VANGILB SELON SAINT MATTHIEU, XIII
Jésus proposa an peuple cette parabole : le
royaume des cieux est senablable à un homme qui avait semé du bon grain dans son champ. Mais pendant que les hommes dormaient, son ennemi vint, sema de i'ivraie et s'en alla. L'herbe ayant donc poussé et monté en épis, l'ivraie parut aussi. Alors les serviteurs du père de famille vinrent le trouver et lui dirent : SeigneuFt n*avez-vous pas semé du bon grain dans votre champ, d*où vient donc qu'il y a de l'ivraie? U leur répondit : C'est mon ennemi qui l'y a semée. £t ses serviteurs lui dirent : Voulezvous que nous allions l'arracher? Non, leur répondit-il, de peur qu'en arradiant l'ivraie
APRÈS L'ÉPIPHANIB.
ISS
VOUS ne déraciniez aussi le bon grain. Laissez
croître l'un et l'autre jusqu'à la moisson, et au temps de la moisson je dirai aux moissonneurs : Arrachez premièrement Tivraie et liez-la en bottes pour la brûler : puis amassez le blé dans mon grenier.
Jésus dit ailleurs (Luc, YIII, 11) : « La semence est la parole de Dieu ; le monde est le champ où elle est semée, et celui qui sème la bonne semence est le Fils de l'Homme. » La semence mauvaise ou l'ivraie est donc toute parole qui ne produit point les mêmes fruits que la parole di<» vine; donc des fruits du mal qui ressemblent par le dehors à peux du bien jusqu'à ce qu'ils soient mûrs. C'est à la moisson seulement qu'on péut les séparer utilement. L'eimemi du père de famille répand au milieu du bon grain une mauvaise graine qui lui est semblable pour le gâter et l'étouffer, ou autrement il n'y a pas une vertu que le démon ne s'efforce de pervertir par le venin qu'il y mêle en secret. Ainsi, il cherche à corrompre la foi par les doutes, parles hérésies, parles opinions erronées ou téméraires, par les superstitions, le fanatisme ou Tintolérance. H jette dans la piété les semences du pharisaïsme ou du relâchement, du rigorisme ou des accommodements avec l'esprit
du monde. Il gâte la charité par la vaine gloire, la justice propre, le désir de commander, on la re*
cherche de soi-même plus que de la gloire de Dieu ou du bien du prochain* II fait tout cela la nuit, c'est-à-dire en se cachant pour n'être point vu, et quand donnent les servi Leurs du père de famille qui devraient garder son champ. Tel est le triste résultat de la négligence ou de l'incurie des pa* rents, des maîtres, des directeurs des âmes et des âmes elles-mêmes, s'endormant dans une fausse sécurité, et n'accomplissant pas la parole de Jésus- Christ, qui recommande de veiller et de prier pour ne pas entrer en tentation. Cependant vient le moment où l'ivraie se montre par ses fruits» Alors ceux qui l'ont laissé semer et croître jusque-là voudraient, par un zèle exagéré ou impru« dent, l'arracher tout de suite, an risqire d'enlever le bon grain avec le mauvais ; car ils sont mêlés ensemble. Le maître veut, au contraire, qu'on les laisse mûrir jusqu'à la moisson^ od s'opérera la séparation définitive : et, en effut, il y aurait eu plus de pertes dans un arrachement prématuré, à cause du bon grain gâté, qu'il n'y en aura par le dommage apporté au bon par le mauvais, croissant jusqu'au bout en commun. La parabole nous donne la leçon et Texemple de la patience intel-» ligente, qui sait tolérer le mal et ceux qui le commettent dans une certaine mesure, soit pour ne
AIfd5& L'ÉPIPHANIE. 1S7
pas meBertm mai phra grand, soil duM Tespoir
de changer ou de guérir celui qui existe. C'est le gouvernement de la Providence en ce monde , qui permet beanconp de choses contraires à la loi et à ses desseins par respect de la liberté qu'elle a donnée aux houunes, pour leur accorder le temps de s'amender et de revenir à bien, on enfin pour laisser le mal s'épuiser par son cours et en luimême, sûr que le jpur de la réparation de la justice et de Tordre arrivera en son temps. Ainsi agit l'Église avec les pécheurs. Elle use de la plus grande indulgence à leur égard, ne rompant point le roseau brisé, n'éteignant pas la mèche qui fume encore. Ainsi faut-il agir dans l'éducation de l'enfance, où Tivraie est toujours mêlée au bon grain. On est souvent obligé de tolérer des défauts, qu'on ne pourrait enlever sans nuire h des qualités qui y sont impliquées. Dans l'ordre moral, dit saint Ghrysostome, le mauvais grain peut devenir bon par la possibilité du repentir, de la conversion et du retour à Dieu. En outre, dit saint Jérôme, en ce monde les bons encore faibles ont besoin d'être mêlés aux méchants qui les rendent meilleurs en exerçant leur vertu , et c'est pourquoi Dieu les tolère.
Gardons-nous bien de vouloir réparer par un sèle
128 GIMQUIÈME DIMANGHË APR. L*ÉPIPfiANi£«
intempestif les dommages causés par notre incurie ou par notre imprudence. Dans ces cas confessons notre fkute devant Dieu, et attendons avec confiance le moment de la Providence, prêts à faire tout ce ^'élle
demandera de nous.
PRiiRE.
Seigneur Jésus, qui avez répandu dans nos Ames la
semence de votre divine parole, faites qu'elle y produise une riche moisson. Préservez-les de la licence des fausses doctrines et du sommeil du péché, aûn qu'au jour du jugement elles paraissent devant vous avec les fruits du ciel et pures de Tivraie de la terre.
SIXIÈME DIMANCHE APRES L'ÉPJPIUiNlE.
ËPITIŒ I (aux Thess.y 1 , 2-10)«
Nous rendons sans cesse grâces à Dieu pour vous tous, faisant toujours mémoire de vous dans nos prières, et nous souvenant devant Dieu notre Père des œuvres de votre foi, des travaux de votre charité, et de la persistance de votre espérance en notre Seigneur Jésus- Christ. Car nous savons, frères chéris de Dieu, quelle a été votre élection, et que notre prédication de l'Évangile n'a pas été seuleiuent en discours, mais a été confirmée par la vertu de TEsprit-Saint et Tabondance de ses dons ; comme vous savez aussi ce que nous avons été pour vous au milieu de vous. Ainsi vous êtes devenus nos imitateurs et ceux du Seigneur, recevant la parole dans votre grande tribulatlon avec la joie du Saint-Esprit, en sorte que vous êtes le modèle de tous ceux qui ont embrassé la foi dans la Macédoine et dans TAchaïe. Car non-seulement la parole du Seigneur a été
ISO SIXIÈME DIMANCHE
répandue par vous en Macédoine et en Achaïe,
mais même votre fpi en Dieu est devenue si célèbre partout, qu'il n'est point nécessaire que nous en parlions; car tous racontent quel a
été le succès de notre arrivée chez vous, et comme vous vous êtes convertis, quittant les idoles pour servir le Dieu vivant et vrai, et pour attendre du ciel son Fils Jésus, qu*il a ressuscité d'entr.e les morts, et qui nous a délivrés de la colère future.
Les louanges que TApôtre donne aux Thessaloniciens nous offrent un double enseignement.
1^ Nous devons recevoir avec foi la parole de Dieu, surtout quand nous sommes dans la tribuk"* tion , et alors nous goûterons la joie de l'Esprit saint. Mais cette foi ne doit point se borner «nx discours et aux protestations; elle doit être aciiv6| e&ctive, e'esl-à-dire se léaUser par des £ûts, par des travaux, par des œuvres de charité, et aussi par la persistance de notre espérance en Dieu au milieu des épreuves. En un mot, elle doit dans sa manifestation tendre à imiter les fidèles serviteurs de Jésus-Christ et Jésus-Ghrist lui-même. Alors seulement eUe devient vivante, féecmde en Unn £ûts, parce qu'elle attire la vertu et les dons du
Saint-Esprit; elle donne la \ie en abondance et peut même produire des miracles , comme il est arrivé ehez les Thessaloniciens par le ministère de saint Paul.
2° La parole de Dieu, que nous avons eu le bonheur de recevoir dans notre ftme et qui loi a fait tant de bien, ne doit pas y rester enfermée pour ne profiter qu'à elle. Non-seulement elle doit se faire sentir indirectement à nos semblables par la disposition de notre cœur, et la réalisation de notre foi par nos actes, mais encore nous devons à notre tour l'annoncer, compie elle nous a été annoncée, et faire partager aux autres par une espèce d'aj^ostoiat, et autant qu'il dépend de nous, le don reçu. Il n'j a personne, si humble que soit sa position, qui ne puisse contribuer d'une manière quelconque à répandre la parole divine dans le monde, dans sa famille, dans la société qu'il fréquente, parmi ceux qu'il voit habituellement, et cela sans importunité, sans contrainte morale; ce qui nuit sonvmt au soooès de la parole quand elle est présentée mal à propoSy mais simplement, sincèrement, et par un moQvement spontané du cœur , quand Toccasion en est offerte et surtout quand les événements du jour semblent l'introduire ou la confirmer. Toutefois, il faut le dire, cet apostolat n'a d'autorité et d'efficacité, que si celui qui l'exerce
donne l'exemple de ce qu'il prêche , pouvant dire
en toute vérité comme FApôlre : Soyez mes imitateurs, comme je le suis de Jésus- Christ. {PhUip., m, 17.)
Evangile sëlon saint Matthieu, xiii, 3i«85*
Jésus leur proposa une autre parabole, disant ; Le royaume des deux est semblable à un grain de sénevé, qu'un homme reçoit et va semer dans son champ. Ce grain est la plus petite de toutes les semences, mais lorsqu'il a crû, il est plus grand que tous les légumes, et . il devient un arbre, en sorte que les oiseaux du ciel viennent se reposer sur ses branches et y habitent. 11 leur dit encore celte autre parabole : Le royaume du ciel est semblable au levain qu'une femme prend et mêle en trois mesures de farine, jusqu'à ce que toute la p&te soit levée. Jésus dit toutes ces choses au peuple en paraboles, et il ne leur parlait point sans paraboles, aûu que cette parole du prophète fût accomplie : J'ouvrirai ma bouche en paraboles ; je manifesterai des choses cachées depuis la création du monde. (Marc, IV, 34.)
^ APAËS L'ÉPIPHANUS. 133
Le but de la parabole est d'expliquer uue vérité métaphysique par la comparaison avec une chose qui tombe sous les sens, ce qui suppose entre elles une certaine similitude non de forme mais par l'esprit, et qu'on appelle awàjogi». Ici les deox termes comparés sont le royaume du ciel et un grain de sénevé, c'est-à-dire, selon l'Évangile, la graine la plûs petite qui produit la plante la pins élevée.
Le royaume du ciel ici-bas est la manifestation de la puissance de Dieu par Taccomplissement de
sa volonté et de sa loi dans Thomuie et par rhomme. C'est pourquoi il est dit dansToraison dominicale : Que votre rè^ne arrive, que votre volonté soit faite en la terre comme au ciel. Or, c'est surtout par sa parole que Dieu déclare sa vo* lonté et révèle sa loi. Le règne divin est donc apporté à la terre par la prédication de la parole de Dieu, laquelle, contenant en elle la vie divine en puissance , est vraiment une semence , qui l'implantera et la développera dans les âmes disposées à la recevoir* Là elle germe, croit, fleurit et fructifie comme la graine dans une bonne terre , d'abord dans l'obscurité et l'humilité de la foi, comme le germe dans les ténèbres et l'humilité du sol; puis par la lumière de Tinstmction et de la doctrine comme la plante excitée et nourrie par le rayon solaire, et enfin par la chaleur du cœur
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allumée en lui par le soleil des esprits, par le feu . divin qae Jésus-Christ eet venu apporter à la tem et que sa parole attire , comme les fruits du végétal sont mûris par la chaleur centrale de la terre unie à la chaleur diffuse de Tastre du jour. Alors la plus petite semence devient un grand arbre, ou autrement la parole évangélique , si simple à son origine et qui semble la plus humble des paroles, a produit TEglise universelle, qui embrasse le monde entier dans son enseignement, dans son gouvernement et par ses œuvres, et où descendent et s'arrêtent les vertus, les puissances d'en haut, qui apportent et distribuent à la terre les bénédictions et les grâces dn ciçl. Tout chrétien porte donc en lui le royaume de Dieu , fondé dans son âme par la semence de la vie divine reçue au baptême et développé par l'enseignement de l'Église. Qu'il prenne donc garde de ne point laisser cette se* mence dépérir en lui, la tenant captive et stérile dans les ténèbres et l'endurcissement de son cceor. Car un jour il lui sera demandé compte des fleurs et des iruits quelle devait produire, et celuirlà sera coupable et malheureux, qui la représentera au maître comme il Ta reçue, c'est-à-dire sans développement et sans vie, tel que le mauvais ser-» viteur rapporte le talent, à lui confié pomr le faire valoir, seul et couvert de rouille. Mais un crime et un malheur encore plus grands, c'est la perver-
sion de la parole divine ou le don de Dieu tourné omtre Dieu même par l'abus des grftces , par la corruption de la yie du ciel, on quand la semeiioe . d'en haut^ qui devait rendre des fruits de vie, ne produit que des fruits de mort.
Notre-Seigneur compare encore ici le royaume des cieux au ferment qu'on miMe à la pâte et qui la fait lever» C'est l'emblème de la grâce ^ qui excite dans le cœur où elle s'introduit mie fermentation salutaire, la pénètre de sa vertu, lui ute de sa pesanteur et de son insipidité , l'élève et en fait sortir des qualités nouvelles dont elle ne semblait point capable, ou rend plus puissantes et plus efficaces celles qu'elle avait déjà. Ce levain sacré parait souvent peu de chose en sou commencement, et il n'en faut qu'une parcelle pour produire de grands effets et changer complètement une âme. La première grâce, qui amène la conversion et prépare la grande œuvre du salut, est quelquefois presque imperceptible. Mais il y a un autre levain , plus commun et aussi actif que le premier et dont la funeste fermentation infecte l'âme qui le laisse pénétrer en elle. C'est ce levain des pharisiens et des sadducéens, dont Jésus-Christ avertit ses disciples de se garder. U n'en faut qu'une petite quantité pour corrompre la ma$se entière , et comme une seule grâce bien reçue et
cultivée avec soin peut devenir le principe du «
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