‹ Méditations sur les vérités de la foi et de la morale (volume 2)Chapitre 116 sur 168 · AYARICE, AMOUR DU MONDE · texte numérisé non relu

AYARICE, AMOUR DU MONDE

Erat autem nox. Il était nuit. Voilà bien le sort des prêtres qui désirent autre chose que le Seigneur, qui cherchent un autre partage, qui veulent un autre héritage. Ils tombent dans l'aveuglement comme Judas : Erat nox. Il n'y a presque aucun intervalle entre une grande sainteté et une affreuse dépravation. Us tombent avec opiniâtreté et irrévocablement dans les crimes les plus énormes. Ayez pitié de moi, Seigneur, et dirigez mes pas dans le sentier de vos commandements, afin que je ne m'endorme pas dans la mort, que mon ennemi ne l'emporte pas sur moi et qu'il ne puisse pas dire : J'ai prévalu contre lui.

Que penser des clercs qui dévorent le patrimoine des pauvres dont ils sont les pères, la substance de l'Eglise dont ils sont les gardiens, qui perdent par leur négligence les âmes qui leur sont confiées, qui répandent bien au loin le scandale d'une vie dissolue qu'ils ne peuvent réparer suffisamment à l'heure de la mort? Quelles sont leurs angoisses lorsqu'ils s'accusent comme Judas de leurs crimes sans les réparer ! Ils montrent comme lui les dehors de la pénitence, mais leur pénitence est vaine parce qu'elle est tardive et arrachée par la contrainte.

Il y a des prêtres qui se tiennent au premier rang dans le monde et qui sont du monde ; ils crient plus haut que tous les autres : Crucifiez, crucifiez Jésus-Christ ! Vous leur direz comme Pilate, pour vous tirer d'affaire étant avec eux : Prenez-le vous même, et crucifiez-le ; pour moi, je ne vois en lui aucune cause. Le monde et ces prêtres mondains ne vous laisseront pas tranquille, ils veulent que vous fassiez mourir Jésus-Christ en vivant comme le monde; car le monde hait Jésus-Christ. L'apôtre,

parlant à Timothée, lui dit : Evilez ces hommes. Ceux qu'un évêque lui-même doit éviter mènent une vie désespérée et qui ne promet aucun amendement. Ils imitent les démons par leur orgueil, leur malice et leur endurcissement, en séduisant les âmes. Ils n'écoutent plus les conseils de leurs amis, ni les réprimandes de leurs supérieurs. Les foudres mêmes de l'Eglise ne les font point trembler; ils méprisent les censures encourues, profanent et font profaner les choses saintes; ils détruiraient le royaume de Jésus-Christ sur la terre, si Dieu ne le conservait.

On en a vu qui, devenus irréguliers par leurs crimes, exerçaient encore une mission qu'ils n'avaient plus. Comme Joannès et Mambrès résistèrent à Moïse, eux aussi résistèrent à la vérité. Que n'ont pas fait ceux qui sans autorité prêchèrent la réforme et laissèrent piller le patrimoine de l'Eglise? Cette Eglise sainte et apostolique leur criait en vain aveé Tertullien : Pourquoi, Marcion, coupez-vous ma forêt? Qui êtes-vous et d'où venez-vous? Ceci est ma possession ; je suis l'héritière des apôtres.

Qu'ils sont rares ceux qui marchent par la voie étroite ! Qui ne suit plutôt la voie large et ne cherche pas ses commodités ? Vous-même, quoique prêtre ou clerc, la multitude réprouvée vous conduit, vous entraine, vous emporte.

Ne croyez pas être exempt des fautes de la multitude et avoir moins à craindre parce que vous êtes prêtre. Que d'iniquités Isaïe, Ezéchiel, Malachie et les autres prophètes reprochaient aux lévites et aux prêtres ! quelles menaces ils leur adressent! Et lorsque le Fils de l'homme vint sur la terre, combien trouvat-il de docteurs, de scribes, de pharisiens, qu'il appelle hypocrites, qu'il appelle des sépulcres blanchis, qu'il ordonne d'écouter, mais qu'il défend d'imiter! N'agissez pas selon leurs œuvres. Combien de fois le Sauveur ne reprit-il pas avec

dureté les apôtres mêmes, par qui le sacerdoce est venu jusqu'à nous, eux qui avaient tout laissé pour suivre le Seigneur ! Il leur dit cependant : Jusques à quand vous souffrirai-je ? Combien de fois leur reprocha-t-il leur incrédulité, leur envie, leur vanité, leur ambition ! Si vous ne vous convertissez et si vous ne devenez semblables à des enfants, vous n'entrerez pas dans le royaume des cieux. C'est pourquoi saint Jacques et saint Jean s'appliquent à eux-mêmes ce qu'ils disent généralement : Si nous disons que nous n'avons pas péché, nous faisons de Dieu un menteur; nous péchons en beaucoup de choses, disent-ils. Aussi, le prêtre instruit selon la doctrine de l'Eglise offre à Dieu le Père l'hostie sans tache pour ses péchés et ses fautes sans nombre et pour ses négligences; ainsi, l'autorité nous prouve que nous sommes coupables de beaucoup de péchés.

Quiconque est enrôlé dans la milice du Seigneur ne peut se mêler des affaires du siècle. Ceci a été dit surtout pour res prêtres qui cherchent les émoluments dans la milice de Jésus-Christ, qui se donnent beaucoup de peine pour accumuler de l'argent, qui ambitionnent sans vocation, mais avec beaucoup de sollicitude, les dignités del'Eglise, qui n'emploient pas la science des saints au salut des Ames, mais à se faire une réputation, afin d'augmenter leur fortune, ou qui se chargent, sans talents et sans préparation, du soin des âmes, afin de nourrir ou d'avancer leur famille.

Vous aussi, prêtre, vous ambitionnez et vous désirez! vous ne craignez pas de vous mêler aux affaires et aux flots du siècle ! vous oubliez les paroles de l'apôtre : Ceux qui veulent devenir riches tombent dans la tentation et les pièges du démon, et dans une infinité de désirs inutiles et dangereux qui conduisent les hommes à la perte et à la damnation. Pourvu donc que nous ayons des aliments et des vêtements pour nous couvrir, soyons contents. Prenez donc enfin la résolution et la résolution sérieuse de

détourner votre esprit des choses terrestres et de le porter aux choses célestes.

Allons donc à Jésus-Christ, prêtres, il est notre médiateur ; et comme nous sommes nous-mêmes les médiateurs, les ministres du grand médiateur, amenons avec nous à Jésus-Christ d'autres pécheurs, recevons-les avec la même bonté que le Sauveur. Lorsque vous serez converti, affermissez vos frères. Voilà le fruit d'une humble pénitence, telle que la fit Pierre et telle qu'il la continua jusqu'à la fin de sa vie. Afin qu'après avoir recouvré la grâce et l'amitié de son Dieu, il possédât de nouveau la primauté qu'il semblait avoir répudiée, on lui ordonna de gouverner ses frères et ses condisciples, pour les confirmer dans la foi, pour les instruire par sa parole et son exemple, et les conduire comme le pasteur conduit ses brebis. Pensons que la même recommandation a été faite à chaque prêtre, en sorte qu'après avoir été réconcilié avec Dieu par le sang de Jésus-Christ, il doit remplir la charge qui lui a été imposée et travailler non seulement à son salut, mais veiller avec soin au salut des autres ; car il rendra compte non seulement pour lui-même, mais encore pour les autres, comme le dit saint Chrysostôme.

On ne saurait dire jusqu'où va en peu de temps la malice, la témérité et l'infamie d'un clerc ou d'un prêtre pécheur. Il n'a horreur d'aucun sacrilège, d'aucune impiété, d'aucune ingratitude, d'aucune perfidie, d'aucune cruauté; il méprise tout, on le voit par la conduite de Judas, qui avait été élevé à la dignité d'apôtre et de confident de Jésus-Christ : ce ministre, ce dispensateur, cet ami, ce convive de chaque jour, ne craint pas de le livrer à ses ennemis pour le faire mépriser, et de le trahir pour le faire crucifier, afin de satisfaire sa passion pour l'argent Malheur à celui par qui le Fils de l'homme sera livré/ Il eût mieux valu qu'il ne fût pas né, et qu'il n'eût pas été choisi pour le saint ministère.

Tel devient le sort de ces clercs et de ces prêtres qui

désirent quelque chose outre le Seigneur et qui cherchent un autre héritage que Dieu.

Jésus-Christ jugea qu'il était plus sublime de fouler aux pieds les richesses, le faste et la vanité que de s'orner comme une femme ; il regarda comme indigne de sa majesté et digne au contraire d'un souverain mépris tout ce qui sent le luxe C'est ce que ne comprennent pas surtout quelques prêtres, comme le dit le concile de Cologne. Cependant les gens sages s'en raillent, parce qu'ils savent que le luxe excite la cupidité et la luxure, qu'il dénote l'ambition, l'arrogance, l'orgueil, l'ostentation, et laisse voir la mollesse d'un esprit efféminé.

L'avarice dans un prêtre ne sait pas discerner le sacré du profane, elle n'a pas horreur de la rapine dans l'holocauste, elle ne connaît pas le vœu de pauvreté. Sait-elle même s'abstenir des vases sacrés et des ornements saints ? Sait-elle détourner ses mains sacrilèges du corps et du sang du Sauveur? Achan ne prit-il pas de l'or qui était consacré sous peine d'anathème? Il fut cause qu'Israël prit la fuite et fut tué par l'ennemi. Les enfants d'Héli n'allaient-ils pas voler les victimes offertes par le peuple, jusqu'à ce qu'enfin ils tombèrent sous le fer des Philistins? L'avare n'ira-t-il pas jusqu'à vendre les vœux des fidèles, le bien des pauvres et de l'Eglise? Il lui faut beaucoup pour satisfaire sa passion et pour l'exciter encore.

Nescierunt saturitatem ; ignoraverunt ipsi pas tores intelligentiam omnes in viam suam didinaverunt, unusquisque ad auaritiam suam a summo usque ad novissimum (1).

Sobrius esto. Un prêtre qui aime le vin et qui se plaît à boire n'est utile ni à lui ni aux autres. Qui ira consulter un pasteur qui a abandonné la science pour se livrer au vin, et qui passe une partie de son temps à vider des verres? Comment gouvernera-t-il quand il se repose, après avoir bu comme un homme qui dort au milieu de ki

(1) Isaïe 26.

mer et comme un pilote qui a perdu son gouvernail (1)? C'est pour cela que le Seigneur dit aux prêtres : Vous ne boirez ni vin ni autre chose qui puisse enivrer lorsque vous entrerez dans le tabernacle, afin que vous ayez la connaissance pour savoir discerner ce qui est saint de ce qui est profane.

Le prêtre qui aime le vin néglige son salut. L'estomac échauffé parle vin détruit l'esprit de piété et l'étouffé. Ce prêtre n'est pas capable de se livrer à de saintes méditations, ni de recevoir, ni d'administrer les sacrements; peu à peu il viendra jusqu'à l'impiété. Buvons et mangeons, car nous mourrons demain. Jésus-Christ se plaint d'avoir été le jouet des ivrognes : Ceux gui buvaient du vin se moquaient de moi. Malheur à vous qui vous levez pour boire, vous ne faites pas attention à l'œuvre de Dieu. On voit des impudiques se convertir, jamais des ivrognes. Ils font comme au temps de Noé : Ils buvaient et mangeaient jusqu'au jour du déluge qui les perdit. Ils boiront le vin de la colère de Dieu, et la fumée de leurs tourments montera dans les siècles des siècles. Vous boirez jusqu'à la lie et vous dévorerez les fragments du vase.

Zèle doux. Le pasteur ne doit point reprendre sa brebis trop durement. Il ne doit point se servir de sa houlette pour gouverner, mais se conformer à ce que l'apôtre recommande à Timothée : Ne reprenezpas le vieillard, priezle comme un père, les jeunes gens comme des frères, les femmes avancées en âge comme des mères, les jeunes tilles comme des sœurs, avec une grande pureté- Cependant partout où les loups menaceront le troupeau, dit saint Augustin, il faut les écraser. C'est pourquoi l'apôtre ajonte : Reprenez-les durement, afin qu'ils conservent une foi saine et entière. Insistez en temps opportun, reprenez, priez, réprimandez, mais en toute patience et avec science.

(1) Prov. 23.

Le prêtre ne vit pas pour lui seul, mais pour plusieurs peuples; aussi il ne se perd pas seul, mais il en entraîne un grand nombre clans la même ruine, un nombre d'autant plus grand qu'il aura vécu plus longtemps : Pourquoi donc reste-t-il su?' la terre? Qu'un autre prenne sa place (i). On lui ôtera le royaume de Dieu et on le donnera à un autre, qui lui fera produire du fruit ; peut-être le Seigneur en a déjà choisi un autre à votre place, un homme selon son cœur, qui fera sa volonté, car il n'a besoin de personne, et il prendra celui qu'il voudra, qui sera meilleur que vous : Le Seigneur est assez puissant pour susciter de ces pierres des enfants à Abr^am. Qui connaît la pensée du Seigneur, ou qui sera son conseiller ?

Que dirai-je de ces prêtres dont la vie doit être comme une continuelle préparation à l'Eucharistie et une continuelle action de grâces; qui vont au festin sacré comme à un repas ordinaire, sans préparation, et s'en retournent sans action de grâces; qui ne s'abstiennent jamais, parce qu'ils doivent s'approcher chaque jour de la semaine ; de ces prêtres dont tous les jours de l'année sont des jours profanes et des jours de fête, car ils offrent le sacrifice chaque jour; de ces prêtres qui changent la familiarité en mépris et leur hommage de chaque jour en outrage? Ignorent ils combien l'autel nouveau l'emporte sur l'ancien, le tabernacle nouveau sur l'ancien, le sacrifice nouveau sur l'ancien? Ignorent-ils ce qu'a dit le Seigneur : Je serai sanctifié en ceux qui approchent de moi, et je serai glorifié en présence de tout le peuple (2) ? Ignorent-ils que le Seigneur envoya un feu qui dévora les deux enfants d'Aaron, lorsqu'ils offraient un feu étranger en présence du Seigneur? Ignorent-ils que le Seigneur défendit à Aaron d'entrer dans le sanctuaire sans s'être lavé, purifié du péché et revêtu des ornements sacerdotaux ? S'ils

(l)Ps. 108.— (2) Lévit. 10-

n'ignorent pas ces choses et qu'ils les méprisent, qu'ils entendent au moins ces paroles de l'apôtre : Quicumque manducaverit panem hune, vel biberit calicem Domini indigne reus erit corporis et sanguinis Domini: qui manducat et bibit indigne, judicium sibi manducat et bibit, non dijudicans corpus Domini.

Entendez, enfants de Lévi, est-ce peu à vos yeux que le Seigneur vous ait séparés de tout le peuple pour vous unir à lui, afin que vous le serviez dans le culte de son tabernacle? Que celui donc qui veut être au Seigneur s'unisse à moi, qu'il prenne son épée, et que, déposant tout fardeau terrestre et le péché qui nous assiège, nous courions par la patience au combat, en considérant Jésus, le consommateur et l'auteur de la foi , qui , au lieu de la joie qu'on lui offrait, porta sa croix et en méprisa la confusion.

Amour de la retraite. Au milieu de ses travaux évangéliques, le Seigneur se retirait seul sur la montagne pour prier. Il y appelait ses disciples après leurs travaux apostoliques, afin que, recueillant leur esprit, ils servissent Dieu et rétablissent les forces de l'âme par un juste repos. Combien votre expérience doit vous apprendre que vous en avez un besoin plus pressant !

Le Seigneur vous a appelé par un dessein de sa providence à une vie plus parfaite ; il vous a délivré de la servitude, c'est-à-dire de l'esclavage du siècle ; par sa puissance, il vous a retiré de la terre de l'Egypte, c'est-à-dire les vices et les souillures du monde, pour vous occuper du culte divin et de la sanctification de votre âme en vous y adonnant tout entier, en vivant loin des affaires et dans la solitude. De là, comme un aigle qui apprend à ses petits à voler en volant au-dessus d'eux, il vous entoure d'une surabondance de grâces, il vous conduit à la Terre- Promise et au sacerdoce royal ; il vous établira sur les nations et les peuples pour arracher, détruire, édifier et planter, afin que vous renouveliez la terre, que vous ra-

meniez Jacob à lui et que vous soyez le salut et la lumière jusqu'aux extrémités de la terre.

Mais il exige que vous reconnaissiez ce bienfait et que vous rendiez grâces pour une si grande faveur. Il faut pour cela des épaules capables de supporter le fardeau qu'il vous impose, et ce n'est pas l'âge qui donne cette force, mais la vertu. Il veut donc que par un exercice sérieux vous croissiez autant en sagesse qu'en grâce, autant en vertu qu'en âge, de peur que vous ne succombiez bientôt sous le poids de la charge : Ego posui vos ut eatis, semper eatis, et fruclum afferatis et fructus verter maneat, quia nemo mittens manum ad aratrum et respiciens rétro, aptus est regno Dei. Sed justorum semita, quasi lux splendem procedit et crescitusque ad perfectum diem.

Omnis ex vobis qui non renuntiat omnibus quœ possidet non potest meus esse discipulus. Celui qui ne peut pas être un simple disciple de Jésus-Christ peut-il être son ministre et son prêtre? Qui donc sera sauvé? Voilà ce que disaient les apôtres, qui cependant avaient tout laissé pour suivre Jésus-Christ; mais il est plus facile de tout laisser que de perdre l'affection que l'on a pour ces objets. Jésus leur répondit : Cela est impossible de la part des hommes, mais tout est possible de la part de Dieu; il peut délivrer de cette affection, quoiqu'il ne sauve pas celui qui a cette affection.

Le Seigneur, lorsqu'il envoya ses apôtres prêcher, leur dit : Ne possédez ni or ni argent. S'il est possible qu'un laïque ramasse et conserve par nécessité plutôt que par cupidité des richesses qui lui sont nécessaires pour conserver sa dignité, pour soutenir et placer convenablement sa famille, on ne comprend pas qu'un prêtre le fasse plutôt par besoin que par concupiscence; car ce n'est pas l'opulence qui rend recommandable la dignité ecclésiastique, mais la sainteté de la vie. C'est surtout pour que ses ministres ne fussent ni chargés ni à charge que l'Eglise leur a défendu de contracter le mariage. Ainsi, quand

ils veulent s'enrichir, ils veulent se souiller. Il est difficile de posséder des richesses sans mauvaise affection et sans abus ; c'est ce que l'Ecriture déclare clairement. Les prêtres qui recherchent les richesses emploient en délices et en vanité le bien des pauvres et ne peuvent jamais être rassasiés.

Le Seigneur demanda à ses apôtres : Lorsque je vous ai envoyés sans sac, sans sachet, sans souliers, vousa-til manqué quelque chose ? Ils répondirent : Non. Ils étaient cependant envoyés comme des brebis au milieu des loups, parmi des barbares, et aucun n'endura la faim.

Le Seigneur veut absolument que les chrétiens renoncent à tout et à eux-mêmes. S'il le commande à tous, à plus forte raison l'exige-t-il de ses ministres et surtout des prêtres séculiers, qui sont les chefs du peuple, les pasteurs des âmes, les guides de l'Eglise militante.

Allez sur une montagne élevée, vous qui évangélisez Sion ; c'est là que vous appelle la sublimité du sacerdoce. Le Seigneur ordonne aux prêtres ce qu'il conseille aux laïques : Allez, je vous envoie ; ne portez ni sac, ni sachet, ni argent sur vous, ni deux habits, et il leur ordonna de ne rien prendre dans la route. Celui qui ne renonce pas à tout ne peut être mon disciple, parce que le guide doit se tenir au sommet de la montagne, près de l'étendard de la croix, et combattre pour sa défense. Quiconque est dans la milice du Seigneur ne peut s'impliquer dans les affaires du siècle. Le prêtre a dit : Dominus pars hœreditatis meœ ; il ne peut donc rien posséder autre que le Seigneur ; il ne doit servir que lui, sans aucun autre embarras; autrement le Seigneur ne sera pas son héritage. L'homme de Dieu doit être parfait, disposé à toute sorte de bien ; c'est une ville placée sur la montagne, une lumière sur le chandelier, afin quetout le monde la voie, et qu'en offrant dans sa conduite la règle d'une véritable perfection, il puisse s'offrir à l'imitation de tous

les fidèles, comme le disait le grand docteur des nations : Soyez mes imitateurs comme je le suis de Jésus-Christ.

Que vous êtes éloigné d'une telle élévation ! et vous osez courir aux Ordres sacrés, peut-être vous y êtes déjà. Montez donc avant d'évangéliser Sion. Mais il y en a peu qui parviennent à ce point , voilà pourquoi il y en a beaucoup qui, étant dans les Ordres sacrés, périront éternellement. Il est vrai que cela n'est pas en notre pouvoir, mais ce qui surpasse nos forces ne surpasse pas celles de la grâce divine.

Jésus dit à Pierre : M'aimez-vous? Ce qu'il dit à l'apô- Ire, il le dit à tous ses ministres et le leur répète trois fois, quand il leur confie la conduite de son troupeau , afin qu'ils en aient soin, qu'ils l'accroissent et le gardent avec vigilance. Le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis; les mercenaires sont ceux qui, voyant venir le loup, abandonnent les brebis et s'enfuient.

Malheur aux pasteurs qui ont soin d'eux-mêmes ! ils boivent le lait, se couvrent de la laine et n'ont point soin du troupeau. C'est moi, dit le Seigneur, qui demanderai compte de mon troupeau à ces pasteurs. Afin que le prince des pasteurs ne me fasse pas un jour de semblables reproches, je me donnerai, je me sacrifierai pour les âmes. Vous l'avez voulu ainsi, Seigneur, qui aimez les âmes. Bénissez l'ouvrage de mes mains et bénissez votre héritage en vue de votre saint nom à jamais. Amen.

Bonus pastor animam suam dat pro ovibus suis. Qu'y aurait-il d'étonnant quand je donnerais ma vie pour mes frères ? est-ce que je m'estimerais plus que Jésus-Christ? est-ce mal agir que de vouloir que je donne ma vie pour mes frères, pour lesquels Jésus-Christ a regardé comme un gain de donner la sienne? Il tient envers vous une excellente conduite; car, en sauvant l'âme de votre prochain, vous sauvez la vôtre. Si vous voulez sauver votre vie, vous la perdrez ; mais si vous la perdez pour Jésus- Christ, vous la retrouverez.

La charité envers les pauvres fait une des parties principales du saint ministère, tel que le reçurent les apôtres de Jésus-Christ même. S'ils choisirent des diacres pour remplir ce devoir, ce fut pour s'occuper spécialement de la prédication.

Nemo militans Deo implicat se negotiis secularibus. Un soldat, dit saint Basile , ne construit pas des maisons, n'achète pas des terres, ne fait pas de commerce ; faites donc votre devoir, soldat de Jésus-Christ, soyez dégagé de tous les soins de la vie. Tout ce que vous employez à d'autres occupations, vous le soustrayez à vos fonctions et à ce que vous devez à la religion, dit saint Ambroise. C'est pourquoi le concile d'Aix-la-Chapelle veut que les prêtres qui, contrairement aux canons, se font fermiers, qui recherchent de honteux profits, qui courent dans les marchés, soient punis sévèrement. Le concile de Chalcédoine ordonne aussi que ceux qui, pour un vil gain, se l'ont régisseurs et se chargent d'affaires séculières, soient soumis à une punition. Et qu'on ne s'imagine pas que ces canons anciens sont tombés en désuétude par le laps des temps; le souverain pontife Clément XIII, il n'y a pas longtemps, dans sa sollicitude pastorale et sa vigilance, les a renouvelés, et exhorte les évêques à ne souffrir sous aucun prétexte la moindre apparence de commerce de la part du clergé.

Un grand nombre de canons défendent aussi aux ecclésiastiques la chasse fréquente ou bruyante et tout jeu de hasard ; le concile de Rome entre autres, sous le pape Eugène, défend de chasser surtout avec bruit et clameur. Saint Jérôme, parlant sur ce sujet, dit: Esaù était chasseur parce qu'il était pécheur, et nous ne voyons dans les Ecritures aucun saint chasseur. Le quarante-deuxième canon apostolique et le sixième concile général veulent que le clerc qui s'adonne aux jpux de hasard soit puni par l'excommunication : on entend par là tout jeu où le hasard l'emporte sur l'adresse et la connaissance. Qu'y a-t-

il de plus coupable que de livrer au hasard le bien de ses parents ou des pauvres pour satisfaire une passion? Le concile de Soissons défend aux clercs de jouer à la paume ou à d'autres jeux, surtout avec les laïques; celui de Latran , d'assister aux représentations des farceurs et des histrions, et à tout ce qu'on représente sur la scène.

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