ÉVANGILE SELON SAINT JEAN, I
Au commencement était le Verbe, et le Verbe était avec Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était au commencement avec Dieu. Toutes choses . ont été faites par lui, et rien de ce qui a été fait n*a été fait sans lui. En lui était la vie et la vie était la lumière des hommes : et la lumière luit dans les ténèbres^ et les ténèbres ne l'ont point comprise» Il y eut un homme envoyé de Dieu qui s'appelait Jean. Il vint pour rendre témoignage à la lumière, afin que tous crussent par lui. Il n'était pas lui-même la lumière, mais il, vint pour rendre témoignage à la lumière. Celui-là était la vraie lumière, qui illumine tou^ honmie venant en ce monde. Il était dans le monde, et le monde a été fait par lui, et le monde ne Ta point connu. Il est venu chez lui, et les siens ne Tout point reçu. Mais il a donné à tous ceux qui Tout reçu le pouvoir d'être faits enfants de Dieu, à ceux qui croient en son nom, qui ne sont point nés du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l'homme, mais de Dieu. Et le Verbe s'est fait chair, et il a habité
parmi nous^ et nous avons vu sa gloire, la
gloire du Fils unique du Père, plein de grâce et de vérité.
Cet évangile peut être appelé la théologie du Verbe. L'apôtre saint Jean a été transporté par TEsprit divin jusque dans le sein de Dieu, où il a contemplé la génération éternelle du Fils par le Père, et il enseigne que le Fils ou le Verbe, expression adëqnate du Père, image substantielle de son essence, est un avec le Père dans l'unité du Saint-Ësprity qui est le lien de leur amour^ et ainsi qu'il y a un seul Dieu en trois personnes, un par l'identité d'essence, de gloire et de naajesté, et trois par la distinction des propriétés personnelles. Puis, à la fin de cet évangile saint Jean anaonce que le Verbe s'est fait chair, qu'il a habité parnû 4ionSj et que, malgré son abaissement volontaire, qui a consenti à revêtir la misérable nature de l'humanité pour la sauver , il s'est néanmoins manifesté conune le Fils unique du Père par la lumière de Téternelle vérité que sa parole a révélée aux hommes, et par les grftces du ciel dont toute sa personne était remplie, et qu'il a répandues et répand encore sur la terre par sa vie, par sa mort et par le ministère saoré de son
Église.
Dans les deu états du Verbe ou du Fils de Dieu^
d'un côté dans le sein du Père et daiis le bonheur et la gloire de l'éteriielle génération^ de l'antre ' dans son union avec rhumanité par l'Incarnation OU comme Dieu fait homme, Tapôtre nous montre la donble manifestaticm de Celui par qni tontes choses ont été faites, et qui est par conséquent en principe la vie de tous les êtres, puisqu'il la leur donne. Mais dans les créattires intelligentes, et ainsi dans l'homme, qui a un esprit fait pour connaître ia vérité^ la vérité étant la lumière, la vie la plus pure de rhmnme, celle de son esprit^ est aussi lumière, et c'est pourquoi le Yerhe est la lumière des henunes.
Mais cette Inmière a brillé de deux manières, en deux temps différents. L'apôtre dit qu'elle a lui dans les ténèbres qui ne Tont point reçue/ Le premier cas est celui de la manifestation de Dieu par la nature, ou de ce qu'on peut appeler dans un sens restreint la révélation naturelle, les hommes aveu* glés par leurs sens et leurs passions n'ayant point compris tout ce que Dieu a fait connaître de lui et de ses perfections invisibles par les choses visibles. n Aussi, dit saint Paul, ils ont été inexcusables. » {Bom. I, 20.) La lumière divine, répandue dans la nature, a lui dans les ténèl»m de leur raisiHi, qui n'en a point été assez éclairée pour s'élever des eréatores au Créateur. Elle a confondu la divinité avec ses œuvres, et a rendu à ce qui passe Thom-
mage dû seulement k l'Éternel. C'est l'histoire de ridolâtrie des nations.
Cependant le Verbe divin s'est révélé d'une autre manière, mtUtifariam muUisque modis, dit saint Paul {Hébr. I, 1) : parles patriarches, par les sages et les prophètes parlant au nom de Dieu au peuple choisi, et enfin personnellement, directement par Jésus-Christ ou Dieu lui-méine fait homme pour instruire et sauver les hommes. C'était toujours la même lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde ; mais cette fois elle est venue en personne dans le monde, et le monde ne l'a point connue. Elle est venue chez les siens in propria j chez cette nation que Dieu s'était choisie et avait préparée dès le commencement pour être Tinstrument de la grande œuvre de sa miséricorde, et les siens, le peuple élu, les enfants d'Abraham, du père des croyants, ne l'ont pas reçue. Quelques-uns seulement l'ont reçue, et par sa vertu ils sont devenus des créatures nouvelles, régénérées par l'eau et l'Esprit, enfants adoptifs de Dieu par une filiation surnaturelle , où le sang, la chair et la volonté de Thomme n'ont point de part. C'est par cette génération que l'Église a été fondée en la personne des apôtres et par leur foi , quand le Seigneur leur a communiqué le Saint- Esprit et leur a donné la mission d^enseigner toutes les nations , les baptisant au nom du Père,
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du Fils et du Saint-Esprit. Cette procréation des enfants de Dieu snr la terre se continue dans l'Église , la mère des âmes, par l'application continuelle du sacrement régénérateur qui leur transmet la vie divine, par renseignement de la parole éternelle qui entrelient cette vie en elles, par l'eucharistie qui leur procure le pain du ciel, et par les autres sacrements et tous les moyens de grâces et de bénédictions dont TÉglise dispose. Aussi, comme elle n'est point le produit de la chair, ni du sang, ni de la volonté de Phomme, cette vie pure et sublime du ciel et des anges, cette fleur de la vie de l'âme, qu'on appelle spécialement la vie spirituelle, la spiritualité, et qui est une participation plus intime à la vie même de Dieu, a une répugnance native pour tout ce qui tient aux instiacts, aux appétits, aux désirs de la chair et du sang. Mie se dégage le plus qu'elle peut des mouvements, des entraînements et des affections de la nature inférieure, de tout ce qui provient de la génération chamelle, de la concupiscence animale , pour ne suivre , autant qu'il est possible ici-bas, que les attraits de la grâce et les motions de r£sprit divin. L'âme née de Dieu et non de la volonté humaine , mue par l'Esprit divin , qui fait les enfants de Dieu (Rom.y YIII, 14), se dépouille le plus qu'elle peut par le renoncement au monde et à elle-même de sa volonté propre, de son esprit
propre , afin de ne plus rechercher et opérer en toutes choses que la vérité^ la justice et le bien, exfiressLons éternelles de la volonté divine.
Enfants de Dieu par îe baptême et par notre foi, soyons-le aussi par toutes nos actions et dans toutes les positions de notre vie. Que notre âme, régénérée par le sang de Jésas-Ghrist, ne se montre point indigne de son illustre naissance ; et puisqu'elle est ressuscîtée à la vie du ciel avec son sauveur, qu'elle cherche avant tout les choses du ciel , et ne se dégrade plus par le goût de celles de la terre.
PRIÈRE
Faites, Dieu tout-puissant, que parla naissance de votre Fils unique» qui s'est revêtu de notre chair mortelle, nous jouissions d'une liberté parfaite, après avoir langui si longtemps dans la servitude et sous le joug du péché. Par Jésus-Christ^ notre Seigneur, etc.
LE DISLINCHE DANS L'OCTAYE DE NOËL.
ÊPITRE (aux Galates, lY, 1-7).
Tant que rhéritier est encore enfant, il ne
diilère point d'un serviteur, quoiqu'il soit le mattre de tout ; mais il est sous Ja puissancedn tuteur et du curateur, jusqu'au temps marqué par son père. Ainsi, lorsque nous étions encore enfants, nous étions assujettis aux éléments du monde. Mais quand les temps ont été accomplis. Dieu a envoyé son Fils formé d'une femme et assujetti à la loi pour racheter ceux qui étaient sans la loi, afin que nous devinssions ses enfants adoptifs. Et parce que vous êtes ses enfants. Dieu a envoyé dans vos cœurs r£sprit de son Fils, qui crie : Abba, mon Père. Aucun de vous n'est donc plus serviteur, mais enfant. Que s'il est enfant, il est aussi héritier de Dieu par Jésus-Christ.
En nous faisant lire cette portion de l'Epître aux Galates pendant l'octave de Noël, r%lise nous
64 BIMANCHS DANS L'OGTAVË DE NOËL.
rappelle en premier lieu rimmense bienfait de la
descente du Verbe divin sur la terre et de laccompiissement de la mission par laquelle il a délivré les hommes de l'empire du mal et de la servitude de la loi ancienne , destinée à le combattre sans pouvoir jamais le détruire, et ne réunissant le plus souvent qu'à le faire abonder. De serviteurs et d'esclaves nous sommes devenus les enfants adoptifs de Dieu, par le baptême , qui nous fait un avec Jësus-Christ , puisqu'il nous fait membres de son Église, qui est son corps, et par la foi en sa parole, par laquelle il participe à son Esprit, le chrétiens en lui TEsprit du Fils de Dieu, qui dans sa prière crie vers le ciel comme Jésus, mon Père, mon Père, Âbba, Pater, et dans sa conduite doit le mouvoir et le diriger dans ses rapports avec Dieu comme un enfant vis-à-vis de son père. De là sa confiance en Dieu, qu'il sait être son Père, et dont il se sent non plus le serviteur, mais Tami, mais l'enfant, ou le fils adoptif appelé aussi à l'héritage du Père. Les frères de Jésus-Christ sont les cohéritiers de sa gloire.
Mais il y a encore dans ces paroles un autre sujet de méditation et qui se rapporte à Tétat des chrétiens d'aujourd'hui. Assurément nous ne sommes plus tentés comme les juifs ou les Galates du temps de saint Paul de revenir à Tobservation cérémonielle de la loi mosaïque,' et de mêler le