‹ Méditations sur les Epitres et les Evangiles des dimanches et des fêtesChapitre 5 sur 161 · ÉVANGILE SELON SAINT JEAN, I · texte numérisé non relu

ÉVANGILE SELON SAINT JEAN, I

Voici le ténioignage de Jean, quand les Juifs envoyèrent de Jérusalem des prêtres et des lévites pour lui demander : Qui êtes-vous ? Car il confessa et il ne nia pas. Il confessa qu'il n'était point le Christ. £t ils lui demandèrent : Qui êles-vous donc? Êtes-vous Élie? Et il dit : Non. Ëtes-vous prophète! Ëtil répondit : Non.

Ils lui dirent doue : Qui êtes-vous, afin que nous rendions réponse à ceux qui nous ont envoyés? Que dites-vous de vous-même? Je suis, leur dit-il, la voix de celui qui crie dans le désert : rendez droite la voie du Seigneur, comme a dit le prophète Isaïe (Isaie, XL, 3). Or, ceux qui avaient été envoyés étaient des Pharisiens. Ils lui demandèrent encore : Pourquoi baptisez* TOUS, si vous n'êtes point le Christ, ni Élie, ni un prophète? Jean leur répondit : Pour moi, je baptise dans Teau. Mais il y en a un au milieu de vous que vous ne connaissez pas. C'est lui qui doit venir après moi ; mais il est avant moi, et je ne suis pas digne de dénouer les courroies de sa chaussure. Ces choses arrivèrent à Béthanie, au delà du Jourdain, où Jean baptisait.

Ici encore l'Eglise nous prépare à lavénement du Dieu lait honmie, en nous rappelant les paroles

de celui qui en a été le précurseur, et dont le bap* tème par Teau, accompagné de la confession des

péchés et des signes de la pénitence, était une préfiguration du baptême par l'eau et l'esprit, institué par Jésus-Christ pour appliquer la vertu de son sang divin à la régénération de Thumanité , et qui seul a la puissance de détruire le péché^ de déli-

TROISOÈME DIMÂNCHB DS L'AIHESNT. 23

vrer le péchenr, et de réconeSier Hiomme arec

^ .Dieu. Aussi la parole dominante de cet évangile, et par conséquent celle que nous devons surtout méditer, c'est la réponse positive de Jean aifir* mant sincèrement ce qu'il est : « Je suis la voix de celui qui crie dans le désert : préparez la voie du Seigneur, rendez droits ses sentiers^ comme a dit Isaïe. » (Isaie, XL, 3.)

Une voie mène d'un point à un antre. La voie du Seigneur part de Dieu et va à notre âme ; car Dieu veut entrer dans notre cœur et s'y établir : ce qui montre qu'il ne le possède pas encore. Or, notre âme étant intelligente et libre , Dieu n'y peut entrer que par la connaissance et par Tamour. Il veut être connu et aimé d'elle, parce qu'il l'a créée à cette fin.

Il faut donc d'abord lui préparer le chemin de notre esprit, et pour cela :

P La détourner de ce qui n'est pas Dieu, ne niène pas à TABUf- et surtout de ce qui est contre lui : dûne éviter la ftiusse science , les connaissances inutiles ou funestes, les lectures^ mauvaises ou insignifiantes, les conversations criminelles, fâcheuses ouoisives, les vains spectacles, etc., etc.; ne pas laisser toutes ces choses entrer par les sens dans l'esprit, où elles étouffent la bonne semence.

2® U faut rechercher ce qui peut nous aider à con*

naître Dieu; la vraie science qui nous montre Dieu dans ses œuvres; la parole révélée qui le manifeste directement plus clairement, plus pleinement, et que renseignement de l'Église nous explique; de bonnes lectures qui en sont le commentaire; des entretiens édifiants qui la propagent et rappliquent* Ainsi se prépare la voie de Dieu à travers notre esprit.

Cependant, Dieu ne veut être connu de Thomme que pour en être aimé, aimé d un amour libre et de préférence, avec prédilection ; car il est le Dieu jaloux, et il fait ses délices d'babiter et de posséder le cœur des bommes. Mais comment cela est-il possible, si ce cœur est tout rempli des créatures ? Alors la place est prise, et la voie en est obstruée. Il faut donc avant tout la débarrasser, et pour cela nous devons : 1** Retirer notre cœur des attachements illicites, rompre ou dénouer les liens criminels; S« modérer ou contenir dans leurs bornes légitimes les affections .permises, en les subordonnant à Taccomplissement des devoirs envers Dieu et à son amour, « Celui qui aime son père, sa mère, son frère, sa sœur, etc., plus que moi n'est pas digne de moi, » a dit Jésus-Christ (Matth., X, 37). 3° Tourner alors vers Dieu, le soleil des esprits^l'àme aiasi purifiée, simplifiée et réglée, l'exposer et l'ouvrir dans la prière inté« lienre et affective au rayon de la lumière, afin

qu'il pénètre directement avec son éclat et sa chaleur jusqu'au centre de Tftme qu*îl vent s'unir»

Ainsi se prépare et se rectifie la voie de Dieu dans l'âme chrétienne apppelée à Thonneur de • vivre de la vie de Jésus-Christ comme une épouse fidèle. La préparation de Jean par la confession , des péchés, les œuvres de la pénitence et le bap « terne de l'eau, qui devait disposer les juifs à recevoir le Sauveur promis, en était le symbole.

quâtriëhë dimânchb de L'AYENT.

iiPITRE (I Corinth., IV, 1-5).

Que les hommes nous considèrent comme les

ministres de Jésus-Christ et les dispensateurs des mystères de Dieu. Or ce qu'on demande aux dispensateurs, c'est qu'ils soient trouvés lidèles. Pour moi, je me mets^ fort peu en peine d'être * * jugé par vous ou par un tribunal humain; je ne méjuge pas moi-môme. Car, encore que ma conscience ne me reproche rien, je ne suis pas justifié pour cela; mais c'est le Seigneur qui est mon juge. C'est pourquoi ne jugez point avant le temps, jusqu'à ce que le Seigneur vienne, ' qui éclairera ce qui est caché dans les ténèbres, et manifestera les pensées secrètes des cœurs, et alors chacun recevra de Dieu ce qyi lui est dû.

Le prêtre, étant le ministre de Jésus-Glirist, ne doit rien faire qu'en son nom, par sa vertu et pour lui. Il s'est voué à son service par un acte libre de sa volonté, et ainsi sa perfection dans

Texercice de ses fonctions consiste dans la dispen*

sation fidèle de la parole de Dieu et de ses grâces. Cette dispensation sera fidèle s'il n'y met rien du sien que sa bonne volonté identifiée avec celle de son maître , et s'il a toujours et uniquement en vue la gloire de celni qu'il sert, le bien de cens qu'il gouverne, et jamais sa propre gloire, son avantage ou son plaisir. Plus que tous les autres chrétiens , le ministre de Jésos-Ghrist ne peut suivre son divin maître qu'en renonçant au monde et surtout à lui-même.

Or, s'il agit ainsi dans raccomplissemestdesm saint ministère, peu lui importeront, comme dit saint Paul , les jugements des honomes. H ne s'inquiétera que de faire le bien, le mieux qu'il lui sera possible , comme il le comprendra et autant que ^les circonstances et les ressources du mO'* ment le permettront, et quoiqu'il doive s'efforcer de ne mécontenter personne, si cela se peut, et d'éviter tout ce qui tendrait à exciter contre lui des sentiments malveillants ou de mauvaises paroles, né^unoins, il ne se laissera point dominer ni diriger par l'opinion des hommes , et leur jugement ne sera pas la règle de sa conduite ; car en définitive les hommes ne sont pas ses juges. Il n'est pas lui-même juge de lui; car il ne connaît pas toutes les causes externes et internes de ses actes^ et au milieu des influences qui le pé-

nètrent de toutes parts, et des motifs multiples qui le portent à agir de telle ou telle manière, il a bien de la peine à discerner le ressort principali qui a déterminé la décision de sa volonté. G*est pourquoi on peut n'être pas juste, même quand la conscience ne reproche rien ; caria conscience peut être obscurcie, aveuglée, faussée, pervertie, endurcie.

Ne nousâons donc point à notre jugement sur nous-mêmes , parce que personne n'est un bon juge dans. sa propre cause, el garJoiis-nous de juger les autres, quand nous n'en avons point reçu la mission ; car nous n'avons pas la lumière pour éclairer les replis ténébreux des cœurs, et manifester le fond de leurs sentiments et de leurs pensées. À Dieu seul appartient cette puissance, et c'est pourquoi lui seul aussi peut rendre justement à chacun suivant ses œuvres.

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