EVANGILE SELON SAINT MATTHIEU, XVII
Six jours après , Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean, son frère, et les conduisit à l'écart sur une haute montagne. Et il fut trans- . figuré devant eux ; son visage resplendit comme le soleil et ses vêtements devinrent blancs comme la neige. En même temps Moïse et Élie leur apparurent, s'entretenant avec lui. Alors Pierre dit à Jésus : Seigneur, nous sommes Lien ici , si vous le voulez, laisons-y trois tentes, une poiir vous, une pour Moïse, une pour Élie. 21 parlait encore lorsqu*une nuée lumineuse les couvrit, et il en sortit une voix qui dit : Gelui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis toute ma complaisance, écoutez-le. Les disciples, entendant ces paroles, tombèrent la iace contre terre* et ftarent saisis d'une grande crainte. Mais
Jésus s'approcha, les toucha et leur dit : Levezvous et ne craignez point. Alors, levaiît les yeux , ils ne virent plus que Jésus et, pendant
,qu*ils descendaient de la montagne» il .leur recommanda de ne parler à personne de ce qu(ils avaient yu^ jusqu'à ce que le Fils de THomme fût ressuscité d'entre les morts.
Comme le Seigneur a voulu par une vue de la majesté 6t de la ispléndeur du Fils de Dieu en sa *pdrsonnë fortifier la foi de ses principaux disciples, -et exciter, soutenir leur courage par leur espérrance, quand viendrait le temps de ses humilia- . tiens et de ses douleurs; ainsi TÊglise dans la même intention nous donne au commencement du Carême le spectacle de la transfiguration du 'Sauveur, nous su ^'gérant la peûsée des avantages que nous en retirerons à notre tour, si nous participons aussi à ses souffrances par les œuvres de péniteoce de la sainte Quarantaine. Elle nous fiiit -entrevoir par la transfiguration de Jésus sur le ^Thabor la gloire de la résurrection qui dissipera les ténèbres de la mort et brisera les liens du tombeau.
• La transfiguration du Sauveur sur la montagne fut une manifestation momentanée de sa divinité à travers la forme de Thumanité, qu'il a daigné revêtir. La lumière éternelle, dont il retenait le rayonnement depuis qu'il était descendu en ce monde, éclata tout d'un coup , illuminant son vi-
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sage et ses vêtements^ et rentourant d'une nuée brillante. Il apparaît un instant comme le roi de
gloire aux yeux éblouis de ses apôtres pour animer leur foi, et les prémunir contre le scandale de sa passion et de sa mort. Il voulait leur donner une imago, et par eux à tous les peuples, de la splendeur suprême à laquelle ils sont i^pelés. La vision éclatante du 'Thabor n'est que pour pré* parer et aÉfermir la foi au sacrifice ignominieux du Golgotha. Quelle différence entre ces deux états du Sauveur! Ici environné de majesté et de splendeur, Ik dépouillé, défiguré, foulé aux pieds comme un ver de terre ; proclamé par une voix du ciel le Fils bien-aimé du Père d'un côté ; de l'autre , demandant avec un cri de douleur pourquoi son Père l'abandonne; aujourd'hui recevant les hommages des représentants de la loi et de la prophétie ; sur la croix, exposé entre deux larrons à la risée et aux outrages de la multitude , et ses apôtres qui veulent rester avec lui sur le Thabor, k cause de sa gloire 9 l'abandonneront lâchement tout à l'heure dans son abaissement. Celui qui lui a montré le plus d'enthousiasme le reniera par trois fois. £t cependant il nous faut passer par le Calvaire pour arriver au Thabor ; nul ne sera transfiguré avec Jésus, s'il ne souffre avec lui, et la participation k sa passion est la condition du partage de sa gloire. La voix qui sort, de la nuée déclare deux choses,
à savoir qu8 Jésus est le Fils bieu-aimé de Dieu, et qne nous devons Técouter. Sa parole est la pléniiudc de la loi; [elle est l'annonce de rétemelle vérité, la bonne nouvelle ou l'Évangile du salut. £Ue se fait entendre par l'euseignmait de l'Église^ qui en est le dépositaire et Tinterprète, par la prédication de ses ministres, par les bonnes pensées qni nous viennent d'en haut^ et enfin par le langage des événements et la force des choses. Partout et sous toutes les formes Jésus-Christ parle au cœur de son disciple, qui doit Técouter avec piété, avec respect, avec amonr, comme le Fils bienaimé du Père , dans lequel il a mis toute sa complaisance. Alors Jésus lui dira comme à ses apôtres : Ne craignez point, car j*ai vaincu le monde. Vous êtes avec Celui qui peut seul vous protéger dajds tous les dangers de Tâme et du corps , et la <arainte de déplaire à Dieu, qui est le complément de la sagesse et de l'amour, vous préservera de toute autre crainte.
FRATIQUE.
Si uoos aimons sincèrement Jésus-Christ, nous devons le suivre avec persévérance dans tous ses états, au Calvaire coiùme aa Thabor, dans son ignominie comme dans sa gloire, dans ses souffrances et dans sa félicité. La piété, qui fuit la mortification et la dûuitiuf de la contrition ou du brisement du cœur
par le repentir, ne cherchant que les consolations et les douceurs, s'apprête de cruels mécomptes et ne persistera pas*
PRIÊRS.
Mon Dieu, prcservez-moi du malheur de suivre l'exemple des païens et des mondains qui n'ont d'autre règle que leurs passions dont ils sont les esclaves, et aGCordez*izioi la grâce d'honorer le nom de chrétien par la pureté du corps et de l'esprit et par la prar tique des bonnes œuvres.
LE TROliiiÈME DIMANCHE M CARÊME.
, . ,; EPl'lKE (MX Éfkb»^, V, 1.9)..
• .: Soyez les imitateurs de Dieu, comme ses enfanls bien-aimés, et mardiez dans l'amour, à l'exemple de Jésus-Christ qui nous a aimés et s'est livré pour nous à Dieu en oblation et en hostie d'agréable odeur. Qu'on n'entende pas même nommer parmi vous la fornication, l'impureté ni l'aval icc , comme il convient à des saints. Qu'on n'y entende point de parole desiionnête, ni de sottise, ni de boufTonnerie , ce qui ne convient point à votre état , mais plutôt des actions de grâces. Car sachez que nul fomicateur, nul impudique, nul avare , qui est aussi-un idolâtre, ne sera liéritier du royaume de Jésus-Cbrist et de Dieu. Que personne ne vous séduise par de vains discours; car c'est là ce qui attire la colère de Dieu sur les enfants de la rébellion. N'ayez donc rien de commun avec eux. Car vous étiez autrefois ténèbres , mais maintenant vous êtes lumière dans le Sei-
gneur. Marchez comme des enfants de hiœière. Or le fruit de la lumière est daus la bonté, la justice et la vérité.
Par ces paroles TApolre nous appelle à Timitation de Jésus-Ghrist, et il nofus élève tout de suite à ce qu'il y a de plus haut, la pratique de la charité, qui n'est parfaite que si Tamour du prochain va jusqu'à nous sacrifier pour lui , comme le Fils de rHomiiie s'est fait victime pour nous. Il ne s'agit donc plus ici seulement d'aimer son prochain comme soi-même « mais plus que soi , puisqu'on se dévoue pour lui. Mais pour y arriver il faut d'abord être affranchi des passions les plus gros*< sières qui sortant de la concupiscence de la chair et attachent aux choses sensibles. L'Apôtre veut qu'elles ne soient plus même nommées parmi nous. Puis, l'impureté sous toutes les formes étant évitée dans les actions, ne plus* se laisser aller aux désordres des discours. Point de paroles licencieuses, folles ou bouffonnes; point de cette grosse gaieté , qui émane de la sensualité et tend à satisfaire la nature inférieure par les éclats de son intempérance, comme il arrive souvent dans les festins du monde : ce qui convient si peu à la dignité chrétienne. Toutes ces choses ne sont point de l'esprit de Jésus-Ghrist, et n'ont rien à faire avec son
194 TROisii:::^^ dimanche de C^mÉME.
royaume. Enfin, comme la foi est le principe de la charité y ne pas la laisser ébranler en nous par de vaines conversations, qui jettent le doute dans Pesprit et la défiance dans le cœur. Fuyons les enfants de la séparation et de la révolte, objets de la colère divine. Demeurons fidèlement dans la lumière du ciel , c'est-à-dife attachés k la parôle de Dieu, qui a dissipé les ténèbres de notre entendement, et montrons par les fruits de la lumière de nos œuvres, par la purefté de nos sentiments, la justice de nos aclions et la vérité de nos discours, que nous avons passé des ténèbres à la lumière, et que la lumière est vivante et féconde en nous. Ex fructibiis eorum cogiioscetis eos. Vous les reconnaîtrez par leurs fruits. (Matth., VII, 20.) ' ^
EVANGILE SELÛjS SAINT LUC, XI, 14-28.
Un jour Jésus [chassa un démon qui était muet, et quand il eut chassé le démon , le muet parla et le peuple fut dans l'admiration. Mais quelques-uns d'entre eux dirent : c'est par Béelzebuth, prince des démons, qu'il chasse les démons. £t d'autres, pour le tenter, lui demandaient un prodige dans le ciel. Mais Jésus, connaissant leurs pensées, leur dit : Tout royaume
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divisé contre lui-même sera détruit , et la maiscm tombera sur la maison. Si donc Satan est divisé contre lui-même, comment son règne subsistera-t-il, puisque vous dites que je chasse les démons par fiéelzebuth! Or, si je chasse les démons par Béelzebuth, par qui vos enfants les chassent^ils ! C'est pourquoi ils seront euxmêmes vos juges. Mais si je chasse les démons par le doigt de Dieu, c'est que le règne de Dieu est arrivé jusqu'à vous. Quand l'homme fort et bien armé garde la porte de sa maison, tout ce qu'il possède est en sûreté. Mais si un plus fort survient et le déCsdt, il lui enlèvera toutes les armes dans lesquelles il se confiait, et il distribuera ses dépouilles. Celui qui n'est pas avec moi est contre moi, et qui ne recueille pas avec moi dissipe. Lorsque Tesprit impur est sorti d'un homme, il s'en va à travers des lieux arides, cherchant le repos, et n en trouvant pas, il dit : Je retournerai dans la maison d'où je suis sorti. Et y revenant il la trouve nettoyée et ornée. AJors il va prendre avec lui sept autres esprits plus méchants, et entrant dans cette maison ils y demeurent. Et le dernier
état de, cet homme devient pire que le premier. Or il arriva que, pendant qu'il disait ces choses, une femme éleva la voix du milieu de la foule et lui dit : Heureuses les entrailles qui vous ont porté et les mamelles que vous avez sucées I Mais Jésus dit: Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui Tobservent !
« Selon saint Matthieu, ce démoniaque, dit le vénérable Bède /F, cap, XLvni, in cap. XI ^ Luc.)j était non-seulement muet, mais aveugle, et guéri par notre Seigneur Jésus-Christ il parla et vit. Donc trois miracles ont été opérés- à la fois dans le même homme : l'aveugle voit, le muet parle et le possédé est délivré du démon. C'est ce qui arrive tous les jours moralement dans la conversion de ceux qui croient. Le démon étant chassé de leur âme, ils voient la lumière de la foi, et alors leur langue est déliée et leur bouche s'ouvre pour clianter les louanges de Dieu. Quelques-uns de s'écrier : C'est au nom de Béelzebuth qu'il chasse le démon l Ce n'est point le peuple qui parle ainsi, mais des pharisiens et des scribes envieux et calomniateurs, comme les autres évangéUstes l'attestent. Le peuple, qui semblait moins instruit, admirait toujours ce que faisait le Sei-
.TRÛISIÈBte BDiANGRE DE CARÊME. 197
gnfeiur. Les àntresf» au contraire ^ étaient toujovs pféts à sier du' à iïiterpréter en mauvaise part ce
qu'ils ne pouvaient nier, coranae si ces œuvres euflsent été celles de l'esprit du xoal et non de la
, puissance di?iiie. D'autres^ pour le tenter lui demandaient un miracle dans l'air, comme de faire descendre le feu du ciel à la manière d'Élie, au
.do faire retentir le tonnerre » briller la foudre ou tomber la pluie au milieu d'un temps serein,
-comme s'ils ne pouvaient pas aussi expliquer ces
.phénomènes à leur façon, et les attribuer à des accidents de l'almosphère. 0 vous qui accusez de
.fausseté ce que vous voyez de vos yeux, ce que vous palpez avec là main, que feriez*vous donc des choses qui viendraient du ciel? Vous diriez certainement aussi que les mages d'%ypte ont opéré beaucoup de miracles de cette sorte. »
Ne dirait^on pas que ce passage du vénérable Bède a été écrit de nos jours et pour les savants détracteurs de TÉvangile et de ses miracles? Combien de ces esprits forts, comme on disait autrefois, ou de ces libres penseurs, comme on dit aujourd'huiy affirment qu'ils croiraient s*ils voyaient un miracle , auquel ils ne croiraient point en effet s'il frappait leur regard, cherchant aussitôt dans leur mauvaise volonté à. l'expliquer de. tout autre manière , justement pour n'y plus trouver rien de miraculeux. Us ont horreur du surna-
198 TROmÈlIB DDCANCHB DB GABÊlIB.
torel qui confond lenr orgueil et déconoerte leur
science, et ils sont bien résolus k le nier partout où il se manifeste. Car il éclate encore aujourd'hui de toutes parts , et il se fait beaucoup de miracles dans l'ordre physique et dans Tordre moral. Les guérisons merveilleuses ne manquent pas de nos jours, surtout dans les sanctuaires de la sainte Vierge, et très- souvent, touchées par la grâce divine qu'attirent une foi vive et de ferventes prières, des ftmes aveugles, sourdes, et muettes, voient la lumière de Dieu, entendent sa parole, et se mettent à la parler. Des hommes, liés par^Satan dans leur esprit et dans leur corps, sont délivrés soudainement de leurs af&icdons physiques ou morales par un acte extraordinaire de la puissance d'en haut, excitée par l'intercession de la mère de Jésus^hrist ou des saints. Et les naturalistes, les matérialistes, les panthéistes ou les rationalistes de nos jours de nier aussi ces faits merveilleuZy qui dérangent leurs systèmes, parce quMls supposent un pouvoir surnaturel auquel il faudrait obéir, ou, s'ils sont trop évidents, trop bien constatés pour être niés, ils les attribuent aussi à Bédze** buth, qui s'appelle aujourd'hui le magnétisme, le sonmambolisme^ Thyumotisme, le spiritisme, les tables tournantes 9 ou autres choses de cette espèce.
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TROISIÈME DIMANCHE D£ GABÉM£. 199
PRATIQUE
Puisque nous avons le bonheur d'être chrétiens, non-seulement de nom mais avec foi, prenons la ferme résolution de vivre désormais chrétiennement an milieu du monde, évitant soigneusement Pimpureté dans nos actions et dans nos paroles, et ne cherchant plus k amuser les autres par les niaiseries et les bouflbnneries, que le monde appelle de l'esprit, et qui ne sont que de la futilité. Tachons d'acquérir le noUe sérieux de la dignité chrétienne.
PRIÈRE
0 mon divin Jésus, vous qui m'avez affranchi de l'esclavage du démon, aidez-moi, je vous en supplie, ^ découvrir ses artifices, à braver la mauvaise honte qjai m'empAcberait de eonfeaser ma foi, et à rendre hommage à votre puissance, afin que mon âme voie chaque jour votre lumière plus clairement, entende mieux votre parole, et annonce plus courageusement votre sainte vérité. *
LE QUATRIÈME DUiANÛHË DË GARÊMË.
ËPITRE (auxGalàtes, IV, 22-41}.
U est écrit qu'Abraham eut deux ûls, Tua de la servante, Vautre de la femme libre. Mais ce* lui qui naquit de la servante est né selon la chair, et celui qui naquit de la femme libre est né en vertu de la promesse. Ce qui çst dit d une manière allégorique ; car ces deux femmes sont les deux alliances, dont la première établie sur le mont Sina, et qui n'engendre que pour la servitude, est figurée par Agar. Sina est en eilet une montagne d'Arabie, qui représente la Jérusalem d'ici-bas, laquelle est esclave avec ses enfants, tandis que la Jérusalem d'en haut est libre, et c'est elle qui est notre mère, car il est écrit : « Réjouissez- vous, stérile, qui n'enfantez pas ; éclatez en cris de joie, vous qui ne devenez point mère , parce que celle qui était délaissée a plus d'enfants que celle qui a un mari. » Nous sommes donc, mes Frères, les enfants de la promesse figurés par Isaac. Mais
QUATRIÈME DIMANCHE DE GABÉMfi. 201
comme alors celui qui élait né selon la chair
persécutait celui qui était né selon Tesprit, de même encore aujoord hui. Or que dit TÉcriturc : « Chassez la servante et son fils; car le iils de la servante ne sera point héritier avec le fils de la femme libre. » Mes Frères, nous ne soimmes point 1^ enfants de la servante , mais ceux .de la femme libre , et c'est Jésus-Christ qui nous a procuré cette liberté*
Les paroles de rÂpolre s'appliquent encore aux hommes dé nos jours, même parmi les chrétiens. Car comme les Galates,* auxquels il écrivait, étaient portés à judaïser, c'est-à-dire à rentrer dans h servitude de la loi, ainsi Aujourd'hui les chré-' tiens qui ont perdu la foi en Jésus -Christ, ou qui ne vivent plus dans son esprit, en arrivent à moins que les Galatc^s, non plus à la servitude de la kû ancienne, mais à celle du oor{is et de ses passions. Alors l'homme naturel, qui avait été régénéré par le baptême, perd les fruits de sa renaissance spiri-» tuelle, et retombe par le péché dans la dégénérescence primitive. Son état devient pire que celui du juif, puisqu'il a rendu inutile par sa faute le bieut fût divin, et est retourné à Tesdavage après avoio été affranchi par Jési^s-Ghrist. Les deux filiations
QUATBIÈMË DIMÂNCm jQS GABÊMfi»
continuent donc dans le monde à travers les siè* des, celle de la chair et celle de Tesprit : les hommes qui vivent sous la loi du corps et dont l'âme est esclave de la concupiscence qui règne dans les membres, et ceux qui vivent de la foi en Jésus- Christ, dans sa justice et sa charité, en sorte que leur corps, discipliné et mortifié par l'esprit, en devient rinstroment docile et bien ordonné. Et encore aujourd'hui ces deux classes d'hommes sont dans une hostilité continuelle, comme le fils d'Agar avec celui de Sara, comme £saû et Jacob, comme la Jérusalem terrestre avec la Jérusalem céleste, comme la terre avec le ciel. C'est depuis le péché rincessante collision de la chair avec l'esprit, ou de Tesprit du monde avec Tesprit de Dieu. Maintenant comme toujours Tesprit du monde persé* ente Tespril de Dieu' partout oh il le rencoatre^ employant tons les moyens pour le chasser deis âmes, des familles et des sociétés chrétiennes , et les ramener à la nature corrompue par le péché et au paganisme, ou à Fidolfttrie de scû-méme et du monde. A quelle classe appartenons-nous par rétai de notre cœur, par la tendance de notre volonté, quoique nous soyions chrétiens par le baptême? C'est demander quel esprit nous anime, et où est notre désir. Qu'aimons-nous, que recher-' èhoiis«Bous de préférence? Est-ce la liberté de notre âme par Jésus-Christ, et en suivant fidèle-
ment sa docliine et ses exemples, quoi qu'il nous eu co6l% et au prix du combat contre la. chair par le renoncement à soi, voie unique pour arriver à la Jérusalem céleste? Est-ce; au contraire, la chair avec ses joies, le monde avec ses pompes et ses œuvres, qui nous mettent en opposition avec Jésus- Clirist et son Eglise , c'est-a-dire avec le règne de Dieu sur la terre? Là est la question de noire présent et de notre avenir^ et c'est à noire conscience de la résoudre/
' ÉVANGILE SELûiN SAINT JEAN, YI, 1-15.
. Jésus s'ea alla ensuite au delà de la mer de Galilée, qui est la mer de Tibériade ; et une grande multitude le^uivait, parce qu'elle voyait les miracles qu'il faisait sur les malades. Alors Jésus monta sur une montagœ, où il s'assit avec ses disciples. Or» le jour de Pâques, qui est la fête du peuple, était proche. Jésus ayant levé les yeux, et voyant qu'une immense multitude venait à lui, dit à Philippe : « Où achè* terons-nous du pain pour donner à manger à tout ce monde? » Il disait cela pour l'éprouver, car il savait bien ce qu'il ferait. Philippe lui répondit : « Deux ceixts deniers ne suffiraient
â04 QUATRIÈME DIMANCHE DE CARÊME.
pas pour donner un peu de pain à chacun. » Un
de ses disciples, André frère de Simon-Pierre,
lui dit : « Il y a ici un enfant qui a cinq pains d'orge et deux poissons; mais qu*est-ce que
cela pour tant de monde )f » Jésus dit : < Faitesles asseoir. » Or il y avait beaucoup d'herbe en ce lieu, et environ .cinq mille hommes s'y assirent. Alors Jésus prit les pains, et, après qu*il eut rendu grâces , il les distribua à ceux qui étaient assis, et il leur donna de même du poisson, autant qu'ils en voulaient. Après qu'ils furent rasssasiés, il dit à ses disciples : c Ramassez les morceaux qui restent afin que rien ne se per de. » Ils les ramassèrent et remplirent douze corbeilles des restes des cinq pains d'orge, après que tous en eurent mangé. Ces hommes donc, ayant vu le miracle que Jésus avait fait, disaient : C'est là vraiment le' prophète qui doit venir dans le monde. Mais Jésus, ayant su qu'ils voulaient l'enlever pour le faire roi, s'enfuit de nouveau sur la mon*' tagne tout seul. • • t
Saiiit.Angastin dit en expliquant ce passage :>
Le gouveruçment de T univers est un miracle
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jdtis grand que de rassasier cinq nnlle hommes
avec cinq pains. Et. cependant personne ne s'é-
tion du second, non parce <pi'il est pins merveilleux, mais parce qu'il est plus rare. Car, qui donne au monde entier sa nourriture, si ce n'est Celui qui fait sortir les moissons de quelques semences? Jésus a donc agi ici à la manière de Dieu ; il multiplie les cinq pains dans ses mains par la même puissance qui produit les moissons avec quelques grains. Or, cette puissance est dans la main du Christ; car les cinq pains sont comme cinq semences y non confiées à la terre mais multipliées immédiatement par Celui qui a fait la terre, w (5. August., tract. 24 in Joan.)
On peut aussi voir dans ce miracle une préfiguration et comme une préparation du miracle plus grand encore par lequel Jésus a voulu nourrir ses disdples du pain du ciel, en leur domnant son corps à manger et son sang h. boire : miracle qui est le complément de tous les autres, puisque le but de la mission du Sauveur étant de rendre à rbomme la vie divine perdue par sa faute, et la vie se réparant par la nourriture, c'est par l'aliment divin qu'il a restauré et comme recréé Thumanité régénérée 9 en la faisant participer de nouveau par Teucharistie k la vie divine. Il y a même des circonslances semblables dans raccomplissement des
â06 QUATBIÈME DIMANCHE DB GAHÉME«
deux miracles. Jésus commance des «deux côtés par rendre grâces et par bénir le pain ; puis il le multiplie de part et d'autre par sa puissance , partageant le pain matériel au peuple dans le désert et k pain céleste dans le Cénacle à ses apôtres, auxquels il transmet le pouvoir de multiplier le pain du ciel, qui est son corps, d'une manière indéfinie pour la nourriture et la vivification des &mes. Bu vérité, je vous le dis, celui qui mange ma chair et Ji>oit'mou sang a la vie en lui. (Jean, YI^ 55.) Des deux côtés aussi se produit un effet analogue. La foi du peuple en Jésus-Christ est excitée par le miracle dont il vient d'être le témom ; ils le reconnaissent pour le propliète qui doit venir dans le monde, et ils veulent l'enlever pour le faire roi. JD'autre part ^ la sainte eucharistie est la source la plus vive de la foi au Fils de Dieu, au Verbe incarné, au Dieu fait homme^ et Tâme^ qui s'en nourrit sonvent^ adore Jésus comme son Dieu, et le proclame le roi du ciel el de la terre. Le miracle de Gana, le premier que Jésus ait opéré 9 était déjà un symbole frappant du miracle eucharistique^ duquel même il s'ap* proehait davantage ; car là aussi il y a eu transsubstantiation , ou changement de la substance de Teau en celle du vin, comme dans TeuchA* ristie la substance du vin est diaugée en celle du sang du Christ, tandis qu'au désert la substance
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du pain n'a pas été changée, mais seulement
multipliée.
. PRATIQUB.
Soyons des hommes libres, de cette liberté du ciel que le Rédempteur nous a acquise par son sang et qui nous a ét»j rendue au baptême, pour combattre et détruire en nous et hors de nous l'ignoble tyrannie de la chair et le joug de Satan. Pour cela mangeons le pain des forts qui ravivera notre foi et fortifiera notre vertu.