‹ Méditations sur les Epitres et les Evangiles des dimanches et des fêtesChapitre 40 sur 161 · LE VENDREDI APRÈS LA PASSION · texte numérisé non relu

LE VENDREDI APRÈS LA PASSION

PRATIQUE

Au milieu de nos peines, si vives qu'elles soient, ayons devant les yeux les douleurs de Marie, la mère des douleurs, qui comme son divin fils n'a pu accomplir sa mission qu'à travers les sonflf^ances. Et nous aussi, nous ne pourrons nous délivrer du^mal et faire quelque bien sans ùtre en hutte aux contra* dictions , sans que notre cœur soit percé par le glaive. Unissons-nous donc avec saint Jean \ la mère douloureuse au pied de la croix, pour part ciper comme lui à sa tendresse , maternelle.

PRIÈRE

0 Jésus, qui pendant votre passion avez vu l'âme si douce de Marie, votre mère toujours vierge, traversée par le glaive.de la douleur, accordez-nous la grâce, pendant que nous vénérons le déchirement de

son cœur et ses souffrances , et par les mérites de tous les saints attachées fidèlement à la croix, de recueillir les heureux fruits de votre passion. Vous qui vivez et régnez, etc.

LE. DIMANCHE D£â fiAMEAUX.

L*£yANGILE Â LÂ PROCESSION,

selon saint Matthieu, XXI, 1-9.

• Lorsqu'ils approchaient de Jérusalem, étant arrivés àfiethphagé, à la montagne des Oliviers, Jésus envoya deux de ses disciples, leur disant : Allez au village qui est devant vous, et vous y trouverez en arrivant une ânesse attachée et son ânon avec elle. Détachez-les et amenez-lesmoi. Si quelqu'un vousdit quelque chose, dites que le Seigneur en a besoin, et aussitôt il les laissera aller. Or tout cela s*est fait afin que celte parole du prophète fût accomplie : dites à la fille de Sion : Voici voire roi qui vient à vous plein de douceur, monté sur une ânesse et sur Tânon de celle qui est sous le joug. (Isaïe, LXII, 1 1 ;Zacbarie,iX, 9.) Les disciples allèrent donc et firent ce que Jésus leur avait ordonné.

Us amenèrent Tânesse et Tânon, et les ayant couverts de leurs vêtements, ils le firent monter dessus. Une grande multitude de peuple étendit

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ses vêtements sur le chemin ; d'autres coupaient des branches d*arbre et les jetaient sur son pas* sage. Tous ceux qui le précédaient et tous ceux qui le suivaient criaient : Hosanna au ûls de David ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur! Hosanna au plus haut des cieuxl

Les deux disciples que Notre-Seigneur envoie tlierclier Tanesse et Tanon, dont il doit se servir pour faire son entrée à Jérusalem, vont droit à la place indiquée , et exécutent exactement ce qui leur a été dit sans réflexion aucune ni sans retard. £t cependant la commission pouvait leur sembler singulière et même peu agréable, ne sachant point condnent ils seraient reçus. Le mattre de ces ani* maux, de son côté, qui aurait pu refuser leur service, ou s'inquiéter de ce que deviendraient ses bêtes , les laisse aller aussitôt qu'on lui dit que le Seigneur en a besoin. Prenons exemple sur leur soumission et leur confiance. Que de fois nous connaissons la volonté divine, et cependant nous ne l'exécutons pas. ^ous trouvotos toujours des raisons pour nous en dispenser, ou au moins pour différer, et il semble que la loi soit faite pour tout le monde, sauf pour nous, dont la position à cet égard nous semble exceptionnelle. Ou bien, si nous nous décidons à faire, nous faisons lente*

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mUArnSBE DSS RAMEAUX. 9ST

ment, paftiellementy en y mettant dp nAtre le plus

que nous pouvons, pour faire prévaloir, au moins indirectement) notre manière de voir, notre volonté propre , on accommoder le commandement divin avec ce que nous désirons. Quand nous n'osons pointue pas faire, nous faisons mal. ^ En second lieu, il y a encore ici Taccomplisse* ment d'une prophétie, et d*nne prophétie de dé^ tail qui avait prédit comment le Messie entrerait triomphalement à Jérusalem, comme anasi presque tons les faits de sa passion sont annoncés on décrits dans les Psaumes et dans Isaïe. Ce qui ne peat être rapporté ^u'à TEsprit-Saint, préparant longtemps à Tavance Ce qu'il veut opérer ponr le salut des hommes, et notre foi est singulièrement fortifiée par la comparaison de la prédictioj^ , si antérieure aux événements qu'elle annonce, avec la réalité,

La prophfétie annonçait Jésus-Christ comme le roi de Sien, qui vient k elle plein de douceur. Le Messie est souvent désigné par les prophètes sous le titre de Roi, et cest ce qui a trompé les juifs charnels, qui croyaient quïl serait un grand monarque, puissant par sa sagesse et par ses armes, qui triompherait de toutes les nations, y rétablirait la loi de Dieu, et les soumettrait toutes à son peuple. Ils n*ont jamais compris ie royaume spirituel que le Sauveur a fondé sur

la terre en insiituani son Eglise, et qui est en effet le plus grand empire du monde , puisqu'il a

attiré et conquis des hommes de toules les nations, et s'étend avec la parole divine jusqu'aux extrémités du globe. C'est ponrqud on l'appelle imtt)er^e{ ou calholique. C'est en outre un empire de douceur, de mansuétude, et de liberté, puisqu'on y entre de bonne volonté , avec foi, par conviction

et sans aucun moyeu de cuaction ni de contrainte C'est Tacconaplissement de la prophétie qui annonce un roi plein de douceur.

En troisième lieu , tout en contemplant le triomphe de Jésus-Christ au milieu de ce peuple qui l'accompagne de ses * jubilations et de ses louanges, et jonche sa route de palmes, de fleurs et même de ses vêtements, tout en nous écriant avec lui : Hosanna au Fils de David, béni soit celui qui vient au nom du Seigneur, n'oublions pas que cinq jours plus tard ce même peuple , trompé et retourné par les princes des prêtres et les docteurs de la loi, qui en font un instrument de leur haine et de leur vengeance , le suivra aussi au tribunal de Pilate en criant-de toute sa force et à plusieurs reprises :roi/eeum, crucifigatur, tnezAey qu'il soit crucifié. Jésus n'est troublé ni par ces chants de triomphe ni par ces cris de mort. H connaît le peu* pie, parce qu'il sait ce qu'il y a dans l'homme (Jean, XI, 25), et son exemple nous apprend en ces deux

DIMANGHB DES RAMEAUX. 889

cas à ne point nons laisser influencer par les opinions ou les passions humaines, si changeantes et si contradictoires , accomplissant droitement et avec courage ce que Dieu demande de nous, quelle

que soit la bonne ou la mauvaise volonté des hommes et quoi qu'il arrive.

ÉPITKI:: (aux Phiiipp. , II, 5-11).

Mes Frères, ayez les mêmes sentiments qu'a* eus Jésus-Christ, lui qui, ayant la forme et la nature de Dieu, n*a point cru que ce fût pour lui une usurpation de s égaler à Dieu. Cependant il sest anéanti lui-même en prenant la forme et la nature du serviteur , se rendant semblable aux hommes , et paraissant un homme dans tout son extérieur. Il s'est abaissé luimême, se faisant obéissant jusqu'à la mort, et jusqu'à la mort de la croix. C'est pourquoi Dieu Ta élevé et lui a donné un nom au-dessus de tout nom, afin qu'au nom de Jésus tout genou fléchisse dans le ciel, sur la terre et dans les enfers , et que toute langue confesse que le Seigneur Jésus-Christ est dans la gloire de - Dieu son Père.

S30 DIMANCHE DBS RÂlfEÂUX.

L'Église, qui nous fait lire aujourd'hui la passion de Noire-Seigneur, nous avertit par les paroles de saint Paul d'entrer dans les sentiments qui l'ont amenée, afin de nous préparer convenablement aux mystères de la grande semaine. Ces sentiments sont Thumilité et l'abnégation, par lesquelles seulement peuvent être combattues et détruites les deux causes du crime et de la chute de rhomme^ l'orgueil et Tégoïsme, C'est parce que l'humanité s'était exaltée jusqu% vouloir se mettre à la place de la divinité, que le Fils de Dieu , daignant s'oflrir en victime pour elle et se substituer au eoupable dans l'expiation réclamée par Fimprea^ criptible justice, s'est abaissé, et comme dit saint Paul {Philip.) II, 7), anéanti jusqu'à se faire homme. L'excès de Fexaltation a amené cet excès d'abaissement. C'est parce que l'homme, ingrat et rebelle, s'est aimé plus que Dieu par l'idolâtrie de lui-même^ que le Rédempteur devait se renoncer complètement pour restituer à fond Thumanité à son créateur. L'Incarnation et le crucifiement sont le commencement et la fin de l'immolation répara-^ trice, ou l'anéantissement volontaire du Dieu Coit homme pour racheter les hommes. Mais le sacrifice du Sauveur ne nous profitera que si nous y participons volontairement par l'humiliation d notre esprit, par le renoncement de notre volonté propre, par l'abandon de toute notre persoKie.

BLMANGHE DES RAMEAUX. 231

C'est pourquoi on n'est Téritâblement le disciple du Fih qu'en renonçant au monde et à soi-même, en pfffiDajil sa croix volontiers et en h portant

tons les jours sur la voie douloureuse et jusqu'au

Calvaire. Oh 1 qu'il eu coûte k la nature de mortifier sans cesse, non pas seulement sa chair et ses appétits , mais la vanité de sa raison et l'orgueil de sa volonté en' acceptant les contradictions et les traverses jusqu'à obéir à tous les autres et les croire , comme le veut l'Apôtre, meilleurs que soi. Combien il nous en coûte de mettre en arrière notre avantage / notre gloire, notre plaisir, pour exercer la charité et même la simple justice , tant nous sommes portés par les suites du péché à nous aimer et nous estimer par-dessus tout. C'est un crucifiement de la nature pervertie dans ses instincts, ses penchants, sa sensibilité, sa raison, sa volonté. Il faut que l'homme du péché meure dans son corps et dans son esprit, dans toutes les puissances de son existence viciée, par l'eiïet même de sa volonté régénérée et soutenue par la grâce de Jésus-Christ; - et alors c'est aussi au sortir de la mort, et du tombeau où il est entré par la croix, qu'il reprend une autre vie, devient nne nouvelle créature, ayant part à la gloire et au bonheur du ressuscité, comme il a participé aux ignominies et aux angoisses de sa mort. L'exaltation primitive de la

nature humaine ayant causé sa chute, elle ne

pouvait se relever que par son anéantissement volontaire en Jésus-Christ, c'est-à-dire par Tinmiolàtion sur Tautel de la croix.

PRATIQUE

Comment puis-je portemnon reg^ard sur le crucifix sans renoncer à la vanité de mon esprit, à rorgueîl de

ma volonté, pour embrasser robéissance et Thumilité, qui peuvent seules me réconcilier avec Dieu et m'attirer son amour.

Dieu tout puissant et éternel, qui pour donner à l'homme un modèle à imiter, avez voulu que votre Fils se revêtit de notre chair et souffrit le supplice de la croix, faites qu'instruits par sa patience nous méritions d'avoir part à sa résurrection. Par Jésus- Christ, etc.

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