TRENTE-NEUVIÈME MÉDITATION
Considérations sur la conversation.
In omni conversatione sancti sitis (I). Le grave auteur de l'Imitation de Jésus-Christ dit : Evitez autant qu'il est possible de vous trouver au milieu des hommes ; j'aurais voulu souvent m être tù et ne m'ètre point trouvé parmi les hommes. Les plus grands saints évitaient, quand ils le pouvaient, la société des hommes, et prêteraient vivre en secret pour Dieu seul. Toutes les fois que je me suis trouvé au milieu des hommes, j'en suis revenu moins homme, et nous faisons souvent la même expérience lorsque nous causons longtemps. Il est plus facile de se taire que de ne pas pécher en parlant; il est plus facile de se cacher chez soi que de se garder suffisamment dehors.
Cependant il n'est pas facile à un ecclésiastique de se cacher comme un moine : l'un vit pour lui seul, l'autre pour les peuples ; et il y a cette différence entre la vie apostolique et la vie monastique, que l'une se tient cachée en sûreté comme dans un fort, l'autre se montre à découvert comme en rase campagne. Nous ne devons donc pas ignorer de quelle manière nous devons nous comporter dans le monde comme étant au milieu d'une nation perverse, afin de n'être pas damnés avec le monde, mais nous conduire de telle sorte que nous soyons saints dans toute notre conduite et nos conversations. C'est ce que nous procurera, avec l'aide de Dieu, la société des hommes de bien, l'honnêteté des choses dites, la modération dans les paroles, la douceur de nos mœurs, la gravité de la modestie, le choix du temps et du lieu.
1° Il faut avoir de la charité envers tous, mais il ne convient pas de se rendre familier. Evitez un homme
(1) IPet. \.
hérétique, dit saint Paul, après un ou deux avertissements; et dans sa seconde épître à Tite : Ne disputez pas en paroles, cela n'est utile à rien autre qu'à scandaliser les auditeurs ; évitez les discours vains et profanes, ils conduisent à l'impiété, leur discours ronge comme un cancer. Il dit encore : Si celui que nous appelons notre frère est peu prodigue ou avare, ou médisant, ou buveur, ne mangez pas même avec lui. Celui qui touche de la poix en est sali, celui qui fréquente un orgueilleux lui deviendra semblable. Mon fils, si les méchants vous attirent, n'y consentez pas ; s'ils disent : Venez avec nous, mon fils, n'allez pas avec eux; leurs pieds courent au mal (1). Fuyez les amitiés suspectes et dangereuses ; fuyez les hommes dépravés, qui sont la perte de la société ; s'ils ne corrompent pas, ce qui serait surprenant, au moins ils perdent de réputation; on juge ce qu'est une personne d'après son entourage, comme on connaît un chasseur à ses chiens.
Melior tamen est iniquitas viri, quam mulier benefaciens (2). Ne vous asseyez jamais près d'une femme étrangère, ne vous appuyez jamais sur son siège ; sa conversation est semblable à un feu qui dévore (3). Tout ecclésiastique qui sera seul avec une femme seule, si ce n'est un instant et dans un lieu où il puisse être vu, n'échappera pas au soupçon ni au scandale. Saint Augustin évita la société des femmes, même de sa sœur et de sa nièce, et il disait : Quand même ces femmes, comme étant mes parentes, ne seraient pas suspectes, celles qui viendraient les visiter pourraient aliirer des soupçons. C'est pourquoi, si vous êtes prudent, recevez ce conseil : « Ne « vous familiarisez jamais avec une femme, mais en gé- « néral recommandez à Dieu toutes celles qui sont bonce nés. » (ImiL)
(1) Tim., TU'., I Cor. 5. Eccl. 43 et Prov. 1. - (2) Eccl. 42. — (3) Ibid.