‹ Méditations sur la religion chrétienneChapitre 31 sur 45 · Cil, XXII, V. 4 à · texte numérisé non relu

Cil, XXII, V. 4 à

LE CHRISTIANISME ET LA SCfENCE. 415

l'offrir là en holocauste, sur une des montagnes que je te dirai. » — Abraham donc, s' étant levé de bon matin, bâta son âne et prit deux de ses serviteurs avec lui, et Isaac son fils. Et ayant fendu le bois pour l'holocauste, il se mit en chemin et s'en alla au lieu que Dieu lui avait dit. — Au troisième jour, Abraham, levant ses yeux, vit le lieu de loin, — et il dit à ses serviteurs : « Demeurez ici avec l'une; nous marcherons, l'enfant et moi, jusque-là, et nous adorerons rÉternel ; ensuite nous reviendrons à vous. » — Abraham prit le bois de l'holocauste, et le mit sur Isaac son fils, et prit le feu en sa main et un couteau, et ils s'en allèrent tous deux ensemble. — Alors Isaac parla à Abraham son père et dit : « Mon père ! » Abraham répondit : « Me voici, mon fils; » et il dit : « Voici le feu et le bois; mais où est la bête pour l'holocauste? » — Et Abraham répondit :

« Mon fils, Dieu se pourvoira lui--même de la bête pour l'holocauste. » Et ils marchaient tous

deux ensemble. — Et étant venus au heu que Dieu lui avait dit, Abraham bâtit un autel et rangea le bois, et il lia Isaac son fils et le mit sur le bois qu'il avait dressé sur Tautel. — Puis Abraham, avançant sa main, prît le couteau pour égorger son fils. — Mais l'ange de l'Éternel lui cria des cieux disant : « Abraham ! Abraham ! » et il répondit : « Me voici. » Et il lui dit : « Ne mets pas ta main sur l'enfant, et ne lui fais point de mal; car maintenant j'ai connu que tu crains Dieu, puisque tu n'as point épargné ton fils, ton unique, pour moi. » — Et Abraham, levant ses yeux, regarda, et voici derrière lui un bélier qui était retenu à un buisson par les cornes. Alors Abraham alla prendre le bélier et l'offrit en holocauste à la place de son fils. »

Un homme qui, par ses lumières et l'élévation de son esprit comme par sa fidélité chrétienne, honore l'Église qu'il 'sert, le D' Arthur Stanley, doyen de Westminster, explique et caractérise en

ces termes le fait biblique que je rappelle : a Dans presque tous les anciens établissements religieux,, et aussi dans quelques-uns plus modernes, il y a, dit-il, deux tendances puissantes, nées l'une et l'autre des meilleurs et plus purs sentiments de la nature humaine, mais qui, si la passion et la logique les poussent à un pointextrême, deviennent inconciliables entre elles et contraires à leur plus noble but. L'une de ces tendances est le besoin de se concilier les pouvoirs supérieurs à l'hoAime, ou de leur plaire, ou de communiquer avec eux en leur offrant quelque objet cher à Thomme ou lié de près à sa vie. Là est la source de tous les sacrifices. La seconde tendance est ce profond instinct moral que Thomme ne peut plaire au créateur du monde, ou se le concilier, ou s'approcher de lui, que par une vie pure, et des actions vertueuses. Abraham appelé à sacrifier son fils Isaac est le plus antique exemple de l'exagération et de la collision de ces deux tendances desquelles pro-

viennent quelques-unes des principales difficultés de l'histoire ecclésiastique. Le sacrifice, la soumission de la volonté, dans le père et .dans le fils, est accepté ; l'exécution eflective du sacrifice est repoussée. Cette délivrance de l'infirmité, de l'exagération, de l'excès où peuvent tomber les plus nobles âmes et les plus nobles systèmes religieux, est la preuve la plus frappante d'une intervention divine et vigilante. Un proverbe dit que les situations extrêmes pour l'homme sont les occasions pour l'action de Dieu. Abraham était sur le point d'accomplir un acte que, même en présence de nobles motifs et d'un appel divin, la révélation et sa lumière venue plus tard ont déclaré interdit et maudit. A ce moment, la main d'Abraham est arrêtée, et la religion patriarcale est sauvée de ce conflit entre la rigueur de la loi hébraïque et la miséricorde de l'Évangile*. »

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