‹ Méditations sur les vérités de la foi et de la morale (volume 2)Chapitre 111 sur 168 · DE LA CONVERSATION · texte numérisé non relu

DE LA CONVERSATION

manière qu'il montre lui-même la vérité de ce que dit l'Ecriture, que le babil ne sera pas exempt de péché.

C'est pourquoi saint Augustin nous avertit d'examiner ce que nous devons dire : Examinez, consultez, dit-il, la vérité intérieure, et faites-en part à l'auditeur. Soyez prudent et sobre en paroles , dit saint Bonaventure, comme l'avare ménage sesécus ; ayez de la prudence et fuyez l'homme inutile, léger, badin et dangereux, qui est toujours dans les maisons et sur les places pour satisfaire sa démangeaison de plaisanter et de parler, qui ne sait pas vaquer à ses affaires et ne permet pas aux autres d'y vaquer.

4° Cependant les saints Pères ne nous disent pas que pour cela nous devions être d'une humeur chagrine, sévères, intraitables, inabordables et cachés ; ils veulent, au contraire, que nous soyons humains, affables, ouverts, doux, pleins de bonté, de gaîté et d'enjouement, afin que personne ne conçoive de la tristesse ou ne se retire fatigué d'auprès de nous, mais que celui qui parle avec nous éprouve de la joie et du plaisir : Le sage se rend aimable dans ses paroles (I). C'est ce que doit faire particulièrement un ecclésiastique, soit pour ne pas éloigner les laïques par les dehors d'une vertu trop austère, soit pour les attirer par les appâts d'une sainteté pleine de douceur, soit enfin pour se concilier et pour attirer à Dieu l'esprit de ceux qui s'entretiennent avec lui. Pour cela, il faut non seulement beaucoup d'adresse, mais de patience et de mortification, afin de ne donner à personne aucun sujet de peine ; il faut se faire tout à tous pour gagner tout le monde à Jésus-Christ et se rendre agréable en tout.

Premièrement, il faut que vous viviez plutôt à la manière des autres qu'à la vôtre, que vous ne vous ménagiez pas et que vous ménagiez les autres : vous devez accom-

(1) Eccl. 20.

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