‹ Méditations sur les Epitres et les Evangiles des dimanches et des fêtesChapitre 30 sur 161 · ÉVANGILE SELON SAINT MATTHIEU, VI · texte numérisé non relu

ÉVANGILE SELON SAINT MATTHIEU, VI

Lorsque vous jeûnez, ne soyez point tristes comme des hypocrites; car ils affectent de paraître avec un visage défait, pour faire voir aux hommes qu'ils jeûnent. En vérité, je vous le dis, ils ont reçu leur récompense* Mais vous, quand vous jeûnez, parfumez votre tête et lavez votre visage^ aiin que les hommes ne s'aperçoivent pas que vous jeûnez, et votre Père, qui voit ce qui est caché, vous le rendra. N'amassez point des trésors sur la terre où la rouille cl les vers les consument, et où. les voleurs les déterrent et les dérobent; mais faites vous des trésors dans le ciel, où ni la rouille ni les vers ne les rongent, où il n'y a point de voleurs qui les prennent ; car là où est notre trésor, là aussi -est noire cœur.

Saml Augustin dit à ce sujet {lib. II de Serm. Domini in mom, cap. xii, lom. iK) : « Il estévi-

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dent que ces préceptes tendent à diriger notre intention vers les joies intérieures, de peur qu'en cherchant notre récompense au dehors, nous ne devenions semblables aux hommes du siècle, et que nous ne perdions la promesse d*un bonheur d'autant pkis solide et assuré qu'il sera plus au dedans, par lequel Dieu veut nous rendre conformes à l'image de son Fils. Il faut remarquer à <îe propos qu'on peut mettre de la jactance, nonseulement dans Téclat et la pompe des choses du €orps, mais aussi dans la négligence et la saleté, €t qu'alors cette jactance est d'autant plus dangereuse, qu'elle trompe par l'apparence du service de Dieu. Ën effet, celui qui se distingue par le soin excessif de son corps et de son vêtement, ou par l'éclat de ce qui l'entoure^ est convaincu par là même d'être un amateur des pompes du siècle, et il ne trompe personne par Timage hypocrite de sa sainteté. Mais celui qui, faisant profession d'être chrétien, attire sur lui les regards des hommes par une afifectation de malpropreté et de mauvaise tenue*, quand il agit ainsi de sa volonté" propre et sans nécessité, ne peut-on pas conjecturer, par le reste de sa conduite-^ s'il le fait par un vrai mépris d'un luxe superflu, ou par une secrète ambition. Car le Seigneur a recommandé de prendre garde aux loups cachés sous une peau de brebis. Vous les reconnaîtrez à leurs fruits, a-t-ildit. »

Après nous avoir montré dans cet évangile comment nous devons jeûner pour être agréables à Dieu et en retirer nn fmit véritable, ÏÉghae nous enseigne encore que nous devons en ce saint temps nous détacber des biens de la terre et de la gloire du monde. Les uns sont aussi périssables que rautre, et la possession de tous les deux est toujours incertaine, pleine d'inquiétudes et en définitive ne mène à rien. Là où est votre trésor, là est aussi votre cœur. Or le trésor de la volonté est ce qu'elle aime le plus, ce qu elle désire par-dessus tout, ce qu'elle craint le plus de perdre n elle le possède ; et le coeur, qui est la faculté d*aimer, se pose tout entier dansTobjet de son amour, et s'y absorbe. Faisons donc un retour sur nous-mêmes et sondons notre cœur. Où est-il placé maintenant? où tend-il par son désir le plus vif, ou autrement qu'aime-t-il de préférence et que s'estimerait-il heureux de posséder? Est-ce Dieu ou une créature ? est-ce le ciel ou la terre? serait-ce la richesse, la puissance, la gloire, la volupté? Le degré de chaque ftme dans la voie du perfecticmnement est déterminé par la direction et la prédominance de son désir ou de son amour; car elle devient cou* forme à ce qu'elle aime et le cœur se fixe dans

son trésor.

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PRATIQUE

Préparons dès ce moment notre résurrection future, d'un côté par les œuvres de pénitence qui purifient Tâme et le corps et les harmonisent; de l'autre par l'absorption fréquente du corps et du sang de Jésus-Ghhst, qui en se mêlant à notre être, y déposent des semences d'immortalité.

Seigneur, accordez à vos fidèles la grâce d'entrer arec courage dans la pratique du saint jeûne du Ga*

rême, et d'en parcourir toute la carrière avec une dévotion et une persévérance que rien ne puisse troubler. Par notre Seigneur Jésus-Christ, etc.

fiPlTRE (2 aux Cor., VI, 1-10).

Nous VOUS exhortons à ne pas recevoir en vain la grâce de Dieu , car il dit : Je vous ai exaucé au temps favorable et je vous ai secouru au jour du salut. Voici maintenant le temps favorable ; voici maintenant le jour du salut. Nous tâchons de ne donner à personne aucun scandale, alin que notre ministère ne soit point blâmé; mais nous nous montrons en toutes choses comme des ministres de Dieu par une grande patience dans les tribulations, dans les nécessitéSydans les angoisses, dans les violences, dans les prisons, dans les séditions , dans les travaux, dans les veilles, dans les jeûnes, par la chasteté, par la science, parla longanimité, par la douceur, par une vraie charité dans l'Esprit-Saint , par la parole de vérité, par la vertu divine , par les armes de la justice pour combattre à droite et à gauche, dans l'honneur et Tignominie, dans la mauvaise et la bonne ré-

putatioD, regardés comme des séducteurs quoique sincères , comme des inconnus quoique très-connus, comme toujours .près de mourir et vivant néanmoins ; comme châtiés, mais non jusqu'à la mort, comme tristes et toujours dans la joie, comme pauvres et en enrichissant beaucoup, comme n'ayant rien et possédant tout.

La grâce de Dieu est comme la lumière du soleil, toujours prête à verser là où elle trouve accès. Mais comme le soleil aussi, elle a des époques DÙ elle se donne avec plus d'abondance et d'efficacité. C'est ce qui fait la différence des saisons dans Tordre physique^ et la diversité des temps dans l'ordre moral et surnaturel. En certains jours il y a cuinine un redoublement de lumière et de chaleur dans l'action de la grâce, et la sainte Quarantaine, qui représente les quarante jours passés par Jésus-Christ au désert dans le jeûne et la prière, et aussi le temps qui a précédé sa passion et sa mort, est une de ces époques les plus fructueuses. Si nous participons aux mortifications du Sauveur, comme l'Église nous y invite en Carême, nous aurons aussi plus de part h ses mérites et aux bienfaits de sa rédemption. C'est pourquoi rApùlre nous ejdiorte à ne pas recevoir en vain le secours

178 PHËMIER DIMANCHE I>£ CARÊME.

d'eu haut qui nous est accordé eu ces jours salutaires.

Le reste de l'épître semble s'appliquer surtout aux ministres de rÉvangile, et néanmoins tous les fidèles peuvent en profiter, puisque le pasteur doit être le modèle et la règle du troupeau. Le prêtre doit éviter soigneusement de scandaliser personne, pour ne pas déconsidérer et discréditer son saint ministère, le caractère sacré et Tautorité dont il est revêtu étant toujours diminués par ses fautes ou ses faiblesses. Mais il faut que chaque chrétien prenne garde aussi de ne blesser la conscience de personne, afin de ne pas attirer le ni*'pris ou la mauvaise volonté des hommes sur la religion qu'il professe , et dont le mal qu'il commet, ou même paraît commettre, peut affaiblir l'autorité et ternir Téclat. Plus encore que la femme de César, le ministre de Dieu et le disciple de Jésus^Ghrist no doivent point donner lieu au soupçon. C'est à Dieu, k sa parole, à sa sainte religion que remontent les scandales des chrétiens, et ainsi, en obscurcissant la gloire divine autant qu'il est en eux, ils risquent par leurs mauvais exemples d'entraîner des âmes à leur perte. Pesons donc chacun des mots de cette épître, indiquant. les situations diverses où le protre et le fidèle peuvent se trouver et commmt ils doivent s'y comporter, chacun à son degré, pour honorer son ministère

ou son titre de chrétien par la patience dans la souffrance, par lexercice impartial de la justice, • par rannonce courageuse de la vérité, par k manifestation de la vertu de Dieu dans les œuvres, et enfin par la pratique d une charité sincère, pleine de la richesse du ciel au milieu de la pauvreté de la terre, sans cesse tribulée, jamais abattue, toujours joyeuse dans les tristesses du monde, et possédant toutes choses, quoiqu'elle n'ait rien à elle*

£VÀNGiLE SELON SAINT MATTHIEU, IV, M h

Alors Jésus fut conduit par l'Esprit dans le désert, pour y être tenté par le diable. Et ayant jeûné quarante jours et quarante nuits il eut fiûm ensuite. Alors le tentateur* s^approchant lui dit : Si vous êtes le Fils de Dieu, dites que ces pierres deviennent du pain. Jésus lui répoiidit : Il est écrit, l'homme ne vit pas seu* lement de pain , mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. Le diable alors le transporta dans la ville sainte et le plaçant sur le haut du temple» il lui dit : Si vous êtes le Fils de Dieu , jetez-vous en bas, car il est écrit : il vous a coniié àses anges et ils vous, porteront

sur leurs maius^ afin que votre pied ne heurte

point contre la pierre. Jésus lui répondit : Il est aussi écrit: Vous ne tenterez point le Seigneur votre Dieu. Le diable le transporta encore, sur une haute montagne, et lui montrant tous les royaumes du monde et leur gloire il lui dit : Je vous donnerai toutes ces choses , si én vous prosternant vous m'adorez. Mais Jésus lui répondit : Retire-toi, Satan, car il est écrit : Vous adorerez le Seigneur votre Dieu et vous le servirez lui seul. Alors le diable le laissa, et aussitôt les anges s*approcbèrent de lui, et le

servirent.

Le Verbe divin, ayant assumé la nature hu*

inaine, a dû en subir toutes les misères, sauf le péché, et c'est pourquoi il a voulu passer par la tentation, en tant qu'homme, pour nous montrer la manière de la combattre et de la vaincre. {Heb.,l\, 13 ) Deux choses sont surtout à considérer ici : les précautions à prendre contre la tentation et la défense à lui opposer. La première précaution est de ne pas aller au-devant de la tentation, de ne point la chercher, mais d'en fuir les occasions pour ne combattre que celles qu'on ne peut éviter. C'est pourquoi il est dit que Jésus fut

conduit par TEsprit dans le désert pour y être tenté. En second lieu^ il va dans la solitude pour y attendre répreuve : ce qui nous apprend à nous retirer, autant que possible, en nous-mêmes, dans le secret de notre âme par la prière et la méditation, même quand nous sommes obligés de vivre dans le monde, afin de ne point dissiper les forces de notre volonté par les distractions et le tumulte dôs plaisirs ou des affaires. Le jeûne de Jésns^ Gbfist pendant quarante jours nous indique la troisième précaution, qui consiste à soumettre et' à dominer la chair et ses appétits par le régime sévère de la mortification , qui produit le double effet d'affaiblir la tentation et de nous fortifier contre elle. Vient ensuite la tentation elle-même, qui' est triple y diaprés la parole de saint Jean (1 Jean, II, 16), suivant qu'elle excite lacoucupiscence de la chair, celle des yeux ou Torgueil de la vie. 'Lsi tetitation de la seiisualitd est la plub g^oik^ sière et la plus commune; elle cherche à Bottsentraîner au mal par les besoins de la vie du corps et i'^attrait du plaisir* attaché à leur satisfaction/ Jésus la repousse en hii (^posant kviede-resprit^^ la principale dans l'homme, et qui, demandant^ nae totre nonri^tufe, procure aussi dés jouissancessupérieures.- La deuxiètne teuMion est celle de* Torgueil, et le plus subtil, le plus mauvais est celui qtti naft ail ^ia ^eme dd la vertu qui s'exalte et

• de la piété qui se fie en ses mérites. Le démon propose à Jésas d'exposer sa vie, dans la confiance que Dieu la sauvera par un miracle. C'est la fausse Yoie des choses extraordinaires, merveilleuses^ particulières, où Torgneil entnune parfois des âmes pieuses, qui se croyant tr ès-avancées dans la perfection, s'aventurent imprudemment pour elles ou pour d'autres, dans Tespoir d'un secours spécial. Mais Dieu nous a promis des grâces et noii des miracles, et c'est le tenter que de nous jeter volontairement et inconsidérément dans le péril» sous le prétejrte qu'il ddt nous en retirer. Le dé- ' mon tente Jéi^us en troisième lieu par la cupidité ou la concupiscence des yeui^» C'est la puissance et la richesse de la terre excitant la convoitise du cœur, et Téblouissant, le fascinant par leurs magnificenceS| en sorte qu'il se détourne de Dieu et de sa loi pour satisfaire à tout prix son ambition^ son avarice ou sa prodigalité. Là où est votre trésor, là est votre cœur, et comme le charnel se fait un dieu de son ventre, Tambitieux ou Tavare devient idolâtre du pouvoir ou de Tor. Dieu seul est adorable, répond Jésus-Christ, et ou ne doit servir que lui. Les trois réponses du Sauveur au tentateur, toutes tirées de la parole divine, nous montrent qu'elle est Tarme la plus excellente pour combattre les tentations. C'est le glaive spirituel dont parle saint Paul, et qui est la pièce principale

Digitizea by Co^'v.

de Tarmure des chrétiens pour repousser les attaques de rennemi. {Eph., YI, 17.)

PAATIQU£.

Prenons garde à deux choses également important tes : 1<> à ne pas manquer les moments de la grâce, qui arrive et disparaît quand on y pense le moins ;

2o à ne pas abuser des grâces par notre négligence, notre imprudence, ou notre présomption : ce qui nous expose sans défense ou sans force aux tentations.

PHIÈRE.

0 Dieu, qui purifiez votre Église par ce saint temps de Carême, qu'elle observe' religieusement chaque année, faites que vos enfants s'efforcent d'obtenir par leurs bcmnes couvres les grâces nombreuses qu'ils voua demandent. Par notre Seigneur Jésus- Ghrtsti etc.

LE DEUXIÈME ÛIMÂiNGUË D3 CARÊME.

£PlTa£ (1 aux Thess., lY, 1-7).

Mes frères, nous vous prions et vous conjurons par le Seigneur Jésus , aûn que , a^ant appris de nous comment vous devez marcher dans la voie de Dieu pour lui plaire, vous y marchiez en effet de telle sorte que vous y avanciez de plus en plus. Vous savez quels préceptes je vous ai donnés de la part du Seigneur. Car la Tolonté de Dieu est que tous vous sanctifiiez, que vous vous absteniez de la fornication, que chacun de vous sache posséder le vase de son corps saintement et avec honneur, et non point ^ans la passion de la concupiscence, comme les gentils qui ne connaissent pas Dieu. Que personne ne fasse violence k son frère, ni ne le trompe en afTaires , parce que le Seigneur est le vengeur de toutes ces choses , comme nous vous l'avons déjà dit. Car Dieu ne nous a point appelés à l'impureté mais à la sanctification.

La volonté de Dieu est que nous nous sanclifiions^ que nous devenions des saints» Or la sainteté n'appartient qn'h Dieu , qui est trois fois saint dans son adorable Trinité, sanclus, sanctus, sanctus Deus Sabaoth. Le Père est saint, le Fils est saint y TEsprit est saint , c'est-à-dire qu'on Dieu seul est le Bien souverain, sans mélange de ce qui n'est pas lui et par conséquent absolument pur. La créature ne peut donc devenir sainte que par son union avec Celui qui est la sainteté même, et plus elle lui est unie et conforme, plus elle est sanctifiée, en sorte qu'elle n'est tout à fait sainte que quand ce n'est plus elle qui vit, mais Dieu en elle, a Je ne vis plus, moi, dit saint Paul, mais Jésua-Ghrist en moi. » {Gal.^ II, 29.) Or cela arrive dans rhomme, quand, recevant avec foi la parole de Die.u, il s'efforce de la ré^iliser pleinement dans sa vie, soit par sa pensée et ses discours qu'il tâche d^idenlifier avec la vérité, soit par ses actes et toute sa conduite dont il fait les instruments de la justice et du bien. Il n'agit plus alors par son esprit ni par sa volonté propres, mais l'esprit et la volonté de Dieu opèrent en lui ; et alors il n'est plus entraîné par la concupiscence du corps ou la passion du désir charnel, connue dit l'Apôtre, c*est*-à-dire qu'il gouverne son corps par sa raison et n'est plus esclave des appétits grossiers ; ce qui est le commencement de la sanctification par la tempérance «t

la pureté. Puis inspiré par la justice, devant laquelle tous les hommes sout égaux, il rendra à chacun ce qui lui appartient sans se préférer à personne par l'amour partial de soi-même , ne voulant nuire au prochain ni par violence ni par ruse y ne lui ûiisant pas ce qu'il ne veut pas qu'on lui fasse, ce qui est le premier degré de l'équité: puis faisant pour les autres ce qu'il voudrait qu'on fit pour lui, deuxième degré de la justice; et enfin s'il veut s'élever de la justice à la charité, que Jésus-Christ est venu apporter sur la terre avec la nature divine dont elle est la perfection, aimant le prochain comme soi d'abord, plus que soi msuite, de lamour même dont Jésus-Christ nous a aimés jusqu'à donner la vie pour nous. Or il nous a dit : < Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait. » (Matth., V, 43.) Et ailleurs : a Celui-là aime bien qui donne sa vie pour ce qu'il aime. » (Jean, XY, 1 3.) Et encore : c Gomme j'ai donné ma vie pour vous, ainsi devez-vous donner votre vie les uns pour les autres. » Là est le comble de la sainteté dans la créature ^ puisqu'elle efface entièrement sa personnalité pour ne plus laisser agir en elle et par elle que Tesprit divin ^ et se conformer pleinement à l'Homme-Dieu dans la vie et la mort du sacrifice. C'est pourquoi la vertu essentielle des saints, ou ce qui caractérise, suivant la parole de Notre-Seigneur^ ses vrais disciples^

Digiîizeo b^Cic ■^^ti^

pBtnOÈUE DIMANCHE DB GARÉME« 187

«'«st le renoncement au monde et à soi-même, en

prenant sa croix et la portant tous les jours avec joie à Ja suite du divin Maître. (Luc, IX* 23.)

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