‹ Méditat́ions sur la mort et l'éternitéChapitre 27 sur 40 · G PENS'ÎIKS INSPIRÉES PAR LA VUE DES TOMBEAUX · texte numérisé non relu

G PENS'ÎIKS INSPIRÉES PAR LA VUE DES TOMBEAUX

nous avons aimés prend la forme du plus sombre désespoir. Les larmes de sa douleur sans espoir de viennent pour lui un motif d'accuser le Très-Hau^ de cruauté, comme si Thomme était plus généreux et doué de plus d'amour que le Dieu qui anime tout, qui unit tout, et dont le trône* est élevé au-dessus des étoiles.

Il 7 a vraiment de la folie, quand nous pleurons ceux auxquels nous survivons, à ne nous représenter que leurs formes terrestres, avec tous les attraits qu'elles avaient pour nous de leur vivant, puis à les comparer à ce qu'est devenue leur dé-pouille mortelle, froide et inanimée dans le tombeau, — à penser à la tendre affection qu'ils avaient pour nous, et qui est muette désormais, à Tenjoue- . ment de leur caractère, au plaisir qu'ils prenaient aux choses de la terre, dont ils sont désormais privés à jamais, comme si c'était leur corps qui avait manifesté cette affection, comme si c'étaient leurs cendres qui avaient éprouvé ces sentiments de plaisir ! Chez l'animal même, ce n'est pas la substance qu'il tient de la terre, ce n'est ni sa chair, ni son sang qui éprouvent du plaisir, mais une essence plus élevée qui réside en lui.

Les gens qui plaignent les morts, parce qu'ils ne sont plus à même <Je goûter les plaisirs de la vie qui leur étaient chers ici-bas, peuvent être assimilés h

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Tenfant qui pleure le départ d'un ami plus âgé quo lui, qui Ta quitté pour aller revoir des parents qu'il aime, ou épouser une aimable âancée, ou occuper une place honorable. X* enfant regrette que son ami ne puisse plus prendre part à ses jeux ; mais, en réalité, ce n'est pas l'absence de son ami, mais l'abandon des jouets désormais inutiles, qui est la cause de son affliction. Devons-nous ressentir de la compassion pour ce qui est complètement mort et tout à fait insensible à la souffrance? Or, tel est l'état du corps, cette enveloppe périssable de l'àme, cette dépouille mortelle de l'ami qui est parti.

Ne nous arrive-t-il pas quelquefois, au sein de notre affliction, de nous laisser aller à d'étranges illusions, à une pitié déplacée, et de plaindre le sort du corps, de la forme extérieure, tandis que nous oublions entièrement l'àme qui l'animait? Car, si nous pensions à l'esprit, comment pourrions-nous le pleurer comme sUl était mort, lorsque nous savons qu'il existe ?

Souvent aussi c'est la compassion que nous ressentons pour les souffrances que les êtres que nous aimons ont endurées dans leur dernière maladie, qui fait couler nos larmes. Dans ce cas, notre sensibilité est plus justifiable ; cependant, pour peu que nous réfléchissions, nous trouvons que nous nous laissons également égarer par nos sens et notre

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imagination. Je ne puis croire que la mort, c'estu-dire la séparation de Tâme d*avec le corps, soit douloureuse en elle-même. En tous cas, elle ne saurait Têtre plus que la maladie qui la cause, et cependant les maladies les plus dangereuses sont en général accompagnées de moins fortes souffrances qu'on ne se l'imagine, quelque affreuse qu'en soit la vue. Que de fois, en effet, des personnes échappées Il de. pareilles maladies n'ont-elles pas assuré que, dans les moments où elles étaient le plus en danger de mort , elles souffraient très-peu et n'avaient qu'imparfaitement conservé leur connaissance ? On sait aussi que, dans les affections les plus douloureuses, le malade devient plus calme à mesure qu'approche le moment de l'agonie , et que , dans bien des cas de maladie lente ou d'affaiblissement des facultés vitaleKS par la vieillesse, les approches de la mort sont si douces, qu'on les prendrait en vérité pour celles d'un profond sommeil. Nous avons donc droit d'en conclure que la mort n'est pas douloureuse en elle-même (car si elle Tétait, elle le serait dans tous les cas), ou qu'elle ne Test pas plus que la maladie qui la précède ; autrement la mort ne serait pas accompagnée de ce redoublement de calme, de cette stupeur qui ne trahit aur cune souffrance- et qui ressemble tant au sommeil. Or, si vous ne pleurez pas et ne plaignez pas avec

' raccent du désespoir ceux qui recouvrent la santé à la suite d'une forte maladie , en raison des souffrances qu'ils ont endurées pendant qu'ils étaient malades, pourquoi pleurer et plaindre ceux dont la main libératrice de la mort a soulagé les souffrances? La douleur et la maladie n*ont-elles pas été les mêmes, que le malade ait guéri ou qu'il soit mort ? Oui, dites-vous ; mais le malade qui guérit trouve dans le bonheur de la vie une compensation à ses souffrances passées! Ah 4 et Tàme sanctifiée du mort ne trouve-t-elle pas une compensation beaucoup plus grande dans la sphère élevée dans laquelle elle est transportée ? Dieu est-il juste envers ceux qui restent sur terre , et injuste envers tous les autres êtres qui peuplent Son univers, — injuste envers ceux que dans Son amour paternel II rappelle à Lui, lorsque leur pèlerinage ici-bas est achevé ? Le Christ en mourant sur la croix a élevé la voix et s'est écrié : «« Mon Père, je remets mon esprit dans Tes mains ! » De même, lorsque j'apprendrai la nouvelle de la mort de mes amis, ou lorsque je recevrai le dernier soupir de ceux que j'aime, j'élèverai ma voix et m'écrierai : Mon Père, je remets leur esprit dans Tes mains! Tu es leur Dieu, au delà de la Tombe — comme ici sur la terre, Tu étais leur Dieu avant qu'ils Te connussent; Tu les aimais avant qu'ils T'aimassent !

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