G MÉDITATIONS
2° Ce que produit en plusieurs la nécessité de célébrer ies saints mystères, l'habitude de célébrer le fait faire encore plus subtilement à d'autres, et je dirai même plus dangereusement. Nous ne saurions le dire sans honte, plus les laïques qui s'approchent rarement de la table sainte s'y préparent avec soin, plus nous, qui nous en approchons souvent, le faisons-nous avec négligence; étant les ministres du Seigneur, ses commensaux, ses amis, nous usons envers lui d'une certaine familiarité qui peu à peu dégénère en irrévérence et en négligence ; nous finissons par imiter l'orgueil du pharisien, au lieu d'imiter l'humilité et la modestie du publicain. De là vient qu'un certain nombre, après avoir examiné leur conscience comme en passant, s'imaginent être justes, ou bien s'en vont au saint tribunal, non pas, comme les laïques, les yeux baissés, mais la tête haute, racontent leurs péchés sans aucun signe de repentir et de pénitence, s'approchent de l'autel sans préparation, sans piété, sans attention, mais non pas sans scandale pour le prochain, quand on ies voit s'avancer avec arrogance et vanité, l'avarice et l'inimitié non seulement dans le cœur, mais montrer ces vices jusque dans leur conduite.
Mon ami. pourquoi êtes- vous entré ici sans avoir la robe nuptiale ? On va vous lier les pieds et les mains et vous jeter dans les ténèbres extérieures, où il y aura des pleurs et des grincements de dents (1). Le Seigneur étendra sur vous son bras et jettera sur votre visage la souillure de vos solennités; il vous enlèvera avec elle, maudira vos bénédictions et vous maudira (2). Que ferez-vous le jour de la visite et de la calamité qui vient de loin? De qui implorerez-vous le secours? Je me jette et me réfugie à vos pieds, Seigneur Jésus, mon roi et mon juge, mon sauveur et mon avocat, vous qui avez reçu avec bonté et avec amour le traître Judas. Ce qui est impossible aux
(1) Mallh. 22. — (2) Malach. 2.
hommes est possible auprès de vous, ô mon Dieu ! Montrez envers moi toute votre bonté, et pardonnez par votre miséricorde tout le mal que j'ai fait contre votre propre corps et votre sang.
3° Le lavement des pieds précède la sainte Eucharistie ; si vous voulez recevoir ce sacrement et surtout le produire, quoique vous soyez déjà lavé.et purifié des fautes graves, il faut encore nettoyer la poussière des fautes légères et purifier les pieds, c'est-à-dire les affections terrestres. Car le Sauveur ne donna à ses apôtres le pouvoir de produire son corps et son sang qu'après leur avoir lavé les pieds, quoiqu'il leur rendit le témoignage qu'ils étaient purs: Vos mundiestis. De là saint Bernard conclut que nous devons être purifiés non seulement des fautes mortelles, mais encore des vénielles. Saint Denis montre que le prêtre doit avoir une extrême pureté, puisque l'Eglise veut qu'avant la Consécration il se lave même le bout des doigts.
Jésus-Christ a fait voir combien il est nécessaire d'avoir une pureté parfaite, telle que Dieu l'exige de ses ministres, lorsqu'il dit à Pierre : Si je ne vous lave pas, vous n'aurez point de part avec moi; cependant Pierre était pur : Celui qui est pur n'a plus besoin que de se laver les pieds, et vous êtes purs. Pourquoi donc Pierre n'auraitil point de part avec le Seigneur Jésus, s'il ne lui lavait les pieds? Parce qu'une pureté commune ne suffit pas aux hommes apostoliques et aux ministres de l'Eglise pour remplir leur devoir convenablement; la moindre affection terrestre, la moindre tache, même une légère désobéissance, sous prétexte d'humilité et de respect, ouvre la voie à la damnation éternelle.
Où nous entraîne donc notre témérité, lorsque nous allons en toute hâte à la sainte Eucharistie et aux Ordres sacrés, à peine purifiés des plus horribles souillures, étant encore orgueilleux, cupides, pleins d'amour pour nous, colères et remplis de plusieurs autres vices? Pré-
parez auparavant votre âme par ces vertus : la charité, la douceur, l'humilité de cœur, la pureté de la conscience. Mais qui peut rendre pur ce qui a été conçu d'une semence impure? N'est-ce pas vous qui seul êtes pur, Seigneur, digne de louanges et de gloire dans tous les siècles?
Le prêtre qui s'abstient de célébrer quand il le peut : Tuta et secura conscientia, dit le vénérable Bède, prive la sainte Trinité d'honneur et de gloire, les anges de joie, les pécheurs du pardon, les justes de secours et de grâces, les âmes du purgatoire de soulagement, l'Eglise d'un bienfait spirituel, et se prive lui-même de médecine et de remède.