FÊTE COMMÉMORATIVE
fait encore saigner ton cœur ! 0 frère, tu regrettes toujours la sœur flétrie au printemps de sa vie ! Et toi, tendre sœur, tu répands des larmes amères sur la tombe d'un frère ravi trop tôt à ton affection ! Qui cherchez- vous donc dans la tombe, ô mes amis? Ils ne sont pas là; ils sont avec Dieu. Célébrez dans Fallégress^ et le recueillement la Pàque Solennelle, la fête de la Résurrection, l'anniversaire de notre victoire sur la mort.
Le Christ vit ! Il est ressuscité ! Et moi aussi, je vivrai avec Dieu. La Résurrection de Jésus est ma résurrection, puisque Sa vie doit être ma vie. Nous ne sommes pas la proie du tombeau ! 0 Toi, qui as déjà remporté la victoire, et vous qui devez la remporter un jour, nous sommes tous les enfants de Dieu ! Pourquoi nous désespérer?
0 mon âme^ élève -toi au-dessus de la terre et du temps, au-dessus de la mort et de tout ce qui est mortel! Ne tremble plus, ô mon âme! Ce monde n'est point ta patrie; elle est dans le Ciel. La Résurrection n'a eu lieu que pour te diriger vers le but que tu dois atteindre. Ici-bas même, au milieu des débris de la mort, ta noble nature fait voir sa splendeur.
Ici-bas tu ne vois que des feuilles desséchées. C'est la poussière de la cendre qui remplit les cercueils, c'est l'enveloppe terrestre de ton frère. L'enveloppe fragile peut se briser et dépérir; mais le sombre prestige de la mort n'a point d'empire sur toi, tu dois être délivrée du
fardeau «les maux de cette vie, et ta récompense fattenddans les Cieux.
Alors tu goûteras Tamour de Ton Père; tu comprendras Son affection, tu jouiras de Sa vue. Sa sagesse te dévoilera les mystères inlinis de Timmense création, et les systèmes des mondes innombrables qui brillent dans Tespace Tu habiteras une nouvelle terre, un nouveau ciel, dont la splendeur surpassera celle des astres les plus étincelants.
Alors pleine de joie et animée d'une profonde vénération, célèbre aujourd'hui ta résurrection en célébrant celle du Christ qui est ta vie et ta lumière. C'est à Lui que tu dois d'avoir reconquis la douce espérance des cieux, la vie sans lin dans le séjour de Dieu, dans l'extase de Sa sainteté! Le Christ n'est-11 pas descendu sur la terre seulement pour remplir cette double i.iission : — rendre l'homtnc parftiit et nous gaj^ner la béatitude éternelle?
Conronné de gloire, il a quitté Son sépulcre creusé dans le roc, et Dieu a été réconcilié Avec rhoBuiM.— Le dtml, la malédictioD pronon^ oée du haut du Mont Sinal ont cessé. Au lieu de la mort, Il nous a donné la vie céleste ; au lieu de nous accabler de Son coarrcmx. Il nous a prodigué Son divin amour, et Sa victoire nous a inspiré la coniîaiiee. Lui — Lui seul, à cette heure, — a accompli l'œuvre de grâce, de miséricorde et de puissance ; — nous ne saurions avoir trop de louanges pour la Résurrection. La mort peut ^>paraltre, nous ne craignons plus rien, car nous Te suivons, Ô vainqueur de la mort!
Chantons, chantons à haute voix et avec allégresse les louanges de Dieu! Que tout Punivers se livre à des transports de joie et de reconnaissance I la victoire a été remportée, la bataille gagnée; toutes les ténèbres, tous les doutes sont éclaircis; la volonté de Dieu a parlé de manière à être entendue de tous. Lui, le Saint des Saints a remporté la victoire. Ne dois-je pas alors avoir plus de courage pour supporter le fardeau accablant des douleurs et des soucis de ce monde? Ce que Dieu aime peut-il être toujours dans la poussière? Lève tes yeux an Ciel, et sache que PÉtemel ne peut être détrôné.
( Romains viii. 28. )
Après la mort de Jésus, Ses disciples prirent la fuite, tremblant de peur et de crainte. Ils cher-
chèrent la solitude pour pleurer la mort de leur Divin Maître, et pour échapper, en se cachant, à la cruauté )anguinaire des Juifs. Dans le premier mouvement lu chagrin amer que leur causa la perte de leur ami lant aimé, il s'éleva probablement des doutes dans leur sein. Je crois entendre leurs plaintes : « Jésus, Qotre Divin Maître, est tombé victime de cruels meurtriers. Comment Dieu a-t-Il pu abandonner le bien-aimé qui S'appelait Son Fils? Comment le Très- Saint a-t-il pu laisser la vile multitude montrer du doigt le Juste exposé à ses mépris? Qui osera être juste et vertueux, si la vertu et la justice conduisent au châtiment dû au crime, tandis que le vice triomphe et prospère ? S'il existe un Souverain Juge audessus de nos tètes, pourquoi garde-t-Il le silence? S'il existe dans l'univers un Dieu qui aime toutes les créatures, pourquoi permet-Il que l'innocent souffre cruellement pour des actes dont il n'a pas été coupable? Pourquoi le laisse-t-Il souffrir sans secours, sans allégement, sans consolation ? Dieu desserret-U les liens sacrés de l'amour que Sa main a noués, et laisse-t-Il les cœurs saigner jusqu'à la mort des blessures qu'ils ont reçues pour avoir eu confiance en Lui? »»
Mais, le troisième jour, ce bruit étrange se répan-
, dit dans le pays : Le Crucifié est ressuscité ! Les
injustes magistrats, les meurtriers furent saisis co
TRIOMPHE DE LA SAINTETÉ. 44l
terreur; mais ils s'efforcèrent d'apaiser leurs craintes en soulevant des doutes et en niant la vérité. La nouvelle parvint aux oreilles des amis de Jésus; et, quoiqu'ils doutassent encore de son exactitude, ils furent remplis de joie. Plus tard ils virent leur Maître resplendissant de gloire ; et, avec des sentiments d'admiration et de pieuse allégresse, ils murmurèrent : « Mon Seigneur et mon Dieu! » (Saint Jean xx. 28.) La Sainteté a triomphé.
Jésus avait gagné la grande victoire ; Son innocence avait triomphé glorieusement de toutes Ses souffrances passées ; le caractère Divin de Ses révélations était devenu d'une évidence prodigieuse pour ceux qui avaient besoin d'une pareille manifestation. La trahison, les persécutions, le crucifiement, la mort, et le tombeau n'avaient servi de rien. C'étaient autant d'épreuves qui n'avaient été permises que pour rendre le triomphe du Fils éternel plus glorieux. Ainsi, dans ce miracle admirable, nous contemplons, comme dans un grand tableau, la manifestation de la consolante vérité que l'Écriture Sainte nous a transmise jusqu'à ce jour : « Or nous savons que tout contribue au bien de ceux qui aiment Dieu. »» (Romains vu. 28.) Et que ce qui est saint doit finir par triompher
Mais qu'est-ce que la sainteté dans le monde spirituel? Je vais le dire. C'est la pureté immaculée!
C'est ce qui se maintient dans sa simplicité natiye, sans mélai^e de choses qui ne lui ajppartiennent pas. Aussi, faut-il appeler saint l'esprit dans lequel réside la plus pure vertu, et qui n'a ni passion, ni aucun penchant au péché. Par conséquent, on peut dire que Tesprit est sanctifié quand il n'est souillé par rien de terrestre ; quand il n'est point dominé par les influences du corps, mais déterminé et guidé seulement par les lois Divines qui doivent le régir. Un tel esprit est stdr d'atteindre le bien suprême; il approche chaque jour de plus en plus de la perfection. La pureté est indestructible, éternelle ; il n'y a qu'un corps mélangé et composé d'éléments divers qui soit périssable; car les éléments qui le composent finissent par se désunir, se diviser, s'isoler, et devenir ce qu'ils étaient primitivement.
Cette vérité est juste à propos des vivants et des morts. C'est une loi de la nature. En ce monde tout ce que nous percevons par l'entremise de nos sens est composé de substances simples. Dès que ces substances se combinent, se mélangent, leur pureté en est altérée. Mais, dès qu'on détruit le mélange, chaque substance recouvre immédiatement sa pureté primitive. En vain essaye-t-on de la détruire par le feu. Les cendres du bois brûlé ne peuvent jamais redevenir du bois; mais l'or, quand on le soumet à l'action du feu, ne rejette que la scorie
qui y est mêlée, et sort du creuset plus pur et plus précieux qu'auparavant. Il en est de même de l'esprit saint, lorsqu'il passe par le feu purifiant des tribulations terrestres. Il se dépouille de tout désir sensuel pour les honneurs, les richesses, et les autres jouissances qu'il a pu encore conserver, et sort de l'épreuve plus pur, plus saint, et avec une conscience plus vive de sa pureté.
La sainteté remporte la victoire. L'histoire de tous les temps et de toutes les nations en fait foi*
Bien des erreurs ont prévalu depuis le commencement du monde , mais elles disparaissent progressivement à mesure que les hommes apprennent à connaître la vérité. Aucune erreur ne petôt durer éter^ nellement; tandis que, d'un autre côté, depuis le commencement du monde aucune térité n'a jamais j)^n. Toute vérité acquise se transmet de. génération en génération comme un trésor précieux, et chaque siècle hérite du précédent. Elle peut sans doute être obscurcie j^arfois par de passagères erreurs, de même que le soleil Test parles nuages qui passent. Mais les nuages ne font point partie du soleil, et la vérité reste toujours distincte de Terreur : aussi est-elle chaque fois ressortie plus majestueuse des ténèbres de l'ignorance. La violence des hommes peut, il est vrai, faire beaucoup pour entraver sa marche, — elle peut fermer la bouche
à ses apôtres par la peur, et leur ôter le courage do proclamer la vérité; elle peut les persécuter, les faire mourir. Mais la vérité continue de vivre dans les esprits magnanimes, quoique toutes les lèvres soient muettes ; car on peut tenir la langue captive, mais on ne peut comprimer la pensée. L'esprit est libre dans le royaume de la pensée. Il se rit de l'impuissance de l'homme ; et la Vérité a, plus d'une foia, avec une énergie que rien n'ébranle, relevé sa divine bannière sur la tombe de plus d'un persécuteur.
La bonté est sainte comme la vérité. L'histoire du monde nous l'enseigne. Le bien qui a été fait sur la terre a eu de salutaires et durables résultats. Car il n'y a que ce qui est bon et juste, qui soit en harmonie avec la nature et avec l'àme. Le mal, au contraire, est en antagonisme avec la création tout entière. Il est vrai que le crime a souvent été revêtu de la pourpre royale, et a souvent foulé impunément l'innocence sous ses pieds. Mais la pourpre est tombée en poussière, le crime est resté crime, et du sang de Tinnocence persécutée a surgi un vengeur triomphant. Le vice a en vain aiguisé sa hache meurtrière et condamné la vertu à mourir dans les flammes ; des hommes lâches ont eu beau brûler en tremblant de l'encens devant le tyran impitoyable; l'orgueil du pécheur a été bientôt abaissé, et le
bûcher funéraire de l'innocence calomniée s'est changé en un trône de gloire.
C'est pour cette raison que la mémoire des hommes sages et vertueux a toujours été révérée par la postérité même la plus reculée. Ils ont été les bienfaiteurs de nations et dé générations entières ; mais, mal compris et méprisés par l'ignorance ou la malveillance de leurs contemporains, ils n'ont que trop souvent été victimes de leur propre bonté et de la barbarie des autres. Mais la cause pour laquelle ils combattaient a-t-elle été anéantie par leur mort ou leur insuccès ? Non ; le principe saint et sacré a fini par triompher. La conscience calme, et forts du bien qu'ils avaient fait au monde, les nobles esprits de t5es victimes de l'oppression humaine se sont élevés, purifiés et pleins d'allégresse, vers le Ciel, où les attendait une palme triomphale plus glorieuse que toutes celles qu'ils auraient pu cueillir sur terre. Qu'ont-ils perdu à être mal jugés? En mettant à exécution leurs vertueux desseins, ils ne song<3aient pas aux applaudissements du monde ; mais ils ont agi spontanément, poussés par leurs instincts et leurs aspirations intérieures. Ils ont eu pour consolation la ferme conviction d'avoir accompli des choses de nature à accroître le bonheur de l'humanité, et à n'être jamais détruites. Et ils ne se sont pas trompés: car ce qui est saint triomphe toujours;
et la postérité bénit les noms des hommes que leurs contemporains ont condamnés.
Ce souvenir doit fortifier et élever nos esprits, nous inspirer le courage et l'inébranlable résolution d'agir de façon à gagner l'approbation de Dieu. A l'exemple des plus sages et des plus nobles parmi ceux qui ont vécu avant nous, marchant sans cesse dans la voie du progrès, les yeux fixés sur Dieu et confiants dans la justice de leur cause, soutenons au*ssi celle que nous regardons comme bonne et juste, comme propre à répandre le bonheur, en dépit des railleries, des persécutions et des mauvais traitements d'une vile multitude, malgré les fausses accusations qu'elle peut porter contre nous d'être mus par des motifs bas et intéressés; car ce qui est saint finira par obtenir la victoire î
Sois mon exemple, ô Christ, àme de l'homme ; Toi qui, dans la grande bataille engagée contre le destin, ne T'es pas laissé écarter du sentier Divin par les tentations ou les menaces ; mais qui as persévéré dans la voie de la charité et du bien, quoique environné de haines et de persécutions, — sois mon exemple.
Sois aussi mon exemple pour m'apprendre à supporter la souffrance, ô Toi la plus grande des victimes, qui, abandonné de tous, trahi par Ton ami intime, quand Tes ennemis se réjouissaient ouvertement de Ta chute, quand Tes plus fidèles disciples
fuyaient Ta présence, quand le plus zélé Te reniait. Tu es resté toujours humble et clément, inébranlable dane Ta sublime grandeur d'àme, et dans Ta céleste yertu.
Sois mon exemple, fortifie mon espoir, ô Sauveur, ressuscité d'entre les morts, ô Toi qui, dans la majesté de Ta victoire, as anéanti les puissances du mal soulevées contre Toi, as béni le monde, as glorieusement récompensé le dévouement de Tes disciples bien-aimés, et as vu le ciel s'ouvrir pour Te recevoir, pendant que les nations se prosternaient à Tes pieds pour T'adorer.
Ce qui est saint reste toujours triomphant; sois donc saint. Il n'y a que ce qui est impur qui se flétrisse et périsse; évite donc tout ce qui est impur! La voix de Dieu, parlant par les merveilles de la nature, par les événements qui agitent l'humanité, et par les saints préceptes de la religion révélée, n'a-t-elle donc aucun pouvoir sur ton cœur?
Sois saint; c'est-à-dire pur. Prends garde de lîdsser les influences sensuelles prendre trop d'empire sur ton esprit; et, quelque chose que tu entreprennes, ne fais jamais rien pour l'amour des récompenses terrestres. Fais le bien que ta es capable de faire ou que tu peux désirer faire, sans entretenir l'espoir d'obtenir des honneurs ou des richesses en échange. Si tu comptes sur 'une
rémunération, oh ! alors, la vertu n'est entre tes mains que l'instrument de ta bassesse, et tu dois être rangé parmi ceux dont le Sauveur a dit : « Jls ont leur récompense ! » Aime tes semblables ; assisteles de bon cœur toutes les fois que tu le peux ; soulage la misère autant qu'il est en ton pouvoir de le faire ; dis du bien de ton prochain chaque fois que l'occasion s'en présente; seconde les entreprises utiles, lors même qu'elles ont été commencées par d'autres que par toi ; mais fais tout cela, non point pour te faire aimer en retour, non point pour te gagner une réputation, mais parce que tu es convaincu que ce que tu fais est juste, bien et digne de toi, et qu'ainsi tu donnes des preuves de cette perfection que ta conscience, ton Dieu, et ton Sauveur réclament de toi. En agissant de cette manière, tu te conserveras pur des viles influences de la terre, tu sanctifieras ton esprit.
Ne crains pas d'arrêter le mal que d'autres projettent, console les malheureux dont tu ne peux empêcher les infortunes : tâche de favoriser les intérêts de ceux mêmes qui ont cherché à te nuire ; par ta générosité à son égard, convaincs ton ennemi qu'il s est formé une fausse opinion de toi; mais ne fais pas tout cela par peur, mais bien par un sentiment de devoir, par la persuasion qu'un vrai Chrétien ne saurait penser ni agir autrement : alors ta
conduite sera libre de tout impur alliage terrestre, et sera seulement le fruit de l'esprit destiné à l'immortalité et à la perfection. Agir ainsi, c'est approcher le but de la sainteté ; et ce qui est saint finit par triompher! C'est pourquoi persévère snns cesse dans tes nobles aspirations, et ne te laisse pas détourner de ton chemin par aucun désavantage apparent, par aucune contrariété personnelle, par aucune humiliation, auxquels tu pourrais être exposé. Celui qui est incapable de cette fermeté et de cette grandeur d'âme demeurera perdu dans la foule des esprits vulgaires et méritera la ruine qu'il s'attirera par sa faiblesse et son hésitation.
Tous les hommes respectent chez autrui cette fermeté d'esprit et cette force de principe, qui souvent résistent à tous les coups du sort; oui, chez les méchants mêmes, nous ne pouvons quelquefois nous empêcher d'admirer la résolution , l'inflexibilité extraordinaire avec laquelle ils avancent vers le but qu'ils se sont tracé. On ne peut avec justice traiter de méprisables que les personnes qui n'ont aucun empire sur elles-mêmes, qui sont intègres un jour et abjectes le lendemain ; qui balancent toujours entre la vertu et le vice, le péché et le repentir, et qui n'acquièrent jamais aucune espèce d'indépendance. Nous les méprisons, parce que nous reconnaissons qu'il n'y a en elles ni pureté, ni volonté
niarquée. Âqjoard'liui elles mettent la vertade côté, de peur de s'exposer aux j&aligues observations de gens sans bon sens; demain elles la pratiqueront, parce qu'elles penseront qu'il y a plus d'honneur à acquérir dans cette voie qu'en suivant c^Ue du mal. Mais ces per8onnes4à succombent, car il n'y a que •ce qui est pur et saint qui finisse par triompher dans la vieu Elles ne soutiennent en réalité aucune lutte contre la puissance et les influences des sens, car leurs hésitations témoignent qu'elles ne sont que les instruments impuissants de leurs proprespassions. Dans aucune circonstance de la vie elles ne onoatrent une volonté, une idée qui leur soit propre; que peutil donc rester d'elles quand la mort a détruit leur corps, qui, avec ses appétits terrestres, les dominait?
Il n'y a que ce qui est saint qui triomphe ! Souviens-toi, ô mon âme, de la majesté de Celui qui est ressuscité d'entre les morts! Quand les hommes conspirent contre tes principes élevés et cessent de se montrer reconnaissants du bien que tu as accompli, quand ils n'ont pour toi que malédiction, envie, jalousie, et malveillance, — souviens-toi de de Lui ! L'adversité n'est que la pierre de touche de ton courage, l'épreuve de la force de ta vertu. Il est facile, par une charmante soirée d'été, de professer une grande indifférence pour les intempéries du
temps, ou, pendant qu'on vit tranquille au sein de la paix, de se vanter de l'héroïsme dont on ferait preuve si l'on se trouvait en présence de l'ennemi; mais c'est etï supportant l'orage, la pluie, les changements subits de la température, que l'homme fort montre sa hardiesse et sa constance à supporter le mal ; c'est au milieu des sanglantes horreurs d'un champ de bataille que le héros prouve son courage.
Quiconque a pris la résolution de tenir une conduite noble et pure, c'est-à-dire de penser, de parler et d'agir conformément à ses meilleures convictions, doit être préparé à rencontrer de nombreux obstacles dans l'exécution de ses bonnes intentions ; car si tout ce qui est bon et utile ne trouvait point d'entraves, on n'aurait besoin ni de son bras ni de son cœur pour en aider le succès.
Quiconque est déterminé à vivre selon ses convictions, — à être juste, honnête dans toutes ses affaires privées, sincère, zélé pour le bien public, doit s'attendre à voir un grand nombre de personnes lui faire de l'opposition ; les unes, simplement parce qu'elles sont d'un caractère envieux et haïssent tout ce qui est digne d'éloge, qui n'a pas été projeté ou accompli par elles; les autres, parce qu'il est possible que vos efforts contrarient quelque dessein personnel qu'elles nourrissent en secret; d'autres parce que, n'ayant par elles-mêmes aucune valeur intrinsèque.
elles sont incapables de concevoir que d'autres valent mieux qu'elles, et attribuent leurs sentiments abjects même au meilleur des hommes, et croient toujours que les plus belles actions sont dictées'par desmotifs égoïstes ; il est des gens qui vous seront opposés, non pas parce que leurs intentions sont moins bonnes que les vôtres, mais parce que leurs vues sont tout à fait différentes, selon que leur éducation, leur tempérament , les circonstances extérieures , et les épreuves de la vie par lesquelles ils ont passé, ont différé ; enfin d'autres, qui pourraient rendre ample justice à la pureté de vos intentions, vous résisteront , parce qu'ils vous considèrent comme un enthousiaste insignifiant.
Mais si vos convictions sont bien fondées, si vous les avez passées au crible de votre conscience et que vous les trouviez d'accord avec la volonté de Dieu et apures de tout mélange de passion, — si vous croyez fermement à ce que vous prêchez comme étant la vérité, ou à ce que vous entreprenez en vue du bien général, alors n'hésitez pas à rester fidèle à vousmême ! car il est éternellement vm que tout contribue à l'avantage de ceux que Dieu aime. Tous les obstacles ne feront que stimuler vos efforts et vous empêcher de les ralentir ; toutes les contradictions, toutes les objections vous feront réfléchir et porter votre attention sur des points sur lesquels vous avex
été dans Terreur, ou à propos desquels vous auriez pu autrement aller trop loin. Ces entraves serviront donc à épurer vos principes de toute scorie terrestre, et à rendre votre triomphe plus glorieux.
Et si les tempêtes qui t'assaillent sont trop violentes, et que tes forces et ton courage menacent de fléchir, oh ! alors pense à Celui qui est ressuscité ! Dieu était avec le Christ, et Dieu est avec toutes les nobles âmes au plus fort de leurs tribulations icibas; Dieu est avec toi parce que tu Le cherches! H est possible que tu échoues ; mais que perdras-tu? Peut-être la réputation du moment, peut-être ta vie terrestre. Mais de quelle importance sont ces choses? affectent-elles l'essence sublime et immortelle qui est en toi, et que nous appelons l'âme? Non; elles n'appartiennent qu'à la terre, sont de la nature de la terre , et dans tous les cas disparaissent dans la mort. Demeure fidèle à toi-même jusqu'au bout. L'homtne de bien peut ne pas réussir, la bonne cause jamais !
Ce qui est saint finit par triompher. Jésus, Tu es ressuscité d'entre les morts; Messie, miraculeux et majestueux vainqueur de la vie et de la mort, la glorieuse auréole qui entoure Ta tombe m'apprend à reconnaître et à aimer cette grande vérité. Toi aussi. Tu as triomphé, et chaque siècle en transmet
la nouvelle aux autres siècles ^"oc une vive allégresse; et le genre humain, sauvé par Toi, T'adore.
Tes contemporains étaient loin de penser, pendant que Tu vivais humble et méconnu, que Ton nom deviendrait l'objet de l'amour et de la vénération du monde. Ils étaient loin de penser, quand Tu prêchais avec une ^oquence et une simplicité Divines les vérités les plus élevées et les plus saintes, que les paroles que Tu adressais dans les endroits retirés à im petit nombre de disciples seraient répétées de siècle en siècle par les lèvres de millions d'hommes, dans toutes les langues, dans des temples magnifiques comme dans des caveaux déserts, dans les palais des rois comme dans les cabanes des pauvres. Ils étaient loin de penser, quand Tu gisais cloué, saignant sur la croix, entre deux malfaiteurs, et que Tu rendais Ton dernier soupir au milieu des railleries d'une multitude malveillante, quand ceux qui T'avaient été fidèles doutaient de Toi, et que ceux que Tu aimais le plus fuyaient en proie à la frayeur ; ils étaient loin de penser que cette croix deviendrait le symbole des services que Ta Divinité a rendus au genre humain, et Serait élevée comme un gage céleste dans les déserts brûlants des tropiques, au milieu des glaces du Nord où ne pénètre jamais le moindre rayon de soleil, sur les plages de
mers inconnues, et sur les sommets enveloppés de nuages des plus hautes montagnes.
Mais, raffermis par Ta victoire et remplis de l'Esprit-Saint, Tes disciples se répandirent dans toutes les parties du monde, et portèrent aux nations étonnées l'heureuse nouvelle du royaume de Dieu. Malgré les tortures, les chaînes, le glaive, et la croix, ils achevèrent la grande œuvre de la rédemption du monde. Ils furent victimes de leur zèle; plusieurs d'entre eux périrent au milieu des plus atroces souffrances; mais leur cause a triomphé.
Et moi, ô Jésus ! ô Messie, je veux faire comme eux ! je veux me purifier de tout mauvais penchant, de toute faiblesse ; je veux vivre en paroles et en actions comme un homme parfait, qui estime Ta parole et Ta vérité au-dessus de toutes choses. Lorsque l'occasion se présentera de servir mes semblables, je ne commencerai pas, cédant à un vil égoïsme, par prendre en considération ce qui serait à mon avantage ; je ne négligerai pas timidement ce que mon devoir me prescrit de faire, à cause des obstacles et de la peine que je pourrais rencontrer. Je dois finir par réussir, et je porterai ma récompense dans mon sein, car ce qui est saint triomphera!