‹ Méditations sur les vérités de la foi et de la morale (volume 2)Chapitre 100 sur 168 · K2 MÉDITATIONS · texte numérisé non relu

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soi-même, d'examiner sa conscience, de compter ses péchés. Plus vous vous éloignez de Dieu et Dieu de vous, plus il est difficile de retrouver la bonne voie et d'y rentrer. Mes plaies se sont corrompues et ont formé de la pourriture par ma folie, disait le roi-prophète, qui l'avait éprouvé (1). Mais celui qui purifie son âme plus fréquemment tombe plus rarement, plus légèrement, et se relève plus facilement.

2° Il ne faut pas cependant, comme il arrive à plusieurs, que la préparation soit faite avec plus de négligence parce que la confession est plus fréquente. La pénitence est la seconde planche après le naufrage, sans laquelle il y en aurait très-peu qui arriveraient au port du salut, parce que parmi les adultes il y en a peu qui puissent présenter leur robe d'innocence au tribunal de Jésus-Christ. Il est donc facile de voir combien il importe de faire pénitence comme il faut pour parvenir à la vie éternelle, ce qui ne peut avoir lieu sans une grâce du Saint-Esprit, laquelle on doit demander avec ardeur et humilité.

Ensuite doit venir l'examen sérieux de tout ce qu'on a dit, pensé, commis ou omis depuis la dernière confession, en parcourant non seulement les commandements de Dieu et de l'Eglise, mais aussi les devoirs propres de son état et de sa condition, comme on rapporte qu'autrefois un prêtre pieux le dit à l'empereur Charles. Vous avez, dit-il, accusé les péchés de Charles, maintenant accusez ceux de César. On doit s'examiner plus longtemps à proportion du temps plus long que l'on a mis entre une confession et l'autre, et avec d'autant plus d'attention qu'on a péché plus souvent. Vous vous trompez si vous pensez qu'après un long espace de temps et une habitude invétérée de pécher, une demi -heure ou même une heure peuvent suffire pour trouver vos fautes. C'est

(1) Ps. 37.

à peine si vous jetez un coup d'œil sur votre vie et si vous la considérez avec un esprit attentif; vous choisissez les fautes extérieures les plus remarquables, vous négligez tout le reste. Une si grande nonchalance ne saurait être excusable auprès du Juge sévère, et vous n'êtes pas digne de pardon si vous oubliez quelque faute, ce qui est très-vraisemblable.

Cependant il y a un milieu en toute chose : si vous vous confessez souvent, que vous examiniez chaque jour sérieusement votre conscience et vos actions, je ne voudrais pas que vous fussiez scrupuleux, inquiet, troublé par une crainte immodérée en croyant voir partout des monstres cachés, de manière à employer presque tout votre temps à l'examen de conscience, tandis qu'il serait mieux employé à vous exciter à la contrition.

3° Il arrive cependant plus souvent que le sacrement perd son prix et sa valeur, qu'il est même profané par un sacrilège horrible, à cause du défaut de contrition plutôt qu'à cause du défaut d'examen. Vous devez donc tourner toutes les forces de votre âme et apporter tous vos soins à déplorer avec une douleur appréciativement souveraine tous les péchés qui offensent Dieu gravement et que vous avez commis, en vous remettant sous les yeux et en considérant avec maturité les motifs qui sont capables d'émouvoir votre esprit et d'exciter votre cœur à la contrition ; car cette formule que vous avez coutume de réciter sans réflexion et sans attention, elle signifie une sincère douleur; peut-être même vous en saisissez le sens ; mais, croyez-moi, vous donnez des paroles et rien de plus ; c'est un mensonge, c'est un sacrilège.

Cette douleur est une partie essentielle du sacrement; elle n'est pas seulement nécessaire lorsqu'on a des péchés graves à déclarer, mais aussi lorsqu'ils sont véniels. Cependant, moins ils sont frappants, plus il est difficile d'en avoir de la douleur ; il est alors fort à propos d'en choisir quelques uns de sa vie passée que l'on déclare

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de nouveau au prêtre, afin d'avoir un puissant motif de contrition.

Cependant il n'est pas nécessaire d'éprouver par une commotion sensible le sentiment de la douleur intérieure ; il n'y a pas même besoin de larmes; car elles ne sont pas toujours une preuve d'une vive contrition. Quelquefois elles ne proviennent que d'une disposition toute naturelle, d'un bon cœur, de l'appréhension d'un mal temporel ou de quelque motif tout humain. Lorsque vous aurez fait tout ce qui dépend de vous, ne soyez pas présomptueux, mais n'ayez pas aussi de l'inquiétude; le reste ne dépend pas de vous. Souvent l'inquiétude ne prouve qu'une défiance de la bonté de Dieu, un fonds d'amour-propre et un orgueil secret. En voulant vivre sûrs de notre salut et de l'état de grâce, nous ne pouvons supporter cette humble condition de notre nature par laquelle l'homme ne sait s'il est digne d'amour ou de haine.

4° La contrition n'est pas seulement la haine de la vie passée, mais encore le ferme propos de mener une meilleure vie. Si ce propos n'est point sincère et efficace, l'absolution est nulle ; il y a sacrilège. Là où il n'y a pas d'amendement, la pénitence est vaine, dit Tertullien. Que vous semble maintenant de toutes vos confessions? Je ne vous dirai pas ce que j'en pense moi-même, mais je vous montrerai ce que vous devez en penser. C'est une résolution vague et indéterminée que vous prononciez de bouche, en disant que vous préfériez mourir que d'offenser Dieu; et qu'a-t-elle produit? Elle devait corriger vos vices; qu'a-t-elle corrigé? Elle devait arracher le vice; qu'a-t-elle arraché ? Elle devait détruire l'habitude du péché; l'a-t-elle seulement diminuée? Elle devait éloigner l'occasion ; qu'a-t-elle éloigné? réparer le mal; qu'a-t-elle réparé? apporter un remède; qu'a-t- ^lle apporté ? empêcher la chute, et vous êtes retombé lans le bourbier, comme le pourceau qu'on vient

de laver, comme le chien qui retourne à son vomissement (1).

Je conviens que la pénitence ne rend ni invincible, ni inaccessible aux traits de l'ennemi, ni moins enclin au mal, ni moins inconstant, et qu'elle ne détruit pas tout d'un coup la fragilité; que, par conséquent, la rechute dans les mêmes péchés, surtout lorsqu'ils sont légers, n'est pas toujours une preuve infaillible qu'il n'y a pas eu une sincère pénitence, ni une vraie contrition. Cette crainte fatigue même quelquefois trop fortement les âmes timides, et les éloigne mal à propos des sacrements. Cependant, si vous avez un ferme et sincère propos de mourir plutôt que de pécher, la rechute ne sera ni si prompte, ni si fréquente, ni si délibérée; on va avec plus de précaution, on tombe plus légèrement, plus rarement, et l'on se relève plus promptement. Là où il n'y a pas d'amendement, la pénitence est vaine.

Il ne manque peut-être pas un certain désir d'amendement, tel qu'on en voit même chez les hommes abandonnés; mais il n'y a pas une véritable volonté, une volonté ferme et sincère. Ce qui le prouve, c'est que vous allez tantôt vers un prêtre, tantôt vers un autre, de telle manière qu'aucun confesseur ne connaît votre mauvaise habitude, et qu'il ne peut voir ni votre esprit, ni votre caractère. Ce qui le prouverait plus encore, ce serait si vous quittiez le plus exact pour en chercher un plus facile, car alors vous cherchez une absolution, vous ne cherchez pas à vous corriger; vous ne prenez pas pour votre âme comme pour votre corps un médecin qui vous guérisse, mais celui qui vous flatte.

5° Après avoir pris une sincère résolution de vous corriger, vous vous jetterez aux genoux du prêtre, comme si c'était Jésus-Christ, pour demander au Juge infiniment miséricordieux le pardon de vos péchés par la confes-

(i) II Petr. 2.

sion. Il faut que celui qui s'approche du tribunal de la divine miséricorde soit pénétré d'amour, de respect, de crainte et de confiance. Alors, mon fils, n'ayez pas honte de dire la vérité pour le salut de votre âme; il y a une confusion qui conduit à la grâce et à la gloire. Ne craignez donc pas de dire vos péchés (d).

La vérité, la simplicité, l'humilité, doivent être les compagnes inséparables du pénitent. On ne doit rien exagérer par scrupule ; laissez toutes les subtilités, les ambiguïtés, les circonstances qui ne servent de rien, et qui sont moins capables de faire connaître votre état que d'apporter du désordre et de la confusion dans l'accusation que vous faites. N'excusez rien, n'affaiblissez rien par orgueil; que la passion ne vous fasse rien dire par artifice ou en falsifiant ; que la honte ne vous fasse rien dissimuler. Il lui arrive quelquefois de raconter fort légèrement les choses honteuses et de n'en donner que comme en passant une bien légère esquisse, tandis qu'elle expose clairement et comme en plein jour des choses légères avec les plus amples détails, afin que le juge ne trouve pas le moyen de demander autre chose. Enfin ne passez pas par négligence les circonstances qui peuvent faire varier ou même changer le jugement du prêtre.

6° Il vous reste encore à recevoir les paroles et les avis du confesseur comme les paroles mêmes de Jésus-Christ; ensuite vous recevez l'absolution avec un grand respect et une profonde humilité, ayant la plus grande confiance que vos péchés sont pardonnes par les mérites du Sauveur Jésus ; puis vous rendez de sincères actions de grâces à la divine miséricorde de ce qu'elle exige des pénitences si légères pour de si nombreux et de si énormes péchés, et qu'elle accorde le pardon avec tant de bonté. Faites avec autant de dévotion qu'il vous sera possible la

.(1) Eccl. i.

pénitence qui vous aura été imposée, et que le délai ou l'oubli ne vous rende pas coupable de péché.

Interrogez-vous maintenant vous-même, et voyez si c'est avec une semblable préparation que vous avez reçu jusqu'ici le sacrement de Pénitence; si vous croyez qu'il n'en est pas ainsi, prenez vos précautions pour en corriger tous les manquements par une confession générale, et prenez la résolution d'être plus fidèle au bon propos que vous prendrez.

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