JUGEMENT
Arrête, pécheur, — abandonne le péché!
Voilà le Dieu vengeur qui s^avance pour juger,
— et 11 a le droit de frapper ; verse des larmes sur tes fautes, car le jour de justice est proche i II t'apparaltra comme le voleur dans la nuit. Ecoute! on entend déjà la trompette,
— les étoiles fuient, — ses sons retentissent, — tout tremble, et les morts se lèvent de leurs tombeaux.
Quand à travers l'orage II fraye Son sentier^ tu appelles les montagnes à ton secours , — tu leur cries de te cacher, de te protégflr. Dieu vient prendre place au tribunal, les Cieux s'inclinent à Ses pieds, la terre se fond en une chaleur incandescente, l'univers s'écroule; mais, du milieu des décombres d'un monde bouleversé, l'âme du juste sortira — si elle a fourni sa course, si elle a gagné la victoire, et elle montera .dans les nues ^ couronnée de gloire.
(Saint Matthieu xxv. 31-46.)
C'est surtout lorsque l'homme est profondément affligé, et presque inconsolable de la mort de quelque
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obj«t aimé fa^il se soavient de la Religion et du
Christianisme. Dans ces instants, ceux mêmes qui n'ont jamais exprimé en paroles le moindre intérêt pour la religion, sont supposés nourrir des sentiments Chrétiens. Et rarement celui qui souffre se révolte contre cette supposition. 11 lui est doux d'avoir une croyance ou d'en professer une. Presque tous les hommes aiment en secret à songer k l'éternité et à l'état de leur àme après la mort; mais ils s'entretiennent rarement de ces sujets. Cependant, quand ils les abordent, c'est avec chaleur et un sentiment vrai, et plus avec la voix de la conviction qu'avec le ton d'une vaine curiosité. Et ceux qui se moquent de cette manière de voir ne le font qu'avec une certaine réserve, comme des gens qui ne sont pas bien sûrs d'avoir raison.
Quelques hommes, cependant, quoique convaincus de leur immortalité, aiment à affecter le scepticisme dans leur conversation. Non pas qu'ils doutent ; ^ mais parce qu'en ayant l'air de contredire, ils espèrent provoquer de nouveaux arguments en faveur de leur conviction.
Cette inquiétude que quelques personnes éprouvent à la pensée de l'immortalité et de la destinée future de l'âme vient de ce qu'elles voudraient pouvoir donner des preuves de ce qu'il est aussi inutile qu'impoaœible de prouver. C'est impossible, parce
une la plupart des personnes entendent par preuve une sorte de perception sensuelle et une démonstration de l'avenir, â laquelle personne ne saurait prétendre. Même après la mort, Tàme ne peut avoir d'autre témoignage de son immortalité que la conscience qu'elle existe et continuera ^exister, conscience qu'elle possède également dans cette vie. Mais dans cette vie, comme dans la vie future, ce sentiment fait partie essentielle du présent ; la conviction ne dérive pas de l'avenir ^^ car l'avenir n'existe qu'en idée. Quand l'avenir est atteint, ce n'est plus l'avenir, mais le présent.
Il est inutile de démontrer ce qui forme notre conscience de nous-mêmes : T existe! A quoi bon la preuve? J'en ai la conscience sans aucune preuve, et par cette raison même il est inutile de la vérifier. C'est seulement parce (\\\eje suis y qu'il se peut qu'il existe au monde ce qu'on appelle démonstration, pour me définir ce qui me concerne. Dieu est! A quoi bon le prouver? Ma conscience me le dit, et des millions de preuves pour ou contre ne peuvent pas plus détruire la certitude que j'en ai qu'elles ne peuvent détruire la nature de mon esprit ou l'existence du monde. LimmoTtalité de T esprit est un fait, A quoi bon le prouver? Ce n'est pas une pensée acquise, ce n'est pas une opinion, à laquelle on puisse opposer une opinion contraire. Ce n'est pas une
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croyance que nous puissions adopter ou rejeter, -^ non ; c'est une intuition , qui vient des profondeurs les plus intimes de notre nature spirituelle, — c'est une partie nécessaire de notre conscience. Je reconnais qu'il est possible que chez beaucoup de mortels cette conscience n'ait jamais été clairement développée. Il se peut qu'il y ait eu des êtres qui n'ont connu ni l'existence de Dieu ni leur propre immortalité, quoiqu'ils aient eu dans le cœur le germe de cette connaissance. Mais il j a aussi des millions de mortels qui ignorent qu'ils possèdent la santé, bien qu'ils aient en eux la sensation de la santé. Un homme n'est pas malade parce que, en bonne santé, il ne réfléchit pas sur sa santé. Dieu et l'immortalité n'existent pas. moins parce qu'un grand nombre d'êtres humains n'ont pas encore appris à réfléchir sur leurs propres sentiments intérieurs. Ce n'est que dans la maladie que nous apprécions la santé; et ce sont ceux dont l'àme est triste et souffrante qui méditent le plus sur la probabilité et la nature d*une existence future. Cependant, au lieu de se contenter de l'intuition simple et indestructible, révélation directe de Dieu à l'esprit humain, ils cherchent, au milieu des choses sensuelles, une échelle de proportion qui puisse les aider à se former une idée de ce que peut être l'esprit une fois dégagé de la matière. Ils prétendent comprendre l'Éternité à
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l'aide des facultés étroites de leur imagination, et approfondir la nature et les forces élémentaires de l'univers à l'aide d'idées empruntées aux divers effets et aux phénomènes terrestres.
C'est ainsi que les hommes apprennent à douter de ce qu'ils ont perdu de vue en le cherchant dans une fausse direction. Parce qu'ils ne peuvent contenir l'Océan dans le creux de leurs mains, l'Océan devient pour eux une chose dont l'existence est douteuse. Voilà comment il arrive que bien des gens font de Dieu une sorte d'être artificiel sans sagesse, sans volonté, et sans amour : ils se placent ainsi dans la triste nécessité de croire que l'esprit humain est plus noble que Dieu, parce qu'il possède au moins les attributs qu'ils Lui refusent. Voilà comment il se fait que beaucoup de personnes admettent l'immortalité de l'àme et conçoivent cette immortalité; c'est-à-dire qu'elles en font une sorte d'extinction; car bien qu'elles ne nient pas l'existence d'une faculté pensante en elles, elles ne croient ni à sa personnalité, ni à ses rapports entre le présent et l'avenir. Dans leur erreur, ces esprits trouvent dans tout, même dans les moindres choses de la création, un ordre admirable ; mais quand il s'agit des choses les plus saintes et les plus lélevées, ils ne voient que désordre et absence des lois qui les gouvernent.
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Cette opinion est sans doute commode à plus d'un égard, car, puisque selon elle, il n'y a aucune connexion entre la vie terrestre et la vie future, ceux qui la professent peuvent vivre à leur guise sans penser à l'avenir. Ils voient partout dans l'univers les causes et les effets, mais ils refusent de croire que leur conduite noble ou basse, dans cette vie, puisse avoir aucun résultat dans l'autre.
Il est cependant des moments où cette opinion cesse d'être commode ; c'est, par exemple, quand la conscience dans sa force naturelle parle plus haut que les arguments subtils de l'intelligence artificielle et erronée de ceux qui la professent. Elle devient moins commode encore quand, par la force des circonstances créées par Dieu, des amis ou des parents aimés sont enlevés à l'affection de ces sceptiques, et qu'il ne leur reste plus qu'à jeter un regard de tristesse dans la vie éternelle, et à s'écrier d'une voix désespérée : « Le Créateur du monde a-t-Il rendu le cœur de l'homme sensible et affectueux pour lui préparer un enfer? N'a-t-Il uni les àines sympathiques par les plus tendres liens que pour les réparer et pour lacérer chacune des fibres du cœur Rimant? «'Cela ne peut pas être! Lorsque tout subsiste à jamais dans la nature matérielle, pourquoi ce qui est bon dans la nature spirituelle s'éteindrait-il ?
Dieu et l'immortalité sont des vérités irréfragalies! L'idée d'une rétribution est le résultat nécessaire de cette double conviction, et c'est une des premières croyances de la race humaine. Elle faisait partie des religions de l'antiquité, comme elle fait partie de celles de nos jours. Toutes les religions enseignent, d'après les intuitioiis profondément enracinées dans le cœur humain, qu'il y a un ciel et un enfer, — une demeure de félicité pour les bons, et un lieu de châtiment pour les méchants.
Sans une rétribution, l'immortalité de l'âme perd toute signification, toute valeur; sans l'immortalité, l'existence de Dieu perd à nos yeux toute importance. La croyance de l'une s'appuie sur la foi de l'autre ; l'une ne peut exister sans l'autre — elles sont inséparables.
Jésus a constamment fait allusion à une rétribution, comme conséquence de la justice de Dieu. Il renvoie toujours ses auditeurs à la continuation de la vie après la mort du corps pour résoudre tous les mystères et toutes les contradictions apparentes que nous trouvons sur la terre. Qui ne connaît l'admirable parabole de l'homme riche et du pauvre Lazare, qu'il raconta à ses disciples pour leur rendre plus claire la juste rétribution qui suivra dans le Ciel le bien ou le mal , et les souffrances de ce monde? (Saint Luc xvi. 19-31.) Qui ne se souvient
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de la grande et terrible image par laquelle il a peint le jugement dernier : le Juge des morts sera assis sur Son trône de gloire, — les peuples assemblés paraîtront devant Lui comme devant un tribunal humain, — il y aura accusation et défense, puis enfin le jugement. (Saint Matthieu xxv. 31-46.)
/Dans ces images et ces paraboles, le Divin Maître nous a révélé la destinée future de nos âmes, les conséquences inévitables de nos actions, de nos tendances, de nos sentiments, de nos vertus, et de nos péchés. Dans toutes II a exprimé cette vérité éternelle : La rètribniion tous attend!
Le monde qui nous entoure contient de nombreux indices de TEternité. « Nous la voyons maintenant comme dans un miroir obscur, avec quelque confusion, mais alors nous la verrons face à face. » (Corinthiens XIII. 12.) Et comme je vois dans le sombre miroir de la nature se réfléchir la majesté de Dieu, de même je devine, d'après les créations qui entourent la terre, l'ordre de l'univers infini; comme j'euT irevois , d'après la présence constante et l'activité incessante des forces de la nature matérielle, Tindestructibilité de l'existence sans fin des forces spirituelles ; de même je ne vois dans cette existence passagère qu'on appelle la vie terrestre qu'un point de l'éternité, et je sais que je vivrai dans cette éternité comme y vivent ceux qui sont morts avant moi:
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j*entrevois également ici-bas les signes d'une rétribution qui règne dans toute TÉternité comme elle règne sur la terre. Notre vie et la création tout entière est comprise dans la vie éternelle aussi sûrement que la loi de rétribution continuera à être exercée sur la terre, quand je Taurai quittée aussi bien que maintenant ; et de môme qu'elle règne déjà sur les esprits qui ont quitté la terre, elle régnera sur ceux qui mourront après moi.
Dans la nature, tout ce qui est contraire à l'ordre est suivi d'effets funestes, tandis que tout ce qui est d'accord avec l'ordre naturel est suivi d'effets heureux. Il n'est pas un fait qui n'ait ses conséquences, prolongées indéfiniment sous mille formes différentes, chacune devenant à son tour une cause. Nous ne pouvons cependant pas toujours discerner les conséquences d'une chose de celles d'une autre, car elles se croisent et se mêlent. Mais ce qui nous arrive aujourd'hui est une conséquence de ce qui est arrivé hier, comme hier était la conséquence de ce qui s'était passé les jours précédents. Il ne peut rien survenir demain qui n'ait sa cause dans ce qui a eu lieu hier ou aujourd'hui ; et ce que nous appelons accident n'est que le résultat de quelque cause cachée, et la suite inévitable d'une multitude d'événements passés, — les conséquences de circonstances inaperçues peut-être, mais auxquelles le Maître
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de l'univers a assigné leur importance. C'est par ce courant toujours rapide de causes et d'effets que se révèle le sceptre du grand Vengeur et du grand Rémunérateur.
Si nous considérons les actes les plus insignifiants des êtres humains, nous trouverons qu'ils sont suivis de conséquences inévitables comme les actes de la nature. Il n'yapasde différence. L'imprudence, le bon sens, la légèreté, conduisent toujours au bien ou au mal. Et pouvons-nous supposer que dès qu'il en est ainsi pour les événements naturels, pour tous les actes de l'homme et de l'animal, la perfection à laquelle l'homme peut atteindre ferait seule exception à cette loi Divine ? En sorte que la vertu, lasanctification de 1 ame immortelle, resterait seule sans effets par rapport à l'àme elle-même. Est-il indifférent que l'homme formé à l'image de Dieu et doué de volonté et de libre arbitre, grandisse à l'image de Dieu ou de la brute? Qui peut croire cela parmi ceux qui connaissent les puissants enseignements de la vie? Quel homme ayant son bon sens peut le croire, et quel est celui qui le croira, s'il cherche dans Jésus la vérité suprême, et qui ne se révolte contre la peusée que la justice parfaite n'est pas un des attributs de Dieu, l'être parfait par excellence ?
La loi de rétribution, ou de la cause et de l'effet, domine. Elle règle la matière morte ; pourquoi ne
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fi'exercerait-elle pas sur tout ce qui vit ? Dans les corps humains, il y a une sublime faculté que nous appelons l'esprit, qui est douée de sentiment, de perception, et de volonté. Il est dans la nature de cette faculté de chercher à se développer, c'est-à-dire de chercher une perfection infinie. Comme tout ce qui est esprit, elle porte en elle la lui éternelle, écrite par la main de Dieu, et est purifiée de toute poussière et de toute sensualité par Jésus-Christ , qui nous a sauvés du péché. Et selon cette loi nous devons continuellement nous efforcer de parvenir à une perfection infinie.
Pouvons-nous supposer que le Créateur eût mis en nous, sans aucun but, ce principe instinctif de perfection ; ou bien que la loi qui nous pousse vers cette perfection serait inutile? Et pensons-nous qu'il soit indifférent pour nous d'obéir à cette loi, de nous en éloigner, de devenir semblables à la brute ou semblables à Dieu?
Et si ce n'est pas une chose indifférente pour toi, 6 mortel ! si, là aussi, la loi générale de la création et l'enchaînement infini des causes et des effets continuent à régner, comment peux-tu croire que l'esprit atteint toute sa perfection sur la terre, et que toute sa perfection est limitée à sa vie sur cette petite planète? (Comment peux-tu croire à la perfection spirituelle sur la terre? Une multitude
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de personnes sont mortes à la fleur de Tàge par des causes inconnues; d'autres perdent, en vieillissant, l'usage de leurs sens affaiblis, et conservent à peine le moindre pouvoir sur leur corps, instrument de leur âme. Cette impuissance d'atteindre à cette perfection vers laquelle nos instincts et les lois de la nature nous poussent sans cesse, n'indique-t-elle pas que notre tâche doit être continuée dans une tie à venir ?
Mais supposons que le suprême degré de la perfection pût être atteint sur cette terre, à quoi cela nous servirait-il en cette vie? Un grand nombre d'humains prospèrent en ce monde sans vertu, à l'aide de la ruse et de l'activité seules. Voyez les animaux des champs, ils ignorent entièrement les aspirations supérieures* de l'esprit, et pourtant ils vivent contents selon leur nature. Ah! il n'est que trop vrai, on peut vivre en ce monde sans professer et sans faire aucun effort de vertu, mais il n'en est pas de même de l'existence de l'âme. Donc la vertu n'existe pas pour ce monde seulement, — elle nous montre sans cesse l'Eternité.
En effet, il arrive souvent que la vertu et le bienêtre terrestre sont diamétralement opposés l'un à l'autre ; — la vertu, félicité de l'âme, exige du corps des sacrifices douloureux. Mais ne pensez-vous pas que l'âme épurée n'obtiendra pas une juste
rémunération pendant le conrs de son existence immortelle? Il est arrivé, et il arrive toujours, que des hommes parviennent aux honneurs , aux richesses, à la gloire, à la puissance, par des moyens vils et des actions méprisables dont ils rougissent eux-mêmes, et qu'ils détestent au fond de leur cœur. Pourquoi cette honte, pourquoi cette horreur de leur dégradation? D'un autre côté, il est arrivé, et il arrive encore, que des hommes, pour obéir à uA devoir sublime, ont dépensé leur fortune et versé leur sang, et même sacrifié leur vie pour la cause de la vérité, pour le bonheur de leur famille, ou pour sauver leur patrie et leurs concitoyens ; quel est le motif qui les poussait à ces sacrifices? Pourquoi n ont-ils pas préféré vivre plus aisés et plus tranquilles? Est-il donc quelque chose de plus précieux que de vivre paisiblement sur la terre? Croyez-vous que ces nobles mortels soient en vain descendus dans la tombe ? Oh ! si une pareille opinion avait le moindre fondement, le crime serait la vertu, la folie et la ruse tiendraient lieu de raison, la suprême vérité ne serait que contradiction et mensonge. Non ; il y a un Dieu! La nature et l'éternité forment son royaume. — Et, dans le royaume de Dieu, il y a jugement et rémunération. L'esprit de l'homme qui, par l'action de sa volonté, par sa supériorité sur la nature animale, — par ses victoires sur l'ambition,
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la volupté, l'envie, la gourmandise et l'amour de la vengeance, — s'élève à l'indépendance morale, à la hauteur de la vraie liberté, et se trouve être, au moment de la mort, une force plus parfaite et plus mûre, une essence plus Divine; il s'est approché du but que l'Etre Eternel lui a tracé dans les distances incalculables de l'avenir. Il est en possession d'une perfection supérieure à celle de millions d'autres êtres, et c'est là son Ciel!
D'un autre côté, si un être humain, doué d'intelligence et de lois particulières , se rend cependant l'esclave de ses passions ; s'il est rusé , colère, ambitieux, sensuel, avide, voluptueux, il s'abaisse au niveau de l'animal qui ne possède que les plus simples germes de l'humanité ; — cet être spirituel qui a suivi irrésistiblement ses passions et qui s'est laissé envahir par les forces aveugles de la nature, ne sera après la mort du corps cp! une force incomplète, inachevée, décrépite. Il s'est préparé luimême à cette basse position, il s'est abaissé dans l'échelle des êtres au niveau de ces âmes purement animales, qui ont à peine conscience de leur existence. Des millions d'élus planent au-dessus de lui dans une félicité ineffable. Son état est presque l'anéantissement, et c'est son enfer !
Séducteur sans principes, ne te glorifie pas de tes triomphes sur l'innocence ; la brute aussi connaît la
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volupté. Avare, ne te réjouis pas de tes trésors inutiles, toi à qui les larmes et la misère n'arrachent pas le plus léger sacrifice ; le chien aussi veille sur le tas d'os qu'il a recueillis. Egoïste et perfide, ne tire pas gloire de ton astuce ; si tu parviens à cacher tes pièges, à supplanter tes rivaux, à jouir en paix et en sécurité des fruits de tes fraudes, tu n'égales que les rapines et les ruses du renard. Hommes infortunés, vous ne devez chercher vos semblables que dans l'espèce animale, — car dans la classe des élus vous n'en aurez jamais. La noblesse de l'àme vous est étrangère ; devez-vous attendre une place dans le Ciel parmi les esprits plus parfaits ? Vous qui n'avez jamais songé à la vertu, comptez- vous sur la rémunération ? Vous qui n'avez point voulu croire que Jésus soit mort pour vous, prétendez-vous participer à la Rédemption qu'il a obtenue? Vous n'avez pas reconnu le Très-Saint, Il ne vous reconnaîtra pas. « Je vous le dis, en vérité, qu'autant de fois que vous avez manqué à rendre ces assistances à l'un des plus petits que voilà, vous avez manqué à me les rendre à moi-même. » (Saint Matthieu xxv. 45.)
Comme le jour présent prépare ce qui doit arriver le lendemain, aussi la vie des esprits sur terre prépare leur vie à venir. La perfection et le bonheur sont le but des âmes pures sur la terre ; et leur destinée sera dans le cieL Notre imagination se perdrait
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en vain en conjectures pour deviner où et comment cette destinée doit s'accomplir. L'homme sensuel ne peut comprendre les choses de la terre; ses sens ne lui suffisent pas pour saisir les choses des autres mondes. Est-il quelqu'un qui ait jamais pu mesurer les richesses immenses de Dieu? Il serait également vain de conjecturer quelle espèce de châtiment frappera les réprouvés et dans quel lieu seront relégués ces esprits qui se sont rendus indignes d'une destinée plus haute et d'un monde meilleur. Jésus parle de ces choses, il est vrai, mais II n'en parle qu'en parabole^, et ne les représente que sous les emblèmes de choses terrestres. Et quand II compare l'état de l'âme du pêcheur à la douleur causée par les flammes sur le corps humain, il se sert, dans un but terrible, d'une image très en usage chez les Juifs de ce temps-là.
La nature, la raison et la révélation s'accordent pour nous montrer que la mort du corps n'apporte aucune différence dans la vie de Fàme ; qu'entre la minute où l'on rend le dernier soupir sur un lit de douleur ou sur le champ de bataille, et la minute où, selon les lois éternelles de la création, nous entrons comme esprits libres et indépendants dans un monde nouveau, il doit nécessairement exister une connexion morale, comme celle qui existe entre la cause et l'effet dans le monde matériel.
C'est donc le pouvoir actif de la vertu qui élève Tàme à une destination supérieure ; et ce n'est pas la Divinité qui nous condamne, mais notre imperfection et nos péchés. La justice de Dieu est tempérée par l'amour et la charité, et il se peut que le coupable, après avoir été purifié par de nouvelles épreuves, puisse finir par s'approcher du Tout- Puissant. Mais les âmes les plus accomplies devancent les autres, car les suites des négligences de l'àme sur la terre sont éternelles.
La rétribution est la loi de Ton royaume, 6 Maître de l'Univers! Père et Juge de nos âmes! moi aussi, je recevrai ma récompense et mon châtiment. La moisson que je dois récolter dans l'éternité est semée sur la terre. Je mourrai, — mais je ne cesserai pas d'exister. Pourquoi pâlir à cette pensée ! Je mourrai, — dans quelques années on parlera de moi comme d'un être qui n'est plus; quelques années encore, et l'on m'aura oublié sur la terre, comme des milliers ont été oubliés avant moi. Mais Toi, 6 Père des Esprits ! Tu n'as pas oublié ces millions d'êtres ; ils continuent à faire partie de Ta création ; ils sont Tes enfants; Tu les guides vers la perfection par des sentiers qui nous sont inconnus, de même que Tu leur as donné sur la terre plaisirs et peines pour leur servir d'avertissement.
J'existe, et j'existerai, tandis que d'autres passent
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insoacieusement sur mon tombeau. Mais Tu ne m'oublieras pas; je suis Ton enfant, et je le serai encore même quand je serai affranchi de l'enveloppe mortelle qui me recouvre aujourd'hui. Ton enfant, peut-être Ton enfant malheureux, perdu par ma propre faute ! vendu par mes passions terr^estres à la vengeance du péché ! éloigné de Toi, et de la béatitude des esprits plus parfaits, par le peu de soins que j'ai eus de mon âme ! Malheur à moi, si je me suis privé de la consolation de pouvoir dire à l'heure de ma mort que je vais rejoindre mon Père ! si mes imperfections ont élevé une barrière éternelle entre moi et les êtres bien-aimés qui jouissent aujourd'hui de la gloire dans un meilleur monde !
Je tremble à la pensée que, quand toutes les joies de la terre se faneront à l'heure de la mort, aucune espérance ne viendra des jardins du Paradis céleste ranimer mon esprit! 0 Père Éternel, moi aussi je suis Ton enfant! Ne me bannis pas de Ta présence ; aime-moi afin que je puisse être béni! Ah! Tu désires que je sois béni, c'est pourquoi Tu m'as envoyé tant d'avertissements durant ma vie ; c'est pourquoi aussi Tu as envoyé Ton Fils, afin que je pusse profiter du salut qu'il m'offrait. Pourquoi ai-je si longtemps négligé de le faire ? N'est-ce pas moi seule que je dois blâmer? Hélas! n'ai-je pas été trop souvent l'esclave volontaire de mes appétits terrestres, des
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passions qui me sont communes avec la brute? Ah ! jusqu'à ce jour que j'ai eu peu de choses communes avec Jésus! Comment puis-je, après une vie si mal employée ici-bas, espérer entrer en communion avec Lui dans l'avenir?
0 mon Père, sois miséricordieux ! Non, Ta miséricorde ne refuse jamais de pardonner; mais est-ce que je Te demande grâce avec la contrition du cœur? Combien d'heures durera encore ma carrière terrestre? Par l'entremise de Jésus, je veux Te les consacrer, en faisant dorénavant tous mes efforts pour purifier et perfectionner mon âme. Ainsi soit-ill