ÉVANGILE SELON SAINT MATTHIEU, XX
Le royaume des cieux est semblable à un père de famille, qui sortit de grand matin afin de louer des ouvriers pour sa vigne. Or, étant convenu avec les ouvriers d'un denier pour leur journée, il les envoya à [sa vigne« Ëtant sorti vers la troisième heure, il en vit d'autres qui se tenaient sur la place sahs rien faire, et il leur dit : Vous aussi allez à ma vigne, et je
VOUS donnerai ce qui sera raisonnable. Et ils y
allèrent. Il sortit encore vers la sixième et la neuvième heure, et fit de même. Ëniin il sortit sur la onzième heure, en trouva d'autres, et il leur dit : Pourquoi restez-vous ici tout le jour sans rien faire? Parce que personne ne nous a loués, répondirent-ils. Il leur dit: Allez* vous-en aussi, vous autres, à ma vigne. Or le soir étant venu, le maître de la vigne dit à son homme d'affaires : Appelez les ouvriers et payez-les en commençant par les derniers. Ceux qui étaient venus à la onzième heure s'étant approchés, reçurent chacun un denier. Mais ceux qui avaient été loués les premiers sMmaginèrent qu'on leur donnerait davantage; mais ils ne reçurent chacun qu'un denier, et en le recevant ils murmuraient contre le père de famille, disant : Ces derniers n'ont travaillé qu'une heure, et vous les traitez comme nous qui avons porté le poids du jour et de la chaleur. Mais il répondit à l'un d'eux : Mon ami, je ne vous fais aucun tort. N'étes-vous point convenu avec moi d'un denier? Prenez ce qui Vous appartient et allez-vous-en. Pour moi, je
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Yeux donner à ce dernier autant qu'à vous. Ne mW-il pas permis dé faire ee que je veuT, et votre œil est-il mauvais parce que je suis bon? Ainsi les derniers seront les pruniers, et ks premiers seront les derniers, car il y a beaucoup d'appelés et peu d'élus.
Cette parabole s'applique à la fois à rhumanité
entière et à chaque homme. « Qui ressemble plus au père de famille, dit le pape saint Grégoire {hom. 19 in Evang.)y que notre Créateur qui gouverne ceux qu'il a créés et possède ses élus en ce monde comme le maître ses serviteurs dans sa maison? Il a une vigne, c'est^à-direTEglise universelle, qui, depuis Abel le juste jusqu'au dernier élu qui naîtra à la fin du monde y a produit et produira des saints , comme le cep de vigne pousse des rejetons. Depuis le commencement du monde jusqu'à la consommation des temps il ne cesse et ne cessera point d'envoyer des ouvriers dans sa vigne ^ c^est-à-dire des prédicateurs de sa parole, pour instniire le peuple des fidèles. Le matin du monde va d'Adam à Noé ; la troisième heure de Noé à Abraham ; la sixième d'Abraham à Moïse ; la neuvième de Moïse à l'avènement du Sauveur ; la onzième de la venue du Sauveur à la fin du monde. Cest à celle dernière heure qu'ont été envoyés les apôtres^
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qui ont reçu la récompense entière, qaoi(iu'ils «oient arrivéi les derniers. Donc tout homme qui
a annoncé la parole de Dieu avec une foi sineèrei de quelque manière et en quelque mesure qua ee soit, est un oufpîer de la vigne du Seigneur^ et ainsi recevra la récompense promise par le Maiti^^même quand il n'aurait pas travaillé autant qu'un autre, s'il plait au père de famille de la lui . accorder. »
Appliquée à Tâme, cette parabole nous offre une image de la miséricorde Àvine, qui daigne recevoir le pécheur, à quelque heure qu'il revienne. Le travail de la vigne est le service de Dieu ; les heures de la journée sont les différents ftges de la vie; le terme est la récompense céleste.
Les ouvriers loués dès le matiu sont ceux qui se sont attachés à servir Dieu dès leur bas âge. Les autres, qui viennent aux heures suivantes, sont ceux qui, après avoir oublié Dieu et négligé sa iei^ reviennent de leurs égarements et reprennent U vie chrétienne, les uns dans la jeunesse, les autres dans Tâge mûr^ d'autres dans la vieillesse. Le pèi^ de &mille , qui va les chercha sur la place publique, est Timage Je la grâce prévenante qui saisit lésâmes au milieu des agitations, des affaires, des plaisirs eu de l'oisiveté du m<mde. C'est au travail qu'il les envoie, pour montrer que la vie ohrétieime n'est point une vie de paresse et de dis-
sipation, et ce travail est des plus pénibles, la culture de la vigne. £t, en effet , depuis }e pédié d'origine, notre ftme, comme la terre, ne rapporte plus de fruits que par une culture laborieuse et assidue. Cette parole : Tu mangeras ton pain à la sueur de ton front, s'applique à l'esprit comme au corps, et il en coûte encore plus pour instruire l'homme que pour le nourrir. C'est le soir, au bout de la' journée, quand le travail cesse, tjue se distribue la récompense. La nuit vient, a dit Jésus- Christ, où il n'est plus donné à personne de travailler. Ce qui veut dire qu'il n'y a plus rien à faire pour le salut après la mort, quand la nuit est venue. Mais jusqu'à la dernière heure on peut travailler utilement, et même jusqu'au dernier instant de la dernière heure , comme il arrive au repentir du pécheur et à sa conversion avant de rendre le dernier soupir. Le bon larron, qui a en rinsignebonheui'de profiter le premier des mérites ineffables du sang de Jésus -Christ, a gagné lé paradis au moment d'expirer. Quant à l'égalité de la récompense pour tous, bien qu'il n'y ait pas eu le même temps de travail, le père de famille^ en donnant aux uns ce qu*il leur a promis, est bien le maitre d'en accorder autant aux autres. Il est juste envers les premiers et charitable envers les se- * Gonds,. Qui peut l'empêcher d'être généreux , s'il le veut? C'est la sphère de la miséiicorde et de
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l'amour qui est au-dessus de celle de la justice. D'ailleurs il y aurait encore à estimer la qualité
du Lravaildes uns el des autres. Il y a des unies qui font plus pour le ciel en un momeut que d'autres en des années. Ge sont sans doute celles des élus, dont il est dit qu'il sont peu nombreux, tandis que le nombre des appelés est grand. Ge qu'on peut aussi entendre des saints qui vont droit au ciel en sortant de ce monde, à cause de leur purification achevée sur la terre, et entrent ainsi immédiatement dans la gloire divine, sans avoir besoin de passer par le purgatoire.
PRàTIQUE.
Quelle que soit Pheure à laquelle Dieu nous appelle à son service , hâtons-nous de répondre à son
appel , qui pourrait ne p.is se ri.nouveler, si nous le négligions, et tâchons d'être de bons ouvriers, actifs, vigilants, consciencieux, afin de réparer par un travail assidu le temps perdu jusque-là et de mériter la récompense promise.
PRIÈB£.
0 Jésus, mon Seigneur et mon Dieu, faites qu'avec le secours de votre grâce que je veux m^eDorcer de mériter, je marche sur les traces de votre saint ApétrOi en renonçant à moi-même, en mortifiant mon corps et ses appétits, en tendant à la perfection par la pratique de toutes les vertus, afin que je paisse parvenir au séjour des bienheureux.
L£ DIMâKGHË DË U S£XAG£SIME.
£PiTR£ (2 aux Cor., XI» 19-33, et XU, 1^)
Étant sages comme vous rétes^ vous supportez sans peine ceux qui ne le sont pas« Car vous souffrez qu'on vous asservisse, qu'on vous dévore, qu'on vous pille, qu'on vous traite avec hauteur, qu'on vous frappe au visage. Je le dis à ma honte, nous leur avons été inférieurs de ce côté. Mais en quoi qu'ils osent se vanter^ je rose aussi (pour parler peu sagemeulj. Sont-ils Hébreux? je le suis; sont-ils Israélites? je le suis; de la race d'Abraham? je le suis; sont-ils ministres de Jésus-Christ? je parle comme mi imprudent, je le suis plus qu'eux, ayant essuyé plus de traverses , plus d'incarcérations, plus de coups, plus de périls de mort. Cinq fois j'ai reçu des juifs trente-neuf coups de fouet. Trois fois j'ai été battu de verges, j'ai été lapidé une fois, j'ai fait trois fois naufrage. J'ai été un jour et une nuit au fond de la mer. J'ai été
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souvent eu voyage, exposé à toutes sortes de . dangers, danger sur les fleuves, danger des voleurs, de ceux de ma uatiou^ des païens, au milieu des villes, dans la solitude, sur la mer, parmi les faux frères, dans les travaux et Tin* fortune, par des veilles multipliées, dans la faim et la soif, dans des jeûnes répétés, dans le froid et la nudité, et outre tous ces maux qui viennent du deiiors, raccablement des affaires que m'attire chaque jour la sollicitude de toutes les églises. Qui est faible, que je ne sois moi* môme allaibli? Qui est scandalisé, sans que je brûle du désir de le secourir? S'il faut se glorifier, je me glorifierai de ma faiblesse. Dieu, lé Père de notre Seigneur Jésus-Christ, qui est béni dans les siècles, sait que je ne mens pas. A Damas celui qui commandait le pays pour le roi Arétas faisait garder la ville pour m'arréter. Mais on me descendit par une fenêtre dans une corbeille le long de la mu- « raille, et je me sauvai ainsi de ses mains. S'il faut se glorifier ( ii n'est pas avantageux de le faire), j'en viendrai aux visions et aux révélations du Seigneur. Je connais un homme en
Jésus-Christ qui fut ravi, il y a quatorze ans, jusqu'au troisième ciel (si ce fut avec son corps ou sans son corps, je ne sais, Dieu le sait). £t je sais que cet homme (dans son corps ou hors de son corps, je Tignore, Dieu le sait), fut ravi en paradis et qu'il y entendit des paroles mystérieuses, qu'il n'est pas permis à un homme de parler. Je pourrrais me glorifier d*un tel homme ; mais, pour moi, je ne me gloriiierai que dans ma faiblesse. Car, si je voulais me glorifier, ce ne serait point une folie de nm part, puisque je dirais la vérité. Mais je m'en abstiens de peur que quelqu'un ne m'estime au-dessus de ce qu'il voit en moi ou de ce qu'il entend dire de moi. Aussi, pour que la grandeur de ces révélations ne ni exalte point, 1 aiguillon de la chair m'a été donné comme un ange de Satan pour me souffleter. C'est pourquoi j'ai prié trois fois le Seigneur de me délivrer, et il m'a dit : Ma grâce te sufût, car la vertu se perfectionne dans la faiblesse. Je me gloriiierai donc volontiers de mes iniirmités, afin que la vertu de Jésus* Christ habite en moi.
Qai de nous osera se plaindre de ses souffranees
en face de celles de saint Paul, si généieusemcnt exposées dans cette épitreif Quel courage pour les subir et avec quelle grandeur d'âme, avec
quelle simplicité il les raconte, parce qu'il dit la vérité même, et que d'ailleurs c'est la vertu de Jësus-Ghrist qui a tout fait en lui l Est-il possible d'accumuler plus d'épreuves, plus de dangers, plus de tribulations, plus de douleurs dans une seule vie ? Hélas 1 à la moindre contrariété de cœur ou d'espi'it nous devenons tristes, découragés, et la plus légère souflrance du corps nous abat et nous déconcerte. Et cependant nous sommes chré^ tiens, disciples de Jésus-Christ, peut-être son ministre ou voué à sou service, et nous lisons presque tous les jours le livre si pieux qui nous recommande deTimiter etnousen indique les moyens! Prenons exemple et courage dans les paroles de l'Âpotret afin de supporter au moins avec un peu de patience ies peines et les ennuis de notre situation, si nous n'avons point ravantage d'y trouver, comme lui, de la joie et de la gloire. C'est qu'en efifet ceux-là seuls auront part au bonheur du Maitre qui participeront à sa douleur; à sa gloire, qui à son ignominie. C'est pourquoi l'Apôtre raconte ensuite les grftces éclatantes qu'il a reçues, ses visions célestes, les révélations qui lui ont été laites, le ravissement de son âme au paradis, et il ne sait pas même si
son corps n'y a pas été transporté, enfin les paroles qu'il y a entendues et qu'il n'est pas permis à un homme de rapporter. Puis après une si grande élévation, et pour qu'il n'en fût point exalté en lui-même, il avoue, afin de nous apprendre à ne point nous glorifier vainement des dons divins, qu'il a été abaissé, humilié dans sa chair après avoir été enlevé au del par son esprit, et qu'ainsi il a touché successivement à la plus haute sublimité et au plus profond abaissement. Lui qui a conversé avec les anges du ciel, il a été comme souffleté dans sa chair par un ange de Satan! Triste condition de l'homme 1 tant qu'il vit ici-bas au milieu de puissances contraires, qui se disputent le concours de sa volonté par leur influence sur les diverses parties de son être! Cet aveu de saint Paul, qui nous rappelle notre propre faiblesse, nous est cependant un encouragement au milieu des tentations du même genre auxquelles nous sommmes continuellement exposés. U n'en n'est pas moins resté le grand apôtre pour les avoir subies comme le dernier des hommes, et si nous les repoussons comme lui par la grâce de Jésus-Christ qui nous est donnée pour les vaincre, comme lui aussi nous trouverons notre force dans notre faiblesse et la gloire dans notre ignominie. Mais pour cela il ne ne suffit point de demander k être préservé de la tentation. U iaut la combattre
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Tigonreosenmit aTec le secours d'en haut et par tous moyens de la nature et de la grftce* C'est le
bon combat dont l'Apôtre parle ailleurs, et dont personne n'est dispensé , parce qu*il est le but et l'épreuve de la vie actuelle. (2 2Ym., IV, 7.)