‹ Méditations sur les vérités de la foi et de la morale (volume 2)Chapitre 119 sur 168 · MARQUES GÉNÉRALES DE VOCATION · texte numérisé non relu

MARQUES GÉNÉRALES DE VOCATION

Rien n'est si rare que d'examiner la vocation selon les règles, tant de la part de ceux qui reçoivent les Ordres que de la part de ceux qui les y appellent.

On ne peut pas dire que l'on trouve, ni dans l'Ecriture, ni dans les conciles, ni dans les Pères, toutes les marques de vocation, soit positives, soit négatives, clairement et distinctement désignées ; il faut donc se décider absolument d'après certains principes et certaines vérités fondamentales dont l'application soit réglée par la prudence et par l'expérience.

Les fonctions ecclésiastiques , pour être remplies à l'avantage des ministres et des peuples, exigent que les ministres soient exempts de certains défauts et qu'ils aient certaines qualités propres. Il ne faut donc choisir que ceux qui sont exempts de ces défauts et qui ont ces qualités. Ce sont là les seuls que Dieu appelle.

On reconnaît ordinairement la vocation à la vie extérieure et à la vie intérieure que l'on mène. La bonne vie qui précède la consécration donne confiance qu'on est appelé intérieurement de Dieu ; mais la bonne vie et la

fidélité qui suivent constamment la consécration donnent encore plus de confiance que la vocation est divine.

La mauvaise vie, certaines chutes, le manque de zèle, la paresse, l'ambition, l'esprit d'intérêt donnent lieu de craindre qu'on n'ait pas la vocation, quelque réputation qu'on ait parmi les hommes et quelque réglée que paraisse la vie à l'extérieur.

Les principales choses qui excluent de l'état ecclésiastique sont la vie scandaleuse, l'hérésie, l'homicide, l'impureté, l'avarice, et un orgueil dominant.

Les principales qualités que doit avoir un bon prêtre, outre la sainteté des mœurs, sont le zèle de Dieu, l'ouverture et la justesse d'esprit.

Dieu manifeste son choix par les qualités extérieures et intérieures qu'il accorde, par des dons naturels et surnaturels.

Personne ne doit se juger soi-même ni se rendre témoignage, de peur d'être trompé par la présomption ou par la pusillanimité.

C'est aux supérieurs légitimes à décider si l'on a reçu de Dieu les qualités extérieures et les dons naturels: quant aux qualités intérieures et aux dons surnaturels, il faut absolument s'en rapporter au jugement d'un directeur solidement pieux, bien éclairé, et qui connaisse à fond toute la vie de celui qui aspire.

Quoique l'absolution du prêtre soit le signe de celle de Dieu, on reçoit néanmoins l'une sans l'autre ; il en est de même de la vocation : l'une et l'autre, pour être bonnes, doivent être appuyées sur des motifs clairs et moralement certains.

Combien en appelle-t-on aux Ordres parce qu'on prétend n'avoir rien à leur reprocher, comme s'il ne fallait pas des motifs positifs et particuliers pour les déterminer à se charger d'un fardeau aussi redoutable !

Une des marques de vocation est la bonne idée que le peuple a d'un homme.

SLR LE SACERDOCE. 32j

Une preuve que l'innocence extérieure ne suffit pas, c'est que tous ceux qui ont écrit sur ce sujet renvoient au directeur de la conscience.

Le goût pour l'état ecclésiastique est un signe bien équivoque de vocation; il est par conséquent insuffisant.

Quand le goût pour l'état ecclésiastique fait mener par avance une vie vraiment ecclésiastique, c'est ordinairement un vrai signe de vocation ; quand il laisse subsister une grande frivolité, ou l'amour du vice, ou des vues tout humaines, il est à craindre que ce ne soit un piège du démon.

Combien de jeunes gens tombent dans de grandes fautes, malgré leur goût pour l'état ecclésiastique, parce qu'ils ont été mal instruits ou mal conduits! Si leur goût persévère après une sincère conversion, c'est un bon signe, pourvu qu'il soit accompagné des autres qualités.

Malheur à qui prend l'état sacerdotal ou y renonce par le conseil de ses parents ou par leur inspiration et d'après leur impression ! Jésus-Christ n'a pas voulu suivre l'avis des siens, qui l'engageaient à se manifester au monde, et saint Paul, choisi pour prêcher l'Evangile, a dit : Continuo non acquievi carni et sanguini.

C'est un grand aveuglement que de trouver dans sa naissance, dans sa fortune, dans sa santé, dans son caractère, des motifs suffisants d'aspirer à la prêtrise. Qu'on examine de bonne foi, ce sont pourtant là les fondements de la plupart des vocations.

C'est une chose incompréhensible et bien effrayante que ceux qui viennent dans les maisons destinées à examiner la vocation se trouvent presque tous appelés tôt ou tard, bon gré, mal gré.

Quand Dieu donne les qualités et les talents nécessaires pour l'état ecclésiastique, c'est une marque qu'il appelle à cet état.

Si Dieu ne donne pas les dispositions nécessaires, on a

beau les désirer et s'efforcer de les acquérir, on ne les aura pas, on ne sera pas appelé ; le meilleur, le seul parti à prendre est de renoncer à l'état ecclésiastique, si l'on ne veut pas être un voleur et un larron.

Le signe le plus décisif de vocation, c'est la mission du directeur de la conscience, pourvu qu'il ait une vraie connaissance des règles de la discipline, de la tradition et de l'esprit de l'Eglise.

C'est à un cœur droit et docile que Dieu accorde un guide plein de son esprit.

Les âmes doubles et terrestres ne trouvent que trop de faux prophètes qui les laissent s'égarer en se trompant et en les trompant, parce qu'ils ne se font pas connaître.

Page 1