DR LA CONVERSATION
Soyez rarement avec les jeunes gens et avec les étrangers (1). Faites société avec les hommes humbles et simples, avec ceux qui sont pieux et qui ont de bonnes mœurs, qui sont capables de vous aider de leurs conseils, de vous édifier par leurs vertus, de vous exciter au salut par de saints discours. Laissez les autres afin qu'ils vous laissent ; ne faites jamais aucune familiarité avec eux, ni aucune amitié, mais seulement un commerce de civilité, autant que l'exige la charité, l'urbanité ou la nécessité.
2° Tout ce que vous dites doit respirer l'honnêteté et la piété ; si, par ignorance ou par erreur, il vous arrive de n'être pas vrai dans vos paroles, soyez au moins vrai dans l'esprit et dans l'intention- Gardez- vous bien de souffrir une seule parole mauvaise ou impudique qui pourrait corrompre les bonnes mœurs ; souvenez-vous de votre dignité et de votre ministère, et, animé d'un saint zèle, reprenez plutôt le coupable avec force. Celui qui garde le silence est censé consentir, et non seulement ceux qui font cela sont dignes de mort, mais encore ceux qui y consentent (2).
Si quelqu'un déchire la réputation d'autrui en voire présence, ne participez pas au péché ; si c'est un supérieur, corrigez le coupable par un air triste; si c'est un inférieur, faites parler d'autres choses ou bien ordonnez le silence ; si c'est un égal, détournez adroitement la conversation, ou, s'il peut y avoir un avantage, prenez, par esprit de charité, la défense de l'absent, chargez-vous de sa cause, et montrez qu'il est recommandable par beaucoup de vertus, ou enfin montrez avec douceur que vous éprouvez de la peine d'entendre cela ; retirez-vous, s'il est possible, en feignant un motif.
Chose surprenante, personne ne souffrirait qu'on fit injure à son roi, et le ministre de Dieu supportera tran-
(l)Eccl. 42.— (2) Rom. i.
quillement une offense faite à son Dieu! Il est étonnant de voir comment le laboureur sait parler de ses bœufs ; en général, les gens du monde savent parler des gens du monde, et un homme de Dieu ne sait pas ou ne veut pas parler de Dieu ! Le ministre du Sauveur doit être comme notre Seigneur, de qui il est dit qu'il parlait avec puissance ; il ne doit pas tant recevoir que donner lui-même la matière de la conversation, et s'entretenir avec tous de telle manière qu'il n'y ait personne qui ne s'en retourne meilleur qu'il n'était venu.
3° Je consentirais volontiers à ce que vous causassiez abondamment de ce qui concerne Dieu, de ce qui peut édifier et porter à la vertu ; en toute autre chose, je voudrais que vous fussiez sobre, vous souvenant de cette parole sententieuse de saint Jacques : Celui qui ne pèche pas en parlant est un homme parfait. La langue est comme un feu; c'est un monde d'iniquité qui infecte tout le corps; elle enflamme tout le cours de notre vie, car elle est ellemême enflammée par l'enfer. Nul homme ne peut dompter la langue ; c'est un mal inquiet, elle est pleine d'un venin mortel (I).
Le babil renferme bien des vices qui ne sont pas des plus légers et qui deviennent aussi pénibles aux auditeurs que nuisibles aux causeurs. On y voit la légèreté, l'imprudence, la vanité, la précipitation. Le grand causeur blesse la charité et la réputation; il n'aime pas la vérité, mais les fables et le mensonge ; il révèle les secrets, sème la discorde parmi les frères ; il fait un amalgame non seulement de choses oiseuses, mais absurdes, ridicules, niaises, bouffonnes, impolies, inconvenantes, obscènes, illicites, qui sont contraires à la science, à la foi, à l'édification et aux bonnes mœurs ; il mêle tout et parle de tout; il répand son esprit, dissipe ses sens, éteint la dévotion, détruit et dévaste l'homme intérieur, de telle
(1) Jacq. 3.