‹ Méditations sur les vérités de la foi et de la morale (volume 2)Chapitre 103 sur 168 · TRENTE-SEPTIÈME MÉDITATION · texte numérisé non relu

TRENTE-SEPTIÈME MÉDITATION

Le zèle de la gloire de Dieu.

Considérez l'invisible comme si vous le voyiez : Gloria Domini repleta est terra (1). Les cieux ne peuvent le contenir. Le Seigneur fait sa demeure dans les cieux ; son cisage a l'éclat du feu, et de ce feu sort la foudre. Autour de son trône un million d'anges le servent, et mille millions sont devant lui et l'assistent. Seigneur, à voire nom toute la gloire et non à nous (2).

Ier Point. — Je ne cherche pas ma gloire (3). Voilà les paroles du Seigneur par lesquelles il déclare qu'il ne veut point d'autre gloire que celle de son Père. Apprenez avec quel soin vous devez la chercher, avec quelle intention vous devez la procurer, et quel zèle vous devez y déployer.

La gloire divine est le bien propre de Dieu ; il n'y a rien de si sublime, rien de si nécessaire, que de procurer la plus grande gloire du Seigneur ; avec quel zèle vous devez donc y travailler!

1° La gloire divine est un bien en quelque sorte infini,

(1) Isaïe G. — (2) Ps. 13. — (3) Jean 8.

ZELE DE LA GLOIRE DE DIEU. 2<»'.l

car c'est un bien de Dieu qui l'emporte sur tous les biens de la créature. Il en est de même du péché par opposition : il est pire que tous les maux de la créature, parce qu'il est en quelque manière le mal de Dieu ; car toutes les nations sont devant lui comme si elles n'étaient pas (I). La créature ne peut rendre à Dieu pour tous ses bienfaits que cette seule chose, sa gloire; c'est pour ce seul bien que Dieu a créé l'univers, le seul qu'il puisse se proposer dans toutes ses œuvres, et sans lequel il n'y a aucun bien créé. A quoi le Créateur pourrait-il s'attacher? Il n'a rien de plus sublime, et il ne pouvait se proposer un but inférieur. Aussi c'est le seul bien que le Fils de Dieu s'est proposé comme fin dernière dans toutes ses actions ; tout ce qu'il a fait, c'était pour réparer la gloire de son Père; c'est dans ce but qu'il accepta le supplice même de la croix.

C'est pourquoi, s'il est grand de faire de grandes choses, s'il est sublime de faire des choses sublimes, il n'y a rien de plus sublime que de procurer la gloire de Dieu ; c'est plus que de soumettre l'univers entier à son empire, c'est plus que de délivrer toutes les créatures de la mort, car il vaut mieux périr que de soustraire à Dieu la moindre partie de sa gloire. Prenez donc enfin de grandes, de sublimes pensées, élevez votre âme et vos regards, faites tout ce que vous pourrez de plus grand, ce qui sera plus semblable à Dieu, ce qui aura le plus de ressemblance avec le Fils de Dieu. Semblable à un aigle qui ne s'arrête pas à terre pour y prendre des mouches, mais qui d'un vol rapide s'élève vers les astres et s'approche du soleil , de même laissez enfin toutes les choses d'ici-bas, et élevezvous à quelque chose de plus sublime.

2° Il n'y a rien de plus grand, rien de si nécessaire que de rendre à Dieu son Créateur l'honneur et la gloire, car c'est la fin dernière de toute créature ; vous lui devez tout

(1) Isaïe 40.

et vous-même; sans lui, vous n'auriez rien, et vous ne seriez pas. Vous devez donc rappo rter tout et vous-même à cet unique but. Dieu, pour sa gloire, vous a choisi avan1 que le monde fût créé ; c'est lui qui vous a fait, qui vous a formé, qui vous a tiré du néant, qui vous a prédestiné à l'adoption de ses enfants, qui vous a appelé dès le sein de votre mère, et qui a voulu que vous fussiez son prêtre et son ministre, afin de s'attacher votre âme en toute manière, d'enflammer votre zèle, et d'obtenir enfin l'honneur que vous lui devez à tant de titres.

Quel est le fils qui ne cherche pasl a gloire de son père, le ministre celle de son roi, le serviteur celle de son maître ? Si donc je suis votre Père, où est l'honneur que vous me rendez? Si je suis le Seigneur, ou est la crainte que vous avez, dit le Seigneur des armées, à vous, prêtres qui méprisez mon nom? Si vous ne m' écoutez pas et que vous ne rendiez pas la gloire à mon nom, je maudirai vos bénédictions (1). Dieu ne peut pas être privé de sa fin, qui est sa gloire; vous le glorifierez, soit que vous le vouliez, soit que vous ne le vouliez pas, soit dans sa miséricorde en recevant la récompense, soit dans sa puissance et sa justice en recevant le châtiment.

3° Rien ne vous sera plus avantageux que de vous rendre à la nécessité et d'accroître selon votre pouvoir la gloire divine. Autant vous l'en priverez en cette vie, autant vous lui en rendrez dans l'autre; mais aussi, autant vous y ajouterez, autant vous recevrez avec usure. Quicumque glorificaverit me glorificabo eum, qui autem contemnunt me erunt ignobiles. Voilà ce que dit le Seigneur, qui humiliera ceux qui cherchent leur gloire sur la terre (2). Tout ce que vous enlevez à la gloire céleste n'est pas un profit, mais une perte, mais un dommage pour vous. Si je me glorifie moi-même, dit le Sauveur, ma gloire n'est rien. Malheur à vous, scribes et pharisiens hypo-

i Malach. 1. — (2) I Rois 2 et Isaïe 4j.

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