, une douce sensation s'empare de moi, quand je pensé que je suis digne aussi du Dieu, Créateur de l'univers ; et qu'un principe Divin vit et pense en moi !
Ah! que je souffre, lorsque, de cette hauteur sublime, où j'ai comme un pressentiment de Dieu, je jette un regard sur ma vie passée! Hélas! qu'aijeété? qu'ai-je fait? Les peines que j'ai éprouvées se sont-elles plus rapprochées de celles qui peuvent affliger les anges ou de celles qui sont naturelles à la brute? Me suis-je plus attaché à rechercher la sublime et profonde sérénité que trouve le séraphin dans la conscience de sa perfection et de sa sainteté, qu'à satisfaire les désirs se;isuels de mon corps, et les passions grossières que je partage avec les animaux d'un ordre inférieur ?
Je baisse les yeux, en rougissant, devant le juge incorruptible qui réside en moi, devant TOmniscience du Dieu de Sainteté. Je voudrais me cacher, — je voudrais dérober à tous les yeux le cours entier de ma vie! car j'ai regardé dans le pâle
LE MONDE, MIROIR DE l'ÉTERNITK. H1
miroir de Tétemité, mais je n'ai pas été touché de ce que j'ai vu. J'ai, par intuition, le pressentiment qu'une plus noble destinée m'attend et que je dois faire tous mes efforts pendant ma vie terrestre pour l'obtenir; mais, au lieu de m'élever au-dessus de ce monde et d'atteindre à la sphère des anges, je me suis vautré dans la fange de la vie animale. Je n'ai pris soin que de mon corps ; je ne me suis préoccupé que du boire et du manger; j'ai tendu les mains, avec une folle puérilité, vers les pompes et les magnificences de ce monde, aussi vaines que la poussière ; j'ai négligé la véritable partie de moimême, celle qui constitue réellement mon essence ; je n'ai pas vécu pour mon âme, mais pour mon corps périssable, qui ne m'appartient que passagèrement. J'ai contemplé le pâle reflet de l'éternité; mais, semblable à la brute dont la tête est penchée vers la terre, je n'ai jamais levé les yeux vers le ciel. Les applaudissements des hommes, quelque frivoles et de courte durée qu'ils soient, ont eu pour moi plus de prix que la gloire de me rendre digne de Dieu et d'une destinée éternelle. Hélas 1 à quel point aije été insensé ! Combien je suis méprisable à mes propres yeux! « Soyez parfaits comme votre Père qui est dans les Cieux est parfait ! »» nous as-Tu dit, ô Toi, Jésus-Christ, mon saint et Divin Maître, qui as rempli le monde spirituel de Ta lumière, qui
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n'était pas de ce monde. Malheur à moi! j'ai entendu Ta voix, ô fidèle pasteur des hommes, mais je n'ai pas répondu à Ton appel !
Hélas ! ma volonté, comme mon intelligence, est incomplète et imparfaite. Mais elle est destinée à demeurer telle qu'elle est ! Deviendrai-je plus imparfait que je ne suis? dois-je être précipité du rang que j'occupe maintenant sur l'échelle des êtres créés par Dieu ? Eternité ! Eternité ! en toi réside l'amour Eternel; mais malheur à moi! pécheur que je suis, en toi aussi réside le Juge Eternel, dont la Justice nous réserve le traitement que nous avons mérité !
Consolez-moi, ô vous, douces filles du Ciel, Foi, Espérance, et Charité! accompagnez-moi dans le sentier qu'il me reste encore à parcourir; fortifiemoi, ô Foi en Dieu I élève mon esprit au-dessus des soucis et des inquiétudes de la terre, et guide-le vers sa véritable destinée. Sauve-moi quand mon âme est tentée de préférer les biens de la terre aux choses Divines, et chancelle entre le temps et l'éternité. Sauve-moi quand je suis sur le point de céder aux passions, quand les voluptés sensuelles menacent de triompher de la morale et du devoir. Et toi. Espérance, don Céleste de Dieu, promesse sortie des lèvres de Jésus lui-même, ne m'abandonne pas aux heures les plus troublées de la vie! Et quand je sacrifie tout pour l'amour du bien, pour garder la
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pureté de mon âme, dût ma vertu me réduire à la pauvreté, à Tisolement, aux moqueries des hommes, — ô toi, ne m'abandonne pas, Espérance en l'Eternité, en Sa Divine Miséricorde !
Et toi, la plus douce de toutes les vertus, essence, source de toutes les perfections spirituelles. Charité, amour de Dieu, et amour du prochain, pénètremoi afin que je vive et respire tout entier en toi. Celui-là seul qui marche dans la charité, marche dans la voie de Dieu ; à celui-là seul qui demeure dans la charité, qui ne respire qu'amour et cl arité, l'éternité est ouverte ici-bas; celui-là seul a sur cette terre un avant-goût de la béatitude céleste. Car celui qui réside et règne dans Téternité, c'est la Charité qui anime toute chose, c'est Dieu même !