Un volume in
conçus et exposés par leurs plus illustres représentants ; il se défend ardemment d'y adhérer : a On n'est pas, dit-il, athée, matérialiste, panthéiste, idéaliste, parce qu'on ne croit pas à Dieu, à l'âme, à l'esprit, à la matière, au monde, à tous ces mots métaphysiques pris dans une acception quelconque. Le véritable athée* s'il y en a, est l'esprit grossièrement empirique auquel manque le sens de l'intelligible, de l'idéal, du divin. Le vrai panthéiste est celui qui identifie la vérité et la réalité, Dieu et le monde, soit qu'il divinise le monde, à l'exemple de Spinoza et de Goethe, soit qu'il matérialise Dieu, à l'instar des stoïciens. Le vrai matérialiste est celui qui ravale l'homme à la bête, soit en niant ses facultés supérieures et vraiment humaines, soit en les dérivant de ses facultés animales. Le vrai idéaliste (comme Berkeley) est celui qui rejette comme une illusion toute réalité extérieure, quelque idée qu'on s'en fasse, qu'on n'y voie que des forces et des lois,
ou qu'on se la représente comme étendue et matérielle... Tous ces mots veulent être définis et expliqués, sous peine de mystères, de contradic- ' tions et de non-sens. Dans leur vague complexité, ils n'expriment pas des idées assez simples, ils ne répondent pas à des objets assez précis pour que la science puisse les accepter sans réserve et sans distinction... Il est une élite d'esprits dont les sympathies me sont chères ; je reste profondément attaché à toutes les vérités qu'ils regardent avec raison comme la force, la vie et l'honneur de la philosophie. Je reste spiritualiste, idéaliste, théiste comme eux, avec d'autres méthodes, un autre langage, et aussi, sans doute, avec de notables réserves 1 . »
M. Vacherot n'est pas plus sceptique que matérialiste ou panthéiste : il croit fermement h la
4 . La Métaphysique et la Science, — dans l'avant-propos et la préface; t. I, p. xvi, xxxiv.
vérité absolue, à la métaphysique scientifique, aux principes universels et nécessaires qui en sont la base : « La métaphysique, dit-il, n'a rien à craindre de l'analyse ; c'est une épreuve dont elle doit sortir avec honneur. Les vérités à priori, sur lesquelles cette science repose, n'inspireront plus de doute du moment qu'il sera bien entendu qu'elles sont fondées sur les principes ordinaires de la démonstration, comme toutes les vérités à priori des autres sciences. La métaphysique a et aura de tout temps pour objet l'Être infini, nécessaire, absolu et universel. Or, les conceptions de l'être, de l'infini, du nécessaire, de l'absolu, de l'universel, sont tellement impliquées dans les notions du phénomène, du fini, du contingent, du relatif, de l'individuel, que l'esprit humain ne peut les en séparer. Aussi , pour pouvoir nier la métaphysique et les vérités qui lui sont propres, faut-il mutiler l'esprit humain et le réduire aux pures facultés de sentir et d'imaginer qui lui sont
communes avec ranimai. Du moment que la raison, que la pensée, que la faculté propre à, l'intelligence humaine entre en jeu, elle ramène nécessairement les objets de la sensation et de l'imagination sous les catégories de la quantité, de la qualité, de l'être, de la relation, de l'unité. Alors apparaissent à l'esprit la distinction, puis la connexion logique des deux termes correspondants à chaque catégorie, du fini et de l'infini, du contingent et du nécessaire, de l'individuel et de l'universel, du relatif et de l'absolu, du phénomène et de l'être. La pensée entre donc forcément en pleine métaphysique, qu'elle en ait ou non conscience. 11 n'y a qu'un empirisme grossier et en quelque sorte animal qui ait le droit de nier les conceptions et les vérités de cette science, au prix des facultés supérieures de l'intelligence 1 . »
On ne saurait désavouer plus hautement le