‹ Méditations sur les Epitres et les Evangiles des dimanches et des fêtesChapitre 7 sur 161 · ORAISON · texte numérisé non relu

ORAISON

0 Dieu, qui avez éclairé cette nuit sacrée par la splendeur de la vraie lumière, faites-nous la grâce

qu'après avoir connu sur la terre, par la foi, les mystères de votre divine nature, nous jouissions dans le ciel de la joie éternelle de Celui qui, étant Dieu, vit et règne avec vous, etc.

46 NOËL- MESSE nn I.'AUBORB.

ÊPITRE (à Tite, III , 4-7).

Depuis que la bonté de Dieu notre Sauveur

et son amour pour les hommes a paru, il nous a sauvés, non à cause des œuvres de justice que nous avons faites^ mais selon sa miséricorde par le baptême de la régénération et le renouvellement du Saint-Esprit, qu'il a répandu abondamment sur nous par Jésus- Christ notre Sauveur, afin que, étant justifiés par sa grâce^ nous devenions héritiers de la vie éternelle selon Tespérance.

Ces paroles nous rappellent en ce jour, anniversaire de la naissance de THomme-Dieu, tout ce que nous lui devons. Par lui la bonté infinie de Dieu et son amour pour les hommes ont été manifestés; car Jésus- Christ nous a sauvés par une grâce purement gratuite, et sans que nous Tayions mérité par des œuvres faites selon la loi, ni par notre justice propre. Autrement ce ne serait plus une grâce , mais une récompense et presque une dette. C'est donc un pur effet de l'amour divin qui, ayant pitié de notre misère, nous est venu en aide

par le mtrack âe llhcaniatîon àn Verbe, lequel, se faisant homme comme nous, et assumant notre nature avec toutes ses conditions, sauf le péché, a

détruit par son obéissance jusqu'à la mort la sentence de la condanmation mortelle, suite de la rérohe du premier homme. Le sang du Rédempteur versé sur la croix a lavé les iniquités du genre hmnain« Ce sang a été à la fois expiateur en satisfaisant par Timmolation de la victime à la justice divine offensée, et propitiateur en réconciliant l'humanité avec la divinité, pendant qu'il répan* dait sur la terre la vie divine que Jésus portait en lui. De là la vertu régénératrice du baptême, qui eSeelae par Teau sainte l'application des mérites de la croix, et implante dans l'âme renouvelée la semence de la vie surnaturelle : |ce qui en fait une créature nouvelle par le dépouillement ou la mort du vieil homme. Mais cette vertu de la régénération n'opère efficacement qu*en ceux qui y adhèrent spontanément par la foi en Jésus-Christ, au Verbe incarné, né, mort et ressuscité pour le salut des hommes, soit par la foi infuse dans le bs^téme même , comme les nouveau-nés ou les enfants sans raison, soit par la foi actuelle et volontaire des adultes, initiés à la connaissance des vérités éternelles et sachant ce qu'ils croient. Nous devons donc reconnaître, dit saint Paul {Rom.^UI, 28\ que l'homme est justifié par la foi sans les

œuvres de la loi, laquelle, ajoute-t-il, ne pouvait rien justifier ni mener personne à la perfection. U en est autrement des œuvres de charité, parlésquelles la foi se réalise et devient vivante. Elles sont nécessairesà la justification comme lafoi elle-même, dont elles sont les applications, et c'est pourquoi TApôtre dit encore au chap. XIII de la^I^* aus Corinthiens : c Quand j'aurais la foi qui transporte les montagnes, si je n'ai la charité, je ne suis rien. »

Evangile selon saint lug , ii , I6-20.

Après que les anges se furent retirés dans le ciel, les bergers se dirent l'un à l'autre : allons jusqu'à Bethléem et voyons ce qui est arrivé et ce que le Seigneur nous a fait connaître. S'étant donc hâtés d'y aller, ils trouvèrent Marie et Joseph et l'enfant couché dans une crèche, et l'ayant vu, ils reconnurent la vérité de ce qui leur avait été dit de cet enfant. Et tous ceux qui les entendirent admiraient ce qu'ils leur rapporlaient. Or Marie conservait toutes ces choses dans son cœur en les méditant. Les bergers s'en retournèrent glorifiant et louant Dieu de toutes les choses qu'ils avaient entendues et vues, comme il leur avait été dit

C'est à de pauvres bei^ers que la bonue uou-

velle est annoncée d'abord, conformémenl à la parole de Jésus-Christ : «■ Les pauvres sont évaugélisés les premiers, et ils le seront toujours de préférence. » (Matth., XI, 5.) Les premiers ils en tenjdent la voix des anges louant Dieu de sa puissance et de sa miséricorde, et manifestent les deux principaux résultats de la naissance du Sauveur : la gloire rendue à Dieu au plus haut des cieux et la paix accordée sur la terre aux hommes de bonne volonté.

La gloire est rendue à Dieu, parce que par le sacrifice de Jésus-Christ, qui se fera obéissant jusqu'à la mort et jusqu'à la mort de la croix, l'humanité que le Verbe divin a revêtue, et c'est pourquoi il s'appelle le Fils de l'Homme , expiera en sa personne et par ses souffrances sa révolte primitive, et le second Adam lavera dans son sang le crime du premier. Le règne de Dieu est donc rétabli parnû les hommes, satisfaction est donnée à sa justice violée ; et sa bonté, méconnue et outragée par l'ingratitude, est de nouveau glorifiée par le dévouement et la reconnaissance. Il fallait que l'imprescriptible justice fût accomplie pour que 'ordre eût de nouveau le dessus, et que le triomphe momentané du mal snr le bien fût abattu. La miséricorde y a aidé ; car par elle seulengieiit, et par l'amour iniini de Dieu poiu* sa créa-

tnre coupable et malheureuse^ le Verbe diviu a

bien voulu s'abaisser jusqu'à nous, se faire semblable à nous I vivre et mouiir comme nous au milieu de nos infirmités, et enfin nous racheter eu payant par le plus grand des sacrifices le prix de notre rançon. « Vous avez été rachetés à im grand prix, » dit saint Paul. (1 Cor., VI, 20.) Ainsi la vérité et la miséricorde sont allées rune au-devant l'autre et se sont embrassées. {Ps. LXXXIV, 1 1 .)

Mais ce qui rendra à Dieu sa gloire donnera la paix à rhonune, paix dont il ne pouvait plus jouir depuis qu'il s'était séparé de son principe, et qu'il ne retrouvera que dans sa récondliation opérée par la médiation de Jésus-Christ , participant k cette fin comme moyen terme aux natures des deux extrêmes qu'il doit réunir. Donc, en Jésus* Christ, et par lui seulement, la paix de rhomnie avec Dieu est possible par le retour complet à Dieu , par son obéissance et la restitution de tout lui-même, pratiquées avec la foi, l'espérance et l'amour inspirés par la grâce du Sauveur, <iui peut seule rendre la volonté bonne et la remettre dans l'ordre. Paix des bonames entre eux par la justice dirétienne, qni, en rendant exactraient à chacun ce qui lui est dû et respectant les droits de tous, puis portant chacun a aimer son semblable comme soi-mtaae, c'est^nlire à ne point se préférer h

lui, détruit les motifs de collision, et les accorde dans une bonne volonté réciproque. Mais surtout paix des hommes entre eux par la charité, qui, animée de l'esprit de Jésus-Christ et de son sacrifice pour tous, se dévoue à la gloire do Dieu et au bien de ses frères, renonçant au monde et k soi-même pour suivre le Sauveur jusqu'à la mort et à la mort de la croix, s'il le faut , ce qui est la perfection de la Jbonne volonté. Enfin, paix de riiomme avec luimême, parce que la grâce de Jésus- Christ peut seule rétablir Tharmonie entre la loi de son âme et celle de son corps, troublée par le péché et ses suites , dont il ne peut être délivré autrement avec certitude. C'est là surtout ce qui lui remet la paix au cœur, par Tabsolution donnée au nom de Jésus-Ghrist aux hommes de bonne volonté^ c'est-à-dire à ceux qui, par le sentiment, Taveu et la détestation du mal commis, et le désir sincère de l'expier et de ne plus^ le commettre, font tout ce qui est en leur pouvoir pour profiter de la vertu libératrice.

GonsMérons maintenant les bergers devant la crèche de Jésus. Après avoir entendu les premiers la voix des anges, les premiers encore, après Marie et Joseph, ils ont le bonheur de contempler TEn* fant divin et de l'adorer. Ils apportent au Verbe incarné les prémices de l'hramiage d'Israël , comme to«t à l^eure les rois de TCMent offriront

celui des nations, en sorte que le genre humain

tout entier sera représenté auprès de ce divin berceau, le plus misérable des berceaux par Tapparence, puisque c'est la crèche d'une étable, le plus magnifique en esprit et en vérité, puisqu'il contient le salut du monde. Ici encore, comme dans ' toutes les œuvres de Dieu et plus qu'en aucune , parce que la Rédemption est la plus grande de toutes. Dieu manifeste sa puissance par les instruments les plus faibles en apparence, et il fait sortir les plus grandes choses des plus humbles commencements, comme pour confondre la sagesse et la force des hommes. (1 Cor., I, 27.)

Auprès de la crèche ils trouvent Marie et Joseph en contemplation, en adoration devant le niystère vivant qui vient de s'accomplir. Ils racontent avec admiration, avec bonheur, ce qui leur a été annoncé par les anges, et Marie, qui les écoute dans un transport maternel contenu par son humilité, reçoit leurs paroles dans son cœur, les comparant à celles qui lui ont été dites par Fange Gabriel au jour de TAnnonciation, et par sa cousine Elisabeth^ quand elle l'a saluée du nom de la mère de Dieu Ainsi a toujours fait la sainte Vierge, la nouvelle £ve ou la femme régénérée, qui devait réparer par sa foi et son obéissance le mal commis par la vaine curiosité et l'insoumission de la première. Elle est l'admirable modèle de la femme chré-

. tienne, toujours pure, simple , pleine de grâce et

de dignité, mais aussi de réserve et de modestie, ne se mettant jamais en avant et s'effagant pour ne voir et ne faire que la Tolonté divine, aussi con* tenue dans sa joie que dans sa douleur, et se disant à elle-même comme aux autres en regardant Jésus- Ghrist : « Faites tout ce qu'il vous dira. »

PRATIQUE

Écoutons la voix de notre bon ange dans notre cœur, comme les bergers ont cru à celle des anges, et comme eux aussi elle nous mènera à la crèclie du Sauveur, objet de notre foi, de notre espérancei de notre amour, et auprès de Marie, qui nous apprendra à méditer les vérités éternelles.

' PBIÈRE.

Dieu tout puissant, conduits par la lumière nouvelle de votre Verbe incarné, accordez-nous la grâce de faire éclater dans nos œuyres les lumières dont la foi éclaire notre, entendement. Par notre Seigneur, etc.

M£SS£ nu JOUA.

£PITR£ (aux Hébreux, I, M2}.

Dieu^ qui avait parlé autrefois à nos pères en divers temps et de différentes manières^nous a

parlé dans ces derniers jours par son Fils, qu'il a fait héritier de toutes choses, par lequel il a créé les siècles. Et comme il est la splendeur de sa gloire et la figure de sa substance, soutenant tout par la puissance de sa parole, après nous avoir purifiés de nos péchés, il est assisiiu plus haut des cieux à la droite de la Souveraine Majesté, d'autant plus élevé au-dessus des anges, que le nom dont il a hérité, est plus excellent que le leur. Car qui est Tange à qui Dieu ait jamais dit : Vous êtes mon fils, je vous ai engendré aujourd'hui. Et ailleurs. Je serai son père et il sera mon fils. Et lorsqu'il introduit son premier-né dans le monde, il dit : Que tous les anges de Dieu l'adorent. Aiissi l'Écriture dit touchant les anges : Dieu a fait des esprits ses envoyés, et des flammes de feu ses ministres, mais au Fils : Votre trône, ô Dieu, est un trône éternel; le sceptre de votre empire est un sceptre d'équité. Vous avez aimé la justice et vous avez haï l'iniquité; c'est poiu:quoi, ô Dieu, voire Dieu vous a oint d'une huile de joie au-dessus de tous ceux qui participent à votre gloire. Et ailleurs : Seigneur, vous avez

créé la terre dans le commencement , et les deux sont Touvrage de vos mains. Ils.périront, mais vous demeurerez. Ils vieilliront comme un vêtement; vous les changerez comme un manteau et ils seront changés. Mais vous, vous êtes toujours le même et vos œuvres ne finir ront point.

Ici encore FEglise emprunte les paroles de saint Paul, pour nous dire la natare, la dignité, la fonction et la gloire du Sauveur qui vient de naître. Sa nature est celle de Dieu même, comme l'Apôtre l'affirme ailleurs. {PhUip.y II, 6.) Quoiqu'il eût la forme de la divinité , il n'a pas dédaigné de prendre celle du serviteur. Il est Dieu comme son Père ; car il est la splendeur de la gloire et l'image de sa substance, donc de la même substance que lui, comme le rayon est consubstantiel au soleil. (Bibr., I, 3.) Par sa dignité il est au-dessus de toutes les créatures, parce qu'il a été engendré de foute éternité et qu'il est le Fils unique du Père, le premier engendré, que les auges du ciel doivent adorer. A lui seul il a été dit : « Tu seras mon fils et je serai ton père. » C'est pourquoi il est assis ail plus haut des cieux à la droite de la Majesté. Sa fonction est en raison de sa nature et de sa dignité; il a créé les siècles et il soutient tout par la puis-

sauce de sa parole, par le verbe de sa vertn ; il agit

et opère sans cesse comme le Père ; car il a dit : « Je fais ce que fait mon Père, et tout ce qui est à mon Père est à moi. >» (Jean, XYI, 1 5.) Je ne parle que de ce qui vient de mon Père. (Jean, XV, 15.) Qui voit le Fils voit le Père. (Jean, YUI, 9.) Mon Père et moi nous sommes un. (Jean, X, 30.) Ainsi la seconde personne de la sainte Trinité, consubs* tantielle aux deux autres , une en nature avec le Père et le Saint-Esprit, bien qu'elle en soit dis tinctepar ses propriétés, participe aux fonctions du Père et de TÈsprit, la création et la sanctification^ conune le Père et l'Esprit prennent part à Tocuvre de la Rédemption. Sa gloire est celle du Père, puisqu'il en est la splendeur ou le rayoïmement, et il est aussi élevé au-dessus des anges, que son nom est plus excellent. Les anges sont des serviteurs, des- envoyés, des ministres. Il est, lui, l'héritier de toutes choses, assis sur le trône éternel, portant le sceptre de justice, et oint d'une huile de joie et de triomphe plus que tous ceux qui participeront à sa gloire. Aussi la terre et les eaux, ouvrages de ses mains, périront; elles vieil-liront comme un vêtement ; il les changera coname un manteau; mais lui sera toujours le même, et ses années ne finiront point.

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