DES SUPÉRIEURS DES CLERCS
Quelle charge que celle de choisir et de former des clercs ! C'est donner à Dieu des interprètes de sa volonté et aux hommes des ministres de leur sanctification.
Quelle pureté de cœur ne faut-il pas avoir pour connaître la volonté de Dieu sur les hommes, quelle générosité pour la leur annoncer !
Il est visible que les premiers pasteurs ne doivent confier le choix et la conduite des clercs qu'à ceux de leurs coopérateurs qui ont plus de lumières, de prudence, de sainteté et d'expérience. Si ceux qui reçoivent cette charge n'ont pas ces qualités, malheur à eux, malheur à ceux qu'ils choisissent, malheur à l'Eglise !
La facilité avec laquelle on envoie communément aux Ordres est bien capable d'inquiéter même ceux qui sont le mieux appelés.
Si ceux qui appellent étaient des hommes qui ont renoncé à tout et à eux-mêmes, l'Eglise aurait peut-être un moindre nombre, mais sûrement de meilleurs ministres. Saint Jean Chrysostôme, en parlant de la diversité des sentiments sur le choix des ministres, en montre l'origine : Cujus rei causa hœc est quod in unum non speclant quod solum spectandum fuerat nempe animi virtutem (lib. III De Sac., cap. 12, n° 35). On a si peu conservé d'estime pour le sacerdoce , que la plupart de ceux à qui on a confié le soin de former des prêtres ne songent pas toujours à examiner s'ils ont les talents nécessaires pour cette importante fonction. Il faut avoir la plénitude de l'esprit sacerdotal pour le communiquer aux autres.
L'esprit sacerdotal consiste : l°à chercher la gloire de Dieu en tâchant de le faire connaître et aimer ; 2° à dési-
ter de contribuer au salut des hommes par l'instruction et par les bonnes œuvres ; 3° à vouloir sincèrement faire le sacrifice de tout et de soi- même pour procurer la gloire de Dieu et le salut des hommes.
Jésus-Christ, pour inculquer l'humilité à ses ministres, se mit à leurs pieds et les lava en leur disant : Exemplum dedi vobis. Bel exemple pour ceux qui sont chargés de former les prêtres !
La mission que Jésus-Christ a reçue de son Père a été le modèle de celle qu'il a donnée à ses apôtres ; elle doit aussi l'être de celle que les clercs reçoivent de leurs supérieurs. Dieu a envoyé son Fils sur la terre parce qu'il a vu qu'il donnerait sa vie pour le salut des hommes. Jésus- Christ a envoyé ses apôtres parce qu'il les avait disposés à verser leur sang pour y contribuer. Les supérieurs ne doivent envoyer que ceux qui sont préparés à consacrer leur vie à la même œuvre.
Ce qui a introduit l'esprit de domination ou d'orgueil dans certains ministres de l'Eglise, c'est peut-être la domination qu'on a exercée sur eux et la manière arbitraire dont on les a conduits et formés. S'ils avaient toujours vu dans leurs guides une entière dépendance des règles, ils auraient mieux compris qu'ils ne doivent pas régner sur les âmes, et que leur royaume n'est pas sur la terre.
La manière dont les apôtres ont élu saint Matthias montre combien les supérieurs doivent dépendre de Dieu dans le choix des prêtres; ils doivent dire bien sincèrement : Ostende quem elegeris.
Il faut avoir bien peu de foi pour ne pas trembler en choisissant les ministres de Dieu, puisque leur perte et la perte des peuples doit être attribuée à ceux qui les auront choisis mal à propos.
Quelle illusion de compter s'excuser au jugement de Dieu pour avoir suivi sa propre lumière et celle des hommes dans le choix des ministres , comme si Jésus-Christ
ne nous avait pas laissé celle de son Evangile et celle de son Eglise !
La meilleure manière de former les ministres est de leur bien faire connaître l'esprit de Jésus-Christ et de l'Eglise par les Ecritures et par la tradition.
Rien n'est plus contraire à la formation des clercs que la vie tiède ou dissipée de ceux qui en sont chargés, quelque solides que soient leurs instructions.
Comme l'archange saint Michel est unus de principibus primis de la milice du ciel, un directeur de jeunes clercs est vnv.s de principibus primis de la milice chrétienne. Quel sublime état !
Plus le ministère des clercs est important, plus ceux qui sont chargés de les former doivent puiser dans les vraies sources les lumières nécessaires et pour les choisir et pour les former.
C'est dans l'Ecriture, dans les conciles et dans les Pères de l'Eglise que l'on prend de justes idées du sacerdoce et de ses fonctions ; c'est là ce que doivent y chercher tous les jours les supérieurs des clercs s'ils ne veulent pas les tromper en se trompant eux-mêmes.
Un supérieur de clercs qui ne connaît pas bien l'esprit de l'Eglise et la tradition, et qui n'a pas le discernement des esprits, doit renoncer à sa charge plutôt que d'être dans l'Eglise de Jésus-Chrit plaga disperdens.
Un supérieur de jeunes lévites pourrait être réprouvé malgré la bonne vie qu'il aurait menée , s'il se laissait aveugler par des motifs humains dans le choix des ministres.
On a vu des prêtres instruits profaner les choses les plus sacrées, livrer Jésus-Christ à des indignes, et appeler par leur imprudence des hommes vicieux au saint ministère ; l'habitude et le respect humain ne les ont-ils pas aveuglés? C'est une chose vraiment effrayante.
SLR LE SACERDOCE. 319
La vocation est le choix, la distinction que Dieu fait d'un homme pour un état, pour un genre de vie, pour une œuvre particulière.
La vocation est un pur effet de la volonté de Dieu ; on a beau faire, on ne peut ni se la donner, ni la donner à quelqu'un.
On ne peut douter de la nécessité de la vocation divine à l'état ecclésiastique après l'oracle de l'apôtre : Nec quisquam sumit sibi honorera , sed qui vocatur a Deo tanquam Aaron.
Il faut que la nécessité de la vocation de Dieu soit bien évidente, puisque tout le monde en convient.
Un ecclésiastique sans vocation est un usurpateur, un voleur, un sacrilège : Fur est et latro.
La bonne vie des chrétiens dépend presque autant de la bonne vie des prêtres que la bonne vie des prêtres dépend de la bonne vocation.
On ne sait lequel fait plus de tort à l'Eglise, ou de celui qui détourne mal à propos du ministère un homme qui a de vrais signes de vocation, ou de celui qui porte à l'état ecclésiastique un homme qui n'a point de sigue suffisant de vocation.
On peut se sauver sans être prêtre, mais un prêtre ne peut guère se sauver sans vocation.
La vocation est comme le fondement de toutes les vertus ecclésiastiques.
Les meilleures qualités dans un prêtre sans vocation sont le plus souvent des obstacles à son salut et à celui des autres.
On dit quelquefois dans les séminaires qu'il faut de bonnes raisons pour ne point envoyer un jeune clerc à l'ordination ; il est plus vrai de dire qu'il en faut de fortes pour l'y envoyer.
Décider soi-même de sa vocation ou de son avancement dans les Ordres est presque toujours une intrusion : Nec quisquam sumit sibi honorem. Il faut être appelé ou envoyé par ceux qui tiennent la place de Dieu.
Que dire d'un homme qui sollicite ou même qui désire la vocation ou la mission extérieure? C'est un serviteur infidèle qui voudrait se soustraire à la souveraineté et à la conduite de Dieu.
Le défaut de vocation est d'une si grande conséquence et si difficile à réparer, qu'il vaut infiniment mieux s'exposer aux plus fâcheux inconvénients que d'entrer dans les Ordres sans vocation.
Outre que c'est un grand crime d'usurper la plus grande dignité et de s'ingérer dans le ministère le plus difficile sans vocation, c'est vouloir périr et faire périr les âmes.
C'est une illusion bien commune de compter sur ses efforts pour devenir un bon prêtre sans dépendance de la vocation.
Quand une fois on a fixé son choix, n'importe par quel motif, ou l'on s'inquiète peu de la vocation, ou l'on se persuade aisément qu'on l'a.
Que de renoncements et de sacrifices le prêtre ne doitil pas faire pour conserver la grâce de sa vocation et pour l'augmenter !
Quelle attention ne doit-il pas avoir de se renouveler sans cesse dans l'esprit de sa vocation, s'il ne veut pas la perdre ! Les maximes de l'Evangile, les réflexions que font les saints Pères sur le petit nombre des prêtres qui se sauvent, la vie du commun des prêtres, tout cela doit faire trembler continuellement et prendre chaque jour de nouvelles précautions.
Celui qui est entré dans les Ordres sans consulter un homme de Dieu, et qui par conséquent n'est pas assuré de sa vocation, doit l'examiner de nouveau et suivre le conseil d'un homme prudent aux dépens de tout; c'est la seule ressource qui lui reste.
SDR LE SACERDOCE. 321
Celui qui connaît qu'il n'a point eu de vocation doit d'abord renoncer à tous ses droits, à tous les privilèges de l'état, en remplir cependant les devoirs, et puis faire une pénitence proportionnée à sa témérité et à sa faute.
La pénitence d'un prêtre qui ne commence pas par une déposition volontaire ne peut être que fausse et illusoire.
Le prêtre sans vocation ou qui a mérité la déposition pour certaines fautes graves doit renoncer sincèrement et pour toujours aux saintes fonctions; s'il les reprenait par la suite, ce ne devrait être que malgré lui et pour obéir à l'ordre d'un prêtre éclairé et prudemment zélé.