‹ Méditat́ions sur la mort et l'éternitéChapitre 28 sur 40 · PENSÉES INSPIRÉES PAR LA VUE DES TOMDEAUX · texte numérisé non relu

PENSÉES INSPIRÉES PAR LA VUE DES TOMDEAUX

Celui qui ne craint pas la mort, ne la sent pas, ou n'éprouve pas la terreur qui s*empare des vivants à sa vue. Les enfants» qui ne savent rien de la mort^ meurent tranquillement sans s'y attendre. Pour eux la mort n*est que la fin de la maladie. Us peuvent mourir dans des crampes ou des convulsions ; mais ce n'est là qu'une violente crise nerveuse, offrant un douloureux spectacle, il est vrai, à ceux qui en sont témoins, mais à peine ressentie par l'enfant qui en est victime. Qu'y art-il, par exemple, de plus navrant à voir que les convulsions d'un épileptique? Pourtant tout le monde sait que les malheureux qui se débattent sous l'étreinte de ce mal ne souffrent pas, et n'ont même que faiblement conscience d'être sujets à de pareilles crises, quoique, pendfiuat qu'elles durent, ils poussent des gémissements comme s'ils éprouvaient de vives douleurs, et ont le visage affreusement décomposé.

Ceux-là seuls qui craignent la mort, la sentent ou plutôt en sentent les approches. La conscience inquiète tremble à la pensée du jugement suprême. L'approche de la mort éveille dans le cœur le morne désespoir d'un remords trop tardif. On est saisi d'une terreur inexprimable, à la pensée de ne pouvoir s'écrier, au moment même où la vie est sur le point de nous abandonner avec toutes ses joies : Mon Père, je remets mon esprit entre Tes mains !

Cependant on se tromperait étrangement si Ton voulait toujours attribuer soit l'apparente appréhension nerveuse chez certains mourants, soit le calme et le sang-froid que Ton remarque chez d'autres au genre de vie qu'ils ont mené en ce monde ; car l'expérience nous enseigne que souvent les enfants les plus innocents et les plus charmants meurent dans un état qui semblerait indiquer une grande inquiétude, et qu'au contraire on a vu les pécheurs les plus endurcis expirer avec un calme apparent qui ne s'était pas démenti un seul instant. Les phénomènes que nous observons quand nous sommes au chevet d'un mourant, ne sont en général que les effets de la maladie sur le corps et ses facultés vitales. Qui nous dira ce qui se passe dans l'esprit de celui qui est sur le point de quitter la vie, pendant qu'il parait plongé dans une stupeur profonde? Ceux qui ont vu de farouches criminels, dans toute la vigueur de l'âge, conduits à Téchafaud pour être exécutés parla main du bourreau, savent très-bien que la plupart de ces misérables subissent leur supplice avec une grande apparence de sangfroid. Mais est-il possible de croire que ce calme extérieur soit le résultat de la paix intérieure de Tàme?

' La pensée de la mort cause, dans bien des cas, de graves inquiétudes, même aux personnes justes

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et pieuse.^, par la seule raison qu'elles laissent un tp>p libre cours à leur imagination, et qu'elles Ti'c iïorcerit do se figurer ce qu'elles éprouveront lors de leurs (torniers iiicments. lilles frissonnent à l'idée d'avoir à écliangrr tout ce qui leur est cher et familier contre des choses qui leur sont inconnues et étrangères. Mais cette inquiétude ne tarderait pas à ise dissiper, si elles étaient convaincues de la sagesse de Dieu, que le système entier de la nature nous révèle d'une façon si éclatante. Elles verraient dès lors que ce qu'elles considèrent comme leur étant inconnu leur est en réalité tout à fait familier, et que ce qu'elles redoutent tant devrait plutôt leur causer un sentiment de plaisir. Elles apprendraient que la vie nouvelle dans laquelle elles vont entrer n'est qu'un nouveau don de leur Pcro céleste, plus précieux que celui qu'il nous fait en nous faisant naître à la vie de ce monde terrestre. N'as-tu pas pleine et entière confiance dans la Providence de ton Père qui est au Ciel, qui voit tout, et qui aime tous les êtres qu'il a créés? Pourquoi donc trembles-tu? L'enfant tremble-t-il à la pensée dos étrennes que doivent lui donner ses parents, quoiqu'il ignore complètement en quoi elles consisteront? Le sort meilleur que Dieu nous a préparé ressemble à un don que nous réserve la bonté d'un Père, et que nous devons attendre avoc joie et confiance. Quand un être humain

débute, dans cette vie, sous les traits d'un enfan^;, il n'a jamais rien vu ni rien senti ; quand sa tendre mère le presse pour la première fois avec un chaleureux empressement sur son sein, quand son père se penche avec joie et afTection sur le nouveau-né et le bénit, l'enfant recule-t-il, frémit-il de peur à la vue de ces êtres qu'il ne connaît pas? Avec quelle bienveillance n'a-t-il pas été accueilli, choyé, de quelles tendres caresses n'a-t-il pas été comblé par tous ceux qui l'approchent! Comme il se familiarise peu à peu avec tout ce qui l'entoure ! Or, iigurez-vous que cet être, avant de faire son apparition sur cette terre, ait vécu dans un autre monde et dans un état bien plus parfait; croyez-vous que môme dans ce cas-là il trouverait les choses de cette vie si étranges? Or, nous pouvons être assurés que Taccueil que nous recevrous dans la vie future, dont la mort est Tintroduction, ne sera ni moins tendre, ni moins bienveillant que celui que Ton nous a fait à notre entrée en ce monde ; peut-être même sera-t-il plus affectueux encore, car dans cette vie future notre bonheur est d<*yà tout préparé : des êtres aimes y attendent notre arrivée.

Pourquoi en douterais-je — simplement parce que cet autre monde ne m'est pas connu? Dieu n'avait-il pas, avant ma naissance, fait les préparatifs de ma réception sur terre, et pris des mesures pour que

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