‹ Méditations sur la religion chrétienne (volume 3)Chapitre 10 sur 40 · Évangile selon saint Luc, cbap. xvi, vers. 19-31. fP · texte numérisé non relu

Évangile selon saint Luc, cbap. xvi, vers. 19-31. fP

selon !a réalité, t'état des personnes au sortir de la vie terrestre, leur situation locale après le jugement divin, et leurs relations, soit entre elles, soit avec le monde qu'elles ont quitté': 1 Certainement non ; les circonstances matérielles mêlées à ce dialogue ne sont que des images empruntées à la vie actuelle et commune; mais quelles images plus frappantes, plus pénétrantes pour les âmes? Quel plus solennel avertissement adressé aux vivants pour réveiller en eux le sentiment de leurs devoirs envers Dieu et envers leurs semblables , au nom de l'avenir mystérieux qui les attend?

Rien n'est plus loin de ma pensée que de ne voir, dans les Livres Saints, que des images et des symboles poétiques : ces livres sont vraiment, sur les problèmes religieux qui assiègent l'homme, la lumière et la voix de Dieu ; mais cette lumière n'éclaire , cette voix ne révèle que les rapports de Dieu avec les hommes , les devoirs qu'il leur impose dans le cours de leur vie présente et les

perspectives qu'i! leur ouvre au delà du monde imparfait et borné où se passe cette vie. Quant à ce monde même et aux lois qui le régissent, c'est l'objet de t'étude et de la science humaines, non de l'inspiration des Livres Saints. Quand on a méconnu cette limite , quand on a prétendu attribuer, au langage des Livres Saints sur les phénomènes du monde fini, le caractère de l'inspiration divine, on est tombé dans des erreurs et des actes déplorables. De là sont venus le procès de Galilée et tant d'autres contestations , tant d'autres condamnations, plus absurdes et plus fâcheuses encore, dans lesquelles la religion chrétienne a été mise aux prises avec la science humaine, et contrainte soit de lui donner, soit de recevoir d'elle d'éclatants démentis. De ià viennent encore aujourd'hui tant d'objections élevées, au nom des sciences naturelles, contre le christianisme, et qui, des cercles savants où elles naissent, se répandent dans le monde à la fois curieux et frivole où elles

font considérer ]a foi chrétienne comme une ignorante crédulité. Rien de semblable ne serait possible , aucun conflit pareil n'atteindrait la religion chrétienne si, d'une part, les limites de la science humaine, de l'autre, celles de l'inspiration divine étaient reconnues selon la vérité et respectées selon le droit.

Je pourrais citer, à l'appui de l'opinion que je soutiens ici, de nombreuses et grandes autorités; je n'en invoquerai que trois, que Galilée lui-même invoquait en 1615 dans sa lettre à la grande duchesse Christine de Lorraine 1 ; qui en nommerait de plus augustes? « Beaucoup de choses, dit saint Jérôme, sont racontées dans les Écritures selon le jugement des temps où elles se sont passées, et non selon ce que contenait la vérité 2 . »

t. Opère complète di Galileo-Galilei, t. II, p. 26-64. — Florence, 1843.

3. Œuvres de saint Jérôme, Commml. m Jeremiam, édit. Vallare, t. IX, p, 1040.

— « L'intention de l'Écriture Sainte, dit le cardinal Baronius , est de nous apprendre comment on va au ciel, et non comment va le ciel. <> — « Voici, dit Kepler, le conseil que je donne à l'homme assez peu instruit pour ne pas comprendre la science de l'astronomie, ou assez faible pour croire que c'est manquer à la piété que d'adhérer à Copernic. Qu'il laisse la l'étude de l'astronomie et l'examen des opinions des philosophes; qu'au lieu de se livrer à ces difficiles recherches, il reste chez lui, cultive ses champs, s'occupe de ses propres affaires; et que de là, élevant vers l'admirable voûte du ciel ses yeux qui sont, pour lui, le seul moyen de voir, il répande tout son cœur en actions de grâces et de louanges à Dieu son créateur; il peut être assuré qu'il rend ainsi à Dieu un culte aussi parfait que celui de l'astronome luimême à qui Dieu a accorde ie don de voir plus clair avec les yeux de l'intelligence, mais qui, audessus de tous les mondes et de tous les deux

qu'il atteint, sait et veut toujours voir son Dieu *. »

J'écarte donc, comme absolument étrangères à la grande question qui m'occupe, toutes les difficultés élevées contre les Livres Saints, au nom des sciences de la nature finie. Je ne cherche et ne considère dans ces livres que ce qui est leur unique objet, les rapports de Dieu avec l'homme et la solution des problèmes que ces rapports font peser sur l'àme humaine. Plus on pénètre dans l'étude des Livres Saints rendus a leur but véritable, plus l'inspiration divine y devient manifeste et saisissante. C'est vraiment Dieu et l'homme toujours présents l'un à l'autre et acteurs ensemble dans la même histoire. J'essayerai d'en mettre en lumière les grands traits.

1. Kepler, Nova Aslronomia, introductio, page 9. — Prague, 1609.

Je n'ai garde d'éluder les questions relatives à, l'authenticité de la Bible et des livres qui la composent. Je les aborderai dans la seconde série de ces Méditations , quand je toucherai a l'histoire de la religion chrétienne. Mais ces questions n'importent en rien à celle qui m'occupe en ce moment : quelle que soit l'antiquité plus ou moins

170 SEPTIÈME SIÉDITATION.

reculée et plus ou moins égale de ses diversea parties, la Bible est le témoin du Dieu auquel le peuple hébreu a cm et sous la loi duquel il a vécu, le grand monument de la religion au sein de laquelle la religion chrétienne est née. C'est le Dieu dont je veux rechercher, dans la Bible seule, le propre et vrai caractère.

On fait honneur aux peuples de la race sémitique de leur foi primitive et persévérante a l'unité de Dieu. Sous des formes et à travers des histoires très-différentes, à peu près tous les peuples ont été polythéistes; les Sémites seuls ont cm fermement au Dieu unique. On attribue ce grand fait moral à des causes diverses et complexes, mais le fait même est généralement reconnu et

Il y a, en deux sens, excès dans cette assertion. -D'une part, entre les nations de race sémitique, plusieurs ont été polythéistes ; les descendants d'Abraham, les Hébreux et les Arabes

Ismaélites , sont seuls restés vraiment monothéistes : d'autre part, l'idée de l'unité de Dieu n'a pas été complètement étrangère aux peuples polythéistes; la plupart, comme les Hindous et les Grecs, ont admis une puissance unique et primordiale, antérieure et supérieure à leurs dieux. Idée vague et lointaine, née de l'instinct humain ou de la réflexion philosophique, et qui n'a été, chez ces peuples, ni la base d'une religion réelle, ni un obstacle efficace à l'idolâtrie. Le Dieu de la Bible n'est point cette stérile abstraction ; il est le Dieu unique dans le temps présent aussi bien que dans l'origine des choses, le Dieu personnel, vivant et agissant, qui préside effectivement à la destinée du monde qu'il a créé.

11 a encore un autre caractère, bien plus frappant et qui lui appartient plus exclusivement que celui de l'unité. Les dieux des peuples polythéistes ont tous une histoire pleine d'événements, de vicissitudes, de transformations, d'aventures. La my-

Ihologie des Égyptiens, des Hindous, des Grecs, des Scandinaves et de tant d'autres n'est que le récit poétique ou symbolique de la vie variée et agitée de leurs dieux. On reconnaît dans ces récits tantôt la personnification des forces de la nature misée en scène selon leurs apparences, tantôt les souvenirs de personnages humains qui ont frappé l'imagination des peuples. Mais quels que soient leur origine et leur nom, chacun de ces dieux a son histoire propre plus ou moins chargée d'incidents et d'actes tantôt héroïques, tantôt licencieux, élégamment fantastiques ou grossièrement bizarres. Toutes les religions polythéistes sont des recueils de biographies divines, ou traditionnelles, ou allégoriques, ou complètement fabuleuses, et dans lesquelles les destinées et les passions, les actions et les rêves des hommes se reproduisent sous les formes et les noms des dieux.

Le Dieu de la Bible n'a point de biographie, point d'aventures personnelles. Rien ne lui arrive

et rien ne change en lui; il est toujours et. invariablement le même, être réel et personnel, absolument distinct du monde fini et de l'humanité, identique et immuable au sein de la diversité et du mouvement universels. « Je suis celui qui suis; » c'est l'unique définition qu'il donne luimême de lui-même, et la constante expression de ce qu'il est dans tout le cours de l'histoire des Hébreux, à laquelle il assiste et préside sans jamais en recevoir aucun reflet. Tel est le Dieu de la Bible, en contraste évident et permanent avec tous les dieux du polythéisme, encore plus distinct et plus seul par sa nature que par son unité.

C'est si bien là le caractère propre et essentiel du Dieu de la Bible que ce caractère a passé dans la langue des Hébreux, et y est devenu le nom même de Dieu. Plusieurs mots sont employés dans la Bible pour nommer Dieu. L'un, El, Eloah, Elohim au pluriel, exprime la force, le pouvoir

\1i SEPTIÈME MÉDITATION.

créateur, et est appliqué aux dieux multiples du paganisme aussi bien qu'au Dieu unique des Hébreux. El Shaddai se traduit par le Tout-Puissant. Adonaï signifie le Seigneur. Le mot Yahwe ou Yehwe, devenu Jekovah dans la prononciation hébraïque, veut dire purement /( est, et désigne l'être en soi, l'être absolu et éternel. Ce nom ne se retrouve dans aucune autre des langues sémitiques, et c'est a l'époque de Moise qu'il apparaît pour la première fois chez les Hébreux : « Je suis l'Éternel {Yahwe, Jekovah), dit Dieu à Moïse ; je suis apparu comme le Dieu fort, toutpuissant (El Shaddai), à Abraham, à Isaac et à Jacob; mais je n'ai point été connu d'eux par mon nom d'Éternel 1 . » Yahwe, Jekovah est a la fois le vrai Dieu et le dieu national d'Israël 2 .

i. Exode, chap. vr, vers. î-3. (Q)

dénommai ions de Dieu en hébreu, mon savant confrère à l'Académie des Inscriptions, M. Muok, qui a répondu à toutes mes questions avec autant de netteté que d'obligeance.

L'histoire des Hébreux n'est pas moins significative ni moins cîaire que leur langue : c'est l'histoire des rapports du Dieu unique et immuable avec le peuple qu'il a choisi pour être le représentant spécial du principe religieux et la source régénératrice de la vie religieuse dans le genre humain. Ce peuple traverse les destinées et les épreuves ordinaires des autres peuples; il demande ou subit des gouvernements divers ; il tombe dans les erreurs et les fautes communes des nations; il succombe fréquemment aux tentations de l'idolâtrie; il a, comme les autres, ses jours de vertu et de vice, de prospérité et de revers, de gloire et d'abaissement. A travers toutes les vicissitudes et tous le3 égarements du peuple de la Bible, le Dieu de la Bible reste invariablement le même, sans aucune teinte d'anthropomorphisme, sans aucune altération dans l'idée que se font de sa nature les Hébreux , fidèles ou infidèles à ses commandements. C'est toujours le Dieu qui a dit :

<• Je suis celui qui suis, » à qui son peuple ne demande aucune autre explication de lui-même, et qui, toujours présent et souverain, poursuit les desseins de sa providence sur les hommes qui usent et abusent de la liberté qu'il leur a donnée en les créant.

Je veux retracer, d'après la Bible, les principales phases et les principaux acteurs de cette histoire. Plus je l'étudié, plus je sens que j'assiste, comme le dit M. Ewaid, a à l'histoire de la vraie religion marchant de degré en degré à son complet développement, >■ c'est-à-dire a l'action de Dieu sur les premiers pas et sur le progrès religieux du genre humain.

DIfiU SELON LA BIBLE, (77

1" DIEU ET ÀBBÀHAM.

Abraham ouvre l'histoire du peuple hébreu, son histoire temporelle et spirituelle. A sa première apparition dans la Bible, Abraham est un chef nomade, qui a quitté la Chaldée et la ville de Cliarran, où vivait son père Tharé, descendant de Sem, et qui erre avec sa famille, ses serviteurs et ses troupeaux, d'abord à l'entrée, puis à l'intérieur du pays de Chanaan, s'arrètant la où il trouve de l'eau et des pâturages, et promenant, tantôt dans les montagnes, tantôt dans les plaines, ses tentes et sa tribu. Pourquoi est-il sorti de la iî

Chaldée? Selon la Bible même, son père Tharé était idolâtre : « Vos pères, dit Josué au peuple d'Israël, ont habité autrefois au delà du fleuve (l'Euphrate), savoir Tharé, père d'Abraham et père de Nachor, et ils ont servi d'autres dieux 1 . » Le livre de Judith contient la même assertion 2 , et les traditions juives et arabes la confirment en l'amplifiant; le père d'Abraham, disent-elles, était fanatiquement adonné au culte des idoles, et son fils Abraham, qui y résistait, fut un jour, sur sa provocation, jeté dans un four ardent dont il ne sortit que par miracle. L'historien Josèphe parle de soulèvements qui éclatèrent, à l'occasion de ces discordes religieuses, parmi les Chaldéens.

La Bible ne s'en tient pas à ces traditions ; dès les premiers jours, Dieu intervient dans l'histoire du père des Hébreux : « L'Éternel avait dit à Abraham : « Sors de ton pays et de ton paren-

1. Jomté, chap. xxiv, vers. ï. (R) 3. Judith, rliap. v, vers. 6-9.

« tage et de la maison de ton père, et viens au « pays que je te montrerai. Et je te ferai devenir « une grande nation; je te bénirai, et je rendrai « ton nom grand... et toutes les familles de la terre H seront bénies en toi. » Abraham donc sortit, comme l'Éternel le lui avait dit... Et il prit aussi Sarah, sa femme, et Lotli, fds de son frère, et tout le bien qu'ils avaient acquis, et les personnes qu'ils avaient eues à Charran; et ils sortirent pour venir au pays de Chanaan, et ils y entrèrent *. »

Comment Dieu avait-il parlé à Abraham? Était-ce par une voix extérieure ou par une inspiration intérieure? L'écrivain biblique ne s'en préoccupe nullement; Dieu est, pour lui, présent et agissant dans l'histoire aussi bien qu'Abraham; l'intervention de Dieu n'a rien, à ses yeux, que de naturel et de simple. La même foi anime Abraham; il sort de la Chaldée et erre dans la

i. Genèse, chip, su, vers. 1-5. [S)

ISO SEPTIÈME MÉDITATION.

Palestine, selon la parole et soua la direction de l'Éternel.

I! erre au milieu des populations déjà fixées sur la 1 terre de Chanaan et avec lesquelles il vit en paix, mais sans s'unir à elles, leur portant secours quand elles sont attaquées par des chefs étrangers, se battant pour elles en ami fidèle, quelquefois peut-être en vaillant condottiere, mais restant isolé en patriarche nomade, avec sa famille et sa tribu, se refusant même aux dons et aux faveurs qui pourraient abaisser son caractère et altérer son indépendance. Partout où il s'arrête et où quelque incident important lui arrive, à Sichem, à Béthel, à Berseebah, à Hébron, il élève un autel à son Dieu. Dans sa vie errante et mal pourvue , une famine le pousse jusqu'en Egypte, le premier peut-être de ces chefs pasteurs venus d'Asie qui devaient bientôt envahir cette riche contrée. Abraham passe en Égypte plusieurs années, bien traité par le Pharaon du

temps, en rapports bienveillants avec les prêtres égyptiens, échangeant avec eux ce qu'ils avaient, les uns et les autres, de connaissances astronomiques ou naturelles, mais maintenant toujours avec soin l'isolement de sa famille, de sa tribu, de son culte. De son plein gré ou sur la demande du Pharaon, il quitte i'Égypte, emmenant des troupeaux, des chameaux, des esclaves égyptiens, entre autres sa servante Agar; il retourne dans le pays de Chanaan, erre encore dans plusieurs parties du territoire, prend part à divers événements, troubles intérieurs ou guerres extérieures, et s'établit enfin avec les siens à Hébron, auprès des chênes de Mamré, chez la peuplade des Héthiens, mais toujours en étranger et toujours attentif à en conserver le caractère et l'indépendance. Quand sa femme Sarah mourut, « Abraham, s'étant levé de devant son mort, dit la Genèse, parla aux Héthiens, disant : — Je suis étranger et habitant parmi vous; donnez-moi une

m SEPTIÈME MÉDITATION.

possession où j'aie droit de sépulcre parmi vous, afin que j'enterre mon mort et que je l'ôte de devant mes yeux. — El les Héthiens répondirent à Abraham et lui dirent : — Mon seigneur, écoutenous; tu es parmi nous un grand prince; enterre ton mort dans celui de nos sépulcres qui te plaira le plus. Nul de nous ne te refusera son sépulcre, afin que tu y enterres ton mort. — Alors Abraham se leva, et se prosterna devant le peuple du pays, les Héthiens, et il leur dit : — S'il vous plaît que j'enterre mon mort et que je l'ôte de devant mes yeux, écoutez-moi et intercédez pour moi envers Héphron, fils de Tsohar, afin qu'il me donne sa caverne de Macpélah, qui est à l'extrémité de son champ. Qu'il me la cède devant vous, pour le prix qu'elle vaut, et que je la possède pour en faire un sépulcre. — Or, Héphron était assis parmi les Héthiens. Héphron donc, Héthien, répondit h Abraham, en la présence des Héthiens qui l'écoutaient..., disant : — Non, mon seigneur, écoute-

DIEU SELON LA Dl BL(Ï. f«3

moi : je te donne le champ ; je te donne aussi la caverne qui y est; je te la donne en présence des enfanta de mon peuple; enterres-y ton mort. — Et Abraham se prosterna devant le peuple du pays, et il parla à Héphron devant tout le peuple du pays, et dit : — Mais, s'il te plaît, je te prie, écoute - moi ; je te donnerai l'argent du ehamp ; reçois -le de moi, et j'y enterrerai mon mort. — Et Héphron répondit à Abraham, disant: — Mon seigneur, écoute -moi; la terre vaut quatre cents sicles d'argent entre toi et moi; mais qu'est-ce que cela? Enterre donc ton mort. — Et Abraham, ayant entendu Héphron, lui paya l'argent dont il avait parlé, en présence des Héthiens, savoir quatre cents sicles d'argent qui avaient cours entre les marchands. Et le champ d'Héphron, qui était a Macpélah, au devant de Mamré, tant le champ que la caverne qui y était, et tous les arbres qui étaient dans le champ et dans tous ses confins tout autour, fut acquis en propriété

à Abraham, en présence des Héthiens.,. Et après cela, Abraham enterra Sarah, sa femme, dans la caverne de Macpélah, au devant de Mamré, qui est Hébron, au pays de Chanaan. Le champ donc, et la caverne qui y est, fut assuré par les Héthiens à Abraham, afin qu'il le possédât pour y faire son sépulcre *. «

Peu importe à Abraham sa précaire condition d'étranger errant; il a foi en Dieu. Dieu commande, et Abraham obéit. Dieu promet, et Abraham s'y confie. Un jour pourtant, avec un sentiment d'inquiétude modeste : « Seigneur Éternel , que me donneras-tu? demande Abraham à Dieu ; voici, tu ne m'as point donné d'enfants; et voilà, Éiiézer de Damas, l'intendant de ma maison, sera mon héritier. » — Et voici, la parole de l'Éternel lui fut adressée, disant : « Celui-ci ne sera point ton héritier; mais celui qui sortira de tes entrailles sera ton

t. Genèse, chap. mil, vers. 3-îO. (T)

DIEU SELON LA BIBLE. m

héritier. Je suis le Dieu fort, tout-puissant : marche devant ma face et en intégrité. J'établirai mon alliance entre moi et toi, et entre ta postérité après toi dans leurs âges, pour être une alliance éternelle ; et je te donnerai, et à ta postérité après toi, le pays où tu demeures comme étranger, tout le pays de Ghanaan, en possession perpétuelle, et je leur serai Dieu. Mais toi, tu garderas mon alliance, toi et ta postérité après toi, dans leurs âges. » — Et Abraham crut à l'Éternel, et l'Éternel lui imputa cela à justice *. »

De nos jours, au sein de notre civilisation chrétienne, l'obéissance a Dieu et la confiance en Dieu sont les premiers préceptes chrétiens, les premières vertus chrétiennes. Ce sont aussi les vertus d'Abraham et les préceptes de l'histoire d'Abraham dans la Bible. Et le Dieu d'Abraham, le Dieu de la Bible est le même qu'adorent au-

Genèse, chap. xv et xvn, vers, t-6, 1-9. [U]

jourd'hui les chrétiens, le même que conçoivent aujourd'hui les philosophes qui croient en Dieu, l'Être absolu et parfait, l'Être en soi, l'Éternel, sans possibilité et sans tentative de le définir autrement. Des milliers d'années n'ont rien changé a la notion biblique de Dieu dans l'âme de l'homme, ni aux lois essentielles de la relation de l'homme avec Dieu.

La tradition historique confirme pleinement le fait moral que je signale. Abraham n'a été l'objet d'aucune conception mystique, d'aucune transformation mythologique ; nulle part il n'a été érigé en personnage surhumain, en demi-dieu ou en fils de Dieu ; il est resté le modèle de la foi et de la soumission religieuses, le type de l'homme pieux en relation intime avec Dieu. Dans toute l'antiquité et dans tout l'Orient, pour les premiers chrétiens comme pour les Juifs et les Arabes, pour les musulmans comme pour les Juifs et les chrétiens, Dieu est le Dieu d'Abraham; Abraham est l'ami de

Dieu, le père et le prince des croyants; ce sont les noms que lui donne l'Évangile *, et le Koran le célèbre en disant : n Quand la nuit étendit sur lui ses ombres , il vit une étoile et dit : Ceci est mon Seigneur. — Mais quand l'étoile se coucha, il dit : Je n'aime pas ce qui se couche. — Et quand il vit la lune se lever, il dit : Ceci est mon Seigneur. — Mais quand la lune se coucha, il dit : Vraiment , si mon Seigneur ne me dirige pas dans la bonne voie, je serai un de ceux qui s'égarent. — Et quand il vit le soleil se lever, il dit ; Celui-ci est mon Seigneur; il est plus grand que l'étoile ou la. lune. — Mais quand le soleil vint à se coucher, Abraham dit : 0 mon peuple, j'en ai fini avec ces choses; je tourne ma face vers Celui qui a fait le ciel et la terre 2 . »

t. Saint Paul, Èpitre aux Romains, ch. iv ; aux Gatales, ch. m. — Épilrs catholique de sainl Jacques, ch. u, vers. Ï3.

S. Koran, chap. vi.

Digilized by

L'Éternel, le Dieu unique et immuable est le Dieu d'Abraham. Abraham est le serviteur et l'adorateur du vrai Dieu.

DIEU SELON LA BIBLE. f89

Page 1