PENSÉES INSPIRÉES PAR LA VUE DES TOMBEAUX
table bonheur. Ici-bas, dans mon état d'imperfeCtion, je vous suis toujours attaché par les liens d'une affection qui n'a pas changé ; ici-bas, dans la poussière, je me souviens toujours de vous avec une tendresse inaltérable ! Ah ! et je ne pourrais pas mourir avec la consolante pensée que vous, dans le séjour de gloire où vous demeurez maintenant, quoique vous jouissiez d*un état plus parfait que le mien, vous pouvez conserver encore le tendre souvenir de mon cœur fidèle et dévoué ? En quoi votre bonheur serait-il accru, s'il ne vous était plus permis de payer de retour ceux qui vous aiment? Celui dont le nom signifie amour, qui relie par les lois du magnétisme des mondes et des astres jetés à de grandes distances les uns des autres, qui a doué d'affection, le plus doux de Ses dons, tous les êtres sensibles qui vivent sous le soleil, ce Père de toutes les- créatures aurait-Il voulu que la vie meilleure qui nous est promise au delà de la tombe commençât par l'anéantissement de ce véritable amour, qui est la loi universelle de la création ? Non, non, nos àmcs fidèles continuent à s'aimer dans le temps et Téternité, à joindre leurs mains par delà le tombeau. Jo ne vous ai pas oubliés, et vous savez que je vous aime ; vous voyez les larmes que versent mes yeux, vous entendez les soupirs qui s'échappent de mes lèvres, lorsque mon cœur, qui vous est toujours
dévoué, vous appelle. Vous savez que ma tendresse pour vous n'est pas éteinte, et vous y répondez suivant les conditions sublimes de la noble existence dont vous jouissez aujourd'hui.
Coulez, coulez en abondance, larmes de tristesse ; saignez, saignez sans cesse, blessures profondes de mon cœur fidèle ! Ah ! ceux qui m'ont quitté étaient vraiment dignes d'un pareil hommage. Vous êtes en quelque sorte les seules oflFrandes sacrées que je puisse leur faire actuellement. C'est un doux plaisir pour moi de penser que ceux à qui j'adresse ces offrandes les voient et savent les apprécier. Coulez, mes larmes ! rouvrez-vous, blessures saignantes de mon cœur ! Avec le sang qui jaillit de ces plaies se dissipe peu à peu tout ce qu'il y avait de sensuel en moi, et je sens s'affaiblir mon tenace attachement aux frivoles vanités de la vie. Avec ce sang disparaissent aussi plusieurs de mes plus mauvaises passions qui me faisaient attacher aux joies et aux chagrins de ce monde plus de prix qu'ils n'en ont. En pensant aux esprits sanctifiés, mon propre esprit se purifie et une calme sérénité s'empare de mon cœur. L'homme ^ui n'a foi ni en Dieu, ni en l'immortalité de l'àme, et qui, dans son aveuglement, croit que tout âiïit à la mort, est le seul qui ne puisse jamais goûter cette sérénité, et pour lequel Taffliction que nous inspire la perte des êtres que