‹ Méditations sur la religion chrétienne (volume 3)Chapitre 27 sur 40 · fivang. selon saint Luc, chap, xv, vers · texte numérisé non relu

fivang. selon saint Luc, chap, xv, vers

Ï7fi HUITIÈME MÉDITATION.

pas ceux qui sont en santé qui ont besoin de médecin; ce sont ceux qui se portent mal... Ce ne sont pas les justes que je suis venu appeler à la repentance; mais ce sont les pécheurs 1 . »

Que signifie ce fait sublime, cette harmonique union, dans Jésus-Christ, de la sévérité et de l'amour, de la sainteté et de la sympathie? C'est ia nature même de Jésus-Christ, c'est le Dieuhomme qui se révèle. Il est Dieu et il s'est fait homme. Dieu est son père et les hommes sont ses frères. 11 est pur et saint comme Dieu; il est accessible et sensible à tout ce que sentent les hommes. Ainsi le principe vital de la foi chrétienne, la divinité et l'humanité unies dans Jésus-Christ éclatent dans ses sentiments et ses paroles sur les rapports entre Dieu et les hommes. Le dogme est au fond des préceptes.

Un autre fait n'est pas moins significatif. En

(. Évang. selon sainl Matthieu, chap. ix, vers. 1Î-13.

même temps que le caractère divin et mystérieux de Jésus-Christ apparaît dans les Iwangiles, ses actes et ses paroles ont un caractère essentiellement simple et pratique. Il ne poursuit aucun but savant ni systématique; il ne développe aucune théorie; il veut quelque chose d'infiniment plus grand que le triomphe de la vérité abstraite; il veut pénétrer dans les âmes, s'y établir et les régler pour les sauver. Il parle le langage, il provoque les impressions les plus propres à lui assurer ce succès. Tantôt il s'applique à inspirer aux hommes les plus poignantes inquiétudes sur leur sort futur s'ils violent la loi de Dieu ; tantôt il fait briller à leurs yeux les plus magnifiques espérances s'ils sont sincères et fermes dans la foi. li connaît la génération à laquelle il s'adresse; il connaît l'humanité tout entière, et ce qu'elle sera dans les générations futures; il veut produire sur elles un effet positif, général, durable; il choisit les idées, il emploie les images qui conviennent a son dessein

pour la régénération et le salut de tous. L'envoyé divin est le plus clairvoyant et le plus habile des moralistes humains.

On a plus d'une fois essayé de le prendre en faute, et de trouver dans ses paroles des exagérations, des contradictions, des incohérences inconciliables avec son autorité divine. On s'est étonné, par exemple, qu'il eût dit un jour, selon saint Matthieu 1 : « Celui qui n'est pas avec moi est contre moi, et celui qui n'assemble pas avec moi disperse; » et un autre jour, selon saint Marc : « Qui n'est pas contre nous est pour nous. » On a vu là « deux règles de prosélytisme tout à fait opposées et une contradiction amenée par une lui te passionnée 3 . » Je m'étonne à mon tour que des hommes sérieux puissent tomber dans de telles méprises : ce ne sont point deux règles de prosé-

J. Éwng. selon saint Matthieu, chap. xn, vers, 30. ï. Èvang. selon saint Marc, ctiap. ix, vers. 40. 3. Vie de Jésus, par M. Renan, p. 229.

lytisme opposées que donne Jésus-Christ dans ces deux passages; ce sont simplement deux faits divers qu'il observe et rappelle, chacun à son tour- Qui n'a appris, dans le cours d'une vie active, que, selon les circonstances et les personnes, celui qui s'abstient de concourir et se tient à l'écart tantôt donne appui et force, tantôt au contraire nuit et entrave? Les deux assertions, loin de se contredire, peuvent être également vraies, et Jésus-Christ, en les exprimant, a parlé en observateur sagace, non en moraliste qui donne des préceptes. J'ai entendu d'autres critiques reprocher à un autre passage une sorte de blasphème : ii Pour montrer qu'il faut prier et ne se relâcher point, Jésus racontait, selon saint Luc 1 , qu'il y avait, dans une ville, un juge qui pendant longtemps n'avait pas voulu faire justice a une pauvre veuve, et qui dit enfin en lui-même : Quoique je ne craigne point Dieu et que je n'aie nul égard

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