‹ Méditations sur les vérités de la foi et de la morale (volume 2)Chapitre 101 sur 168 · TRENTE -SIXIÈME MÉDITATION · texte numérisé non relu

TRENTE -SIXIÈME MÉDITATION

Sur le saint sacrifice de la Messe.

In omni loco sacrificatur et offertur nomini meo oblatio munda (\). C'est par un bienfait immense de la libéralité divine que nous avons une victime adorable, qui ne manque jamais, qui est sacrifiée et offerte à Dieu pour le rendre propice en faveur du peuple. Celui qui se plaint de ce que le Seigneur est irrité et qui éprouve sa colère, doit l'attribuer à sa négligence et s'efforcer de l'apaiser en lui offrant la sainte victime; il en obtiendra facilement et promptement ce qu'il désire, pourvu qu'il ne néglige pas certaines choses générales qui regardent le saint sacrifice et qu'il observe exactement ce qui a rapport aux principales parties de la Messe.

Ier Point. — Il faut d'abord que vous soyez toujours exact, respectueux, attentif et pieux en entendant ou en célébrant la Messe.

1° Pourquoi négligez-vous de célébrer la Messe ou d'y assister, lorsque rien ne vous empêche, et peut-être menulorsque l'Eglise vous l'ordonne sérieusement, tandis que vous pouvez en si peu de temps en retirer des fruits si abondants? Ignorez-vous que toute l'efficacité et toute la force des sacrifices qui furent offerts à Dieu depuis le

(I) Malach. 1.

commencement du monde par tout le genre humain pour honorer le Créateur, se trouve renfermée dans ce seul sacrifice, et que ces mêmes sacrifices n'étaient agréables au Seigneur que parce qu'ils étaient la figure de celui-ci? Cela est si vrai, que ce sacrifice est latreutique, c'est-à-dire offert pour reconnaître le suprême domaine de Dieu sur les créatures, pour témoigner notre dépendance et rendre au Seigneur un culte digne de sa majesté. Il est propitiatoire, c'est-à-dire offert pour détourner la colère de Dieu, pour obtenir le pardon et la miséricorde pour nos péchés, et nous l'obtenons. 11 est eucharistique, c'est-à-dire que nous l'offrons pour rendre à Dieu de dignes actions de grâces à cause de ses bienfaits. Enfin, il est impétratoire, c'est-à-dire offert pour obtenir la grâce et le secours en temps opportun ; nous y demandons enfin tout ce qui est nécessaire pour le soutien de notre corps et de notre âme.

Comment donc poUrrons-nous échapper si nous négligeons un tel moyen de salut (1)? C'est ainsi que parle l'apôtre à ceux qui ont reçu le pouvoir de consacrer. Ne négligez pas la grâce qui vous a été donnée par l'imposition des mains, dit-il à Timothée, et il y revient plusieurs fois. Le vénérable Bède avertit et presse aussi à sa manière tous les prêtres, en leur montrant les torts qu'ils se font en ne célébrant pas lorsqu'il n'y a pas d'empêchement. En agissant ainsi, le prêtre, dit- il, prive la sainte Trinité de louange et de gloire, les anges d'une grande joie, les pécheurs du pardon, les justes de secours, les âmes du purgatoire de soulagement, et lui-même de remède et de médicament. Ne regardez pas comme un légitime empêchement l'obstacle que vous opposez par votre mauvaise volonté, ni ce qui vous arrête par une volonté pire encore.

Cependant les prêtres qui célèbrent ne sont pas rares :

(1) Hebr. 2.

Jnomm loco sacrificatur. Si cela n'avait lieu que dans un saul endroit et si nous n'avions le droit d'exercer cette sainte fonction qu'une fois dans notre vie, tout le monde, je crois, voudrait faire le voyage pour y assister, dùt-on gravir des mains et des pieds pour en être témoin, et certes ce ne serait pas sans raison. Mais parce que ce divin sacrifice s'offre tous les jours jusqu'à midi et en tout lieu, vous gardez le repos, ou vous préférez le plus petit gain temporel à un si grand bonheur, et vous n'en rougissez pas. Quelle perte vous faites lorsque vous manquez à la Messe un seul jour! Elle est presque aussi grande que le prix du corps et du sang du Sauveur qui est offert. Elle est certainement plus grande que tout le profit que vous pouvez retirer de la journée entière. Quoi que vous fassiez, vous ne pouvez le comparer avec le mérite de ce sacrifice.

2° Il est vrai qu'il vaudrait mieux quelquefois s'en abstenir que d'y assister ; car pourquoi aller à l'église sans modestie, et que sert-il d'y paraître sans respect, d'y assister d'une manière indécente, ce que vous ne feriez pas devant un roi de la terre, d'y bâiller, de tourner la tête et les yeux, de saluer ses voisins, de rire, de causer à voix basse, d'éternuer, de se moucher, de cracher? Que sert, dis-je, une telle conduite? Vous n'honorez pas le Père dans son Fils, mais vous déshonorez l'un et l'autre, vous offensez les anges qui sont présents, vous profanez le temple et le sacrifice, vous donnez un scandale public au peuple fidèle, vous ne faites pas mémoire du sacrifice de la croix avec l'Eglise, mais vous le renouvelez en imitant la synagogue ; car vous n'y assistez pas comme disciple de Jésus-Christ, mais comme un bourreau, un satellite du démon, pour augmenter l'ignominie et les douleurs de la passion.

Il y a aussi une certaine irrévérence de la part du célébrant qui peut-être n'offense pas aussi gravement les yeux et les oreilles, et qui cependant n'est pas moins

injurieuse à Dieu : c'est de célébrer sans connaître assez les cérémonies, qui tiennent cependant toutes à la décence et au respect, de courir à l'autel le regard, élevé, de prononcer les paroles avec précipitation et à demi, d'adorer en fléchissant médiocrement les genoux, de toucher le corps et le sang de Jésus-Christ sans aucun signe, sans aucun sentiment de piété et de modestie, enfin d'accomplir un mystère qui fait l'admiration des anges, un sacrifice redoutable, d'une manière aussi indigne qu'indécente, sans se rappeler l'exemple d'Oza et des entants d'Aaron.

Si vous êtes ministre de Jésus-Christ et son disciple, si vous avez la foi, montrez-la par vos œuvres, et si vous croyez véritablement que le Seigneur est présent et qu'il est caché sous les espèces du pain et du vin, qu'il s'offre pour vos péchés, lorsque vous viendrez dans le temple, adorez-le à deux genoux, dans une posture humble et décente, avec crainte et tremblement, et ne crucifiez pas de nouveau le Seigneur de la gloire en vous rendant pire qu'un infidèle ; ne rendez pas votre Juge implacable, lui qui veut être votre sauveur et votre médiateur ; ne le provoquez pas par vos outrages impudents et imprudents.

3° Afin que Dieu vous préserve d'un si grand malheur, allez à la Messe comme à l'autel du Calvaire, éloignez au plus tôt les pensées inutiles et vaines, choisissez-vous un lieu où la foule ne soit pas capable de vous distraire et où vous puissiez voir le prêtre à l'autel et entendre les prières, ou bien faites la fonction de celui qui sert ; vous en retirerez un plus grand avantage. Un roi d'Espagne ne voulait céder cette fonction à aucun autre, mais il la remplissait lui-même par humilité et par piété.

Etant plein de respect et profondément recueilli, soyez bien persuadé que le temple est rempli de la majesté de Dieu, que les anges viennent en foule pour adorer leur Roi, tandis que les démons s'enfuient, à moins que vous

ne leur accordiez un asile dans le fond de votre cœur. Offrez le saint sacrifice à Dieu le Père généralement pour les quatre fins dont nous avons parlé, et en particulier pour tous les fruits que vous voulez en retirer. Comme la puissance et l'efficacité de ce sacrifice est infinie et qu'il peut tout, ouvrez la bouche de votre cœur et étendez par votre attention l'application qui en limite les effets autant que vous le pourrez, afin qu'il soit utile au bien et au salut de tous les fidèles en plusieurs manières.

Lorsque le prêtre paraît, ne détournons pas les yeux de dessus sa personne , imitons intérieurement toutes ses actions, et continuons ainsi depuis le commencement jusqu'à la fin. Mais le prêtre doit lui-même donner l'exemple et servir de modèle à tout le peuple ; il doit non seulement être attentif à ce qu'il lit et à ce qu'il fait, mais encore attirer l'attention des assistants ; il doit dire à voix basse ce qui doit être dit à voix basse, et distinctement ce qui se dit à voix médiocre, sans précipitation, sans hésitation et sans hauteur ; il ne doit rien y avoir qui sente la déclamation, rien qui choque les oreilles, rien sur son visage qui soit recherché ou en désordre, rien dans sa pose ou ses gestes qui soit grossier ou de mauvaise grâce, enfin rien sur sa personne qui sente l'affectation. Tous les défauts du célébrant frappent les assistants et leur donnent des distractions ; ils excitent la risée et provoquent l'indignation.

4° Comme chacun retire des fruits plus ou moins abondants selon sa dévotion, il faut l'exciter et la ranimer par divers actes et diverses affections; si l'on ne se soutient pas ainsi pour remplir le temps, peu à peu l'esprit commence à s'égarer, il ne s'aperçoit plus que de la lenteur du prêtre. Il est bon d'entremêler des prières vocales, que l'on récite ou sur un livre ou de mémoire. Pour ne rien perdre d'un don si précieux, ne laissez jamais engourdir votre esprit dans l'oisiveté ou dans l'ennui. Pour enseigner nomment on peut exciter sa piété dans l'exer-

~2ti-2 MÉDITATIONS.

cice de divers actes de vertu et sans peine, nous parlerons des diverses parties de la Messe. Ce que nous dirons pourra servir au célébrant et l'aider à exciter et à augmenter sa dévotion. Nous le suivrons pas à pas.

IIe Point. — 1° A Y Introït, confessez humblement vos péchés avec le prêtre, afin qu'ils ne soient pas un obstacle à la grâce céleste, et que les souillures de votre conscience n'offensent pas Dieu, qui est présent. Ainsi, suppliez la bonté divine avec un cœur contrit et le bon propos de vous corriger; vous direz avec le publicain en vous frappant la poitrine : Seigneur, ayez pitié de moi, qui suis un pécheur. Or, comme il arrive que plus vous êtes chargé de péchés, moins vous êtes contrit, conjurez le Seigneur que, selon votre espérance et selon l'enseignement du concile de Trente, il vous pardonne vos péchés énormes, vous accorde la grâce et la miséricorde par l'oblation du saint sacrifice.

2° A l'Epître, attendant avec les patriarches et les prophètes la venue du Dieu sauveur, demandez-lui qu'il vous rende digne de le voir, quoique sous l'espèce qui le cache, et que vous soyez capable à sa venue de le recevoir avec la dévotion et le respect convenable.

3° Pendant la lecture de l'Evangile, excitez votre foi, et, en vous tenant debout devant le Seigneur, demandez-lui qu'il vous rende toujours prêt et capable de donner votre vie et votre sang pour la défense de la foi catholique, toujours disposé à conformer votre vie et vos mœurs aux règles de son divin enseignement; fortifiez votre esprit dans cette sainte résolution.

4° A l'Offertoire, vous dirigerez votre intention en vous rappelant celle que vous avez eue au commencement. Vous offrirez au Père éternel son Fils pour la gloire et l'honneur de la sainte Trinité, en l'honneur de la bienheureuse Vierge et de tous les saints, de ceux spécialement que vous invoquez comme vos patrons, à l'avantage de la sainte Eglise, et spécialement pour vos parents et

vos proches, pour vos bienfaiteurs et vos amis vivants ou morts, enfin pour vos ennemis; car c'est le précepte du Seigneur : Orale pro persequentibvs et calomniant ibus vos (1). Si vous pardonnez aux hommes leurs fautes, votre Père céleste vous remettra les vôtres; mais si vous ne pardonnez pas, votre Père céleste ne vous pardonnera pas.

5° A la Préface, élevez à Dieu votre esprit et votre cœur, et vous plaçant comme au milieu du chœur des anges, des trônes, des dominations et de toute la cour céleste, vous chanterez l'hymne à la gloire de Dieu, en disant avec eux : Saint, saint, saint est le Seigneur des armées!

6° A la Consécration, après avoir adoré Jésus-Christ avec une ferme foi et un profond respect, il convient que vous choisissiez une circonstance de la passion pour la médites, car la Messe en est un mémorial. Divisez la semaine en sept stations : le dimanche, vous vous représenterer Jésus au jardin des Olives; le lundi, lorsqu'il reçut un soufflet chez Anne ; le mardi , conspué et tourné en dérision chez Caïphe ; le mercredi, accusé et accablé de calomnies en présence de Pilate ; le jeudi, méprisé et tourné en dérision chez Hérode ; le vendredi, flagellé et couronné d'épines; le samedi enfin, vous vous le représenterez portant sa croix, suspendu à ce gibet, et mourant pour vous; vous examinerez son côté ouvert pour vous recevoir dans son cœur.

7° Après cela, lorsque le prêtre a achevé lOraison Dominicale, vous préparerez votre âme à la communion spirituelle en récitant les actes, car celte espèce de communion est une excellente manière d'arriver à l'autre. Ainsi, il faut exercer votre foi à l'égard du sacrement adorable et vous représenter le Seigneur comme si vous le voyiez en réalité ; il faut exercer et exciter l'espérance, afin qu'appuyé sur la miséricorde et la bouté divine, vous

(1) Mattli. 5el0

en retiriez des fruits abondants pour votre âme; excitez votre charité en désirant bien ardemment de recevoir le Seigneur, de le serrer dans vos bras, de le mettre sur votre cœur; mais vous regardant comme indigne d'un si grand bienfait, vous l'adorerez humblement, et vous lui demanderez d'accomplir par sa grande bonté ce que vous ne méritez pas, qu'il vienne faire sa demeure dans votre âme. Alors vous vous efforcerez de vous unir intimement à lui, par la conformité à sa volonté en toutes choses C'est le fruit principal de la sainte Eucharistie.

8° Après la communion, il est juste et salutaire de rendre grâces et d'en demander. Sur le point de partir, vous répéterez les paroles de Siméon : Seigneur, laissez partir votre serviteur selon votre parole, car mes yeux ont vu votre salut (1). Que votre holocauste soit entier, et le Seigneur acceptera votre sacrifice.

IIIe point de la méditation sur l 'épreuve nécessaire pour la communion (t. III, p. 329 et 50).

Sacerdotes ejus polluerunt sanctum (2). Le sentiment commun des saints Pères est que Judas, l'apôtre du Seigneur, fut le premier qui profana le corps et le sang du Sauveur et le sacerdoce de la loi nouvelle en commettant un double sacrilège ; cet exemple nous apprend que le danger d'une communion sacrilège regarde surtout les clercs et les prêtres, soit à cause de la nécessité où ils sont de communier, soit à cause de la coutume qu'ils ont de communier.

1° Comme il est rare que la nécessité pousse les laïques à la table sainte , peut-être on en trouverait moins souvent qui, se sentant coupables d'un péché mortel , oseraient s'en approcher sans s'être confessés et sans avoir reçu l'absolution : mais le clerc, lorsqu'il est parvenu au sacerdoce . quelquefois peut à peine ou ne peut pas du

l Luc 2. — (2) Sophon. :<

tout s'abstenir. Il était clans un état d'ivresse, et c'est à peine s'il a eu le temps de laisser assoupir celte ivresse, qu'on l'appelle à l'administration des sacrements. Non seulement il n'a pas le temps de se confesser, mais il n'a pas un confesseur à sa disposition. Il faudrait au moins qu'il se repentît, qu'il eût la contrition, et qu'ensuite, au plus tôt, il se hâtât de déposer ses péchés aux pieds d'un prêtre, comme l'ordonne le concile de Trente ; mais il vient â l'autel même sans attrition, non pas pour rendre le Seigneur propice en faveur du peuple, mais pour le rendre implacable envers lui-même. Que faire, s'il est encore bouillonnant de la colère à laquelle il se laissa entraîner hier, s'il est tombé sous les censures, enchaîné dans l'habitude du péché, ou embrouillé dans des inimitiés, ou affermi dans le dessein de pécher? Que fera ce clerc en présence de ceux qui veulent s'approcher de la sainte table? Croyez-vous que la crainte de Dieu l'emportera dans son cœur contre la crainte des hommes, et qu'il s'abstiendra d'une communion sacrilège? Non, le respect humain lui fera fouler aux pieds celui qu'il doit à Jésus- Christ ; il imitera l'hypocrisie de l'Iscariote, il recevra Satan avec la parcelle, il mangera et boira son jugement.

Combien il importe donc de mener une vie sainte dans l'état clérical et de ne pas monter les degrés des divers Ordres avant d'avoir purifié le vieux levain ! Le clerc qui est saint se sanctifiera encore, mais celui qui est souillé se souillera encore. C'est pourquoi l'apôtre dit : Ceux qui appartiennent à Jésus-Christ ont crucifié leur chair avec ses vices et ses concupiscences. Ainsi, celui qui ne s'est pas encore crucifié ne doit pas avoir la témérité de se faire ministre de Jésus-Christ. Malheur au prêtre s'il vient à tomber! sa chute est plus lourde, il se relève plus difficilement. Seigneur, gardez mon âme et arrachez-la des mains de mes ennemis; ils ont une grande puissance contre moi, et je suis faible et enclin au mal dès ma jeunesse.

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