‹ Méditations sur la religion chrétienne (volume 3)Chapitre 11 sur 40 · DIEU ET MOÏSE · texte numérisé non relu

DIEU ET MOÏSE

La notion vraie de Dieu et la foi dans sa présence et sa providence actives et continues, tels sont les deux grands faits religieux qui se rattachent au nom d'Abraham. Ainsi commencent l'histoire du peuple hébreu et l'ancienne alliance qui, du Pentateuque à l'Évangile, est devenue la nouvelle alliance, la religion chrétienne.

Environ cinq siècles plus tard, les Hébreux sont en Égypte, établis dans la terre de Gessen, entre le Nil inférieur, la mer Rouge et le Désert,

dans une situation bien différente de celle oii ils y avaient été d'abord quand la fortune de l 'arrièrepetit-fils d'Abraham, Joseph, à la cour du Pharaon, les y avail attirés. Le nouveau Pharaon les opprime cruellement : ils sain en proie aux misères de la servitude, à la contagion de l'idolâtrie, à tous les maux, à tous les périls matériels et moraux qui peuvent frapper un petit peuple tombé sous le joug d'une nation puissante et civilisée. Pourtant les Hébreux persistent dans leur foi religieuse, dans leurs souvenirs nationaux; ils ne se confondent point avec leurs maîtres ; ils souffrent sans résister activement ; ils ne se délivreront point eux-mêmes, mais ils n'ont pas cessé de croire en leur Dieu et ils attendent un libérateur.

Moïse a été sauvé des flots du Nil par la fille même du Pharaon. I) a été élevé à Iléliopolis, au milieu des pompes de la cour, et instruit dans les sciences des prêtres égyptiens. Il a servi le souverain de l'Egypte; il a commandé ses troupes et

DIED SELON LA BIBLE. m

fait pour lui la guerre aux Éthiopiens. Il a reçu un nom égyptien, Osarsiph ou Tisithen. Tout semble concourir pour faire de lui un Égyptien. Mais il reste un fidèle Israélite, fidèle à la foi et à la destinée de ses frères. Leur oppression l'indigne; il venge l'un d'eux en tuant son oppresseur. Les opprimés ont peur et le renient au lieu de le soutenir. Moïse s'enfuit d'Égypte, et se réfugie dans le désert, chez une tribu d'Arabes nomades, les Madianites, issus comme lui d'Abraham. Leur chef, le Scheick de la tribu, Jethro, dit aussi Hobab, l'accueille paternellement et lui donne sa fille Séphora en mariage. Le fier Israélite, qui n'a pas voulu rester Égyptien, devient Arabe et mène pendant plusieurs années la vie nomade de la tribu hospitalière. C'est dans la péninsule de Sinaï que Moïse erre avec les serviteurs et les troupeaux de son beau-père : au centre de cette péninsule, jadis province de l'empire des Pharaons, mais rentrée dans la possession des Arabes

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m SEPTIÈME MÉDITATION.

pasteurs, s'élève le Sinaï, mont auquel se rattachent de temps immémorial, parmi les peuplades d'alentour, des traditions sacrées, comme au monl Àrarat en Arménie et à l'Himalaya dans l'Inde. Dans ce lieu révéré, devant un buisson enflammé, Moïse, le cœur plein de foi, entend Dieu qui l'appelle et lui ordonne d'aller retirer son peuple, les enfants d'Israël, hors d'Égypte. Comme jadis Abraham, Moïse est modeste et doute de luimême : « Qui suis-je, moi, que j'aille vers Pharaon, et que je retire les enfants d'Israël hors d'Égypte?... Quand je serai venu vers eux et que je leur aurai dit : « Le Dieu de vos pères m'a envoyé vers vous, » alors, s'ils me disent : Quel est son nom? que leur dirai-je? — Alors Dieu dit à Moïse ; s Je suis celui qui suis. » 11 dit aussi : ii Tu diras ainsi aux enfants d'Israël : Celui qui s'appelle Je suis, m'a. envoyé vers vous l . » Moïse croit et obéit : le libérateur d'Israël a reçu de I. Exode, chap. ni, vers. ((, 13-14. [Y]

Jehovah sa mission et ne s'inquiète plus que de l'accomplir.

En présence de tels faits, devant cette association de Dieu et de l'homme dans la même œuvre, les adversaires du surnaturel se récrient : « A quoi bon, demandent-ils, ce mélange de l'action divine et de l'action humaine? Dieu a-t-il besoin du concours de l'homme, et ne peut-il pas, s'il le veut, accomplir lui-même et par son plein pouvoir tous ses desseins? » A mon tour, je leur demanderai s'ils savent pourquoi Dieu a créé l'homme, et s'il lésa mis dans le secret de ses intentions envers les instruments qu'il emploie à ses desseins. C'est précisément le privilège de l'homme d'être l'associé à la fois soumis et libre de Dieu, et d'intervenir, par sa propre action, dans des plans dont une infiniment petite part est révélée à son intelligence et réservée à son travail. L'Asie occidentale et son histoire sont remplies du nom de Moïse; juifs, chrétiens et mahométans l'appellent

le premier prophète, le grand législateur, le grand théologien ; partout, sur le théâtre des événements, les lieux conservent sa mémoire; le voyageur y rencontre le puits de Moïse, le ravin de Moïse, ta montagne de Moïse, la vallée de Moïse. Dans d'autres pays et d'autres siècles, ce nom a été donné comme le plus glorieux que les saints pussent recevoir: saint Pierre a été appelé le Moïse de l'Église chrétienne ; saint Benoît, le Moïse des ordres monastiques; lîlphilas, le Moïse des Goths. Qu'a fait Moïse pour obtenir une si haute et si permanente renommée ? Il n'a gagné point de batailles ; il n'a conquis point de territoires; il n'a fondé point de villes; il n'a gouverné point d'États; il n'était pas même un homme habile et puissant par l'éloquence : « Hélas, Seigneur, dit-il à l'Éternel, ni d'hier ni d'avanthier je ne suis point un homme qui ait la parole aisée, même depuis que tu as parlé à ton serviteur, car j'ai la bouche et la langue pesantes *. »

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