ËVÂNGILE SELON SAINT LUC, III
La quinzième année de l'empire de Tibère César, Ponce Pilate étant gouverneu r de la Judée, * Hérode tétrarque de la Galilée, Philippe, son frère, de Tlturée et de la province de Trachonite, et Lyzanlas de TAbilène ; sous les grands prêtres Anne et Caïphe, le Seigneur fit entendre sa parole à Jean dans le désert. Et il vint dans
tout le pays aux environs du Jourdain, prêchant le baptême de la pénitence pour la rémis* sion des péchés, ainsi qu'il est écrit au livre des paroles du prophète Isaïe : Voix de celui qui crie dans le désert : préparez la voie du Seigneur, rendez droits ses sentiers. Toute vallée sera remplie, et toute montagne et toute colline sera abaissée; les chemins tortueux deviendront droits, les raboteux unis, et toute chair verra le salut de Dieu .
Confessez vos péchés et faites de dignes fruits
de pénitence, nous dit aujourd'hui TÉglise par la bouche de saint Jean-Baptiste. Quelle doit être cette pénitence, et quels en seront les fruits?
La vraie pénitence consiste dans le détachement de râme du péché pour revenir à Dieu et rentrer en rapport vivant avec lui. Il faut pour cela qu'elle soit touchée et mue par une grâce particulière. Le symptôme de Taciion de cette grâce est le malaise, qu'on commence à éprouver dans la mauvaise voie. Le pécheur acquiert dans sa conscience réveillée le sentiment pénible du désordre où il vit. De là du trouble, de l'agitation , de la diviirfon en lui-même; le regret du passé, le dégoût du présent , la crainte de Tavenir. On ne peut point
se donner cette grâce , pas plus que celle de la foi ; mais on peut la demander , et surtout la recevoir , quand elle se présente. Gaûr la grâce est comme la lumière, qui se verse partout où elle trouve accès. Elle frappe à la porte de toutes les âmes y comme la lumière enveloppe tout dé son éclat. Mais combien ne veulent pas lui ouvrir et la repoussent?
Quand on a le bonheur de laisser pénétrer en soi ce rayon du ciel, qui éclaire et remue, on commence k sentir son mal, puis à le reconnaître, à se reconnaître soi-même dans l'état fâcheux où Ton se trouve, et aussi, à cause de la peine qu'on en ressent et par crainte de devenir plus malade, on sent le besoin d'un secours, d'un remède, d\in médecin. C'est pourquoi ceux qui allaient entendre Jean dans le désert loi disaient avec anxiété : Que devons-nous faire? Et il leur répondait : Confessez vos péchés^ c'est-à-dire rejetez le mal de votre cœur^ vonûssez-le oonune on poison, et quand il aura été évacué, lâchez d'en détruire les suites par de dignes fruits de pénitence.
Les «œuvres de la pénitence doivent toujoius être en rapport avec le mal commis. A-t-on péché dans le corps et par la concupiscence de la chair? Les expiations seront corporelles; elles s'accompliront par des privations ou des souffrances imposées à la chair, pour la âonq»ter et la faire rentrer dans Tordre^ Les péchés de lesprit,
de la vanité, de la vaine curiosité , s'expient et se guérissent par la foi simple, par le silencei la retraite, k recaeillementy et tontes les pratiques du jeûne spirituel. Le péché de la volonté, ou l'orgueil de la vie exaltée par Tambition, par Tamour de la gloire, est cembattu par les xnoorvements de l'humilité et de la charité, c'est-à-dire par le sacrifice de soi-même aux autres et pour Dieu de quelque manière qu'il s'accomplisse. On ne peut marquer des bornes au zèle^ à Tardeur de la pénitence dans ses œnvres ^{Matoires, quand Famonr divin s'empare d^ne âme qui avait été attachée au péché, et lui en inspire le dégoût et la haine. De là les admirables et parfms les effroyables mortifications des grands pécheurs convertis, ou des saints qui croient dans leur humilité être de grands pécheurs.
Cependant le prophète Isaïe, dont Jean invoque la parole, annonce que, quand le Sauveur envoyé par Dieu paraîtra, tonte vallée sera remplie, toute montagne et toute colline abaissée ; les chemins tortueux deviendront droits et les raboteux unis.
Cette vallée que le Sauveureomblera, esl Féme humaine , pleine de lumière et de vie dans l'origine, quand elle était unie à son principe , vide de la vérité et du bien, depuis qu'elle s'en est séparée. Elle ne sera remplie de nouveau , qu'en se rattachant à la source de vie, et elle ne peut 8*y
DiyilizâO
rattacher que par la médiation de Jésus-Ghrist^ le
Verbe incarné, le Fils de Dieu fait homme pour réconcilier Thomme avec Dieu. En dehors de Jé« 6us-Ghrist et de sapuissante intervention, lliomme , abandonné aux seules lumières de sa raison, tout en cherchant Dieu ou le bien suprême, s'évanouit dans ses propres pensées, comme dit saint Paul, et devient la proie de ses passions {Rom., I, 21). . U se fait dans son âme un vide, qu'il essaye en vain de combler par les choses du monde, par sa science , ses affaires, ses plaisirs, ses spectacles et ses pompes. De là l'ennui des mondains, surtout à un certain âge et dans certaines conditions. Seule la parole de Jésus-Ghrist peut remplir ce vide, parce qu'elle donne aux âmes leur vraie nourriture', la lumière le pain du ciel. La vaUée est . comblée par les grftces de la vie chrétienne.
Les montagnes et les collines seront abaissées. liOs montagnes se forment dans Tâme, comme sur la terre, par le boursouflement produit par un bouillonnement intérieur ou par l'éruption d'un yçlcan. L'âme détournée de Dieu, exaltée par l'orgueil s'enfle, se boursoufle et élève*ainsi une montagne entre Dieu et elle, en s'insurgeant contre sa loi par la désobéissance et la révolte. Elle élève des montagnes entre' elle et ses semblables par son esprit propre, qui, en voulant tout juger^ se fait l'arbitre et la r^le du vrai par sa volonté propre.
qui aspire à tout dominer par sa sagesse et sa puissance. Elle élève des montagnes en elle-même, parce que, ne doutant de rien dans la vanité de sa • pensée et Temportement de ses désirs, elle crée mille difficultés, dont elle est obstruée connue Encelade sous les rocs qu'il a soulevés. Un peu de foi en Jésus-Christ, gros comme un grain de sénevé, dit rÉvangile, suffit pour transporter ces montagnes ; car la foi est la source de cette humilité sincère et profonde, qui, en nous faisant sentir ce que nous sommes en face de Dieu, de nos frères et de nous-mêmes, crève l'enflure de notre cœur, dissipe son boursouflage et abaisse les hauteurs de l'orgueil. Quando énim venit Jesus^ et Spiritum stmm misity omnis vallis repleta est operibus bonis et fruclibus Spiritits sancli. Quos sihabueris, non solum vallis esse désistes^ sed etiam mons Dei esse
incipies, (Orig., hom. 22.) Quand Jésus est venu et a envoyé son Esprit, toute vallée a été remplie par les bonnes œuvres et les fruits de l'Esprit. Celui qui les possède non-seulement cesse d'être une vallée, mais encore il commence à être une montagne de Dieu.
Les chemins tortueux deviendront droits. Les vallées comblées, les montagnes abaissées, il faut tracer la route. La meilleure sera la plus directe et la plus unie. Parate viavi Dominit rectas facile semitas ejus. La voie du Seigneur n'est droite en
noQfi qne si le regard de notre flme se dirige uni-
quement vers Dieu, si elle rapporte à Dieu toutes ses pensées, ses volcoités et ses actes. C'est ce qui faitla rectitude ou la simplicité d'intention. Or plusieurs causes font dévier notre regard et notre désir.
1*^ L'attrait des chosœ du monde qui nous détourne de Dieu.
2"* Laconsidération des créatures auxquelles nous voulons plaire par affection, par intérêt ou par respect humain.
3"* L'amour de soi, par lequel la créature se lait sa propre fin et son idole.
Attirés par la force de la vérité, de la justice et du bien pour lesquels nous sommes £aits, d'autres influences, auxquelles nous cédons trop facilement, nous en éloignent. De là une marche composée^ une voie tortueuse, dont le tracé irrégulier est déterminé par des forces contraires, comme dans toutes les courbes ; en sorte que nous voulons et ne voulons pas tout ensemble, ce qui nous rend faux, rusés, hypocrites, à cause de notre faiblesse. Nous ne sommes ni à Dieu, ni au monde, et en tftchant de les accommoder, nous les offmsons tous deux.
U faut donc redresser la volonté, qui ne va point
à sa fin véritable, et ce redressement n'est possible que par Jésus-Christ, et en le suivant, lui qui est la vraie voie (Jean, XIV, 6), et puisqu'on ne peut
servir deux maîtres à la fois, il faut choisir frandiement entre Dieu et le monde. Prava autem directa fiente quum malorum corda^per injustiam detorta^ ad justitix regulam dirigentur. (Greg. Naz., hom. 20.) Ce qui est tortu devient droit, quand les cœurs, pervertis par rinjustice, sont dirigés vers la règle de la justice.
Mais pour achever la voie, il faut aplanir ce qui est raboteux. Même après que l'âme est retournée vers Dieu, il y a encore mille choses qui entravent sa marche. Les défauts naturels, les vices du caractère^ les mauvaises habitudes , des penchants fâcheux, sont conmie autant d'obstacles ou d'aspérités qui empêchent la communication facile entre Dieu et nous, entre nous et nos semblables.- Ils seront aplanis par les contradictions, les chocs, les frottements, les brisements qui en écrasent ou en émoussent la pointe en ceux que la grâoe de Jésus-Ghrist rend capables de bien supporter les épreuves de la vie par la soumission à sa parole et à Tautorité de son Église. Aspera autem in vias planas immutantur, quum iimnites atque iracundx mentes per infusionem supern3s gratis^ ad knitaiem mansuetudinis redeunt, (Greg. Naz., hom. 20.) Les routes raboteuses deviennent unies, quand les âmes dures et colère» 6m4 ramenées par Tinfusion de la grâce d'en haut à la politesse et à la douceur.
Pour célébrer la naissance ou rappariiion dans le monde du Verbe incarné , du Fils de Dieu fait homme, TÉglise en ce jour permet aux prêtres de dire trois messes; la première à minuit, heure à
laquelle naquit le Sauveur dans Tétable de Bethléem; la seconde, dite de l'aurore; et la troisième, appelée messe du jour. Par le saint sacrifice, trois fois offert, elle entend honorer les trois naissances du Fils de Dieu : 1 la génération étemelle du Verbe dans le smn du Père; 2** sa naissance temporelle, comme Fils de la Vierge Marie; 3"* sa naissance spirituelle dansrte cœur du juste par sa grâce. On donne aussi aux trois messes l'intention de s'unir : V h Tadoration de Marie, de Joseph et des anges ; 2"* des bergers, qui sont les prémices du peuple de Dieu; 3' des Mages représentant la gentilité. Les fidèles ne sont pas obUgés d'entendre les trois messes le jour de Noël; mais leur reconnaissance et leur amour pour le Sauveur doit les y porter.
ME8SE m MINUIT.
ËPITRE (à Tite, II, U-15),
La grâcedeDieu, notre Sauveur, a paruàtous les hommes, nous apprenant à renoncer à Timpiété et aux désirs du siècle pour y vivre avec tempérance^ avec justice etavec piété, dans l'attente du bonheur que nous espérons, et de Tavénement du grand Dieu et de notre Sauveur Jésus-Christ, qui s'est livré lui-môme pour nous, afin de nous racheter de toute iniquité, et de se faire, en nous purifl|nt,^y2^pçiqy^e qui lui soit agréable, et qtii^'adonnât aux bonnes œuvres. Prêchez ces vérités, exhortez et reprenez avec une pleine autorité.
Dans le chapitre, dont celte épître est tirée, VApôtre recommande à Tite d'instruire tous les fidèles de leurs devoirs, les vieillards et les jeunes gens, les femmes âgées et les jeunes femmes, les serviteurs et les maîtres. Car, dit-il, la grâce du Sauveur est pour tous les hommes. Jésus-Ghhst s'est donné pour tous, et veut les retirer tous de Tiniqoité pour en faire un peuple agréable à Dieu.
L'égalité de tous les hommes devant Dieu^ qui ne fait point acception des personnes, mais qui rendra à chacun suivant ses œuvres , égalité méconnue avant l'Evangile même par les plus grands philo* sophes de l'antiquité et qui est le principe de la civilisation moderne, peut être le premier point de notre méditation.
Le second nous expose en trois mots tous nos devoirs dans ce monde, in hoc seculo. Nous devons y vivre avec tempérance, sobrie^ ce qui comprend ce qu'il nous faut faire ou éviter dans le gouvernement de nous-mêmes ; juste, avec justice, ce qui désigne nos obligations envers nos semblables, qui dérivent toutes de l'équité ; pie, avec piété, c'est Taccomplissement des devoirs envers Dieu, aussi obligatoires et encore pins sacrés que les autres, en raison de la souveraineté absolue de Dieu, et de tout ce qu'il a fait pour nous. C'est pourquoi un homme n'est vraiment honnête que s'il observe la justice dans toutes ses prescriptions, envers Dieu comme envers ses semblables; car la justice consiste à rendre à chacun ce qui lui est dû^ et à Dieu, notre créateur et notre rédempteur^ est dû l'hommage de la soumission, de l'adoration et de Tamour. La piété ou Taccomplissement des devoirs de religion est donc une partie essentielle de l'honnêteté. C'est tme déplorable erreur des gens 4u mjjnde de se croire justes et irréprochables >
sons le prétexte qu'ils ne font point de tort à leurs
semLIables, quand ils refusent ou dérobent à Dieu ce qui lui appartient.
Le troisième point, qui se rapporte plus directement à la fête du jour, est la pensée de Favénenement glorieux ou du second avènement denotre- Seigneur Jésus-Ghrist , pensée suggérée par son premier avènement, si pauvre et si humble, qui a eu lieu dans la crèche. Cette pensée doit toujours être présente à Pespritdu chrétien^ pour le soutenir dans la lutte contre le mal par Tespoir de la récompense^ et Tencourager à pratiquer la tempérance, la justice et la piété, afin de participer à la gloire et au bonheur de son divin maître, dont il . aura suivi les préceptes et partagé l'humiliation et les souffrances. A chaque instant le Fils de Dieu peut apparaître dans sa puissance pour juger les vivants et les morts; car il est écrit que ce dernier jour arrivera à Timproviste , et surprendra les hommes comme un voleur. (Jhessal.y Y, 2.) Puis, s'il est encore lointain pour le monde, il est proche pour chacun de nous; car la mort, qui nous enlèvera bientôt de cette terre , noas mettra incontinent en face de notre juge. Enfin Tanniversaire de la naissance de Jésus-Ghrist est une occasion
un motif de purifier de nouveau notre cœur, toujours assailli, tenté, troublé par les influences et h& désirs du siède, aân d'y recevoir Celui qui
est le pain descendu du ciel^ la véritable nouiv
riture et le vrai breuvage.
ËVANGILË SËLÛN SAINT LUC, II, 1-14.
En ce temps-là, parut un édit de César-Auguste, pour faire le dénombrement des habitants de toute la terre. Ce premier dénombrement se fit par Cyrinus, gouverneur de Syrie, et chacun allait se faire enregistrer dans sa ville. Alors Joseph sortit aussi de Nazareth en Galilée, et se rendit à la ville de David appelée Bethléem, parce qu'il était delà maison et de la famille de David, pour se faire enregistrer avec Marie son épouse, qui était enceinte. Mais pendant qu'ils étaient là, il arriva que le tenips où elle devait accoucher s'accomplit. Et elle enfanta son pre-r mier-né ; elle Tenveloppa de langes et le coucha dans une crèche, parce qu'il n'y avait pas de place pour eux dans rhdtellerie. Or, en la même contrée il y avait des bergers qui gardaient leurs troupeaux pendant la nuit. Et voici qu'un ange du Seigneur parut auprès d'eux, et une clarté divine les environna; ce qui les remplit d'une grande crainte. Alors Tange leur
dit : Ne craignez point. Car je vous annonce une nouvelle qui sera pour tout le peuple la cause d'une grande joie : c'est qu'aujourd'hui, dans la ville de David, il vous est né un Sauveur, qui est le Christ, le Seigneur. Et voici le signe auquel vous le reconnaîtrez : vous trouverez un enfant enveloppé de langes et couclié dans une crèche. » Au mémç instant se joignit à range la multitude de l'armée céleste, louant Dieu et disant : « Gloire à Dieu au plus haut des
deux, et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté l »
L'ange annonce aux bergers éclairés tout d*un coup par la lumière du ciel, qu'un Sauveur leur est né dans la ville de David. C'est le Christ, le Messie annoncé par les prophéties depuis le commencement du monde, le Fils de Dieu fait homme, le Yerbe incarné. Considérons donc rincarnation du Yerbe d'abord en elle-même, puis dans ses causes et dans ses effets.
En soi l'incarnation du Verbe divin est un grand mystère, nous l'avouons* Mais la nature et la science sont remplies de mystères comme la religion, et il y a en elles mille choses que nous sommes obligés d'admettre sans pouvoir les expliquer :
«dans la natnre, les essences ^ les forces, les pro*
priétés radicales des êtres, l'origine et la transmission de la vie : dans la science, les principes et les axiomes qui sont les bases ou les conditions nécessaires de la doctrine. Qu'est-ce que Tesprit? qu'est-ce que la matière? qu'est-ce que l'âme humaine, comment est-elle unie au corps, et quel est le mode de leur action réciproque? Nous ignorons à peu près toutes ces choses, que cependant nous ne pouvons révoquer en doute. D y a en nous une faculté du mystère; elle s'appelle la ^/oi, foi humaine ou croyance pour les mystères de la nature, foi divine pour ceux de la grâce, révélée par 1^ parole de Bien.
Mais s'il ne nous est pas donné de comprendre le mystère de Tlncarnation, nous pouvons au moins le concevoir d'une certaine manière, laquelle, sans l'expliquer ni le démontrer, en facilite cependant l'admission. Nous ne pouvons pas ne pas croire àla personne humaine que nous sommes, et néanmoiiis il y a dans Tunité de notre personnalité une dualité de substances qui s'unifient sans se confondre. Le moi, qui est l'expression de l'humanité, participe à la fois à la nature spirituelle et à la nature physique. Il est intelligent et animal tout ensemble, et c'est pourquoi on appelle l'honmie un animal raisonnable. Il n'est pas plus difiicile de con^ cevoir xm être où la divinité et l'humanité soient
unies sans s'identifier dans une même personne, laquelle est le Yerhe incarné^ le Dieu fait lumune.
Qnî osera dire les causes de rincarnalion? generationem ejus quis e/iarraôii ? (Isaïe, LUI, 8.) Plosienrs Pères ont pensé que dans Tordre de k grâce elle était un complément de la création de l'homme, c'est-k-dire que Dieu ayant fait Thomme à son image, et voulant, dans Tinmiensité de son amour, faire participer sa créature non pas seulement à sa ressemblance, mais à sa vie même, se serait uni k l'humanité hypostatiquement à cette fin, non plus pour la délivrer du péché non encore commis , mais pour la rendre cansors naturm dl^ vinœ^ comme dit saint Pierre. (2 Pier., I, 4.) Consorte de sa nature et de son bonlieur. Depuis la chute, rincarnadon parait motivée, d* abord par le péché originel et ses suites, dont l'iiomme ne pouvait se retirer sans un secours divin , bien qu'on doive admettre, eu égard à la toute-puissance de Dieu, qu'il eût pu être délivré d'une autre manière, et ensuite par la miséricorde du Père céleste, qui, ne voulant pas abandonner sa créa*ture à la mort, s'est substituée en Jésus-Christ au coupable pour satisfaire par Texpiation à Timprescriptible justice et réconciUer la terre avec le cieL
Les effets de llncarnation sont : la parûci-
Dation de rhomme en Jésus-Christ k la filiation divine, parce que le Fils de Dieu, qui s'est fait le fils de riionmie, est devenu son frère. L'enfant adoptify 6D devenant le frère de Jésus-Christ, devient aussi avec lui le cohéritier du cieL {Rom., YIII, 17.)
2'' En Jésus- Christ une mère est accordée à rhumanité régénérée, la sainte Vierge ; carie ca-» ractère de la materniié et de la paternité est de donner ou de transmettre la vie, et c'est par Marie que Celui qui est la vie même a été donné aux hommes, nobis naiuSy nobis dalus. C est pourquoi par Tune de ses dernières paroles sur la croix Jésus mourant a laissé comme fils eu sa place à sa mère son disciple bien aimé, qui représente ici tous les chrétiens fidèles, et il a étendu la maternité de Marie à Jean, et à tous ses disciples en sa personne* Ecce mater tua, ecce films tuus (Jean, XIX, 26, 27). C'est l'origine de l'Église, ou de la mère des enfants de Dieu, dont la sainte Vierge est le type.
3** L'homme régénéré et rené par l'eau et l'esprit, et qui continue à vivre et a croître en Jésus- Christ des grâces et du pain du del, passe de la vie de la nature à celle de la grâce pour entrer un jour dans la gloire. L'humanité, unie hypostatiquement à THonmae-Dieu, est incessamment attirée dans tous ses membres régénérés par Celui qui en est
le chef ou la tête, afin de participer pleinement et autant qu'elle en est capable, à son infinie perfection. C'est ce qui fait le vrai progrès ou la tendance et la marche continue du genre humain vers sa fin dernière, qui est la vie en Dieu^ on la jouissance de l'éternelle vie. Ainsi Dieu, qui est noire créateur, est encore notre rédempteur, notre sauveur et notre sanctificateur.
PRATIQUE
Prenons aujourd'hui la résolution ferme, si nous sommes appelés à vivre dans le siècle , d'y pratiquer
la tempérance, pour préserver notre âme du joug du corps : la justice pour respecter les droits des autres, et la piété , pour rendre à Dieu ce qui' lui appartient par le culte de l'adoration, de la reconnaissance et de l'amour*