MARQUES PARTICULIÈRES DE VOCATION, SAINTETÉ, INNOCENCE
Les Ecritures de l'Ancien et du Nouveau Testament ne laissent aucun doute sur la nécessité de la sainteté qu'il faut avoir pour être ministre du Dieu vivant.
Le vingt et unième chapitre du Lévitique et les épi— très de saint Paul à Timothée et à Tite serviront d'arrêt pour condamner, au jugement de Dieu, les ministres indignes.
Le prêtre de l'ancienne loi portait sur son front une lame d'or où étaient écrits ces mots : Chodex Jehova, c'est-à-dire, le saint de Dieu. On doit lire la même chose dans tout l'extérieur et dans toute la conduite du prêtre de la nouvelle loi.
Ce n'est pas dans un langage de piété, ni dans une certaine régularité de conduite, que consiste toute la sainteté qu'exige le sacerdoce.
Dans les premiers siècles de l'Eglise, il fallait pour être prêtre avoir l'innocence baptismale. Quiconque l'avait perdue, gravi peccato ou gravi crimine, devenait pour jamais irrégulier. (Pater Lupus, tome IV.)
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Au onzième siècle, Léon IX, interrogé sur quatre espèces de crimes secrets contre la pureté, répond que, selon l'esprit des canons et selon son jugement, ils doivent exclure : Ab omnibus immaculatœ Ecclesiœ gradibus.
Saint Grégoire conseilla à un homme canoniquement élu à un évêché de renoncer à son élection, parce qu'il lui avoua qu'il s'était rendu coupable de quelques péchés mortels. Selon la première discipline, tout pécheur pénitent pouvait espérer d'être admis dans le sanctuaire du ciel, non dans celui de la terre.
La charité s'est refroidie, et l'iniquité a fait des progrès au point que l'Eglise, pour ne pas manquer de ministres, s'est vue obligée d'en chercher parmi les pécheurs pénitents. Est-il croyable que l'Eglise choisisse indifféremment ses prêtres parmi toutes sortes de pécheurs? et la gloire de Dieu, l'intérêt des hommes, n'exigent-ils pas qu'elle prenne les moins coupables?
Quel respect les peuples auraient-ils pour la religion, si elle avait pour ministres des hommes connus par leurs désordres et célèbres par leurs vices?
Celui qui a scandalisé l'Eglise doit se borner à réparer le scandale par son humiliation et par ses larmes; il est incapable de l'autorité du ministère; il ne peut ni exhorter ni reprendre.
Les docteurs les plus modernes conviennent qu'il y a certains péchés de luxure qui doivent pour toujours éloigner des saints Ordres, quelque pénitence qu'on ait faite. (Collet, Traité des lrrég., pag. 9, chap. vi, 2° concl. sub fine.)
Quand un homme d'un âge mûr a perdu la pudeur par des péchés de fornication, le ministère serait trop dangereux pour lui ; il n'y est point appelé.
La pudeur est un frein puissant dont la grâce se sert pour contenir la passion; le frein a-t-il été une fois rompu, il est plus difficile de se contenir.
Le corps qui a éprouvé une maladie longue, aiguë.
demeure longtemps faible, se fortifie avec peine et retombe aisément. Il en est de même de ceux qui ont commis de grands péchés ou qui ont croupi dans de longues habitudes ; leur vertu est toujours chancelante, ils ont beaucoup à craindre la rechute, et il leur est trèsdifficile de recouvrer la perfection qu'exige le sacerdoce.
Si l'Eglise ne choisit ordinairement que les moins coupables pour les faire prêtres, ce n'est pas que Dieu ne puisse rendre aux plus criminels une justice entière et parfaite, mais c'est parce que cela est rare ; c'est un miracle dans l'ordre de la grâce.
Quand on veut faire prêtre un homme coupable de grandes fautes, on ne doit pas se contenter de la courte épreuve du séminaire, où il n'est point exposé ; il faut qu'il ait triomphé du siècle et de ses dangers, et que l'indulgence soit fondée sur des talents plus que médiocres.
Quand un homme a profané les choses saintes, surtout l'Eucharistie en la recevant indignement et avec connaissance de cause, ce serait une témérité sacrilège que de l'exposer à renouveler son crime dans les fréquentes occasions du ministère.
Si par hasard on voulait promouvoir au sacerdoce un homme coupable de profanation réfléchie, il faudrait qu'il eût depuis longtemps recouvré une foi bien vive et qu'il en eût donné des preuves non équivoques et multipliées.
Le ministère a des dangers qui deviennent des occasions prochaines de péché pour ceux qui ont un penchant violent à la luxure; qu'ils s'en éloignent avec constance s'ils ne veulent périr certainement.
La conversion de ceux que l'on choisit parmi les moins pécheurs doit être bien assurée et bien constatée par les œuvres et par le temps.
A Dieu ne plaise que l'on élève à la prêtrise des hommes qui, après avoir été vraiment et solidement couver-
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tis, ont donné des preuves de leur inconstance par des rechutes marquées et soutenues !
Le pénitent que l'Eglise choisit pour ministre doit être tellement converti, lavé et guéri de ses péchés, que son imagination ne soit plus le jouet de fantômes indécents, qu'il ait repris l'empire de ses sens, qu'il ait du goût, du penchant, de la facilité pour le bien et pour les choses célestes auxquelles il est destiné.
La vie du prêtre que l'on a choisi parmi les pénitents doit êlre soutenue par beaucoup de précautions, par le recueillement, par la vigilance, par la pénitence, par les privations et par une prière continuelle. 11 trouve un bon modèle dans saint Pierre, qui n'a cessé de pleurer.
Quoiqu'on regarde un homme comme appelé à la prêtrise à cause de l'innocence conservée ou suffisamment réparée, il ne doit cependant pas être promu aux différents Ordres sans règle.
Le saint concile de Trente exige que vitœ meritvm crescat à mesure qu'on approche du sacerdoce. Quand la piété diminue en avançant dans les Ordres, c'est une preuve qu'on ne connaît pas bien la sainteté et l'excellence de cet état; on doit plutôt songer à purifier les premières démarches qu'à en faire de nouvelles.
A quoi connaît-on qu'un homme croît en piété et en sainteté, sinon au soin qu'il a d'éviter les moindres fautes, de se corriger de ses défauts et de faire tout le bien qu'il peut dans sa position ?
Le saint concile de Trente regarde la communion plus fréquente comme une des marques du progrès nécessaire pour avancer dans les Ordres.
Un des signes de l'innocence du cœur, c'est la modestie que le clerc aime à garder dans tout son extérieur.
Il ne suffit pas d'être innocens manibus, il faut être encore mundo corde pour monter à l'autel du Seigneur.