‹ Méditat́ions sur la mort et l'éternitéChapitre 25 sur 40 · PENSÉES INSPIRÉES PAR LA VUE DES TOMBEAUX · texte numérisé non relu

PENSÉES INSPIRÉES PAR LA VUE DES TOMBEAUX

lieu d'envisager tristement la an de notre existence sur la terre, nous pouvons espérer la voir se prolonger sans interruption. Et tel est l'espoir du Chrétien.

Lorsque nous approchons des tombeaux des êtres, que nous avons aimés, ou que nous nous mettons en relation avec eux par la pensée, un sentiment de tristesse peut s'emparer de nous ; mais cette tristesse n'est pas une sensation pénible, c'est une douce aspiration qui transporte Tâme ravie vers ceux qui nous ont devancés. Ne savez-vous pas que la félicité^peut avoir sa tristesse, et la joie muette ses larmes? Si vous voulez qualifier ce seatiment de douloureux, oh ! alors, c'est une douleur douce, dans laquelle il entre plus de véritable jouissance qu'il n'y en a au fond d'une gaieté bruyante. Ignorez-vous que c'est dans les moments où elle est le plus vivement transportée de joie, qu'une âme noble et délicate est le plus portée à la mélancolie, et qu'à son tour ce sentiment est suivi d'une sérénité calme et d'un bonheur placide ?

Quand un père ou une mère se désole près de la tombe d'un enfant chéri, ou quand la vue des hochets qu'affectionnait pendant sa vie le petit être enlevé prématurément à leur tendresse, leur rappelle son souvenir sous les plus vives couleurs; quand un fils pieux et aimant conserve, comme une

relique sacrée, après la mort de son père on de sa mère, quelque objet qui leur a appartenu; quand un mari ou une épouse, séparé de Tôtre aimé qui partageait son existence, garde religieusement la mémoire de leur mutuel amour et de leur tendre union, attache le plus grand prix à un anneau, à des lettres tracées par la main de l'être chéri, qu'il considère comme un gage de l'affection qui les unissait sur la terre, comme un symbole de l'union indissoluble de leurs âmes ; quand des amants trop tôt désunis, des amis, des frères, des sœurs recherchent la solitude et la retraite pour se livrer plus entièrement au souvenir de ceux qu'ils ont perdus ; quand leurs lèvres ne prononcent le nom aimé qu'en laissant échapper de profonds soupirs, quand leurs larmes témoignent de leur afiFection immortelle pour ceux dont elles humectent le tombeau ; est-ce de la douleur, de la souflFrance qu'éprouvent tous ces êtres éplorés, ou n'est-ce pas plutôt une triste mais céleste satisfaction? Si aucun plaisir ne se mêle à ces larmes, à ces sanglots, pourquoi donc, nous autres mortels, naturellement portés à éviter tout ce qui peut nous causer la moindre peine, nous abandonnons-nous si souvent à une pareille affliction î

Non, non ; il n'y a rien de douloureux à penser à vous, chers êtres que la mort nous a ravis ! Où réside le véritable amour, là aussi réside le véri-

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