‹ Méditat́ions sur la mort et l'éternitéChapitre 8 sur 40 · VAUT-IL MIEUX S'ÉTEINDRE LENTEMENT, ETC · texte numérisé non relu

VAUT-IL MIEUX S'ÉTEINDRE LENTEMENT, ETC

heur? Non, non. Tu es tout Amour, et quiconque vit en Amour vit en Toi, ô Seigneur, et Toi en lui. Toi, Seigneur, sois ma lumière et mon salut ! Pourquoi tremblerais-je? Tu es le maître de ma vie; que pourrais-je craindre?

PREMIÈRE PARTIBr

Tout est accompli! s^écria le Sauveur du monde, alors que Son heure la plus amère était passée, et qu*Il était fortement attaché sur la croix, Sa chair transpercée de blessures, la tête couronnée d*épines, et II cria à Celui an qui II pouvait se confier ; Il ne cria pas vainement, car rheure vint qui finit toutes Ses mortelles angoisses.

Tout est accompli! QuoiqnUl y ait encore un court délai, moi aussi je dois crier une fois, et cela avant qu*il soit longtemps : alors jUrai où les pleurs sont essuyés, où il n*y a jamais ni maladie, ni péché, — le cœur qui est rempli d'amour et de foi sincère sait ce qu'il peut espérer, même dans la mort.

(II. Corinthiens v 1-5.)

si nous autres mortes nous pouvions prévoir dès notre berceau tous les événements et toutes les souffrances qui nous attendent, beaucoup d*entre

nous trembleraient plus à l'idée de la vie qu'à l'idée du dernier acte de la vie, que nous appelons la mort. %

La vie a souvent été représentée métaphoriquement comme un voyage commencé sans notre assentiment, et terminé sans notre volonté. Nous courons en avant avec une bâte inquiète. Nous avançons dans cette aube obscure du matin, en sortant des profondeurs inconnues de la nuit, et en nous précipitant vers une autre nuit. Da commencement à la fin c'est l'œuvre de Die».

Les minutes s'évanouissent, les heures volent audessus de nous : nous voudrions volontiers nous attarder parmi les fleurs printanières qui nous sourient dans l'aurore rodée de la jeunesse ! Mais un pouvoir caché nous pousse en avant, les fleurs tombent effeuillées de notre main, le chaud soleil du midi de la vie est déjà brûlant sur nos têtes. Nous découvrons des endroits ombreux dont le frais abri nous invite au repos; et nous nous reposerions volontiers. Mais, non! nous devons marcher en avant. Nous nous efforçons en vain de nous attacher aux joies que nous trouvons en chemin. Elles nous échappent. Déjà le coucher du soleil rougit le ciel, et au delà de cette triste clarté la nuit s*approche péniblement. Nous voudrions de tout cœur nous arrêter pour savourer à longs traits la fraîr heur de

Cette douce soirée. Mais, en ayant! en ayant! crie une yotx inconnue. Noos nous cramponnons en yain aux objets que nous rencontrons pour arrêter la ra* pidité de notre course. Ce n*ert qu'un futiJe effort^ ils sont entraînés ayec nous dans le courant rapide. Les lueurs du soleil couchant s'efiacent; Tobscurité enyeloppe toutes choses ; la lumière s*éteint ; hiTterr e s^évanouit; nos sens se reposent; le voyage est accompli. La nuit nous enveloppe, et les hommes nous ont oubliés.

Tel est notre sort. Nous le connaissons tous. Vous ne frissonnez pas de la nuit d'où vous êtes sortis pour entrer dans cette vie, — pourquoi frissonneriez^ vous de la nuit dans laquelle vous allez entrer ? Ces étonnantes transformations de l'existence sont-elles votre œuvre personnelle? Non; ce sont les invariables conséquences des sages lois d'une Puissance plus élevée.

Qu'est-ce, donc, alors, que ce que nous appelons mourir? S'éteindre comme une lumière, et dans une douce extase s'oublier soi-même et tous les phénomènes passés du jour, comme nous oublions les fantômes d'un rêve fugitif, pour former, comme dans un rêve, de nouveaux liens avec le monde de Dieu, entrer dans une sphère plus élevée, et faire un pas que ne peut faire Thomme vers l'ascension gradué^ de la création.

Nous ne connaissons rien du monde qui est au delà de celui-ci ; et il ne peut être ni révélé ni exprimé à aucun mortel, parce qu*il dépasse toutes ses connaissances acquises, et que ses sens ne sont pas assez parfaits pour le comprendre. Comment pourriez-vous expliquer à un aveugle de naissance le sentiment de délice éveillé en vous parla contemplation d'une belle forme, ou par le spectacle d'une matinale aurore de printemps au milieu des fleurs? Si Tàme d'un animal pouvait jamais être revêtue d'une forme humaine, et si avec cela elle pouvait être éclairée par la lumière de la raison, pensez-vous que cette nouvelle àme humaine serait longtemps à retourner à son premier état animal, quand dans une triste monotonie elle ne pourrait méditer sur le présent en le traversant, et ne connaîtrait rien que ce qui serait immédiatement devant elle?

Pourquoi, alors, craignons-nous la mort, qui n'est qu'une transition certaine à un état meilleur? Pourquoi, quand nous pensons à notre dissolution, chérissons-nous plus ardemment notre existence quelle qu'elle soit, quoiqu'il y ait peu d'êtres parmi nous qui, s'ils avaient le choix, se soucieraient de recommencer leur vie avec ses nombreuses souffrances, ses folies et ses tortures, à moins qu'il ne leur soit accordé d y faire quelques changements ?

Il y a deux sources d'où découle la crainte de la

mort, qui méritent plus spécialement notre attention.

I. La Divinité Elle-même a intimement uni atout notre être un amour instinctif de la vie. De là la révolte générale de notre nature contre la mort sous toutes ses formes.

Si ce n'était ce violent et presque inévitable amour de la vie ; si ce n'était cette horreur naturelle de la mort, la terre ne serait plus maintenant qu'un désert dépeuplé. L'homme est assailli en ce monde par des dangers sans nombre, qui l'auraient depuis longtemps détruit, si l'amour de la vie ne lui avait donné le courage d'y résister, et si ce courage, à son tour, ne lui avait donné le pouvoir de le surmonter. Pour quelques hommes, les souffrances qu'ils slmposent, ou leur peur aveugle de l'infortune, rendent bientôt la vie intolérable, et ils succomberaient avant d'avoir atteint le but de leur voyage, si leur appréhension des sombres mystères de la tombe ne les forçait pas à se railler d'eux-mêmes, et à se réconcilier avec les peines de la vie. Déjà, le sombre désespoir et la frénésie aux yeux obscurcis approchent du bord de Tabîme et sont décidés à le franchir pour gagner le tranquille pays de la mort ; mais la vie a de nouveaux sourires, et l'espérance, qui toujours l'accompagne, arrache le poignard de la main déjà levée. C'est la Volonté Divine que nous vivions pour mûrir et noua

élever à «ne plus h%ute destinée; par coMéquent» nous sommes attachés à la vie par les plus tendras^ et les jdw iorto hêtm*

Sans cet amwr ardent da la via» laeontumatian de notre exi$teiiea après la mort noue earait indifférente, et nous ne ferions pas tant d^efiorto pour parimôr à «ne plaegirande perfection. Maie la paetion . de la vie «ai invétàrée en aone, et avec elle auit la désir d*ttne eûrtenoe centinnéa mêaie aprae la clw^S&mêA opéré par la mort. Et à Teepoir de Véternité 9e Joint le eentnn^t de la néoaaeité de noue rendra d^gnee d'une existence plne élevée dans Tavenir.

Atnsfi cet amour inné, cet inetiactîf cramponne^ ment à la vie» nous devient une Divine révélation de la continuation deTexietence aprèe la ntort. Et non* aenlemant le Chrétien a reçu de Jéms^Cbnet la révélation qui réveille rame et le courage, mais elle a été annoncée à toutes lee nations de la terre.

Le plus sao^vage des sauvages qui errent d^ns les bois et iusq[ue dans lee terres encore inconnues^ regarde réternjié avec la même joyeuse espérance %ue le e^ge de ïwiiqQiié^

Mais rhonime s'égare groe&ièrement qias il perniet à ce^ a^onr i^atinctif de dégénéi^er en une H^imon indiiiète et; <H¥)tre nature de la vie^ foi le foi^duit 4 im^wir ^^» Irajeur déraîeeiiaaUe de

la mort, Bt à «Uadier im j^îx exagéré à r«xi»tejM3e d*ieî-b«ft.

Dmis la plapart dds eas^ c*est seulement au état maladif du corps qui aoiis ÙlH ea ûnaginatioa eirtourer la mort 4e terreurs fantantignes^ — a&e tendaace i la mélancolie, qui» k»*sqa*il nous est per- Hiis degBgser la term, nous excède par ime ccastudfce et aveugle enûnte du trépas. Ce n'est pas le chaiH gement réel qui s'opère daas la mort qui jmnm effraye, mak les basses images que rîmaginatiott a commencé par s'en iaire» et ^ui sont toutes de natareàéTOîUerla terreur; c'est donc Tliomme luimême qui a créé sou propre tourment.

Cette déj^eiuble tendance de Tesprit n'est souvent que le résultat d'une vie trop sédentaire, et de l'épaisseior des homeurs du corps, qui en ert la conséqu^M^e, et l'obstructiou par celles-ci du jeu si délicat des uer£s* On pourrait plus aisément qaelqu^oîs la surmonter par l'exercice, le travail, et les distractions, que par les laieonneflieats les plus eoifôolants et les mieux fondés. L'état d'une per-* sonne qui vit dans une appréhensioià eontiniieUe cb la maladie, ou de la mort, est très-triste, et il «erait sage de la livj^^aux aeîns id'un fort habile médecin.

Nous ne devons jamais, ni à nous-mêmes ni aux autres, dépeindre la mort et la tombe sous da plus

sombres couleurs ^qu'elles ne le méritent en réalité* Les tristes images de ce genre ne servent uniquement qu'à troubler Timagination, et à exercer une funeste influence sur les esprits faibles.

Les mourants ont aussi peu conscience de la tran* sition de la vie à la mort^ que les vivants sont peu instruits de la transition de l'état de veille au sommeil. Nous avons connu un grand nombre de personnes qui, sur leur dernier Ut de souffrance, attendaient avec toute leur connaissance le moment de la dissolution, et qui le prédisaient même. Leurs imaginations n'avaient pas été préalablement excitées, elles s'endormaient en souriant et sans aucune crainte, comme devrait faire tout Chrétien qui croit en Dieu, et qui conserve, dans un cœur pieux, une pleine confiance en Sa bonté infinie. Ce changement qu'aperçoivent dans la figure des mourants les personnes qui se tiennent auprès de leur lit, ils ne le voient pas eux-mêmes. La maladie peut être pénible ; sa cessation ne saurait l'être.

Quand nous frissonnons à la vue d'un corps privé de vie, couché devant nous immobile et glacé, pâle et sans souffle, qui n'a ni sympathie pour nos douleurs, ni pitié pour nos larmes, comme s'il ne nous avait jamais appartenu et jamais connu, — c'est Tillusion seule qui cause ce frisson. Si nous pouvions regarder plus attentivement en nous-mêmes, à ces

fnoments-Ià, nons trouverions que nous plaignons le mort pour tout ce qu'il a perdu. Mais lui n'a conscience d'aucune perte. Nous nous représentons combien tendrement il nous aimait, combien il serait volontiers resté avec nous, comme il nous a été tout à coup enlevé ]Jar une main inconnue, et combien vainement nous avons cherché à le retenir. Mais le trépassé ne sait rien, il ne s'inquiète pas de tout cela, et même dans ses derniers jours et dans ses dernières heures les tristes pensées et les douloureux sentiments étaient bien moins vivaces et bien moins présents à son esprit qu'ils ne le sont généralement à celui des personnes en bonne santé. Il s'est évanoui du royaume de la vie, et nous a laissé ses cendres, sa forme terrestre, cette statue glacée, que nous aimions quand elle était animée par l'àme, mais qui ne lui a jamais appartenue, et qui maintenant retourne aux éléments d'où graduellement elle avait été tirée.

Ce n'est pas à la mort elle-même que la terreur est inhérente, mais aux idéejs que nous y attachons. Éloignez-en votre esprit et portez-le vers le fait simple, et plus elle perdra de sa tristesse à vos yeux.

Un autre égarement peu naturel de l'amour instinctif de la vie que Dieu a implanté en nous, est cette manière ardente de se cramponner à l'exis-

26 CRAINTE 2>S LA MOBT.

tenee (^ mauitesteut beaucoup de gens, et la ¥aleiir ejagérée ^u^ilsy attacbent. La vie est âaaa vakar» excepté âl jaohs eu asoas pour perfectioimer nos âmes, pour eaiickir nos esprits des plus nobles qualités» et répaudre le bcmbeur autour de uous« Quand nous ne pouvons plus agir ainsi; quand, dans un âge très-avancé, toute espérance de pouvoir marcher dans cette voie nous est 6tée, alors cette viea perdu son plus grand prix» et une nouvelle existence devient désirable.

Ames exaltées, vous connaissez de plus nobles possessions que la vie ! Vous qui êtes allées audevant d'une nH>rt héroïque pour la liberté et le bonheur de votre patrie, ou pour venger des milliers dé vos concitoyens opprimés; vous qui, pour soutenir la vérité de la religion de Jésus-Christ, avez courageusement choisi le chemin du tombeau ; vous qui avez préféré la mort 4 vme vie saus dignité et sans vertu, — vous connaissiez la véritable valeur de l'existence. Vous ète» mc^ts courageusement au service de la vertu, dans raccoœpUssement d'acMoos célestes. Votre mort est plus enviable que la vie de milliers d'individus ! Vous êtes bénis du ciel, vous qui apprenez à ceux qui vous survivent ce que doivent être leurs vies, <Saint Matthieu xvi. 25.)

La vie n a de prix que par nos vertus, et par le bonheur que nous préparons aux autres. Donc, celui

CKÂINTE DE tA MOUT 37

qui» comme la brute» ue \it iniquement qve pour satiaiâire » faim et sa soif» sans aacon effort poor préparer aon etiprit à une vie future plus ncdide ; celui qui se vit simplement que pour flatter son palais avec ÙM YÎaades plus délicates et des Tins plus ex* quis que les antres hommes ; celui qui ne vit que pour Abêtir son corps de plus beaux Yètements que ses pamils» pour satisfaire sa vanité et étaler seumiséraUe orgueil, — futilités qui doivent s'évanojiir sur le bord à0 la tombe» -^son existence n'a point de prn» sa mort ne mérite pas une lanne.

Fréquemment encore, cette attache à la vie n*est qu'une conséquence d*un trop grand amour et d*une trop grande sollicitude pour ceux que nous pouvons laisser derrière nous. Nous tremblons devant la mort parce quelle nous anachera des bras d*un mari ou d'une femme aimés. Nous reculons devant la tombe^ quaittl nous allons y descendre» parce que de chers entants sont rassemblés autour d'elle, — de pauvres orphdlins sans éducation, sans appui» sans soutien.

C'b^ pour cette raison que nous voyons souvent desjecnes geno» qui n*ont pas d'êtres chéris qui dépendant d'eux» mourir plus tranquillement que des pères et des mères, dont les yeux sont fixés amoureusement sur leurs enfants. Mais» même dans ce cas» l'e^i^it d'un Chrétien ne doit ptis être accablé par la pmiixte de la mort. Ce n*est pa6 toi» 6 père !

ce n'est pas toi, ô mère ! qui as jusqu'à présent pro* tégé ton enfant ; c'est Dieu ! Dieu est le Père de l'orphelin ; ce môme Dieu qui veille sur la vie et le bien-être du plus humble ver de terre. S'il veut lo bonheur de tes enfants, aucun pouvoir humain ne pourra l'emporter sur eux. Si Dieu devait t'arracher à eux, hàte-toi joyeusement d'aller vers bPère Céleste ; le temps viendra où II rappellera également tes enfants.

II. La seconde source principale d'où vient la peur de la mort, est Téloignement du cœur des hommes des vérités éternelles de la religion.

Vous êtes, cela est vrai, baptisé en Jésus-Christ; vous Le confessez à la Sainte Table; vous vous conformez aux rites habituels de la religion ; mais marchez-vous également dans l'esprit du Christ et de Ses commandements? Avez-vous conscience de votre Dieu, et êtes-vous uni à Lui dans les profondeurs d'un cœur pieux? Marchez-vous en tout temps dans les voies du Seigneur? Aspirez-vous en tout temps à être juste ? Faites-vous le bien qu'il est en votre pouvoir de faire ? Avez-vous fait la paix avec vos ennemis? Votre conscience est-elle troublée par lo souvenir de fautes secrètes?

L'homme religieux se tient au plus haut degré de l'échelle humaine sur terre. Les yeux fixés sur l'éternité, et la main étendue pour faire le bien, il y

entre avec Dieu; calme au milieu des orages et des tempêtes, suivi par la paix que Dieu seul peut accor^ der. Mais jamais la sublimité de la religion n'appa-i raît dans un jour plus bienfaisant qu'à l'heure de la mort, ou même quand elle s'unit à la simple pensée de la tombe. C'est alors que se révèle sa plus heureuse puissance.

Un homme sensuel, inculte, quand il pense à la mort, sent Fisolement effrayant de son esprit, et anticipe sur l'anéantissement de tout ce qu'il possède. Que lui reste-t-il quand il est dépouillé de ce qui jusqu'alors avait constitué ses délices? Il n'a jamais contemplé une plus haute destinée ; que devient-il quand il perd les biens terrestres, que seuls il connaît et apprécie? Il descend au tombeau, et derrière lui il laisse de joyeux festins, de brillants honneurs, des parures coûteuses, les flagorneries des parasites, Tobséquiosité des inférieurs, des trésors amassés, que d'avides héritiers brûlent de se partager. Plus pauvre que le mendiant qui se tient à sa porte, il se présente devant les portes de Téternité, — il a perdu tout ce qui était lui; — il ne connaissait qu'un mot, — sa demeure terrestre. Que va-t-il devenir à présent?

0 religion, ô douce paix de la conscience, et toi, ô union de mon âme avec le Très-Haut, ne m'abandonne pas! Malheur à celui qui n'étend les bras vers

VOUS que lorsque toutes les choses terrestres ont dis« paru! Malheur à celui qui ne fixe pas ses regards sur une existence plus élevée, quand ce monde sublunaire va disparaître sous ses pieds !

0 Jésus! dans Ta sainte révélation je veux vivre, et dan» elle je veux mourir! Bénie soit la puissance de Ta parole; la puissance de la mort doit s'y soumettre. Je vis en Toi, et je ne mourrai pas. Il n'y a point de mort , il n'y a point de tombe ; il n'y a qu'un changement et une glorification. Dieu n'est pas le Dieu de la mort ; Il est notre vie. Il a créé la vie, et mon esprit est Son ouvrage. Mon esprit est la vie, aussi longtemps qu'il anime mon corps, et reste la vie, quand la poussière, qui pendant un temps le revêtait comme un vêtement, et qui n'était pour lui qu'un instrument, retourne de nouveau à la poussière.

Père éternel et céleste. Source de tout ce qui est. Toi dont je suis sorti et vers qui je retournerai, — je T'appartiendrai toujours ! La vie est douce, c'est vrai, mais la mort néanmoins pour moi n'a pas d'affres; aucune crainte ne doit m'accabler, ni ne doit me détourner de Toi et des chemins de la vertu. Je regarde comme nuls les jours que je n'embellis pa$ de bonnes actions ; je considère comme nulle une existence que je ne puis glorifier par la vertu.

Et moi aussii moi au ^, ô Dieu ! tu m'appellerai,

yen Toi, quand mon heure sera Tenue, quand mon b«t terrestre aura été atteint. Bien heureux je serai alors si je puis me dire en moi-môme : J^ai livré tm bon combat; j'ai achevé, autant que mes forces me l'ont permis, une vie de bonnes actions; avêsi la couratme de là vie éternelle m^ attend!

Et quand à la dernière heure je devrai goûter Tamertume de la mort, boire jusqu'à la lie la dernière coupe des épreuves ; quand ma main roidie ne pourra plus donner sa bénédiction aux êtres qui me sont chers, qui, les yeux pleins de douleur, auront répandu les larmes d'adieu sur ràon oreiller, mes lèvres fermées ne pourront plus prononcer des paroles d'amour, d'amour sincère jusqu'à la mort: quand le tumulte du monde et tous les doux bruits de l'existence auront cessé de frapper mon oreille, — alors, alors, ô Seigneur! je Te recommande mon àme. Je détournerai joyeusement mes yeux obscurcis de ceux qui furent chers à mon cœur; je sais qu'ils sont sous Ta garde. Tu habites avec eux comme Tu habites avec moi, pour toujours dans les régions de la vie éternelle i .

Non, je ne crains pas la mort, 6 Père de la vie! car ia mort n'est pas un sommeil éternel ; c'est la transition vers une nouvelle existence, un moment de grande et glorieuse transformation, une ascension vers Toi.

Encore nous ne pouvons regarder comme impardonnables les larmes qui se répandent sur le cercueil d'un être aimé. 0 Source de Tout Amour, Ton œil pénètre le coin le plus intime de notre être. Tu vois le cœur saignant de la mère qui se tient près du cercueil de son enfant, qui emporte avec lui dans la tombe ses plus belles espérances. Tu connais le chagrin déchirant d'un père qui a, par la mort d'un fils chéri ou d'une fille aimée, été privé de tout bonheur dans la vie. Puisse Ton Esprit, le bienfaisant Consolateur, pénétrer dans nos âmes et inspirer par sa force nos pauvres cœurs humains ! Hélas ! nous ne sommes que des mortels. Nous sommes accablés par la puissance du moment ; — dans de tels moments, les anges devraient T'implorer?

Finalement, la mort de quelqu'un qui nous est cher adoucit notre propre mort, qui nous conduit à l'éternelle réunion. Les paroles affectueuses du Christ sont pour nous^le gage d'un avenir plein de joie. Nous serons donc un jour réunis dans le paradis à tous ceux que nous aimons. Ainsi soit-il, ô Dieu notre Père! Ainsi soit-il!

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