‹ Méditat́ions sur la mort et l'éternitéChapitre 34 sur 40 · QUATRIÈME MÉDITATION · texte numérisé non relu

QUATRIÈME MÉDITATION

RÉUNION

lime Ta donné, — h imV% ôté,^Gelai qui 'ne peut prendre plaisir à nous affliger. Patient pour le mal, — Il est Pappoi et le consolateur du juste •— c*est à Lui ^ne j'adresse ma prière, — Tout oe que je possède n*est-il pas à Lui? Qui donc peut avoir autant de droit à tout que Celui qui dit au tombeau : « Renferme fa proie ; » et aux mères dans les douleurs^ « En&ntez? »> Le respect est muet, — mais Pamour dans la foi est béni. Dieu nous aime, tout en nous enlevant ce qui nous est le plus cher.

Comment pourrait-Il nous dérober quelque chose? Il peut reprendre ce qui Lui appartient; mais est-ce là un vol? Je contiendrai les flots de mes larmes amères. — Il est tout-puissant^ — moi, je ne suis que poussière; — oependant II m^élève de mes cruelles angoisses jusqu'à Son monde de béatitude profonde, intarissable, où les cœurs qui s'aiment et qui ont été séparés par la mort- en oe monde, se retrouveront un jour. Dieu, le seul fidèle ami de Thomme, qui ne changera januds, ne désunira pas oe qu'il a uni.

(Saint Luc xxiii. 43.)

Ah! saignez librement, saignez sans cesse, pro* fondes blessures de mon cœur! Sois toujours la bien-

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venue, sainte douleur sans nom qui bouleverse mon esprit à la pensée de l'être bien-aimé qui m'a quitté. Pour les vivants je jms avoir des paroles d'affection ; je puis leur prodiguer des paroles d'amitié, leur exprimer mon amour par de tendres caresses; mais que faire pour le mort bien-aimé, dont les cendres reposent dans le tombeau? Je ne puis lui offrir d'autre tribut que les larmes que je verse en souvenir de lui; — d'autres témoignages. d'affection que mes soupirs. Dans mes promenades solitaires, où son image chérie m'acconipagne toujours, je serre constamment mes mains crispées par le désespoir, je tourne en silence mes yeux baignés de pleurs vers le Ciel, et de mes lèvres s'échappent ces gémissements : « 0 mon Dieu ! mon Dieu ! pourquoi m'avoir condamnée à perdre le seul bien-aimé de mon âme, la lumière de mes jours? Hélas! pourquoi a-t-il été si tôt arraché de mon cœur? Il était heureux; pourquoi ne l'avoir pas laissé jouir plus longtemps de son bonheur? Il m'était dévoué et m'aimait avec la plus tendre fidélité ; pourquoi ne pas lui avoir permis d'en recueillir la récompense; il se serait volontiers cramponné à la vie, — il aurait consenti à languir dans la peine et la souffrance, pourvu qu'il lui eût été permis de rester parmi nùm. Vaia espoir! La mort a étendu son voile sur ses yeux ; et cette àme, si pleine d'amour, s'est se-

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parée de nous. Ah! avec quelle joie yeosse donné ma vie pour renouer les liens qui l'attachaient à Fexistence ; mais mes prières n*ent pas été exaucées! Il n'y a pas eu de pitié pour moi ! Le destin s'est accompli. Le cœur a cessé de battre. Obéissant à l'appel du Tout-Puissant, l'esprit d'un nouvel ange nous a quittés et s'est envolé, se hâtant de traverser les nouvelles voies qui conduisent aux régions de hi gloire étemelle. »

On essaye de me consoler, en me disant : « Pourquoi pleures-tu, ton bien-aimé est heureux? Voudrais-tu, si cela était en ton pouvoir, le priver de la félicité que le Père Étemel lui a réservée? Il a remporté la victoire; à quoi bon t'affliger? Ne regrette pas- l'unique objet de ton amour; il est heureux ! »» Quelle faible consolation ! Il est heureux, l'ange qui fuit loin de nous! Je le sais, car je crois en Dieu. Si je ne le savais pas, je me livrerais au désespoir, je me maudirais d'exister dans un monde si impitoyable, qui n'a des larmes que pour la vertu, et seulement des séparations cruelles pour les âmes aimantes et fidèles ; tandis qu'il réserve ses plaisirs au vice sans cœur, et ses jouissances à l'infidélité et à la perfidie. Il est heureux, je le sais, car je connais Dieu et son amour. Mais moi — suis-je heureuse ? Dans une vie plus noble et plus élevée, l'esprit de l'être bien-aimé dont je suis séparée, trouvera

des compensations sâns bornes à la perte qu'il a pu éprouver. Mais moi, qui est-ce qui peut en ce monde me dédommager de la perte qui me déchire le cœur? Je possède encore des amis, c'est vrai ; mais il n'est plus parmi eux. Je puis m'en faire de nouveaux ; mais je ne le presserai plus jamais sur mon cœur ulcéré. En vain je l'appelle et je redis son nom; en vain je prie; en vain je tends les bras vers lui. D'autres êtres que Dieu m'a laissés sont chers à mon cœur ; mais ils ne peuvent remplacer celui que j'ai perdu ; car dans l'amour des âmes un être ne saurait prendre la place d'un autre.

Aussi je veux être fidèle, non-seulement à mon amour durant toute ma vie, mais encore à ma douleur. C'est le plus doux encenâ que la fidçlité d'une veuve puisse ofiFnr sur l'autel des morts. Il s'éteindra avec moi, lorsque, à l'heure suprême, les aspirations ardentes de mon cœur se confondront enfin dans l'extase d'une réunion prochaine.

Pourquoi me poursuivre et me fatiguer de pareilles consolations ? Elles ne me rendront pas celui que j'ai perdu. Le temps pourra peut-être rendre mon chagrin moins poignant ; mais mon amour et mes regrets subsisteront toujours, quand même je les <jacherais aux yeux du monde. Pourquoi donc chercher à me consoler?

As-tu contemplé ton père ou ta mère dans l'étroit

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cercueil? — as-tu vu leur tête vénérable, les paupières fermées, dormir du sommeil étemel de la mort? Eh bien ! avec quelle pieuse tendresse n'as-tu pas jeté les yeux une dernière fois sur les traits de ce visage qui si souvent a rayonné sur toi avec affection ! avec quel respect n'as-tu pas touché cette main roidie , qui a guidé si tendrement ta jeunesse , — qui, dans ton enfance, prenait plaisir à t'élever audessus des épines qui barraient ton chemin, — qui s'est si souvent levée vers le Ciel en priant pour toi! As-tu vu le corps inanimé de ton enfant dans son linceul? ton doux enfant, que tu as soigné et veillé pendant tant de jours et tant de nuits passés dans l'inquiétude et la douleur! Mais tes soins et tes veilles ont été superflus. Tes espérances se sont flétries comme les feuilles fanées qui ont senti le cadavre du petit être chéri. Les joies que te promettait l'avenir sont mortes avec ton doux enfant. Sur son visage, si beau encore malgré les ravages de la mort, tu lis le tendre amour qui faisait battre son cœur pour toi avant que les pulsations en eussent été arrêtées. Comme ta voix est étouffée lorsque tu lui murmures tout bas le dernier, l'éternel adieu ! L'heure de la séparation a sonné, et il fiiut que le cœur du père ou de la mère se détache de l'enfant de son affection, et se résigne à l'isolement. (f As-tu vu ton époux étendu, les joues pâles, dans

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a ht funèbre bière? Ton Ciel sur la terre, la meilleure ff moitié de toi-même moissonnée par la faux de la (tmoTi ? Alors ne t'es-tu pas sentie comme incomplète, /rcomme privée de la plus noble partie de toi-même? //Dans l'angoisse de ton veuvage ne t'es-tu pas écriée Il en sanglotant : « Pourquoi, oh ! pourquoi m'as-tu //laissée seule derrière toi? Pourquoi ne puis-je te //Suivre dans le Ciel ? »»

As-tu vu uïi de tes frères, une de tes sœurs, un de tes amis,. un compagnon bien-aimé de ton enfance, frappé par la mort ? As-tu vu emporter de ta demeure ces restes chéris, et avec eux toutes les joies nées de vos heureuses relations ? Tu restes là, seule, isolée comme l'arbre frappé par la foudre, dépouillé de sa couronne de feuillage et brisé au printemps de sa vigueur.

Oh ! quelle douleur amère que celle de la séparation causée par la mort ! L'affection est-elle donc un crime, qu'il faille qu'elle s'expie si cruellement? Pourquoi le Créateur nous a-t-Il donné un cœur susceptible d'amour et de tendresse, s'il ne faut pas dans cette vie tenir compte de ce cœur et de ses sentiments? Pourquoi m'avoir donné un trésor, et pourquoi m'avoir permis de m'y attacher par de si tendres liens, si ces liens devaient être rompus, et la douleur rendue ainsi dix fois plus poignante ? De quoi le bien-aimé que j'ai perdu avait-il été cou-

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pable, pour être condamné à souffrir ed cruellement à ses derniers moments? Pourquoi cet ange, à la veille de son départ pour le séjour de gloire, a-t-ii dû être soumis aux torturés d'une douloureuse maladie ? A quoi m'a servi d'assister au spectacle des souffrances qu'il a endurées avec tant de patience ? Ce sont de terribles et cruelles énigmes que je ne puis résoudre ! Mais elles aggravent mon affliction, augmentent le sentiment de ma misère à un point inexprimable. Je vois combien est malheureux le sort de l'homme, — je vois que la miséricorde de rÊtre étemel n'existe plus. 0 mon Dieu! Ta Miséricorde! Ah! pardonne, pardonne l'injustice que m'a fait commettre un moment de désespoir ! Non, Ta miséricorde ne cesse jamais ! Jusqu'à son lit de mort Tu as été le Père du pauvre malade. Tu ne lui as pas infligé de plus grandes souffrances qu'il n'en pouvait supporter, et Ta miséricorde a allégé sa cruelle agonie en lui enlevant la conscience de son état. Il se rendait, peut-être, moins compte de son état physique que je ne le supposais. Ma tendra anxiété, mon imagination en proie à la terreur m'exagéraient ridée des douleurs qu'il endurait. Je souffrais même peut-être plus que lui ; car que sont les souffrances du corps en comparaison de celles de l'âme? Grande est mon affliction, ô mon Père ! Mais plus grande encore est ma foi en Ta sage direction, en Ton amour

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infini. C'est Toi, ô Seigneur, qui m'avais donné le bieu-aimé de mon âme; et c'est Toi, 6 Seigneur, qui me l'as enlevé.

Mais pourquoi me Tas-Tu enlevé? En quoi T'ai-je oflfensé? Mon amour pour lui était-il trop grand? Etais-je indigue de mon bonheur paisible? Pouvonsnous aimer trop? Oui, mon Père, je le reconnais; nous aimons trop, quand nous nous attachons aussi passionnément à un objet dans ce monde que s'il devait nous appartenir éternellement. Ne savais-je pas qu'ici-bas, sur cette terre, les êtres humains ne sont réunis que pour peu de temps? Ne savais-je pas que c'était lui, l'olyet de mon amour, qui devait quitter ce monde avant moi, ou moi avant lui ? La première fois que nous serrons la main d'un nouvel ami, nous devrions penser à la dernière étreinte que nous pourrons avoir adonner à cette même main en signe d'adieu, et nous rappeler que l'heure de la séparation est toujours plus proche que nous ne le prévoyons ; cette pensée empêchera notre affection de devenir trop vive. Quand le père et la mère, dans le ravissement de leur joie, déposent le premier baiser sur la tendre joue de leur nouveau-né, qu'ils se souviennent que cette douce plante de Dieu n'est confiée à leurs soins que pour quelques heures, quelques semaines, ou quelques années peut-être. Alors ils seront prêts chaquejouràrendre le précieux

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nourrisson au Seigneur lorsqu'il le leur demandera. Malheur à eux, s'ils se font illusion, si leur tendresse passionnée refuse de croire à k possibilité d'une séparation, et s'ils se raillent des avertissements de la raison ! Alors la perte devient un châtiment, et la douleur Sautant plus poignante, qu'eJe est la suite de leur manque de réflexion.

Oui, Père Céleste, je reconnais avec quelle insistance tu ne cesses d'avertir nos âmes de ne pas se livrer avec trop d'entraînement aux plaisirs même les plus nobles dont nous puissions jouir icibas. Nous ne sommes pas destinés à habiter éternellement la terre. Notre vie en ce monde ne doit être que le commencement de notre vie dans les Cieux. Notre tâche ici-bas se borne à jeter les fondements des saintes et belles choses qui doivent s'achever dans la patrie véritable de nos esprits. Nous ne devons jamais perdre de vue que chacun des biens dont nous jouissons sur la terre n'est qu'un prêt, et non une propriété réelle ; que rien ne nous appartient, sauf notre vertu ; que tout est en Ta puissance, ô mon Père, et non en la nôtre. Quand nous oublions cette vérité nous commençons aussi à oublier notre destination ; et nous devons alors être reconnaissants si quelque avertissement sérieux vient nous arracher à nos rêves, à nos illusions, et, pour ainsi dire, nous crier « que nous ne sommes

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point faits pour demeurer éterjoellement sur la terra» que tout est passager en ce monde ; que nous devons songar à élever notre esprit par la vérité, à ennoblir notre &me en accomplissant la parole de Jésus; que Thommole plus vertueux est le plus heureux ; que les choses les plus saintes n'appartiennent qu'à celui qui est saint en cette vie et en l'autre. »

Je veux donc essayer d'être raisonnable et de prendre de l'empire sur moi-même. Je veux écouter la voix de la religion, la voix de la vérité. — En effet, si je me refusais de le faire, n'aurais-je pas à expier ma passion immodérée par de plus cruelles souffrances ? Si mon malheurneparvientpas àmerendre plus sage, ne mériterais-je pas d'être rappelée au sentiment de mon devoir par des malheurs plus grands encore? Je ne veux plus me laisser aller à l'inutile tristesse qui me met dans l'incapacité de remplir mes devoirs envers mon Dieu et envers mes semblables. Je veux bannir toutes leb images lugubres de mon esprit, jôt cesser de me tourmenter en me demandant sans cesse si j'ai assez fait cour le bieur ahné que la mort m'a ravi, si je n'ai pas négligé de lui donner quelque témoignage de tendresse que j'aurais pu lui donner, tandis qu'il était en pleine santé ou pendant sa maladie. Si malheureusement j'ai agi ainsi, c'est que la Providence a voulu que cela ar-

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rrrtit. Comment ÎTiomme, doué ik lumière, et de facultés bornées, pourrait-il espérer échapper aux erreurs et aux imperfections!

Dieu a Youlula mort de celui que f ai tant pleuré; il était mûr pour un monde meilleur. Avant que j'eusse respiré pour la première fois, avant que Tôtre cher que j^ perdu fût né, Dieu arait fixé sa de/nière heure. Le germe de sa destinée a commencé à se développer dès le premier moment où ses yeux ont vu la lumière du jour; dès ce moment les accidents prédéterminés de sa vie ont commencé à exercer leur influence. Il souriait encore d'un sourire calme et serein au milieu de ses parents,^ quand l'agonie a commencé et que l'ange de la mort a étendu ses ailes au-dessus de sa tête. Son trépas, et l'heure même à laquelle il a eu lieu, ont été la suite nécessaire d'un instant écoulé depuis longtemps et ignoré de lui. Toute l'habileté des médecins, tous mes soins, n'auraient pu prolonger sa vie d'une minute, il fallait que cette brillante . lumière s'éteignît. Selon toute probabilité, le traitement médical, mes veilles et mes prières, étaient aussi compris dans l'enchaînement prévu des événements. La Providence divine en avait également tenu compte, et permis le développement, mais seulement en ce qu'ils avaient d'utile. Et lorsque la vie de mon bien-aimé fut assez mûre pour

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être fauchée, tout le savoir, tous les soins des hommes devaient échouer. Mais la volonté de Dieu s'est accomplie. Et j'oserais m'en plaindre ! Suis-je plus sage que la Providence Divine? Meilleure que le Créateur? J'aimais l'être chéri qui est allé goûter le repos ; mais Dieu Taimait aussi. Ce que Dieu fait est bien fait. Il a séparé de moi une àme qui m'était chère. Je sens couler mes larmes.

Dieu nous a séparés ! Non, Dieu d'amour. Tu ne sépares pas les âmes que Tu as unies une fois ! Qui dit que l'ami que je regrette est perdu pour ùioi? Ce qui est avec Dieu ne saurait être perdu. Ne suis-je pas dans la main de Dieu, ainsi que mon bien-aimé? Ne suis-pas dans la maison de mon Père, ainsi que mon bien-aimé? Je vis, mais toi aussi, ô àme chérie, tu es pleine de vie ! Je pense à toi, et mon triste cœur s'élance vers toi ; as-tu pu cesser de penser à moi? L'amour peut-il s'éteindre, lorsque Dieu est tout amour?

Tu te réjouis aujourd'hui dans un état plus parfait, et dans un -monde meilleur ! Pendant que coulent mes larmes, tu es ravi sans doute dans une béatitude nouvelle. Pendaait que mes lèvres tremblantes bégayent le nom que tu portais sur la terre, tu espères sans doute ma venue prochaine dans une joyeuse attente. 0 esprit, entré dans le séjour de gloire, l'amour de Dieu t'a peut-être départi un

^bonheur que dans mon état mortel je suis incapable de concevoir ! Tu me vois dans mon affliction et mon isolement, tu m'aimes, tu veilles sur moi, tu me guides ! Peut-être es-tu un des anges gardiens envoyés par le Seigneur pour me préserver.

Non, nous ne sommes point séparés. L'univers de Dieu est un. La terre fait partie de Tédifice Divin ; l'heure actuelle fait partie de l'éternité. J'en jouis ici-bas, et toi tu en jouis dans des régions plus heureuses. Mais nous appartenons toujours l'un à l'autre, quoique tu sois allé avant moi rejoindre notre Père, par qui je serai aussi appelée un jour. Et de quelle importance est-il pour moi que je sois admise dans le Saint des Saints une heure plus tôt ou une heure plus tard? Je n'y suis pas encore appelée parce que j'ai encore une grande partie de l'œuvre que mon Père m'a imposée à achever sur

* terre. Que Sa sainte volonté soit faite! Je sais qu'une félicité ineffable m'est aussi réservée lorsque j'aurai terminé ma carrière. Qu'importe que ce soit dans le cours de cette année ou dans une autre? Quelle est la plus longue durée de la carrière de l'homme? C'est le rêve passager d'un matin. Une fois le rêve passé , et l'heure sonnée, — oh ! alors te revoir, me retrouver face à face avec toi, sera la récompense de mon âme fidèle, appelée au séjour de gloire. Être réunie à toi ! Te revoir ! Oh ! pen-

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sée pleine de rayisaement céleste l Te retrouver, ange absent, dont je ne cesse de déplorer la perte 1 Quel moment ce sera dans le Paradis du monde meilleur ! Si nous étiodis encore des êtres humains, nous nous jetterions dans les brasTun de Tauù^e en versant des larmes d'une joie inexprimable ; mais comme esprits épurés, nous nous inclinerons dans des transports d'adoration et de reconnaissance envers Dieuy et nous nagerons dans la béatitude infinie.

Réunion l mais cela est-il possible? Sur quoi puis-je baser cette douce espérsmce? Qu'est-ce qui me l'inspire?

0 Toi, dont la sagesse a si souvent élevé mon âme vers Dieu, dont la parole ne m'a jamais trompée, dont les promesses se sont toujours merveilleusement accomplies, — Jésus-Christ, Fils éternel du Père qui est vivant, envoyé sur terre pour con- • soler Thumanité souffrante, c'est Toi qui m*as inspiré cette confiance et cet espoir. Lorsque Tu étais sur la Croix, Tu as dit à Ton compagnon de supplice : « En vérité, je te le dis, aujourd'hui tu seras avec moi dans le Paradis. »» (Saint Luc xxiii. 43.) Et tu as donné des paroles de douce espérance à toutes les âmes affligées.

. Celui que je pleure ici dans la poussière, ne m'a pas été enlevé pour toujours. Nous serons réunis ;

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la voix de Dieu Fa promis. Jusque dans la nature matérielle, j^observe la tendance étonnante qu'ont les forces disséminées à se réunir. Ces éléments homogènes trouveront, malgré tous les efforts de Thomme pour les éloigner les uns des autres , le moyen de se rejoindre. Je vois dans toute la Création, que, «parmi les organismes vivants, ainsi que d^ms le domaine de la matière inanimée, certaines choses et certains êtres ont entre eux une affinité plus intime que d'autres, et ne cessent de s'attirer mutuellement, et de s'amalgamer. Dans toute l'étendue du vaste royaume de Dieu, il existe une division et un rapport des choses comme dans les familles ; elles adhèrent les unes aux autres, et se retrouvent toujours. Sans ce principe fondamental de la Création, le monde serait un chaos, une confusion sans fin de forces et de phénomènes ; il n'y aurait ni séparation, ni combinaison. Mais toujours la lumière se mêle à la lumière, et la terre à là terre. Les molécules ^aqueuses montent au ciel du fond de l'Océan, des lacs et des rivières, mais pour retomber du ciel en gouttes de pluie ou de rpsée. Chaque chose trouve sa pareille. Je suis stupéfiée des effets des affinités électriques que je remarque même dans la matière inanimée, chez laquelle je vois sans cesse les semblables se rechercher et s'amalgamer comme sous Tinfluence d'une force irrésistible, tandis que

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chaque substance rejette tout élément qui lui est étranger. Et ce que nous appelons aflSnité électrique, sympathie dans le monde matériel, c'est l'amour dans le règne spirituel. Dieu Lui-même est la perfection de l'amour ; c'est là d'où vient cette aspiration insatiable de l'esprit à s'unir à Dieu, à jouir du bonheur en Lui, à atteindre Sa perfection.

Et si cette loi Divine de l'attraction et de la réunion règne également sur la terre et dans le Ciel, autant que je puis en juger par ce qu'il est donné à ma vue de discerner des diverses familles et des différents groupes d'étoiles — où chaque planète a son satellite, où chaque soleil appartient à un système spécial de planètes, est-il supposable qu'elle règne moins dans le monde des esprits supérieurs, où ce qui, chez les objets inanimés, n'est qu'une vague impulsion, devient un sentiment plus élevé et plus noble, une force éclairée et intelligente, — dans ce monde habité par Dieu, source de tout amour, et dans lequel Ses lois et Ses œuvres ne sont que les résultats de l'amour?

Il est vrai que la forme, sous laquelle l'être bienaimé m'est devenu cher sur la terre, repose' dans le tombeau. Mais, en réalité, ce n'était pas cette forme périssable que j'aimais, mais l'esprit impérissable ; le voile qui enveloppait cette àme digne d'amour ne m'était cher qu'à cause de l'esprit angélique qu'il

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recouvrait. Le voile est tombé ; mais l'ange vit toujours! Mais le reverrai-je ? Si je dois avoir ce bonheur, comment le reconuaîtrai-je, puisqu'il a perdu la forme extérieure sous laquelle seulement je l'ai «onnn?

Pourquoi ces incertitudes et ces doutes? Pauvre créature mortelle, as-tu mesuré la puissance de Dieu? Par quels moyens les corps élémentaires de la Création se retrouvent-ils et se reconnaissent-ils les uns les autres ?

Quand le brillant printemps vient réjouir la nature, des millions de plantes surgissent dans tout l'éclat et toute la fraîcheur de leur beauté, et chaque espèce porte à travers les airs son pollen d'or aux individus de la même famille. Sans ce pollen la fécondation est impossible. Ces plantes sont souvent séparées par des distances considérables; et cependant le pollen, poussière presque invisible, trouve la fleur à laquelle il est destiné. Il flotte parmi des milliers de fleurs, mais il se dirige, comme attiré par un pouvoir magique, vers la seule qui est de la même nature que lui. Dans cette partie terrestre de la Création je vois ainsi s'opérer un miracle qui se renouvelle chaque année. Et ce miracle du Tout-Puissant n'est-il pas un indice des choses de l'éternité? Cette puissance infinie de Dieu qui guide le pollen fécondant d'une distance éloignée sur la

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seule fteur qui Tattead, peut-elle faillir dans le| royaume des être» supérieurs, qui ont une similitude plus intime avee reasence de Dieu? Oh ! oui^ nous sommea réunis après la mort.. Ce que Dieu a uni, est uni pour toujours. C'est pourquoi, ô esprit bien-aimé ! bienraimé dajis l'éternité ! noua ne saurions jamais être séparés. Toi dans le Ciel, et moi sur la terre, nous nous appartenons l'un à l'autre éternellement. Sois heureux dans les régions su^ blimes que tu habites! Un jour, je serai dans le Paradis avec toi. Pourquoi donc alors pleureraîa-je? Nous vivons tous deux dans la vaste maison d^ notre Père. Ton absence m'est pénible, il est vrai; mais il n'est ni en mon pouvoir^ ni dans ma volonté de désirer que tu erres encore sur la terre, avec moi, parmi les vivants. Quand même il me serait accordé de poutoir te faire redescendre ici-bas de ton séjour de délices, je ne voudrais pas le faire, car tu as soutenu la rude épreuve, et tu as gagné la victoire ; ce n'est pas à toi de revenir vers moi, mais à moi d'aller te rejoindre. Je connais le chemin qui me mènera vers toi sans faillir, — c'est le chemin de la fidélité à mes devoîrs^, l'esprit véritablement Chrétien avec lequel j'obéirai aux Commandements de Dieu sur laterre, — c'est le chjemin qui ©onduit à Dieu Lui-mém€». Le péché et \a vice peuveiiitaeuls me séparer die Dieu et de tm.

INTEBPBÉTATIONa DB l'ÉTE&NITÉ. 387

Ma douleur a été grande à ta mort; mais grande est maintenant la joie de mon àme. Esprit bienheureux! tu es toujours mon bien-aimé, et tu m'attires à toi, par nos engagements sacrés, dans un monde meilleur. L'amour des esprits relie ensemble le Ciel et la terre» et les assimile l'un à Tautre* Quelquesuns des êtres qui me sont chers sont ayec Dieu. Quelle joie Céleste dajis cette pensée \

0 Père, qui es au Ciel, mon Père, qui es aussi Celui de toutes les âmes des élus qui m'appartiennent ! Gomme à l'heure cruelle de la séparation, j'ai levé mes mains vers Toi pour T'implorer dans le transport de mon inquiétude et de mon désespoir, comme je me suis écriée d'une voix suppliante : — • Oh! laisse -moi mon bien-aimé! » — de môme, ô mon Père, aujourd'hui je lève les mains vers Toi dans le transport de mon allégresse , en m'écriant : — «« Merci ! merci pour avoir rappelé à Toi Celui qui m'était si cher! » Sa mort> il est vrai, a profondément ébranlé tout mon être; mais elle m'a rendue plus magnanime, plus sainte, plus religieuse. Je me sens rapprochée de Toi ; je me sens plus détachée de la terre et de tous ses biens ; jamais je ne les rechercherai maintenant avec «ne ardeur inanodérée; il s'est formé, entre moi et l'Éternité, un lien qui ne se rompra jamais. Je ne vis pins sur ia terre seukment; je vis aussi dans le Ciel, avec Toi,

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ot avec le bien-aimé que Tu m'avais donné et que Tu m'as repris.

11 fut un temps où la pensée de la mort et du lombeau m'accablait et me faisait frissonner. Comment pouvais-je, en effet, aimer la mort et le tom^ beau, quand ils n'étaient à mes yeux que le sombre abîme qui menaçait d'engloutir tout mon bonheur ! Alors, la terre était encore le Ciel pour moi; et Ton Ciel, ô Dieu, n'était qu'un saint désert, au sein duquel je me considérais comme une étrangère, que personne ne connaissait ni n'aimait. Et je craignais la mort, et je reculais devant la région inconnue.

Maintenant c'est le but de tous mes désirs, de toutes mes aspirations ; c'est mon port de salul, ma patrie, mon refuge, la demeure de tout ce que j'ai de plus précieux ! Là sont les amis de mon cœur et les compagnons de ma vie ! Et quand, entourée de ceux qui me restent sur la terre, j'éprouve quelques moments heureux, je me prends à penser que je serai encore bien plus heureuse dans le Ciel. Lorsque les ténèbres enveloppent les choses de la terre, je me dis : Par delà ce monde, tout resplendira d'une lumière que tf obscurcira plus aucun nuage. |

Avec Ton aide, ô Jésus, je veux me rendre digne de la félicité que Tu m'as préparée depuis l'origine des temps. 0 mon Père, j'accomplirai Ton com-

mandement ! Je veux mener une vie d'amour et de dévouement envers mes semblables, de manière à gagner Ton amour, dans la vie future, lorsque mon âme sera remontée au séjour de la gloire étemelle. Ainsi soit-il ! Viens-moi en aide, ô Seigneur Jésus, Lumière de mon âme! Ainsi soit-il!

CIRQUIjniB HÉOITATIOH.

RÉUNION

Quand sur ins froide et étroite coache la dernière larme d'un tendre adieu aura étévenëH par un cœur brisé et par l'amitié affligée, je me T^ouirai dans <:ette vie bienheureuse^ où j'entendrai tout autour de moi ré^nner les yœuz de ceux qu'il a séparés.

Ce que nous avons commencé ici-bas aveo fiiiblesse^ s'élèvera dans ce monde nouveau «a dernier point de perfection. — Parfait! Étemel! —deux mots qui n'en font qu'un. Le germe terrestre de l'amour le plus pur ne peut fleurir que dans le Ciel, — car c'est là que règne Ift félieité t c'est là qui'est le Seigneur.

(Saint Jean xvi. 16-22.)

0 mon ftme, élère-tal du ttnntilte de cette vie a ta véritable ifiAé^endance ; rejette le fardeau de tes

392 INTERPRÉTATIONS DE l'ÈTERNITÉ.

afflictions et évanouis-toi dans Tespérance d'une éternelle paix. Abandonne le tourbillon de plaisirs et contemple ta destinée qui est d'un plus noble caractère !

Qu'est, en efiet, cette goutte de vie terrestre dans laquelle tu es actuellement plongé, comparée à l'océan de gloire infinie qui s'ouvrira devant tes yeux * éblouis, lorsque ce rêve éphémère sera passé? Qu'est toute la pompe de la terre, tout l'éclat de la poussière d'or qui brille en ce monde, comparé à la splendeur qui frappe ta vue aux portes de l!étemité? Ah ! pourquoi prodiguer ton admiration au pâle flambeau dont tu te ^ers pour éclairer ta demeure ? Qu'est cette lueur comparée à la magnificence du soleil qui voit flotter à travers ses rayons des mondes sans nombre auxquels il verse la lumière, la chaleur et la vie ?

Oui, Éternité, but final, auquel tous s'empressent d'atteindre, — l'affligé comme celui qui est dans l'allégresse, le roi comme le mendiant, le sage comme l'insensé, le vieillard comme l'enfant souriant, — Éternité qui nous attends tous, sois aujourd'hui le sujet de tnes pensées ! Rien qu'en prononçant ton nom, mon âme se sent plus libre, plus noble, et plus pure ! En ta présence les choses de la nature, qui en d'autres moments me comblent de plaisir, ou me déchirent de leurs épines, me parais-

sent insignifiantes et méprisables. La religion est plus attrayante, phis divine, plus auguste, lorsqu'elle éveille dans mon sein les merveilleux pressentiments d'une existence future. Éternité, à ta pensée, la légèreté frissonne, le vice pâlit, et le sceptique tremble dans son incertitude ! — Éternité, toi qui dévores tout ce qui a commencé, juge rémunérateur, qui portes le glaive et la palme , Éternité qui réconcilies tout, qui égalises tout, — tu es la consolation du sage , la douce espérance du Chrétien!

 moi aussi tu apporteras consolation et espérance : — consolation , alors que je me plains sur mon malheureux sort; espérance, alors qu'au milieu d'un joyeux cercle d'amis, je me réjouis de vivre en ce monde. Consolation, alors que la tristesse vient assombrir la perspective de- mon existence; espér^ice, alors qu'au sein dès plaisirs et du bonheur, je me prends à penser que tout change ici-bas, et que l'homme doit perdre un jour les biens qu'il possède ! Consolation, alors que la main du trépas me ravit les êtres qui me sont chers, alors qu.e je veille éplorée près de leur lit de mort, regardant avec des yeux pleins de larmes leur visage pâle, glacé, rigide , et leurs lèvres crispées qui ne me souriront plus; espérance, à l'heure où la mort m'appellera à mon tour, pour me séparer des âmes qui me sont

304 INTBBPRÉTATIONB DE l'i&TSBNITÉ.

tendrement dévottées, pour m'arracher à i'aidction de mes amis, am pleurs des i^'pheliiift*

0 Éteraité, mon ei^érance et ma consolation, toi qui m'as été réyélée par le Christ, tu me réser- Tes tovB les trésois de joie que j'ai perdos ici4)as ! Pourquoi ti»niblerai-je devant toil C'est vers toi que le ment d'orage emporte les douces ûmvR quMl arrache à la «couronne de mes jotissauces. PourqiK)i donc trembier à ta pensée ? C'est en toi seulement que je puis retrouver ce que j'ai perdu sur la terre, et ce que j'y laisserai derrière moi, quand à mon tour je serai appelée dans un autre monde. Quelle douce et ravissante émotion me cause la pensée de retrouver ce que j'ai perdu! Quelle espérance de revoir dans l'Éternité ceux que j'ai connus et aimés sur la terre J 0 mes chers et bien-aimés parents ! tendres amis de mon enfance ! O vous qui teniez à mon cœur par les liens du sang et de Taffection ! vous que mes larmes et mon muet désespoir ne sauraient rappeler à la vie! Vous qui m'avez quittée si douloureusement pour passer dans une meilleure existence, — jt <?ws retrouverai î je vous reverrcd !

Mon cœur bomdit d'une joie nouvelle et céleste, — mes yeux sont inondés des larmes d'une brûlante ardsur, — mon esprit s'élève sur les ailes de la prière, guidé par le flambeau de la religion. Il touche a«L portes mystërietises de l'éternité ; il se rap-

INTERPRÉTATIONS DE l'ÉTBRNITA. 396

proche de yo«s dans ce aïoiiide spleadide et élmgtU où Diea réside, où yo«s a^ooniei dans un étaft plas noble et plus heHrenx que le mien. Je sois toujours ici dans la prison terresta^e, tandis que vous, vous êtes libres dans un monde meilleur! Je suis to«jours £aible et imparfaite, habitant tantdt sous les rayons du soleil, tantôt dans Tombre, tandis q«e TOUS, vous jouissez de la clarté sans ombre et sans nuage^ de la Divinité, des Anges, et des élus! Oh* si vous pouviez entei»lre la voix de mon cœur, voir les larmes que je verse en élevant mes désirs jusqu'à vous ! Je vous invoque, je vous envoie ma prière et mes sanglots. Souvenez-vous dans votre béatitude de celle que votjis avez ledssée derrière vous, qui vous aime et qui vous aimera éternellement ! U y a un Dieu, et Dieu nous réunira.

Nous nous reverrons I Ce n'est ni un rêve ni une illusion î Jésus, le sanctificateur du monde, Jésus, le révélateur de Dieu, l'a promis à Ses disciples.

n a formulé la plus douce des consolations, lorsque, dans un des moments les plus tristes de Sa vie. Il a prédit à Ses disciples les tribulations et les per^ sécations qu'ils auraient k endurer, et qu'il s'est efforcé de préparer à Sa mort, et à Son retour vers le Père Éternel, ces hommes qui s'étaient attachés à Lui avec la simplicité et le dévouement de l'enfance. M Encore un peu, je yous le répète, et vous

896 INTERPKÉTATIONS DE l'ÉTBRNITÉ.

ne me verrez plus, parce que je m'en retourne chez mon Père. Vous êtes maintenant dans l'affliction; mais je vous reverrai, et votre cœur se réjouira, et aucun homme ne vous enlèvera votre joie. >» (Saihi Jean xvi. 16-22.)

Nous nous reverrons ! A cette heure terrible de la mort, où le Christ saignant sur la Croix semblait abandonné de Dieu, un malfaiteur, condamné au même supplice que Lui, mais plein de foi. Lui demanda des consolations, et Jésus lui donna la plus douce de toutes. « En vérité, » dit le Rédempteur du monde d'une voix mourante, « en vérité, je te le dis, aujourd'hui tu entreras avec moi dans le Paradis ! f» (Saint Luc xxiii. 43.) Puis-je conserver le moindre doute, quand parle Jésus, Jésus, le miraculeux Messager envoyé du ciel, Jésus né de Dieu, et qui est venu, selon la volonté du Père Étemel, éclairer les ténèbres dans lesquelles était plongé le monde des esprits ? Puis-je douter de la parole de vie qu'il a apportée à la multitude? En qui pourraisje croire, si ce n'est en Lui? Avant ou après Lui, a-t-on proclamé des vérités plus sublimes et plus sacrées? Qui sur la terre avant ou après Lui a, comme Lui, enseigné une doctrine que les plus sages des hommes, et les plus simples des enfants ont pu suivre comme un guide infaillible î Qui, avant Ltii ou depuis Lui, a donné au monde un pareil exemple

INTERPRÉTATIONS DE L'ÉTBRNITÉ. 307

de sainteté? Qui a, comme Lui, enseigné à la race humaine à se connaître elle-même, lui a indiqué sa dignité, et montré sa destinée véritable t

Nous nous reverrons, Jésus l'a dit. Ma foi embrasse avec la plus profonde ferveur cette vérité Divine que je tiens de Lui, et qui est en si parfaite harmonie avec l'amour et la grandeur de Dieu ; qui me fournit la clef sainte qui doit m'ouvrir les nombreux et sombres mystères de la vie terrestre, et sans laquelle je ne puis voir dans la création que la plus triste contradiction des choses sans but, et la confusion la plus déplorable.

u Je ne peux concevoir, »» dit le sceptique morose, a comment nous serons capables de nous retrouver et de nous reconnaître les uns les autres dans i?et autre monde. Car, quoique l'esprit entre dans une existence plus heureuse, le corps, au moyen duquel nous nous connaissons les uns les autres ici-bas, reste dans le tombeau et retourne à la poussière, dont il est sorti. » J'admets que la poussière retourne à la poussière; mais ce n'était pas la poussière qui était aimée par la poussière, — c'était l'àme que l'affection attachait à une autre âme< Tu doutes, ô sceptique, parce que tu ne peux \ pénétrer les mystères de l'éternité. Tu doutes, parce ! que ton intelligence bornée ne peut souder les profondeur}^ de rOmniscience et de l'Omnipotence de

398 INTBRFBÉTAtTONS DE L'éTERNiTÉ.

Di^B. Ta dovtas, parce que tu ignons qa^eUe forme Tesprii rerêt après la mort. Celai qai conBiitraîi tous ces mystères, celai qai embrasserait et comprendrait Tordre entier de la cr^tion, serait. IHeu lai-même. Et ta n*es pas Dieu.'

Les limites de ton entendement t'interdisent ane seiencê aossi soblime; mais la force de ta raison te p<msse à noarrir l^foi la plos profonde. Or, les lois de la raison, sont la voix de la Divinité ! Y résister, c'est descendre an niveau des bètes, et c'est une preuve de folie. Sois ce que tu d(»s être, ce que tu es appelé à être, — ujae créature r^onnable, et tu trouveras aussitôt que l'harmonie la plus parfaite règne dans l'univers.

' Quels que soient les sophismes avancés par les sceptiques, ils peuvent seulement assurer qu'il est possible que la mort nous sépare pour toujours î Mais ils ne peuvent rien prouver contre l'espérance qui nous murmure qu'il est possible que nous nous retrouvions au delà du tombeau! Leurs arguments sont de pures conjectures, inspirées par leur bumeur mélancolique, ou peut-être le vain désir de dire quelque chose qui fasse sensation. Leurs pressentiments doivent se révolter contre les armes à l'aide desquelles, toutes feibles quVlIes sont, ils es^ajenl d'ébranler la force de leur propre foi, rf: la foi de toutes Ie« naUoiks civilisée» ou sauvagiei^. Jusque èstm

INTERPRÉTATIONS 0B L'ÉTBRNITjfc, 300

la nature inanimée nous ^ojons les forces komogènes s'ftttirer mutRellement en yertu de lois qui no«8 sont inconnues. Et quand la poussière traverse l'espace pour s'unir à la poussière, comment pourrait-on supposer que des organisations supérieures, des êtres doués de conscience fussent exclus de l'empire de ces lois salutaires de l'attraction? Nos esprits ont-ils moins d'importance que le pollen qui s'échappe du calice de la fleur et ra, à travers les airs, chercher, parmi des milliers d'autres fleurs, celle qui est de même nature que lui et qu'il doit féconder? Sceptiques, expliquez-moi ce prodige incompréhensible, et je vous expliquerai comment de» esprits doués de vie, de conscience, et do volonté se retrouvent, et apaisent leurs désirs dans les régions de l'éternité.

Est-ce l'homme qui a dicté à l'homme la loi de l'amour étemel? Est-ce l'homme qui a implanté luimême dans son propre sein toutes les meilleures afiections? Est-ce l'homme qui, en mène temps que le sentiment de l'amour, a gravé dans son âme le désir de le voir durer éternellement? Non, c'est la main de Dieu qui a semé dans ncMS cœurs le germe de ces sentiments; c'^est Dieu qui a^ inspiré aux âmes affectueuses le désir de se réunir dans jiBè union éternelle? Et Celui qui nous a attachés les uns attx arotres, pour u» court espace die temps, par de si

400 INTERPRÉTATIONS DE l'ÉTBRNITÉ.

tendres liens, — Celui qui est tout Amour, toute Bonté, toute Miséricorde, — briserait sans but les liens que^ Lui-même a formés ! Lui, Notre Bienfaiteur Suprême, pourrait nous accabler de malheurs plus grands que ceux auxquels nous condamneraient les plus cruels des hommes ! Lui, la Sainteté même, se jouer de nos sentiments les plus sacrés, et nous trompera T heure de la mort! Lui, qui commande à nos cœurs d'aimer, se complaire ^u spectacle de notre désespoir !

Loin de moi cette basse et affreuse pensée ! J^ crois en Dieu, qui est la Perfection même, et cette foi me donne la conviction consolante qu'il ne brisera pas les liens sacrés qui attachent les âmes entre elles, et que Dieu a formées Lui-même. Dieu est toute perfection ; et II ne saurait se repentir d'aucune de Ses œuvres. Comment donc se repentirait-Il de la plus noble de Ses inspirations, de la plus sage de Ses mesures : l'amour mutuel des âmes, leur félicité et sa prolong'âtion ?

Dieu existe i C'est pourquoi nous nous réunirons, nous qui avons été créés les uns pour les autres. Il Est le Créateur, et II est tout amour! Nous nous reverrons, nous nous appartiendrons encore ; l'éternité satisfera les plus nobles aspirations des millions d'âmest

Que serait l'immortalité sans rimmôrtalité de ma

INTERPRÉTATIONS DE l'ÉTERNITÉ. 401

conscience, sans la durée de mon essence supérieure? N'est-ce pas Tempire de la vertu et de lamour sur mon âme, qui seul me donne quelque valeur à mes propres yeux , et me fait attacher quelque prix au monde î

L'immortalité, sans la conscience que j'ai existé antérieurement, sans relation avec le passé, ce ne serait pas l'immortalité, mais le néant. Si je devais renaître dans l'éternité, sans la moindre conscience de mon existence passée, ma naissance ne serait rien moins que la création d'un nouvel être qui n'aurait jamais existé jusque-là.

Non ; Dieu existe ! Et, aussi sûrement qu'il est éternel et essentiellement parfait, moi, je suis immortelle ; et puisque je suis immortelle , les facultés de mon esprit, mes vertus, mon amour ne sauraient mourir avec mon corps. Le sommeil de chaque nuit sur la terre ressemble à un état de mort passager, et notre réveil ressemble à une nouvelle existence. Le matin, chaque fois que je sors du sommeil, que je soulève mes paupières appesanties, le souvenir de ma vie passée, des vertus que j*ai acquises, des sentiments affectueux que j'ai éprouvés, me revient à Tesprit. Expliquez-moi, 6 sceptiques, ce qui chaque matin rend ce miracle possible; ensuite je vous expliquerai comment il est possible que des âmes sympathiques se recon-

402 INTERPRÉTATIONS DB l'ÉTERNITÉ»

naissent, et se rattachent les unes aux antres, dans rétemité.

Si les liens que Dieu a noués devaient être rompus k jamais par la mort, si mon amour fidèle et l'espérance que je conserve d'une douce réunion devaient s'éteindre avec mon corps, — oh! alors tout ce qui me parait si glorieux dans le monde de Dieu se désunirait pour s'abîmer dans le néant ! Mon âme serait dépouillée de ses trésors les plus précieux, de ses joies les plus douces ; toute l'Éternité me semblerait un lieu d'exil où mon âme abandonnée errerait, cherchant en vain ce qu*elle aurait perdu. Oh ! dans ce cas, une tombe sans réveil serait de beaucoup préférable à une vie éternelle^ dans laquelle l'amour serait réduit à verser des larmes de désespoir au souvenir des êtres chéris qu'il a perdus. Alors nous devrions fuir l'amour et l'affection sur terre avec plus de soin encore que l'envie et la haine. Alors la majeure partie de l'existence terrestre d'une infinité de nobles esprits humains aurait été vaine et superflue,. Alors, — oh ! alors, j'implorerais l'Amour Divin de déraciner toute affection de mon cœur. Je m'écrierais en adressant mes prières à Dieu : Pourquoi m*as-Tu donné un cœur, si Tu lui réservais de semblables blessures? Pourquoi avoir conduit vers moi des âmes bien-aimées, si To avais l'intention de les arracher à ma tendresse? Pourquoi m'avoir ins-

INTERPRÉTATIONS DB L*ÉTBRNITÉ. 403

pire ce sentiment d'amour, donné ce cœur aimant et fidèle, si ce n'était que pour me rendre plus sensible à mes pertes, pour me soumettre à de plus cruelles soufirances î Vaine est donc Fespérancequi fait qu'en mourant l'époux ou l'épouse a encore sur les lèvres le nom de l'être bien-aimé qui lui survit sur la terre; qui fait que la sœur murmure le nom de son frère chéri, ou la tendre mère celui de son enfant adoré? L'Éternité serait donc une aspiration sans fin, un désir continuel jamais satisfait, — un regret perpétuel pour des pertes à jamais irréparables.

Non! tristes sceptiques: écoutez les paroles de Jésus qui nous promet la réunion avec nos amis dans l'éternité ! Ecoutez la voix de la raison, qui condamne vos doutes insensés qui bouleverseraient le monde, et feraient paraître nos propres vies et toute la Création sans but et prêtes à se dissoudre! Reconnaissez ce que l'expérience nous enseigne chaque jour, ce que toute l'histoire du monde nous apprend, ce que chaque regard que vous jetez sur l'immensité de la Création vous révèle : Dieu ne laisse rien de ce quJl a créé incomplet! Il ne commence et ne laisse rien inachevé ; Il est éternel, et tout ce qu'il a créé est éternel.

Une des raisons les plus -saintes et les plus encourageantes qui nous portent à croire à l'immortalité de l'àme, c'est l'intime aspiration que nous avons

pour la vertu, et pour le bonheur qui la suit, que Dieu a implantée dans notre sein. Nous atteignons rarement sur terre le but vers lequel tendent nos efforts ; l'homme vertueux est souvent le plus malheureux; aussi, ce n'est que dans l'Eternité que cette soif de perfection et de bonheur peut être satisfaite ; et elle doit l'être, s'il ne faut pas regarder tout ce qui existe ici-bas comme créé sans but, et s'il ne faut pas considérer la vertu même comme une vaine illusion.

Toutes les raisons que nous avons de croire à l'immortalité de l'àme sont en même temps autant de raisons qui nous portent à croire à la réunion dans l'éternité des âmes qui se sont aimées! Hélas! que de souffrances n'endurent pas en ce monde de nobles êtres pour l'amour de ceux qui leur sont chers, — des amis pour leurs amis, des parents pour leurs enfants ! Et est-il supposable que ces larmes, ces soins, ces sacrifices, resteront sans récompense ? La ^ mort leur enlève la partie la plus noble, la plus chère de leur vie ; et Ton pourrait supposer que leur affliction resterait inconsolée, oubliée par la justice d'un Dieu dont l'amour est infini !

Non, non ! le cœur se révolte contre cette pensée ; la raison la condamne ; les paroles Divines sorties des lèvres de Jésus la contredisent.

Demeure toujours avec moi, foi douce et ce-

INTERPRETATIONS DE l'ÉTERNITÉ. 405

leste , afin qu'un jour je rejoigne dans cette terre, oùles Jarmes ne coulent jamais, tous les êtres chéris que j'ai perdus ici-bas. Cette foi dissipe les ténèbres de la vie. A sa lueur. Dieu et sa Création, la vie et l'éternité apparaissent dans une union et une harmonie plus glorieuse.

Nous nous reverrons — qu4mporte où et comment? Dieu est là comme ici; et Sa volonté est notre joie. Nous serons réunis, âme à jamais chérie! •Nous nous appartiendrons éternellement : ce n'est ni un rêve, ni une illusion.

0 toi, dont la mousse verdâtre de l'oubli couvre déjà Fhumble tombeau, tu n'es pas oublié par moi ! Mon cœur bat toujours pour toi comme lorsque ses battements répondaient à ceux du tien ; mes yeux versent toujours des larmes au souvenir de notre séparation. Nous ne sommes pas séparés éternellement. Peut-être te souviens-tu de moi dans les lointaines régions, où tu jouis d'un bonheur plus grand, comme je me souviens de toi ici-bas. Cette vie n'a plus d'attraits pour moi. Je n'ai de repos, de joie qu'avec toi; tous mes vœux te suivent dans le monde meilleur que tu habites. Et vous, ô élus ! peut-être souriez-vous de mon affliction comme sourient les esprits sanctifiés, sachant combien l'heure de la réunion est proche. Vous souriez comme l'époux, qui, après une longue absence, s'approche de son épouse

406 INTBRPEÉTATIONS DB l'ÉTBRNIT*.

bien-aimée, sans qu^elle le sache» et pendant qu'elle gémit de leur séparation.

Hélas ! Quand t*embrasserai*je de nouveau? Quand cesserai-je de soupirer ? Quand est-ce qu'intimement et éternellement réunie à toi, je louerai le Seigneur, le Créateur de notre ineffable béatitude ? Le souvenir même de notre vie sur cette terre nous sera toujours cher : car c'est ici que nous nous sommes rencontrés l'un l'autre ; c'est ici que Dieu nous a donnés l'un à l'autre ; c'est ici que nos âmes se sont confondues l'une dans l'autre !

0 Dieu! Tu es tout amour! Pourquoi continuerais-je à pleurer les morts ? Ils sont allés à Toi, et je reverrai les êtres aimés ! Pour ceux qui ont foi en Ton amour paternel, l'inquiétude même de l'attente devient une douce jouissance. J'attends avec calme l'heure où il Te plaira de me conduire vers ceux qui me sont chers.'J'espère, dans une délicieuse extase, une Éternité de béatitude, et je porte mes regards reconnaissants vers Celui qui m'a préparé ce bonheur depuis le commencement de toutes choses.

INTERPBÉTATIONS DE L'ÉTERNITÉ.

SIXIÈME UÉDITATION.

RÉUNION

Ah 1 non, rÛnivera n*e8t pas un songe ; cetto vie n'est pas un fragment brisé, — chaqne chose fait partie du système étemel, qui relie la vie terrestre à une meilleure vie. Les esprits qui abandonnent la terre ne font que prendre leur essor vers le cieL Les êtres que nous avons aimés, et que nous avons perdus ici-bas,— -attendent que nous allions les rejoindre dans un monde meilleur.

Oh ! promesse de bonheur, que le Sauveur a faite au uKmde, tu nous remplis d*une extase toujours croissante, tu brilles sur le tombeau de chaque être aimé, que nous arrosons des larmes amères de nos regrets. Tu guides nos âmes fatiguées sur le chemin où la foi noas conduit aux Cieux, à Dieu, et à une union qui ne connaît pas de fin.

(Apocalypse m. 21.)

Écoute les enseignements qui te sont fournis par les révélations de Jésus, par la voix du passé, dont

408 INTERPRÉTATIONS DE l'ÉTERNITÉ.

récho retentit de siècle en siècle ; par les phénomènes de la nature, depuis le grain de sable jusqu'à rétoile étincelante, et par ta conscience, ce mentor qui réside en toi. Tu confesses : Oui, il y a un Dieu! un Être tout-puissant, essence de sainteté et de justice, qui a créé Tunivers, et qui dirige les forces inanimées qui s*y meuvent ; qui. Esprit étemel luimême, aime tous les esprits comme Ses enfants, qui ne se repént pas de ce qu'il a créé dans Sa science universelle ; qui ne détruit pas le plus petit grain de sable dans Sa création, et encore moins les forces plus nobles qui y existent — les esprits humains, capables de concevoir Dieu et de Lui rendre hommage.

Tu confesses qu'il y a un Dieu, et par là tu confesses que rimmôTèalité doit nécessairement être la destinée de nos âmes !

Mais si ton âme est immortelle, tu ne peux t'em- .pêcher d'admettre que, d'une façon ou d'une autre, la conscience doit survivre à la mort. Car ignorer ton identité, c'est la même chose que si tu étais anéanti. Ou bien ne pas savoir que tu es le mémo qui existait antérieurement, et comment tuas existé, ce n'est pas continuer, mais recommencer l'existence — c'est une nouvelle vie. ,

Si après la mort nous ne devions plus avoir conscience de notre existence antérieure, notre bon te,

notre grandeur d'àme, les sacrifices faits par nous sur la terre, seraient tout à fait inutiles, car à quoi bon une récompense dans le monde futur, une amélioration de notre condition, si les titres qui nous es ont méritées devaient être oubliés? Ou bien, pourquoi nos péchés seraient-ils jugés sévèrement, pourquoi la justice rétributive nous infligerait- elle • la dégradation de nos esprits, si nous ne savons pas pourquoi et comment nous avons mérité notre châtiment, notre dégradation ? La rétribution dans le monde futur serait sans portée, les récompenses et les châtiments après la mort pourraient passer pour autant d'actes injustes, ou au moins être taxés d'injustice, s'il n'y avait aucune relation entre cette vie et la vie future. La vertu ici-bas, le perfectionnement de l'âme, le vice, sa dégradation seraient presque des choses indifférentes. Quiconque croit à la justice parfaite de Dieu, à Sa sainteté absolue, doit aussi croire à une "oéritahle continuation de la vie spirituelle ; c'est-à-dire à une continuation sans interruption, à une intime relation" spirituelle entre le présent et l'avenir.

Cependant une telle relation est impossible, si l'âme ne conserve pas la conscience de son existence antérieure. L'âme une fois délivrée de l'imparfaite enveloppe terrestre qui a entravé si souvent son activité, peut sans doute dans le monde futur déployer

vne vigueur, dont jious sommes inc^^afcles de nous former une idée dans notre état actueL Ainsi, le vieillard, pendant que son corps est plongé dans le sommeil, voit souvent revivre dans ses rêves, avec une netteté prodigieuse, des souvenirs de sa jeunesse ou de son âge mûr, que dans Tétat de veille il avait complètement oubliés.

Cette croyance en une relation entre notre situa- ^ tion présente et notre avenir a non-seulement régné de tout temps chez toutes les nations qui ont secoué les langes de la barbarie ; mais encore Jésus» l'Homme-Dieu, l'a signalée dans cette première parabole , dans laquelle D essaye de convaincre les hommes de la venue d'un jour de rétribution. (Saint Matthieu xxv. 51-46.) Il introduit les justes, et leur met ces paroles dans la bouche : — « Seigneur, T'avons-nous vu avoir faim sans T'avoir donné à manger, ou avoir soif, sans T'avoir donné à boire ? ♦» Oui ; Jésus qui était la sagesse divine, et qui avait le don des révélations célestes, nous a déclaré, à nous mortels, non-seulement la nature immortelle de nos âmes, mais encore la continuation sans interruption de la conscience que nous avons de nos actions. Mais cette continuation de la conscience n'est possible qu'autaiit que nous conservons aussi le souvenir des personnes avec lesquelles nous ayons eu d'intimes relations sur la terre. Le plus grand nom-

IMTBRPEÉTATI0N8 DE L*ÉTBRNITÉ. 411

bre de nos actions, en effet, ont eu quelques rapports arec elles, elles ont déterminé nos vertus et nos vices, elles ont été Tobjet de notre amour ou de notre haine, de notre générosité ou de notre malveillance, de notre compassion ou de notre cruauté. Pour Tintelligence terrestre qui ne connaît que les ressources de ce monde, il peut être difficile, il est vrai, de comprendre comment s*opérera dans le monde futur la reconnaissance entre les êtres que Famour de Dieu avait unis ici-bas par les liens de l'affection. Mais n'y a-t-il pas de la folie à rejeter une chose comme n'existant pas, simplement parce que les facultés bornées que nous possédons sur terre, ne nous permettent pas de la concevoir ou de nous en faire une idée? S'ils sont témoins de notre faiblesse et de notre entêtement, les êtres supérieurs ne doivent-ils pas sourire de notre folie, comme nous rions de l'ignorance du sauvage, qui refuse de croire qu'il est possible aux hommes de se communiquer leurs pensées intimes les uns aux autres avec les plus grands détails, sans qu'ils aient besoin de se trouver réunis, et sans l'aide de la voix? Il se moque aussi de quiconque vient lui dire : « Il existe des hommes qui possèdent un esprit supérieur et plus cultivé que le nôtre ; qui peuvent correspondre et se faire comprendre les uns des autres, quoiqu'ils soient séparés par d'énormes distances, par des

412 INTERPRÉTATIONS DE l'ÉTEENITÉ.

montagnes, des mers, des rivières, et des déserts. » Et quand on lui parle de Fart d'écrire des lettres, il le considère comme un sortilège surnaturel.

La position dans laquelle nous nous trouvons par rapport à notre avenir d'une nature plus élevée, et la manière dont nous le comprenons actuellement, n'est-elle pas à peu près la même que celle dans laquelle le sauvage se trouve par rapport à nous ?

La croyance que nous renaîtrons et que nous nous réunirons dans une existence future au delà du tombeau aux êtres que nous avons chéris en ce monde, coïncide avec la croyance à la véritable immortalité. Nous ne saurions séparer l'une de l'autre sans détruire immédiatement l'idée que nous avons de la perfection et de l'amour de Dieu. Aussi, quoique nos idées d'une vie future soient très-imparfaites, (et elles ne sauraient, en effet, être autrement), contentons-nous de n'avoir que de vagues pressentiments de ce qu'y sera notre destinée future. Nous ne sommes que des enfants; pensons et croyons donc à cette existence future avec la simplicité d'un enfant. Car, pour ce qui arrivera lorsque la matière susceptible de corruption revêtira le caractère de l'incorruptibilité, aucun mortel ne saurait le concevoir, aucun langage humain le définir.

Cependant la pensée de l'immortalité et de la réunion dans l'éternité exerce une telle influence

INTERPRÉTATIONS DE l'ÉTERNITÉ. 413

sur notre esprit, que nous ne pouvons nous empêcher de nous en préoccuper fréquemment. Ce n'est pas en vain que notre Divin Maître nous en a donné la conception. Nous nous reconnaîtrons les uns les autres, et nos actions s'attacheront à nous. Il nous Ta dit distinctement dans la description qu'il a faite du grand jour du jugement de la rétribution. Dans la parabole les justes et les pécheurs lui demandent : — « Quand est-ce que nous T'avons vu? Quand estce que nous avons eu occasion de Te faire du bien? »» et il leur répond : « En vérité, je vous le dis, autant de fois que vous l'avez fait à l'égard de l'un de vos plus petits frères que voilà, c'est à moi-même que vous l'avez fait. »» (Saint Matthieu xxv. 40.)

La pensée de la réunion dans l'éternité a, comme je l'ai dit, une influence puissante sur notre vie morale. Quoi de surprenant que les gens qui ne savent envisager cette réunion qu'avec une terreur indescriptible, essayent de détruire la confiance qu'ils ont en cette réunion? Quoi de surprenant que ceux, qui ne peuvent s'arrêter sur cette idée sans frissonner aiment mieux se creuser la cervelle pour inventer des arguments plausibles contre cette vérité — et vivre en contradiction avec leur propre raison, avec les notions qu'ils ont de la puissance, de la grandeur, de la sagesse, et de la justice de Dieu, que d'admettre cette vérité?

Mais ce n'est pas ce que rhomme veut, ce que rhomme préfère, qui aura lieu; mais ce que le Dieu Éternel veut, ce qu'il a prédéterminé dans l'organisation harmonieuse de l'univers, ce qu'il nous a révélé par des instructions générales et infaillibles, ce qu'il nous a déclaré par son Verbe sacré.

Oui, mère frivole et père dénué de principes, vous vous trouverez face à face avec les enfants que vous avez négligés, que vous avez laissés dans une ignorance si honteuse, que le vice a pris racine dans leurs cœurs comme les mauvaises herbes dans un sol non défriché. Vous les reconnaîtrez dans leur état dégradé, et leurs crimes se lèveront pour vous accuser, même par delà les tombes — car c'est votre négligence coupable qui a laissé leurs jeunes cœurs s'égarer.

Et toi, qui sur la terre, dans ton vil égoYsme, t'es fait un monde et un Dieu de toi-même ; qui, professant une suprême indifférence pour tes semblables, ne penses qu'à toi, et traites d'insensés ceux qui travaillent avec désintéressement au bien de leur prochain et sacrifient même une portion de leur bonheur pour assurer celui des autres, qui veux-tu rejoindre dans l'éternité? Toi qui ne penses jamais à autrui, mais rien qu'à toi, qui veux-tu rejoindre pour en recevoir les remerciements dus à la vertu? Personne ! Tu seras seul dans le monde meilleur, seul, sans personne

INTERPRéTATIONS DB l'ÉTBRNITÉ. 416

qui t*aime, étranger à tons ceux qui t'enyironrieront. II n'y a dans l'autre monde aucune âme qui ait de TafiFection pour toi, et qui soupire après ta présence. Tu es du nombre de ceux qui ont eu leur récompense, car dans ton égoïsme tu as stipulé et reçu la récompense de toutes les bonnes actions que tu as faites sur la terre. Quand tu as fait l'aumône, quand tu as fondé des établissements de charité, quand tu as déposé ton obole pour contribuer aux œuvres entreprises en vue du bien général, tu n'étais mû que par le désir de l'estime du monde, et de récolter des honneurs en échange. Tu as passé ta vie sans amour, sans amis, parce que tu croyais que les autres hommes étaient aussi égoïstes, aussi bassement intéressés que toi — et tu pénétreras dans les rangs des immortels sans amour, sans amis, et tu te trouveras isolé parmi les élus.

Nous nous rejoindrons dans l'éternité I Tremblez, misérables envieux et débauchés sans cœur, qui avez dépouillé la veuve sans protection et les orphelins sans appui, ou gaspillé dans la dissipation les sommes que vos pieux ancêtres consacraient à des legs charitables en faveur des indigents et des malheureux. Sachez bien que tous les soupirs, que la dureté de votre cœur a arrachés à ceux que vous avez opprimés , ont été entendus par Dieu, qui est présent partout ! Sachez que Dieu qui sait tout a vu

416 INTEUPRÉTATÏONS DE l'ÉTERNITIJ.

couler les larmes que votre injustice a fait verser en secret à quelque pauvre innocent ! Et ces soupirs vous seront comptés, et ces larmes seront pesées devant vous. Vous retrouverez les malheureuses victimes qu'ici-bas vous avez abusées impunément. Dans le monde futur vos actions ténébreuses seront étalées au grand jour. Votre hypocrisie ne vous servira de rien, là où le Dieu de justice règne et où siège le souverain Juge., Faites-vous illusion sur la terre, trompez également les autres ; mais à la fin aucune illusion ne prévaudra ! Proclamez, pendant que vous êtes sur la terre, qu'il n'y a ni Dieu, ni éternité, ni réunion dans le ciel ! Ici-bas même la voix de la conscience, dans les moments de réflexion, est en contradiction avec ce subtil mensonge ; ici-bas même, la terrible pensée fait palpiter vos cœurs criminels ; mais Dieu existe ; et par delà le tombeau s'étend l'éternité, où vous attendent l'heure du jugement et les esprits de ceux que vous avez offensés ! Toutes vos subtiles arguties, toutes vos dénégations effrontées ne sauraient détruire la vérité éternelle.

Dieu, éternité, jugement dernier, et réunion des esprits! Prête l'oreille à ces sublimes vérités, voluptueux éhonté ; pâlis à l'idée du possible, et tremble devant la réalité t Prête l'oreille à cet enseignement, séducteur perfide de l'innocéhce ; et toi aussi.

INTERPRÉTATIONS DB l'ÉTBRNITÉ. 417

père dénaturé de pauvres orphelins abandonnés et méprisés, que tu as condamnés à la pauvreté et à l'opprobre après leur avoir donné la vie ; tu les verras ! Ceux que tu as désavoués en ce nrond^, ceux que sur terre tu as réduits à la misère et an désespoir, porteront témoignage contre toi dans )*éternité. Père et séducteur sans pitié, il y a un Dieu, et le jour de la rémunération viendra ; et ce jour vous trouvera sans consolation. La créature iimocente, qui a été victime de tes passions, et que ta as livrée à la perdition et aux larmes d'un désespoir éternel, portera témoignage contre toi!

La pensée de réunion dans l'éternité de ceux qui se sont connus sur la terre remplit d'effroi le cœur du pécheur; mais l'àme qui a conscience de sa culpabilité résiste en vain à la conviction. Ce n'est qu'aux esprits d'une nature plus sainte que cette pensée est agréable ; ce n'est qu'aux esprits vertueux qu'elle apporte des espérances d'une douceur ineffable. Elle leur donne le sentiment vivace do l'immortadité et de la noblesse de l'àme, de leur dignité et de leur haute destinée. Elle leur rend le fardeau de la vie moins lourd, et leur adoucit l'heure de la mort. Elle leur donne plus de force pour croître en vertu et pour surmonter le mal. Ils comprennent le sens de ces paroles sacrées : « Celui qui sera victorieux ne recevra pas d at-

teinte de la seconde mort, n (Apocalypse n, 11.) O juste» accablé par les ans, qui sens décliner tes forces et t'avances d'un pas chancelant vers le terme de ta carrière» fatigué et altéré de repos — tu es heureux ! Tu sais ce qui t'attend ; tu sais ce que tu quittes! Quel bonheur la terre possède-t-elle encore pour toi? Tes sens sont éïnoussés; ils ne sont plus que des instruments inutiles pour ton esprit, qui ne peut plus se révéler par leur intermédiaire avec la même facilité. Il en est de même du vieil arbre fruitier : quoique la prodigieuse force vitale (l'âme de l'arbre) conserve encore dans le tronc sa vigueur intacte, les vaisseaux et les canaux délicats par lesquels la sève nutritive, puisée dans la terre, monte et se répand dans toutes les branches et dans toitô les rameaux, durcissent et l'obstruent avec le temps ; aussi les branches sont encore couvertes de verdure, mais les feuilles sont éparses, et l'arbre ne porte plus ni fleurs ni fruits.

Tu es devenu presque étranger sur la terre. Les compagnons de ta jeunesse sont morts depuis longtemps, tu as survécu à tous tes meilleurs amis — le plus grand nombre même de tes compagnons fidèles d'un âge plus avancé sont descendus dans la tombe. Ils sont allés au champ de repos> et bientôt ta poussière reposera près de la leur.

Mais ta patrie est située au delà du tombeau ; là

INTERPRÉTATIONS DE l'ÉTERNITÉ. 419

tu seras réuni à tous les bien-aimës de ton âme ; là tu seras entouré des anges de ton enfance ; là tu te repaîtras encore du sourire des êtres que tu as aimés si tendrement ici-bas, mais dont tu as vu les paupières se flétrir et se clore sous l'étreinte de la mort. Bientôt ton esprit affranchi s'envolera foxa aller les rejoindre, en s'écriant dans le transport de son allégresse : « Que je suis heureux ! je suis sorti victorieux du combat; béni soit l'amour ineffabJe du Père étemel des esprits ! »

Nous nous reverrons; soyez-en certains ! Jeunes gens et jeunes filles, pieux enfants de parents pieux, qui pleurez le trépas d'un père ou d'une mère chéris, vous les reverrez ! L'amour de vos parents était ce que vous aviez de plus précieux sur la terre. Lorsque vous étiez accablés par les soucis, la sollicitude affectueuse de votre père avait bientôt allégé le poids de votre fardeau; lorsque vous étiez en proie à la tristesse, yotre tendre mère savait vous consoler. Ces êtres si chers vous ont été ravis; mais encore un peu de temps, et ils vous seront rendus.

Il y a un chemin qui vous conduit vers eux ; il est souvent semé d'épines et raboteux, mais il est infaillible ; c*est le (fnemin que Jésus a indiqué à Ses disciples bien-aimés, afin qu'ils puissent Le retrouver. C'est le sentier de la vertu, des sentiments et

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des actions qui respirent la sainteté. Ne vous éoar tez jamais de ce sentier céleste, ne soyez j:if>:r.:3 infidèles à la mémoire de vos parente.

Dans les tentations, lorsque votre jeune sang s'enflamme de passions inaccoutumées ; quand le vice s'approche de vous paré de dehors séduisants ; quand des désirs tumultueux vous poussent à des tentations dangereuses ; quand vous vous sentez vaciller entre la pureté et l'impureté, entre la générosité et l'avarice; quand toute bonne résolution semble vous abandonner; quand la voie de la religion a perdu son pouvoir sur votre cœur, oh! dans ces moments-là, pensez aux morts qui vous sont chers, et à votre future réunion avec eux, et vous recouvrerez votre dignité,^ et vous reprendrez votre empire sur vous-même et votre obéissance à la vertu !

Rappelez-vous les êtres aimés qui ont quitté ce monde avant vous, et votre réunion ultérieure avec eux, alors que vous êtes en prière dans la maison de Dieu, et aux heures où vous vaquez à vos occupations journalières. Souvenez -vous -en, lorsque vous videz la coupe des plaisirs, lorsque vous êtes engagé dans le tourbillon des affaires, et lorsque vous êtes sous le poids de l'adversité — et vous ne perdrez pas de vue le chemin qui conduit vers eux ! L'amour est un lien spirituel invisible ; il relie le tombeau aux régions fortunées d'un monde meil-

INTERPRÉTATIONS DE l'ÉTERNITÉ. 421

leur , et rattache les âmes sympathiques et sœurs sur la terre et dans le Ciel, de même que Tamour de Dieu embrasse l'univers entier, qu'il soutient et comble de ses bienfaits.

Rappelez-Yous les êtres que vous avez aimés et songez à votre réunion avec eux, chaque fois que vous avez l'occasion d'accomplir une noble action, de faire du bien à un ennemi, dé rétorquer les méchancetés de la calomnie, de venir en aide à une famille pauvre et souffrante, d'aborder quelque entreprise d'une utilité générale ; — alors vous lutterez pour conquérir la couronne de U vie, et vos anges gardiens se réjouiront, car l'éternité vous ouvre ses portes. .

Nous serons réunis ! Séchez vos larmes, ô père, ô mère, qui pleurez un enfant bien-aimé et plein d'espérance, et toi aussi, veuve condamnée à l'isolement et à une tristesse solitaire ; cesse de t'affliger, tendre sœur, de la perte du frère que tu regrettes si profondément, ou toi frère, pour celle de ta sœur adorée ; ami , ne pleure plus l'ami arraché à tes étreintes. Fermez-vous, ô plaies qui déchirez les tendres cœurs ! Les morts n'ont pas cessé de vivre. Nous ne sommes point séparés éternellement. La réunion nous attend tous !

Vérité divine que Dieu nous a révélée, sois à jamais ma douce consolation. Moi aussi, j'ai perdu

422 INTERPRÉTATIONS DE l'ÉTBRNITÉ.

Tètre que j'aimais. Moi aussi, quand je suis dans la solitude, je pleure sur les plus délicieuses joies de ma vie descendues au tombeau. Au toml)eau? — Ah! non ; car ce n'est pas l'argile que j'aimais, mai^ l'âme, qui me souriait avec ses yeux si tendres, et qui me parlait le langage de l'affection avec ses lèvres si éloquentes. Et cette àme vit encore, car Dieu vit. Elle aimé encore, car Dieu aime. Oh! pensée céleste ! Je suis toujours chérie des êtres que j'aime dans l'autre monde, et d'une affection plus pure, plus noble, et plus tendre que celle qu'ils me témoignaient ici-bas, quand ils étaient enveloppés dans la poussière.

Vous m'aimez, ô êtres chéris, pour qui coulent mes larmes, que mon amour suit par delà le tombeau. Aimez-moi, et la tombe ne saurait nous séparer. Comment pourrait-elle séparer ceux que Dieu a unis ici-bas par de si tendres liens ? Ma tristesse n'est pas le fruit du doute, mais celui de mes regrets. Nous serons encore Vun à l'autre dans cette région bienheureuse, où l'on ne connaît ni chagrin ni séparation, mais rien que la perfection et une béatitude au-dessus de toute expression* Le Créateur nous a faits l'un pour l'autre, et Jl ne nous a pas créés seulement pour cette vie terrestre, mais pour la vie éternelle. En ce monde II ne nous a permis, pour ainsi dire, que de nous connaître imparfai-

INTERPRÉTATIONS DE l'ÉTERNITÉ. 423

tement l'un l'autre, afin que nous aspirions d'autant plus ardemment à notre but plus élevé. Il a attaché nos cœurs au ciel, non-seulement par les liens de la foi, mais aussi par ceux de l'amour.

Oui; ma vraie patrie, ma vraie demeure n'est pas sur cette terre, elle est de l'autre côté de la tombe. Mes yeux baignés de larmes se tourneront vers la région qu'habitent les êtres que j'aime ; vers elle montent mes pieuses pensées et mes vœux les plus saints. Oui, mon passage sur la terre est le prélude de la vie éternelle; au milieu des mortels je veux vivre pour les êtres immortels qui sont partis avant moi. .Si quelque péché s'attache à moi, je veux m'en purifier. Si quelque désir impur empoisonne mon cœur, je veux le bannir sans retard. Si j'ai fait quelque tort à mon prochain, je veux le réparer. Si j'ai offensé quelqu'un de mes semblables, je veux me réconcilier avec lui.

Nous serons, nous devons être réunis. 0 Dieu! je Te remercie de la grâce et de la miséricorde, dont tu m'as inondée! Que puis-je Te rendre en échange? Je sens ma pauvreté, mon impuissance ; mais je sens aussi que par Toi, mon Dieu, mon Père Éternel, l'univers est comblé de bienfaits. Je veux rechercher la solitude ; je veux me prosterner devant Toi, avec des larmes de tristesse et de joie, et mes soupirs et mes larmes Te glorifieront en silence!

Oui tu ressusciteras, ô ma poussière, pour être plus heureuse après ton court repos, pour vivre d'une vie sans fin, que te donnera Celui qui t'a créée. Que le Seigneur soit loué!

J'ai été semé pour refleurir encore. Le Seigneur visite la Moisson; Il choisit dans les gerbes ; Il ne laisse ni la tienne ni la mienne. Que le Seigneur soit loué!

O jour d'actions de grâces ! Ô jour de félicité ! Cest le plus beau jour de Dieu, qui brillera lorsqu'au sortir de la tombe glacée je m'éveillerai de mon court sommeil.

Cette résurrection me fera l'effet d'un songe. Je serai avec Jésus; je prendrai part à toutes So8 joies; tous les soucis du pénible pèlerinage sont passés pour moi.

O mon Rédempteur, conduis -moi vers le Saint des Saints! Alors je vivrai dans la sainteté, et j'élèverai la voix pour louer éternellement son nom.

(ISaint Luc xxiv. 5-G.)

« Pourquoi cherchez-vous les vivants parmi les morts f » demandèrent les anges aux femmes éplo^

426 FÊTE COITMÉMORATIVB

rées qui étaient venues au sépulcre du Sauveur: » Il n'est pas ici, mais il est ressuscité! » (Saint Luc xxrv. 5-6.)

Il est ressuscité ! Les disciples apprirent la nauvelle, et un frémissement de joie et de terreur religieuse traversa leur àme, et le courage revint dans le cœur des plus timides d'entre eux, qui, depuis la mort de leur Maître, erraient comme des brebis qui ont perdu leur berger.

Il est ressuscité! Les persécuteurs et les meurtriers du Messie apprirent cette nouvelle, et ils furent frappés de terreur. Ils refusèrent de croire au miracle. Ils s'efforcèrent de le détruire par d'audacieux mensonges. Ils prétendirent que Ses disciples avaient enlevé furtivement le corps mort. Mais leurs clameurs furent vaines ! Le Christ parut vivant devant Ses disciples; Il apparut dans la terre de Galilée. Il est ressuscité! s'écrièrent les Cieux, dans le ravissement de la joie; et tous les temps, tous les siècles à venir répéteront ce cri d'allégresse.

Mon âme se réjouit aussi de ce qu'il est ressuscité. Son triomphe est lûon triomphe; Sa victoire sur la mort et la tombe est aussi la mienne ; Sa vie est ma vie. L'anniversaire de Sa miraculeuse résurrection du tombeau et de la corruption est aussi la fête commémorative de mon élévation future audessus du monde et de la mort, quand la substance

corrompue revêtira rincorruptibilité, et la substance mortelle, l'immortalité.

Sa résurrection a achevé l'œuvre du Messie sur terre. Il avait vécu, D avait enseigné, U avait accompli de bonnes actions; la sainte semence de Dieu était semée ; mais le sol était encore en friche, la croissance de la graine incertaine. Le Christ était encore mal jugé par la multitude, le but de Sa venue n'était pas compris, même par Ses amis les plus intimes. Ils se figurèrent qu'il était venu pour fonder un trône terrestre, pour rétablir le royaume de David, pour les affranchir de la domination romaine, ' pour étendre la puissance des Juifs sur toutes les nations de la terre et faire revivre leurs lois ; tel était leur espoir. Cependant le Messie avait dit : *< Mon royaume n'est pas de ce monde. »

Il était destiné à souffrir et à mourir, à sceller de Son sang la vérité de Sa doctrine, à être immolé pour los péchés du monde, et à mettre fin par Sa mort aux sacrifices par lesquels les Hébreux croyaient adorer le Seigneur. Il subit la mort .du Rédempteur du monde. L'eflTusion de Son sang était en quelque sorte nécessaire pour faire germer les semences de la Divinité, qu'il avait semées dans le sol raboteux du cœur humain.

Mais Son œuvre n'était pas achevée. Avec Lui s'éteignit le courage de Ses premiers disciples.

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