ÉVANGILE SELON SAINT LUC, XV
Les publicains et les pécheurs s'apprôchant de Jésus pour l'écouter, les pharisiens et les scribes en murmuraient, disant : Quoi, cet homme reçoit les pécheurs et mange avec eux« Alors il leur proposa cette parabole : Qui d'entre vous, s'il a cent brebis et s'il en perd une, ne laisse les quatre-vingt-dix-neuf autres dans le désert pour courir après celle qui est perdue, jusqu'à ce qu'il la trouve? Et quand il l'a retrouvée, il la met avec joie sur ses épaules, et de retour à la maison, il i uuuil sus amis et ses voisins et leur dit : Félicitez-^moi, parce que j'ai retrouvé ma brebis qui était perdue. Ainsi, je vous le dis^ il y aura plus de joie au ciel pour
un seul pécheur qui fait pénitence que pour quatre-Yingt-dix-neuf justes qui n'eu ont pas besoin. Ou qui est la femme qui, ayant dix drachmes et en ayant perdu une, n'allume sa lampe, ne balaye sa maison, et ne cherche avec soin j usqu'à ce qu'elle la trouve ? Et après l'avoir trouvée, elle réunit ses amies et ses voisines et leur dit : Félicitez-moi, parce que j'ai retrouvé la draclime que j'avais perdue. Ainsi, je vous le déclare, il y aura une grande joie parmi les anges de Dieu pour un seul pécheur qui fait pénitence.
Cet évangile nous offre à la fois une leçon frappante et une douce consolation. Il met en regard la rigueur de la justice phuisiemie et la misé*» ricorde de celle de Jésus-Christ. Les pharisiens s mdigneni de le voir accueillir des publicains, des pécheurs; il se laisse approcher et entourer par eux, il manège même avec eux! Ils disent dans leur cœur ce que murmurait Simon, voyant Madeleine qui lui baisait les pieds, les arrosait de ses larmes,, et les essuyait de ses cheveux : Si cet homme était prophète, il saurait que cette femme est une pé« cheresse....(Luc^ VU, 39.) Kesemple duMaltie nous apprend donc ici à distin|;uer le péché du
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pécheur. Détestons le péchn qui offense la justice diiône, aimons le pécheur, parce qu'il eal un ea^ faut de Dieu, parce qn'il 68t notre frère selon la nature et en Jésus-Christ , et enfin h cause de sa faiblesse et de sa misère ; car quel malheur plus déplorable que de vivre en Topposition avec Dieu? Jésus-Christ l'aime, non parce qu'il est pécheur, mais quoiqu'il le soit et par le désir qu'il cesse de l'être. U Taime comme le médecin aime son ma^ lade, pour le guérir, et c'est pourquoi il a dit : « Le médecin ne vient point pour ceux qui «e por^ tent bien, mais pour cenx qm souffrent. » (Lac, Y, 12.) Il l'aime comme le bon pasteur aime la brebis perdue et malgré sa perdition. U court donc après elle, la cherche par monts et par vaux, lais* saut pour elle celles qui sont à la bergerie. Il n'a point de repos qu'il ne Tait retrouvée , et alors comme elle s'est épuisée par son égarement et ne peut plus se soutenir seule, il la prend sur ses épaulas ot la rapporte joyeux au bercail. Quelle le* çon pour nous, qui la plupart du temps sommes^ portés à juger les autres si sévèrement, et cela, hélas I bien plus par un retour ^oïste sur nous*» mêmes, et afin die nous élever en rabaissant le prochain, que par une peine sincère de voir l'équité méconnue ou violée? C'est donc une justice plwrisaSque, qui vient de notre orgueil plus que de notre conscience, et dans ces cas, à coup sûr.
TKOISIÈMË DIMANCHE
nous avons plus de plaisir de pouvoir blâmer Itii^ autres» que nous ne ressentons de peine de leurs
fautes. Soyons donc, à l'exemple de Jésus-Christ, plus indulgents pour la faiblesse de nos semblables, même y eût^il du scandale, comme certainement la conduite de Madeleine avait dû en causer. Rappelons*nous que ces hommes dédaignés par les pharisiens sont devenus les plus fidèles amis du Sauveur, et que Madeleine, la pécheresse, la femme décriée, a réparé ses hontes par sa pénitence, et qu'il lui a été beaucoup pardonné, parce qu'elle a beaucoup aimé (Luc, VII, 4). N'oublions pas la parole de saint Paul, que nous devons être disposés à regarder tous leis autres comme meilleurs que nous ; et en elTet^ qui connaît ce qu'il y a au fond des cœurs et ce que la ^ràce de Dieu peut en tir^r, malgré les pensées des hommes ?
La consolation, jointe à la leçon, c'est de pouvoir espérer cette grande miséricorde pour nousmêmes, quels que soieAt nos fautes et notre
égareiuent. La brebis perdue s'élait bien éloignée du bercail , puisque le bon pasteur a eu tant de peine à la rejoindre, et cependant il ne Ta point abandonnée à elle-mcmc, comme elle le méritait; il Ta rapportée sur ses épaules. Ainsi a fait le Pasteur des pasteurs, qui a porté sur la croix les imqnités de tous les hommes. Ainsi les pasteurs qu'il a envoyés, et qu'il enverra jusqu'à la fin des
APRÈS LA PKISÏËCOm
siècles, doivent faire pour les ouailles qu'il leur confie. La sonrce de la miséricorde coule toujours intarissable, et oous ii*avoD$ qu*à en approcher les lèvres de notre âme pour en être rafraîchis, péné* très, réconfortés. Allons donc au Sauveur avec confiance , même quand nous sommes coupables ou malades. Allons à lui, comme autrefois ces humbles publicains , ces pauvres pécheurs , attirés par sa douceur, par le charme divin de sa parole et qui y cherchaient instinctivement leur salut, pendant que les pharisiens s'indignaient de la tolé* rance du Maître et de leur audace. Pécheurs ou non, sa parole sera toujours pour nous la parole de vie, et nous serons heureux, si après avoir bien voulu nous instruire des choses éternelles par l'enseignement de son Église, il daigne aussi nous admettre à sa table et nous nourrir du pain du ciel.
PRATIQUE
Ayons autant d'indulgence pour le pcclicur que d'horreur pour le péché. Cherchons à excuser le prochain plutôt qu'à Taccuser, même quand il est coupable, et si Tun de ceux qui dépendent de nous s^^fare dans Te désordre, faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour le ramener au bien, même par des sacrifices.
PRIÈRE