‹ Méditations sur la religion chrétienne (volume 3)Chapitre 9 sur 40 · Genèse, chap n, vers. 15-34. (N · texte numérisé non relu

Genèse, chap n, vers. 15-34. (N

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porté essentiellement sur trois points, le devoir d'obéissance de l'homme envers Dieu son créateur, le mariage et le langage ; Adam a reçu de Dieu la loi morale de sa liberté, la compagne de sa vie, et le don de nommer les créatures qui l'entouraient; c' est-a-dire que les trois sources de la religion, de la famille et de la science lui ont été immédiatement ouvertes. Je n'ai à entrer ici dans aucune des questions élevées, soit sur les origines humaines des langues et la langue primitive, soit sur la constitution de la famille et son influence dans la grande organisation sociale; les limites de 'la révélation primitive sont impossibles à déterminer scienliliquement; le fait même de cette révélation est certain. C'est la lumière qui a éclairé le premier homme dès ses premiers pas dans la vie, et sans laquelle nous ne saurions concevoir qu'il eût pu vivre.

Quand le genre humain s'est développé et dispersé, la révélation primitive ne l'a point aban-

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donné; elle l'a partout accompagné, comme une révélation générale et permanente. La lumière qui avait éclairé le premier homme s'est répandue sur tous les peuples et dans tous les siècles, transformée en notions universelles et incontestées, en instincts spontanés et indestructibles. Aucune nation n'a été privée de ce flambeau, et livrée à ses propres et seuls tâtonnements dans les ténèbres de la vie. Que l'esprit humain ne s'enorgueillisse pas trop de ses œuvres; elles ne lui appartiennent pas à lui seul ; il les a faites avec l'aide des données premières qu'il a reçues de Dieu; dans tous ses travaux et tous ses progrès, il a eu pour point de départ et d'appui la révélation primitive. Toutes fes grandes doctrines, toutes les grandes institutions qui ont gouverné le monde, quelques monstrueuses et fatales erreurs qui s'y soient mêlées, ont conservé la trace des vérités fondamentales qui ont été la dotation de l'humanité naissante. Dieu n'a délaissé aucune

portion de la race humaine; et à travers les égarements où elle est tombée comme dans les beaux développements qui font sa gloire, on reconnaît les enseignements primitifs qu'elle tient de son divin auteur.

Après la révélation donnée au premier homme et au milieu de la révélation générale répandue sur tous les hommes, un grand fait se présente dans l'histoire, le fait d'une révélation spéciale placée au sein d'un petit peuple, renfermée pendant seize siècles dans un petit coin de la terre, et partie de ce coin, il y a bientôt dix-neuf siècles, pour éclairer et conquérir, comme l'avait annoncé son auteur, tout le genre humain. Un homme d'une imagination aussi féconde que sa science est profonde, et qui, dans ses ouvrages, a mêlé, avec une belle sincérité, l'hypothèse à la foi, M. Ewald, professeur à l'université de Gœttingen, a exprimé naguère ce fait en ces termes : « L'histoire du vieux peuple juif est au

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fond l'histoire de la vraie religion marchant, de degré en degré, à son complet développement, s'élevant, à travers toute sorte de luttes, jusqu'à la victoire suprême, et se manifestant enfin, dans toute sa majesté et sa puissance, pour se répandre irrésistiblement et par sa propre force, de façon à devenir la possession et la bénédiction éternelles de tous les peuples 1 . »

Comment se prouve ce grand fait ainsi résumé par M. Ewald? A quels caractères se fait reconnaître la divine origine de cette révélation spéciale devenue la religion chrétienne? Que dit-elle elle-même pour établir son droit à la conquête morale du genre humain?

De prime abord, et tout en établissant ses dogmes et ses préceptes comme venus de Dieu, la révélation chrétienne affirme que les documents où elle est écrite sont eux-mêmes de source

1. H. Ewald, Histoire, du peuple d'Israël jusqu'à Christ en allemand); ï< édition, t. I, p. 9, GœUingen, 1851.

divine. L'inspiration divine des livres saints est la première base de la foi chrétienne, le titre extérieur de la religion chrétienne à l'autorité sur les âmes. Quelle est la portée de ce titre? Que signifie l'inspiration des livres saints?

J'ai lu et relu les livres saints ; je les ai lus dans des dispositions d'esprit très-diverses, tantôt en les étudiant comme de grands monuments historiques, tantôt en les admirant comme de sublimes œuvres poétiques. J'ai toujours été saisi, en les lisant, d'une impression tout autre que celle de la curiosité ou de l'admiration ; je me suis senti

en présence d'une parole autre que celle du chroniqueur ou du poète, et sous l'empire d'un souffle venu d'ailleurs que de l'homme. Non que l'homme ne tienne pas une grande place dans les livres saints; il s'y déploie au contraire avec ses passions, ses vices, ses faiblesses, ses ignorances et ses erreurs ; le peuple hébreu s'y montre grossier, barbare, mobile, superstitieux, accessible à toutes les imperfections, à tous les égarements des autres peuples. Mais le peuple hébreu n'est pas seul acteur dans son histoire; il a un allié, un protecteur, un maître qui intervient sans cesse, commande, inspire, dirige, frappe ou sauve. Dieu est là, toujours présent et agissant:

Et ce n'est pas un Dieu comme vos dieux frivoles,

Insensibles et sourds, impuissants, mutilés,

De bois, de marbre ou d'or, comme vous le voulei '.

C'est le Dieu unique et suprême, le Tout-Puissant, 4. Corneille, Polyeucte, acte IV, scène in. •

]e Créateur, l'Éternel. Et même quand il l'oublie, quand il viole ses commandements, le peuple hébreu croit toujours en Dieu; c'est lui qu'il craint; c'est en lui qu'il espère; sa foi persiste au milieu des infidélités de sa vie. La Bible n'est pas un poëme où l'homme raconte et chante les aventures de ses dieux, mêlées à ses propres aventures; c'est un drame réel, un dialogue continu entre Dieu et l'homme personnifié dans le peuple hébreu; c'est d'une part la volonté et l'action divine, de l'autre la liberté et la foi humaine, tantôt dans une pieuse union, tantôt dans un fatal désaccord.

Plus j'ai lu les livres saints, plus je suis demeuré surpris que les lecteurs sérieux n'en reçussent pas tous la même impression que moi et que plusieurs méconnussent ce caractère d'inspiration divine, si étranger à tout autre livre, si éclatant dans celui-là. Que les hommes qui nient absolument toute action surnaturelle de Dieu dans le monde ne l'admettent pas plus dans les origines de

la Bible qu'ailleurs, cela se comprend; mais les attaques contre l'inspiration divine des livres saints ont encore une autre cause plus spécieuse et plus contagieuse. Ce n'est pas sans un profond regret que je viens ici contredire des traditions anciennes , respectées et respectables , et peut-être blesser des convictions sérieuses et sincères. Mais ma propre conviction est plus forte que mon regret. D'autant plus forte que j'ai en même temps une autre conviction ; c'est quw-le système que je veux combattre a fait, fait toujours et peut faire encore, à la religion chrétienne, un mal immense.

Quiconque lit, sans parti pris d'avance, les textes originaux, hébreux et grecs, des livres saints, soit de l'Ancien soit du Nouveau Testament, y rencontre souvent, a travers leurs beautés sublimes, je ne dis pas seulement des défauts de style, mais des fautes de grammaire, la violation des règles logiques et naturelles du lan-

gage dans toutes les langues. Est-ce à dire que ces fautes sont de même origine que les doctrines auxquelles elles se mêlent, et que les unes aussi bien que les autres 1 ont été divinement inspirées?

C'est pourtant ce que prétendent de pieux et savants hommes qui soutiennent que tout, absolument tout, dans les livres sainls, est d'inspiration divine, aussi bien les paroles que les idées, toutes les paroles sur toutes choses, te matériel du langage comme le fond de la doctrine.

Je ne puis voir, dans cette assertion, qu'une confusion déplorable par laquelle le sens et le . but de l'inspiration des livres saints sont profondément méconnus et leur autorité est gravement compromise. Dieu n'a point voulu, par cette voie surnaturelle, enseigner aux hommes la grammaire, et pas plus la. géologie, l'astronomie,

1. J'indique, dans une noie placée à la fin de ce volume, quelques exemples de ces fautes grammaticales qui se rencontrant dans les livres saints, et auxquelles le caractère de l'inspiration divine ne saurait être attribué.

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la géographie ou la chronologie que la grammaire. C'est sur leurs rapports avec leur Créateur, sur leurs devoirs envers lui et entre eux, sur la règle de leur foi et de leur vie qu'il les a éclairés d'un divin flambeau. C'est sur la religion et la morale, sur la religion et la morale seules, non sur aucune science humaine, que porte l'inspiration des livres saints.

Parmi les principaux arguments qu'on a allégués pour soutenir que tout, dans les livres saints, est d'inspiration divine, on s'est surtout prévalu de la seconde Épître de saint Paul à Timothée qui porte en effet : « Toute l'Écriture est divinement inspirée ; » mais saint Paul ajoute à l'instant : « et utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour instruire dans la justice, afin que l'homme de Dieu soit accompli et parfaitement propre pour toute bonne œuvre i . » Est-il pos-

1 . //' Épître de saint Paulà Timothée, chap. m, vers. 16- 17. (0)

sible de déterminer plus nettement l'objet religieux et moral de l'inspiration?

On invoque une considération d'un autre ordre. Si l'on admet en même temps, dit-on, d'une part, l'inspiration des livres saints, de l'autre, que cette inspiration n'est pas universelle et absolue, qui fera le choix entre les deux parte? Qui marquera la limite où l'inspiration s'arrête? Qui dira quels textes, quels passages sont inspirés et quels ne le sont pas? Diviser ainsi les livres saints, c'est leur enlever leur caractère surhumain; c'est détruire leur autorite en les livrant à toutes les incertitudes, à toutes les disputes des hommes; l'inspiration complète et permanente peut seule commander la foi.

Éternelle prétention de la faiblesse humaine! Gréé intelligent et libre, l'homme veut user, user largement de son intelligence et de sa liberté; et en même temps, se sentant faible et insuffisant pour son ambition, il invoque un guide, un appui;

et dès qu'il l'espère, il le veut immuable, infaillible. Il cherche un point fixe auquel il se puisse attacher avec une absolue et permanente sécurité. Dieu, en créant l'homme, ne l'a pas laissé sans points fixes; la révélation divine et l'inspiration des livres saints ont eu précisément pour objet et ont pour effet de lui en donner, mais non pas sur toutes choses également et indistinctement. Je reprends ici ce que j'ai dit naguère sur la séparation du fini et de l'infini, du monde créé et de son créateur. En même temps que les limites du monde fini sont celles de la science humaine, c'est a l'étude et a la science humaines que Dieu a livré le monde fini; il n'a point porté là d'avance son divin flambeau; il a dicté à Moïse les lois qui règlent les devoirs de l'homme envers Dieu et envers les hommes; il a laissé à Newton la découverte des lois qui président à l'ordre des mondes. Les livres saints parlent de toutes choses ; les faits du monde fini y sont incessamment mêlés aux

L'INSPIRATION DES LIVRES SAINTS, m

perspectives de l'infini ; mais c'est sur ces perspectives seules, sur l'avenir qu'elles enfr' ouvrent comme sur les lois qu'elles imposent aux hommes, que porte l'inspiration divine ; Dieu ne répand sa lumière que là où l'œil et le travail humains ne sauraient atteindre; sur tout le reste, les livres saints parlent selon ce que pensent et peuvent comprendre les générations auxquelles ils s'adressent. Dieu, même quand il les inspire, ne transporte pas dans les domaines futurs de la science les interprètes dont il se sert, ni les peuples auxquels il les envoie; il les prend, les uns et les autres, tels qu'il les trouve, avec leurs traditions, leurs notions, leur degré de connaissance ou d'ignorance du monde fini, de ses phénomènes et de ses lois. Ce n'est point l'état et le progrès scientifique de l'esprit humain, c'est l'élat et le progrès moral de l'àme humaine qui sont l'objet de l'action divine, et Dieu n'a pas besoin, pour exercer sur les âmes son pouvoir, que la science

le précède ou l'accompagne; il s'adresse aux instincts et aux désira les plus intimes et les plus sublimes comme les plus universels de l'humanité, à des instincts et à des désirs dont la science n'est ni le but, ni la mesure, et qui puisent à d'autres sources leur satisfaction. Ce qu'il y a, dans les livres saints, de science vraie ou fausse du monde fini vient des hommes qui les ont écrits et de leurs contemporains; ils y ont mis, à ce sujet, ce qu'ils en croyaient, ce qu'on en croyait autour d'eux quand ils ont parlé; la lumière répandue sur la sphère de l'infini, la toi donnée et les perspectives ouvertes aux hommes par cette lumière, c'est la ce qui vient de Dieu, ce qu'il a inspiré dans les livres saints. Leur but est essentiellement, exclusivement moral et pratique; ils expriment les idées, ils emploient les images, ils parlent le langage les plus propres à agir puissamment sur tes âmes, à les régénérer et à les sauver. J'ouvre l'Évangile selon saint Luc, et j'y lis cette admi-

rable parabole : « Il y avait un homme riche qui se vêtait de pourpre et de lin, et qui se traitait bien et magnifiquement tous les jours; — il y avait aussi un pauvre, nommé Lazare, qui était couché à la porte de ce riche, et qui était couvert d'ulcères ; — il désirait se rassasier des miettes qui tombaient de la table du riche, et même les chiens venaient lécher ses ulcères. — Or il arriva que le pauvre mourut, et il fut porté par les anges dans le sein d'Abraham ; le riche mourut aussi et fut enseveli; — et étant en enfer et dans les tourments, il leva les yeux et vit de loin Abraham et Lazare dans son sein; — et s' écriant, il dit : ci Père Abraham, aie pitié de moi, et envoie Lazare afin qu'il trempe dans l'eau le bout de son doigt pour me rafraîchir la langue, car je suis extrêmement tourmenté dans cette flamme. » — Mais Abraham lui répondit : « Mon fils, souvienstoi que tu as eu des biens pendant ta vie, et que Lazare y a eu des maux; et maintenant il est con-

solé et tu es dans les tourments ; — outre cela, il y a un grand abtme entre vous et nous, de sorte que ceux qui voudraient passer d'ici vers vous ne le peuvent, non plus que ceux qui voudraient passer de la ici. » — Et le riche dit : « Je te prie donc, père Abraham, d'envoyer Lazare dans la maison de mon père, car j'ai cinq frères, afin qu'il les avertisse; de peur qu'ils ne viennent euxmêmes dans ce lieu de tourments. « — Abraham lui répondit : « Ils ont Moïse et les prophètes; qu'ils les écoutent. « — Le riche dit ; « Non, père Abraham; mais si quelqu'un des morts va vers eux, ils s'amenderont. » — Et Abraham lui dit : « S'ils n'écoutent pas Moïse et les prophètes, ils ne seraient pas non plus persuadés, quand même quelqu'un des morts ressusciterait 1 . »

Pense-t-on que Jésus-Christ et l'évangéliste qui a reproduit ses paroles aient voulu décrire,

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