DEUXIÈME PARTIE
Fuyez, craintes de la mort, fbyez ! Réjouistoi dans la mort, mon cœur : le corps glacé va rejoindre la terre ; les peines, les chagrins vont finir, et la source des larmes tarira quand la poussière sera redevcnne pous3i^re.
0 mort! tu guéris toutes les blessures! Au môme instant où je quitte la -terre, tes ailes en me touchant ont calmé toutes mes douleurs, et je vole dans les bras des anges. Bien qu'enfermé dans la tombe, je jouirai de la lumière et de la liberté.
0 Père! reçois l'hommage de ma profonde reconnaissance pour toutes mes joies terrestres, et, dussent les douleurs dépasser la mesure, je T'adresserai mes louanges avec une égale allégresse.
(IL Corinthiens v. 1.)
Un frisson glacé me saisit à la pensée de la mort, et chacune des fibres de mon corps semble lutter contre toute idée de dissolution et de séparation.
Cependant, malgré la répulsion qu'éprouve tout mon être, je dois mourir; c'est le sort de tout homme. Je vois s'acheminer vers la tombe le cadavre de Tenfant, fleur à peine éclose, et celui du vieillard usé par les années. Les cendres de la jeune fille, trop tôt moissonnée, sont mêlées à celles de l'homme que la souffrance, la maladie, un accident imprévu, a retranché du monde dans la plénitude de sa force et de son activité. De même un jour mon corps reposera à côté des leurs.
Pourquoi suis-je venu sur la terre? Pourquoi ne me familiariserais-je pas avec la mort comme avec la vie, puisque l'une et l'autre m'ont été départies sans ma volonté et sans que j'en puisse comprendre l'essence ?
L'époux fidèle verse des pleurs amers sur la tombe d'un autre lui-même, de sa chère compagne, de celle qu'il appelait la meilleure moitié de son cœur; c'est en proie à une douleur semblable qu'un fils pieux regrette un père bon et affectueux, une mère douce et tendre , ravis trop tôt , hélas ! à son amour; les larmes d'une fiancée désolée arrosent la froide pierre qui marque la place de son bienaimé, dont le trépas est pour elle une double mort, puisqull emporte toutes ses espérances en ce monde ; profonde est la tristesse avec laquelle un père et uiie mère contemplent l'humble tombeau qui recouvre
les restes de Tenfant chéri dont rinnocence et la grâce ont si longtemps réjoui leurs cœurs, et peuplé de riantes images l'horizon de leur avenir.
Pourquoi pleuré-je, et pourquoi pleurez-vous, TOUS qui avez perdu des êtres chéris ? Plaignonsnous les morts de ce qu'ils ont dû quitter ceux qu'ils aimaient, — quitter une vie qui leur a procuré tant de jouissances, et leur en promettait encore tant d'autres? Oh! vaine compassion! Pleurons-nous chaque soir sur ceux qui nous sont chers, parce qu'ils se livrent au sommeil, ou bien sur nousmêmes, au moment où nous allons nous reposer? Mais quelle différence y a-t-il donc entre le sommeil et la mort? Celui qui cède au sommeil, il est vrai, conserve l'espérance de se réveiller avec des forces nouvelles, dès que le soleil se lèvera ; tandis que pour le mourant l'espoir est moins proche. Mais, à son réveil, il retrouvera avant vous ces êtres chéris depuis longtemps perdus, partis avant luî ; il retrouvera son Dieu, qui sera plus précieux pour lui que vous n'auriez jamais pu l'être, pauvres délaissés ! il trouvera une félicité étemelle ; et il vous retrouvera, vous-même, avant peu; car, quelle est lâ durée de la vie la plus longtie sur la terre ? Demandez au septuagénaire, il vous répondra : — « J'ai retenu si peu de Àose de ma viç, qu'elle m'apparalt à peine comme soixante-dix minutes d'un rêve d'une nuit
d'été, *> Pourquoi donc pleurons-nous? Le sommeil lui-même cause une séparation; et la séparation dans la mort est-elle donc beaucoup plus longue ?
Non, nous devrions pouvoir souhaiter le repos à nos amis mourants avec autant de calme que lorsque nous les quittons le soir, en envisageant avec confiance la nuit qui vient, et que nous goûtons d'a^ vance les joies du lendemain; ou bien encore, nous devrions leur adresser un adieu affectueux, comme s'ils allaient entreprendre un voyage sans péril pour un pays agréable, vers la demeure de notre Père, la maison de nos bien-aimés, d'où nous est venue une invitation, et où nous irons les retrouver avant peu.
En vérité, la mort n'est pas si terrible, lorsqu'elle est dépouillée des circonstances effrayantes dont mon imagination l'entoure. Aucun homme ne la trouverait si horrible s'il n'avait encore vu de cadavre— dont la pâleur, l'immobilité glaciale lui causent un affreux frisson ; s'il ne savait rien de la mort, sinon que c'est une transformation de notre àme , un passage à une vie plus heureuse et plus sanctifiée.
C'est à notre imagination que nous devons les sombres pensées qui nous effrayent le plus, dans la plénitude de la santé et de la force, et dans notre amour de la vie, elle nous fait nous mettre ^ la place du mourant, et nous ressentons ainsi une dou-
leur qu'il ignore, et nous endurons des peines qu'il ne souffre point. Nous nous voyons dans un tombeau obscur, ôt nous voyons les membres de notre corps se changer en poussière, et la tombe nous parait alors être la fin de toute vie.
Mais si nous mettons de côté ces terrifiantes images, ces créations du cerveau, qui en réalité n'ont point d'existence, nous ne trouverons que peu de différence entre le sommeil et la mort. Nombre de personnes, qui pendant leur vie avaient éprouvé une crainte inexplicable de la mort, sont à l'instant suprême mortes avec un calme, une sérénité à laquelle elles ne s'étaient jamais attendues.
Il est encore plus déraisonnable de nous peindre comme particulièrement pénible le moment où Tàmc se sépare du corps. Personne ne peut dire si cette rupture cause au corps quelque soufirance. Les convulsions des muscles (qui dans bien des cas n'existent pas) font mal à voir, la sensation n'en est pas pénible. Si ce n'est l'assoupissement, rien n'est aussi semblable à la mort que l'évanouissement; encore celui qui tombe en défaillance n'éprouve-t-il guère de souffrance. Il se peut que si des excitants artificiels n'étaient pas ap^^liqués pour rendre au système nerveux la faculté de venir au secours de Tàme, le patient passerait de l'évanouissement à la mort sans plus de douleur et sans autre sensation. C'est ainsi
qu il arrive que des personnes réduites à Tinsensililité par un froid excessif sont rendues à la vie. Leuis membres sont engourdis, leur sang coule de plus en plus lentement, et finalement le corps se roidit comme dans la mort. La seulo sensation qu'elles éprouvent est un assoupissement insurmontable, et un désir de rester étendues et tranquilles; et bien qu'elles sachent parfaitement que le sommeil doit probablement finir par la mort, elles la bravent néanmoins "afin de goûter les délices du repos.
Il est donc établi que le moment de dissolution n'a ea lui-même rien de terrible, que très-peu de personnes en ont clairement conscience, et que c'est l'imagination des survivants qui l'environne ainsi d'horreurs. Et cependant, même dans ce cas, ce n'est pas l'acte, mais la pensée de la mort qui semble si terrible : — « Que serai-je quand je n'appartiendrai plus à l'humanité, quand j'aurai été dépouillé de ma forme humaine? » C'est cette incertitude SUT tout ce qui nous est réservé qui nous remplit ainsi de terreur. L'obscurité qui enveloppe l'avenir nous fait nous réjouir doublement de la vive lumière qui nous entoure; nous apprenons à apprécier ce que nous possédons ; et nous tremblons à la pensée do changer tout ce qi i nous est familier pour un étftt que jfious ne pouvons guère concevoir.
Si, dans ^ sagesse, le Créateur nous eût accordé
en cette Yie la connaissance de ce que nous devons trouver dans l'autre, très-certainement, la mort cesserait d'être une barrière, et un petit nombre d'entre nous seulement attendraient patiemment leur dernière heure.
Mais rincerlitude même dans laquelle nous sommes constitue le plus fort lien qui attache à la vie : Timpatient comme le frivole, que la moindre adversité, suffît à plonger dans le désespoir, sont retenus par elle, et c'est elle seule qui les empêche de hâter le terme de l'épreuve qui leur est destinée. C'est donc cette cruelle incertitude qui entoure la mort de tant de terreurs, qui fait que tous ceux qui ne sont pas privés de raison reculent devant elle.
Mais cette incertitude elle-même n'est terrible qu'autant que la vie future paraît éloignée ; à l'heure de la mort, elle change de caractère. Alors c'est la vie que nous laissons derrière nous qui nous semble sombre et vague ; tandis que l'avenir, avec sa vie nouvelle, est rendu plus radieux par la lumière de l'éternité. L'homme qui meurt règle son compte avec le monde, une fois encore il répand ses bénédictions sur ceux qui lui sont chers, puis il se détourne de tout ce qu'il aime le mieux, afin de s'enfermer en lui-même, et de franchir la limite qui le sépare d'une existence plus heureuse. Le passé n'a plus de charmes pour lui ; il n'est plus attiré que
par Pautre monde, sur le seuil duquel il se trouve.
Tous, cependant, ne sont pas exempts des affres delà mort. C'est avec raison que le pécheur tremble dès qu'il l'aperçoit à distance, et plus encore quand il se trouve inévitablement face à face avec elle.
Mai3 quels sont les pécheurs? Tous ceux pour qui là vie terrestre est tout, pour qui l'élément Divin qui s'y trouve n'est rien; tous ceux qui vivent pour ce monde comme s'il ne devait pas finir ; tous ceux qui accordent plus à la satisfaction de leurs sens qu'à l'élévation de leur âme ; tous ceux qui épuisent leurs années à des efforts qui ne tendent qu'à accroître leurs biens et leurs dignités terrestres, qui ne vivent que pour embellir leur personne, et goûter de frivoles plaisirs, pour triompher de leurs rivaux et de leurs adversaires; en un mot, pour s'assurer à eux-mêmes la possession de ces biens terrestres qui leur semblent seuls enviables, pendant qu'ils trouvent absurde de sacrifier un moment pour la perfection de leur àme immortelle.
Quand meurt un de ces pécheurs, son àme est dans la mort plus pauvre même qu'à la première heure de sa naissance : alors au moins elle possédait un joyau, l'innocence. Il meurt, et son àme disparait dans le néant; car les biens du monde étaient ^02^^ pour lui, et il ne fut lui-même que l'instrument de toutes les passions fougueuses. Que
devient Tàme, devenue l'esclave du corps, quand le corps, son maître, son idole, a été changé en poussière? Que deviennent dans la mort les perfections du corps, le langage maniéré du geste, l'esprit mondain du moment, l'aptitude à surpasser, à séduire les autres, le pouvoir de la flatterie, les mille petites ruses de la vanité et de l'intelligence? Ils meurent avec la chair. Et la pauvre âme négligée, que devient-elle devant l'éternité à laquelle on n'a point pensé ? — Elle souffre, hélas ! Cela parait terrible, mais elle souflfre, et des suites du péché , et des comptes à rendre, et du jugement dernier, et de la présence du juste devant Dieu; — elle souffre.
0 toi qui t'es perdu ! mon àme s'émeut à la pensée du châtiment qui t'attend. Les anges peuvent pleurer sur ton sort ; mais tu avais reçu des avertissements. Dieu, la nature, la raison, tout en ce monde, lajoie, le malheur, les hommes, les livres, — tous t'avaient prêché, tous t'avaient rappelé qu'une destinée plus haute t'attendait; tous t'avaient averti, tantôt à haute voix, tantôt plus bas, tantôt d'une voix menaçante, tantôt avec des accents suppliants, de te souvenir de la seule chose qui t'était nécessaire. Tu souriais avec orgueil alors, et ton orgueil était ton Dieu. Tu rougissais d'être bon, — tu appelais exaltation, roman, folie, tout ce qui te demandait d'être vraj-
ment, humainement noble, en t'élevant au-dessus de tes passions les plus chères! Et en les foulant aux pieds, tu as préparé toi-même ta destinée, et les anges ne changeront rien aux lois éternelles de la nature ni à celles du monde des esprits. Dieu est juste, ni les prières ni les douleurs qui font perler la sueur sur ton front ne peuvent te sauver ; ta vie reste inutile après toi, ton âme passe, sans l'espérance d'un sort meilleur, dans la vie nouvelle. Tu as joui de tes biens, et tu reçois maintenant la récompense que tu as méritée.
Et même, très-probablement, une certitude terrible attend celui qui en ce monde n'a vécu que pour le présent, comme si après lui il n'y avait plus rien ! Mais celle qui attend Thoi^^me juste qui a parcouru tranquillement le sentier du devoir et de la vertu n'est pas moins certaine, de même celui qui a préféré le bien-être, la paix, le bonheur de son prochain au sien propre, doit être sûr de sa récompense.
Cette certitude est un bonheur constant. Son cœur lui répète sans cesse : — « Tu ne mourras pas entièrement; l'amour éternel veille sur toi. »» La nature le lui dit aussi quand dans ses merveilleuses beautés il entrevoit, comme à travers un voile, Dieu dans, toute Sa Majesté, dans Son infini, dans Sa miséricorde. Sa religion, telle que la lui a révélée
Jésus, le lui enseigne. Il sait que notre demeure terrestre, notre enveloppe fragile, doivent être détruites un jour, mais il sait aussi qu'un édifice stable, construit par Dieu, une maison qui ne sera point faite de main d'homme, et qui subsistera éternellement, nous attend dans le ciel. (II. Corinthiens y. 1.)
Que sont les terreurs de la mort pour un cœur noble? Un jeu de Timagination devant lequel ce n'est pas Tàme qui tremble, mais seulement ce qu'il y a en nous de terrestre. Jésus-Christ ii'a-t-il pas triomphé pour nous des terreurs de la mort ? Ne nous a-t-Il pas préparé auprès de Dieu le Père une réception joyeuse eu nous enseignant à être parfaits, comme notre Père dans le Ciel est parfait?
Si le corps tremble au moment de retourner à la terre, et lorsqu'il cesse d'être Tinstrument do l'àme qui jusqu'alors l'a animé, l'esprit du juste est en même temps saisi d'un saint transport ; car en contemplant l'univers tout entier, il ne découvre que Ja Vie, et la mort nulle part; il voit les rapports constants qui existent entre toutes choses, il n'aperçoit aucun anneau manquant à la grande chaîne des créations que la main toute-puissante de Dieu a forgée.
Des millions d'hommes avant moi ont combattu et remporté la victoire, et des millions d'hommes
feront de même après moi. Serai-je donc seul à reculer lâchement devant une mort qui n'est pas la mort? Sachons donc partir avec joie, parce que nous allons à Lui par la foi, quoique nous ne Le voyions pas encore. (IL Corinthiens v. 7.) Ces amis, ces enfants, ces êtres chers auxquels mon cœur se cramponne avec tant de tendresse, quand je les quitterai, sera-ce pour toujours ? Non, cette séparation ne durera pas plus qu'une nuit d'été. Leurs âmes resteront fidèles à la mienne. La main mystérieuse mais tendre de la Providence, qui nous conduit dans l'obscurité de cette vie, nous a fait nous rencontrer dans la lumière bienfaisante de l'Être éternel. Dieu que le Fils, que Jésus appelle Amour, l'Amour lé plus pur et le plus élevé, ne détruira pas, ne brisera pas cet amour qu'il a lui-même créé. Non, le Saint des saints, à l'exemple duquel nous pouvons grandir dans l'amour et dans la vertu, ne souffrira pas que l'amour et la vertu se mêlent à la poussière, dont ils ne sont pas sortis.
Si, donc, c'est la volonté de mon Père que je parte d'ici avant vous, qu'il a confiés à mes soins, — vous, mes bien-aimés, qu'il m'a donnés pour être la joie de ma vie, — mon dernier regard sera pour vous, il vous portera mes tendres bénédictions, à l'heure où l'éternité commencera pour moi. Les larmes de douleur que vous verserez à mon lit de mort seront
pour moi le deniiep témoignage de votre affection fidèle, quia répandu autour de moi des flots de bonheur, et ne peut jamais mourir } Vous pouvez cesser de pleurer sur moi, mais non de m'aimer; et jusque dans sa demeure céleste, au milieu même des transports qu'elle y goûtera peut-être, mon âme continuera de vous aimer, — et je rapporterai devant le trône de Dieu ce sentiment qu'il y a Lui-même implanté. — «« Ne pleurez pas, ♦» vous dirai-je doucement, quand ma dernière heure sera venue ; «« il n'y a pas de mort là où il y eut innocence, vertu et sainteté. Il n'y a que le péché qui cause la mort de Tàme. Fuyez le péché, tenez-vous le plus près possible de Dieu, agissez aussi divinement que vos forces vous le permettent, et nous continuerons à être les uns aux autres, et nous demeurerons unis dans l'autre monde comme dans celui-ci. »»
Oui, désormais, je marcherai d'un pas plus ferme dans la voie du juste, et les terreurs de la mort s'évanouiront devant la certitude que j'aurai progressé dans le bien, comme le brouillard se dissipe devant les rayons du soleil matinal. Avec quelle joie de nobles mortels n'ont-ils pas bravé volontairement une mort certaine pour la vérité et la justice, pour leur pays et pour le bien de l'humanité ! Ils sont morts pour la bonne cause et martyrs de leur noblesse d'àme. Esprits exaltés, vous avez attaché un
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plus hatit prix aux but» sacrés qu'à une vie sans mérite, — vous avez préféré les devoirs de Tàme à quelques heures ou â quelques années rapides dépensées dans les jouissances sensuelles de la terre. Pour vous, mourir pour Dieu, c'était une victoire ; c'était comme un changement de vêtement, et eft réalité ce n'était pas autre chose; vous vous êtes dépouillés du vêtement mortel, pour vous couvrir du vêtement éternel.
Ah! qu'il est enviable de rendre son âme à Dieu, en sacrifiant une vie indigne et vide à l'accomplissement du devoir! 0 Jésus! telle fut Ta mort, cette mort qui racheta le monde ! Ah ! puisse cette mort être celle de tous ceux qui viendront après Toi, puisse cette mort être la mienne! Puisse-t-il être mon sort de rendre l'âme au milieu de bonnes actions, et entourée des bénédictions d'un monde que mes efforts ont cherché à rendre plus heureux !.
Enfin, quels sont donc les attraits de cette terre qui en rendent la séparation si cruelle? Le désir du juste est de grandir à jamais en justice. Ce progrès perpétuel est-il possible ici-bas? Non, ce saint désir tiô peut être satisfait qti*appès qu'ils auront ouvert les yeux dans l'existence d'en haut.
Et les joies de ce monde, — bien que je ne les considère pas légèrement, car elles sont un don de Dimi^
combien elles sont frivoles ! Combien nous nous fatiguons vite des plus grandes jouissances de ce monde ! Qu'avons-nous gagné quand nous avons obtenu tout ce que nous avons convoité ? A quoi bon recommencer sans ces;5e à tremper nos lèvres à cette coupe mélangée de miel et de fiel? Aucun plaisir en ce monde n'est sans mélange.
Tu crains la mort, ô faible mortel ! Que gagneraistu donc à une vie plus longue ? Tu verrais les amis de ton enfance, tes enfants, tous ceux que tu aimes, descendre avant toi dans la tombe ; tu finirais par te trouver seul au monde, étranger délaissé, n'ayant plus rien à démêler avec lui. Tu étendrais avec impatience les bras vers ceux qui seraient partis avant tbi, et bientôt tu te lasserais des heures vides et inutiles de la vie terrestre. Cette vie ne serait plus pour toi qu'un pesant fardeau, que tu souhaiterais remettre au plus vite entre les bras de la mort, afin de rejoindre prompt ement, libre et plein de joie, les âmes aimées qui t'attendent là-bas, dans un lieu où ni les douleurs, ni les séparations, ni les larmes ne sont connues !
" Oui, 6 mon Sauveur, je deviendrai ce que Tu me cfefmandes, — un véritable fils deDieu, utile, aimant, heureux dans le bien, ignorant la haine, la vanité oti la convoitise, pur comme Tu Tétais, divin Ami de l'humanité f Alors la mort n*aura plus de ter-
reurs pour moi ; alors la tombe ne sera plus pour moi que la transition douce et facile du rêve au réveil.
Et quand je m'éveillerai dans la vie éternelle et bienheureuse, ô Jésus, Révélateur de l'éternité! 6 Dieu, généreux Dispensateur du bien-être infini de nos âmes ! quels saints transports remplissent tout mon être à la seule pensée de ce que je goûterai alors ! La tombe est mon berceau, la mort est mon réveil, le coucher du soleil de cette vie est l'aurore dans les régions de l'éternité !
0 chers amis, qui êtes partis avant moi, vous, êtres chéris dont j'honore encore le souvenir sur terre par les larmes que je répands : combien mon cœur vous désire ! — Et je me retrouverai avec vous. Bien que plus parfaits que moi, vous m'aimez encore comme je vous aime. C'est l'amour qui relie ensemble les âmes des mondes lointains, et forme l'anneau, qui rattache le ciel à la terre ; c'est pourquoi sa flamme ne mourra jamais en mon cœur! Et cet amour me sanctifiera, cet espoir de réunion sera ma sauvegarde contre toutes les séductions du péché. C'est vers vous que tendent tous mes désirs, — je voudrais encore confondre mon être avec le vôtre. Je voue mon âme à Dieu et à la vertu, afin qu'à l'aide du Seigneur je puisse vous retrouver. Je ne crains plus la mprt! Elle n'est que la messagère
de Dieu, envoyée pour me délivrer, et me conduire vers vous.
La fiu approche ! le moment sera bientôt venu ; — je m'appuiesur Toi, Seigneur ; mille autres ont vaincu, je saurai vaincre comme eux. Je trouverai à Pheiire de la mort une voix plus puissante que la voix de la nature ; et mon cœur s'écriera : « Croit ! R^ouis-toi » »
Quand on réduirait an tilenoe tontes les laBguos, 6 Charité! te» louaogata*«Bre*t»tiraient pas moins. Le soleil, la lune, les étoiles, le répètent : Dieu est charité. Si le <ûel et la terre, si les monts et les pUiaes se taisaient, Tâme parlerait.
^activité, — le repos, — les joies de la vie, — Tiennent de Toi. Que sais- je? d'oiï vient ma force ? Cette puissance m'a? t-elle été donnée par un ennemi? Je le demande, la parole, Foule, la vœ, et tous les sens sont-ils des gages d'amour on révèlent-ils la haine?
Oh ! je suis pénétré de reconnaissance, — et je tombe à T^ fâeds, mon Père, en chantant Tes louanges. Tel que je suis, je Tadore. «-- Joignee tous vos voix à 1b mienne. La charité m'a donné la viei -;tous les bier.s me viennent du ciel, — le eiel c'est Tamour.
(I. Sajist Jean iv. S.)
« Dieu est Charité ! » Cette pensée — la plus consolante de toutes pour le cœur inquiet d'un mortel — ne se retrouve-t-elle pas dans tous les écrits,
dans toutes les prières des Chrétiens, et cependant combien pQu la comprennent parfaitement ! et, ce qui est plus déplorable encore, combien peu ont une foi entière en cette sainte vérité!
Le ciel et la terre la proclament, car toutes les lois de la nature en témoignent; la raison, ellemême, nous ordonne d'y croire, les révélations de Jésus-Christ la prêchent, — et pourtant, combien cette croyance est A^ague et incertaine dans le cœur de la plupart des hommes!
Toutes les nations de l'antiquité l'ont dit : Dieu est l'Amour le plus pur et le plus éclairé. Les nations modernes les plus civilisées et les plus éclairées le reconnaissent. Cependant toutes ont constaté de terribles événements qui seipblent en opposition avec cette foi. Elles ont assisté à des guerres effroyables qui ont anéanti chez elles tout espoir de bonheur, — et Dieu avait permis ces guerres ; et les peuples sont restés terrifiés à la pensée que Dieu , le Dieu de Charité, était l'auteur des calamités qui les frappaient. Ils ont vu des inondations dévaster des contrées entières ; ils ont vu des tremblements de terre remuer le globe jusque dans ses fondements, des villes, des villages engloutis dans des abîmes brûlants, et des millions de créatures humaines détruits en un moment. Ils ont vu des montagnes s'affaisser et en- - fouir sous leurs ruines des pays peuplés; ils ont vu
une seule tempête anéantir tous les vaisseaux sur toutes les mers du globe, la famine et la peste olian- . ^er en déserts de souriantes contrées, — et , lo doute au fond du cœur, ils ont demande : Se peut-il que tout ce carnage soit Vœuvre d'un Dieu (Uî Charité?
Non ! fait entendre une voix du fond de leur être ; et cependant ces terribles événements se grasent dans leur souvenir. A l'aide de leur raison, encore dans Tenfance, ils tentent de. résoudre les contratUctions apparentes qu'ils rencontrent dans le gouvernement du monde, et ils arrivent de cette manière à croire, non-seulement au Père protecteur de Tunivers, mais encore à Texistence du Démon qui lutte toujours contre Sa bonté. Leurs imaginations enfantines se créent deux Déités d'une puissance presque égale, et ils les placent toutes deux en opposition Tune de l'autre sur le trône de Tunivers. Ils aiment le Divin principe du bien, et Lui apportent des offrandes; ils éprouvent de la crainte à la pensée du principe du mal; ou du Démon, et ils s'efforcent d'atténuer son inimitié par des prières.
C'est ainsi que le paganisme ignorant interpréta Torigine du mal dans lé monde, que le faible entendement des hommes et leurs conceptions imparfaites de la grandeur de Dieu ne pouvaient concilier avec Sa bonté. En conséquence, l'idée d'un esprit du mal
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très-puissant, opposé à Dieu, fut aussi introduite chez les Juifs pendant leur captivité à Babylone, alors qu'ils vivaient au milieu des païens; et cette notion de l'existence d'un Démon, auteur de tout mal dans le monde, fut encore transmise des Juifs aux Chrétiens, Jésus et Ses apôtres ayant, en parlant aux Juifs, employé des figures qui y faisaient allusion, afin de se faire mieux comprendre par le peuple.
Cette idée, si incompatible avec l'omnipotence et l'omniscience de Dieu, est à peine digne d'être réfutée. Il n'y a d'autre Dieu que Dieu ! Lui, et Lui seul de tous les êtres, est le Seigneur des vivants et des morts. Lui seul règle les destinées des mondes aussi bien que celles du ver le plus humble qui rampe dans la poussière.
Ainsi pense le Chrétien. Mais, malheureusement, l'idée que se font un grand nombre de Chrétiens du Dieu de charité n'est en réalité pas plus élevée, mais souvent (il est peut-être difficile de le croire) moins pure que celle du paganisme* Quand les païens reconnurent qu'il était impossible de concilier la bonté de Dieu avec les maux de la vie, ils inventèrent, pour expliquer cette contradiction, une seconde Déité, mais ils n'accusèrent pas le Dieu de bonté d'être l'auteur du mal, et ils ne lui attribuèrent p^s de passions humaines ou plutôt animales. Beaucoup
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de Chrétiens, au contraire, qui, comme tels, ne croient qu'à un seul Dieu, en voyant les maux qui affligent l'humanité, les expliquent en créant un Dieu de vengeance, un Dieu courroucé, un Dieu jaloux et inexorable, qui punit les fautes d'un moment (car la vie de l'homme est-elle plus qu'un court moment?) de souffirances étemeUes, et qui se venge des péchés des pères sur leurs innocents enfants, — actions qui, commises par une créature humaine, seraient considérées comme exécrables et inqualifiables.
Ces idées remontent à une époque où la race humaine était encore dans l'enfance, où les hommes ne se figuraient guère Dieu autrement que comme un être humain doué d'une grande puissance, et où ils étaient assez fous pour donner à la Déité la forme humaine. Elles remontent à une époque où Moïse parlait aux Israélites, comme il convenait à cette époque, pour produire une grande impression sur leurs cœurs endurcis. Car qu'étaient les enfants d'Israël, au moment où ils furent emmenés du pays d'Egypte? N'étaient-ils pas des gens grossiers et ignorants, itans instruction, sans éducation, habitués à la servitude sous des despotes Égyptiens, n'obéissant que sous l'action du fouet? Ne se firent-ils pas des idoles de pierre et d'or, et ne les adorèrent-ils pas comme ils avaient vu les Égyptiens adorer leurs idoles !
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N*agirent-ils point ainsi même après que Moïse leur eut expliqué qu'il n'y avait qu'un seul Dieu Tout- Puissant, et pas d'autre Dieu?
Pour guider un tel peuple, et pour l'habituer ù obéir strictement aux préceptes célestes, Moïse fut obligé de s'adresser a eux dans leur langage grossier. Il faut parler aux enfants un langage différent de celui qu'on tient aux grandes personnes, et Yen ne prêche pas une nation ignorante et barbare dans les mêmes termes qu'un peuple pensant et trèscultivé.
Cependant, longtemps après avoir reçu les lois de Moïse, et après s'y être fidèlement conformés, les Israélites conservèrent ces absurdes idées sur Dieu qui n'avaient été appropriées qu'au sons grossier de leurs pères, lors de leur sortie d'Egj^ptc, plus de mille ans auparavant. Comme les premiers Chrétiens avaient pour la plupart été Juifs, il arriva que naturellement ils transportèrent dans le Cliristianisme leurs idées sur Dieu. C'est ainsi que de génération en génération elles sont parvenues jusqu'à nos jours, et ont été maintenues en partie par les erreurs des siècles et des sociétés, en partie par les connaissances bornées de nombreux docteurs, en partie par des interprétations fausses, et des applications erronées de certains passages de la Sainte Bible.
Cependant, nous nous en tiendrons fermement à ce que Jésus-Christ nous a enseigné et révélé. Et le Fils éternel nous montre Dieu le Père comme la Charité la plus pure, en laquelle il n'y a pas la plus petite parcelle de. mal, — comme l'Être parfait, ayec lequel toute passion ou faiblesse humaine est incompatible, également incapable de jalousie, de colère, de vengeance, et de repentir. Il blâme l'élan de ces passions chez l'homme, comment pourrait-Il le louer chez l'Etre -Suprême, chez Celui qui est l'essence de toute Charité et de toute Bonté !
Cependant, si Dieu ne connaît ni la colère ni la vengeance, mais seulement la charité, comment le mal est-il venu sur la terre? Qui donc est l'auteur de toutes les misères, de toutes les souffrances que nous voyons sur le globe? C'est la demande que dans le doute fait le Chrétien souffrant, qui ne sait comment expliquer l'existence de tant de fatalités. Si Dieu est l'Auteur de toutes choses, n'est-Il pas aussi l'Auteur du mal ? Et comment concilier ce fait avec Sa Sagesse et Sa Bonté, et môme avec Sa Justice ?
Comment répondre à ceci autrement que par l'assurance qu'il n'y a dans rmiivers cV autre mal que le péché? Et le péché est l'œuvre de l'homme, et vient de la liberté que Dieu lui a accordée, de youloir et de faire le bien ou le mal.
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Maintenant, comme tout dans la création Divine €8tjasteet bon, tout ce qui est mal et injuste se sépare, pour ainsi dire, du principe du bien; et ^uand l'homme veut le mal, il éprouve la souffrance qui accompagne toute séparation. Cette souffrance, cependant, tend à le réformer et à Téclairer, afin qu'il ne puisse pas agir plus longtemps dans un sens contraire à Tordre de Dieu. Et c'est de Dieu que resBortent non-seulement les lois de la nature qui nous entourent, mais aussi les lois qui sont en nous.
Nous sommes donc nous-mêmes les principatcx auteurs de nos souj'rancesy en nous précipitant, dans nos passions aveugles, contre les lois éternelles et immuables de la création. C'est ainsi qu'un enfant se cause à lui-môme une souffrance quand, par ignorance, il se blesse avec une arme dangereuse ; mais cette douleur lui enseigne la prudence. L'enfant est encore la propre cause de sa douleur, quand, par désobéissance, entêtement, ou étourderie, il goûte à des fruits nuisibles à sa santé; mais cette peine physique lui enseigne la prudence, la réflexion, et la vertu.
Les lois Divines qui gouvernent le monde nous enseignent à grandir constamment en science, en sagesse, en vertu, et en bont^. Les peines et les souffrances conduisent l'homme à la perfection, et
si la sagesse et la vertu n'avaient jamais été prêohées aux hommes, le langage de la nature les leur aurait enseignées.
n est vrai que bien des maux en ce monde ne peuvent être considérés comme les conséquences de nos actes. Quand la grêle détruit les moissons, quand la guerre désole nos foyers, quand la peste dévaste nos villes, quand les inondations ou les tremblements de terre engloutissent des cités florissantes et leurs habitants, — que peuvent de pauvres hommes pour calmer les fureurs de la nature? Comment peuvent-ils lutter contre la puissance de Dieu? Et pourtant, ce sont de terribles maux, — et pourtant Dieu est Charité.
Oui, même au milieu des phénomènes lés plus terribles et les plus funestes de la nature, disons-le, Dieu est Charité.
Car, après tout, que détruisent ces terribles révolutions? La forme matérielle de l'homme, — et non pas lui réellement, non pas son âme immortelle. Et devons-nous donner le nom de maux à tous ces accidents terrestres ? La mort n'est-elle pas la fin de cette vie et le commencement d'une vie plus sainte et plus élevée? Quand des milliers d'individus, des pères avec leurs enfants, des maris avec leurs f^nmes meurent à la même heure, moissonnés par une même catastrophe, selon lés desseins dé la Pro-
60 DIEU EST CHAlîITÉ.
\idence, — y a-t-il une différence bien grande entro cet événement et une mort causée par une maladie quelconque ? Ceux qui ont péri n'auraient-ils pas, quelques années plus tard, été rappelés par Dieu? Si la mort n*est pas un mal, les tremblements de terre, les inondations, la peste, ou toute autre cause de destruction ne sont pas des manx pour ceux que ces accidents retranchent du nombre des vivants. Ce grand spectacle de destruction n'épouvante que ceux qui y survivent. Pourquoi ? parce qu'ils voient là une preuve de la faiblesse de l'être humain, et qu'ils tremblent à la pensée de la puissance du Très-Haut. Est-ce une raison pour que nous doutions de l'amour de Dieu ? Qui serait assez fou pour douter de cet amour, parce que les hommes arrivent quelques années plus tôt au terme de leur course?
Les souffrances endurées par les victimes des catastrophes sont souvent plus pénibles que la mort commune. Mais ces peines corporelles, fondées sur l'ordre de la nature, ne constituent pas une raison pour attribuer à la Divinité des passions cruelles ou l'amour de la vengeance. Ces souffrances ne sont que momentanées; et quand les douleurs corporelles dépassent nos forces, elles finissent généralement par un évanouissement, et le patient devient insensible. La main bienfaisante de Dieu l'a ainsi ordonné ;
et plus encore, il a placé à côté de toute affliction mortelle une félicité compensatrice, que l'homme peut recueillir. La vie sur terre n'est qu'une série de changements multicolores.
Mais les peines physiques que nous endurons icibas sont , comme toutes les autres souffrances , d'excellents exemples. Elles nous apprennent combien est fragile et peu stable tout ce qui appartient à la terre, et tout ce qui naît de la terre. Elles nous avertissent de ne point attacher une importance trop grande à ces choses, et d'occuper plutôt notre esprit de ce qui est immuable, éternel, et divin. Celui qui suit ces conseils ne se laisse jamais abattre complètement, soit par la pauvreté, soit par la maladie, soit par l'abandon, soit par la mort de ceux qui lui sont chers, ou toute autre adversité. Il est au-dessus des fluctuations du bonheur terrestre, et tourne les yeux vers l'éternité.
Il y a d'autres Chrétiens qui pensent qu'après avoir considéré Dieu comme un Etre infiniment parfait, ils ne doivent Lui attribuer aucune vertu humaine, pas même les plus sublimes et les plus saintes qui embellissent l'humanité. Car, disent -ils, ce qu'il y a chez l'homme de plus élevé, et ce que l'esprit humain se représente comme tel, peut, chez la Divinité, n'être qu'une imperfection. C'est ainsi qu'ils soutiennent que, bien que ce que nous appe-
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Ions amour puisse être le joyau le plus précieux» nous pouvons cependant ne pas faire de cet amour un attribut de la Divinité; car nous sommes bien trop bas sur Téchelle des êtres pour être à même de comprendre la perfection de Dieu.
Cette manière d^envisager les choses paraîtra probablement juste à beaucoup de Chrétiens ; mais si je leur demande s*ils y trouvent la paix et le bon-> beur, ils sont forcés de répondre non; car si nous dépouillons Dieu de Tattribut de charité, nous demeurons seuls au monde sans consolation, et la vie devient une énigme obscure et insoluble. Ceux qui pensent ainsi ne le nient pas, il est vrai, mais ihl contestent la possibilité de nous former une conception juste et exacte de Lui, ^ Malheureux! vous avouez que votre manière de voir ne vous donne pas le bonheur : mais pourquoi en est-il ainsi ? Parce que vous êtes en désaccord avec votre propre raisonnement. Mettez votre raison en harmonie avec vous-mêmes et avec: l'univers, et vous retrouverez votre tranquillité d'esprit-
II e$t vrai que nous ne pouvons notis faire qu'une idée très-imparfaite de la grandeur de Dieu. Mais il est aussi vrai que Dieu bxiste, que vous existez. Et ceci une fois admis, votre raison ne peuts^empêcheiÇ d'ajouter qull est le plus parfait de tous les êtr^^a
DIBU EST GH4RIT6. âS
parfaits. Toute imperfeotiofi, eo effet» 0si4 intompàr tible avec la Divinité.
n est ineontestableque la raison humaiiie, qnaiid elle se fornie mue idée de TËtre Supkrètté^ doit Le dépooiller d& tous les sentiBientset de toutes les passioûs qui ont leur origine dans la nature ter-restre, — tels qae la colère, la haine, la rancune, la cruauté, ou la vengeance ; car comment pottY<»uh nous nous £aire une idée de Lui coHme lé pics parfait de tous les êtres, si nous ne Lui attribuons pas la Supirème perfection qu'il est en notre pouToir de concevoir? Pourquoi cette contradiction avec nous-» mêmes? Pourquoi cette hésitation à attribuer à TËtre suprême la suprême perfection ? Comment nous faisons-nous une idée de Dieu, si ce n*est par le grand (Buvre de Sa création? Notre raison n*6st-elle pas un don de Dieu? N'est-ce pas à Taide de cette raison qu'il s'est révélé Lui-même à toutes les nations? N'avons -nous pas sous les yeux Ses œuvres, à l'aide desquelles U nous a permis de mesurer bien impaifaitement Sa gcaïKleur ?
Si vous refusez de concevoir Dieu comme un Esprit de perfection, vous ne Le pouvez concevoir du tout. Alors Dieu a fait mentir votre raison et vous a entourés de rêveries, d'illusions trompeuses. Si . vous en faites un Etre inanimé, mais qui anime et nfôt en mouvement l'univers entier, — comme um:
puissante maclâîne qui s'ignore elle-même, mais qni fait rouler les mondes suivant leurs orbes immenses, qui fait monter la sève dans les veines de la plante la plus insignifiante, selon les lois éternelles, — vous faites de l'homme qui se comprend lui-même un être plus parfait et plus divin que Dieu ; et vous faites de la raison, de la vérité, et de la révélation, de» sons vides de sens.
Si, au contraire, vous concevez l'Etre suprême, votre Dieu, le maître de YUniî^ers, non pas comme un être inanimé qui accomplit Ses merveilleuses oeuvres sans en avoir conscience (cela semble insensé de le supposer), oh ! alors, honorez en Lui l'idée la plus sublime qu'il vous donne de Lui-même. Vous craignez que, si sublime que cela puisse être, cela ne soit indigne de Sa majesté. Non, ces idées qu'il nous a Lui-même permis de concevoir ne peuvent être indignes de Lui. Voyez les Cieux parsemés d'innombrables mondes qui se reflètent sur la rétine de votre œil; et pourtant combien votre œil est petit, et combien ces distances sont incommensurables, combien est illimité cet espace que la raison la plus cultivée ne peut ni calculer ni mesurer! Ce n'est cependant que sur cette miniature reproduite sur la surface brillante de votre œil que vous pouvez les discerner et les admirer ainsi que le Dieu infini! Il reflète Sa perfection et 'Sa grau*
deur, qu'aucun esprit ne peut mesurer sur l'œil de Tesprit.
L'amour, par ce qui est bon, grand, beau, saint et parfait, règne dans tout le monde spirituel ; une sagesse généreuse et bienveillante se révèle dans toutes les merveilles du ciel et de la terre ; et ce que Dieu vous dit et vous prouve par l'évidence de Son pouvoir, voudriez- vous le nier? Vous osez dire que l'homme est sublime dans son saint amour, et vous hésitez à acclamer Dieu l'Amour le plus pur ! Quand l'homme sacrifie, de sa propre volonté, la vie et toutes ses joies pour l'amour de Dieu et la vertu, combien grand ne nous semble-t-il pas ! — Et pourtant vous osez mettre en doute que Dieu est Charité! L'homme a-t-il donc en lui-même quelque chose de plus divin que Dieu?
Repoussons ces mensonges engendrés des sophismes humains et d'une science imparfaite. Tu es Charité, ô Dieu ! ce n'est pas en vain que Tu nous a doués de ce sentiment qui rattache l'âme à l'àme, le vivant au mort, et qui n'est qu'un rayonnement de Ta perfection infinie qui se reflète fidèlement dans le cœur de l'homme. Tu es Amour, rien qu'Amour ! La création tout entière ne le proclame-t-elle pas? Les événements de ma propre vie n'en témoignent-ils pas? Jésus-Christ, le Divin Éclaireur des hommes, ne le déclare-t-il pas?
66 DIEU BST CHARITÉ.
Tu es rAmour Étemel 1 Jamais Tu ne désuniras ce que Tu as uni; Tu ne nous sépareras jamais, 6 Père, nous Tes enfants, de Toi-même. Ce n*est pas en yain que Tu nous auras envoyé Jésus pour nous guider Ters Toi. Tu ne sépareras jamais les esprits aimants que Tu as unis sur la terre. De même qu'ils s'appartiettikent aujourd'hui, ils continueront k s*3^ partenir plus'tard. Ils seront réunis en Toi, Tu seras le Centre de tout ce qui est spirituel et miséricordieux !
0 délicieœe pensée ! ô douce espérance I Dieu est Charité, et quiconque vit en charité, ne se sentira Jamais abandonné, et ne cessera jamais d'exister !