‹ Méditations sur les vérités de la foi et de la morale (volume 2)Chapitre 12 sur 168 · DÉFAUT DE VOCAT! \N · texte numérisé non relu

DÉFAUT DE VOCAT! \N

sent, et votre prière devient un péché. Ma volonté n'est pas pour vous, dit le Seigneur, je ne recevrai point votre offrande (I). Ils offriront des hosties, et le Seigneur ne les recevra pas ; il ne se souviendra que de leur iniquité (2). de la témérité avec laquelle ils ont usurpé le saint ministère. « Que me l'ont les victimes nombreuses que vous « m'offrez? Je ne veux point de vos holocaustes. Lorsque i vous veniez en ma présence, qui vous a demandé ces « choses, et pourquoi entrez-vous dans mon sanctuaire ? « Votre encens est une abomination à mes yeux, mon « âme déteste vos solennités, j'en ai été fatigué, et lors- « que vous multiplierez vos prières, je ne vous exauce- « rai pas (3). » Rien ne plaît à Dieu que ce qui est selon son bon plaisir. Ils veulent approcher de Dieu, ils me demandent des jugements de justice : pourquoi avons-nous jeûné, et vous n'y avez pas fait attention? C'est que dans votre jeûne votre volonté s'y trouve (4) .

Je ne veux point cependant inspirer de scrupule, ni enlever l'espérance à ceux qui ne peuvent revenir en arrière ; s'ils trouvent en eux quelque défaut de vocation, qu'ils le réparent ; si la sainteté de vie n'a pas précédé, qu'elle suive au moins, dit saint Bernard, et que les autres aient horreur d'une telle vocation. Quelle espérance et quelle ressource peut-il rester à celui de qui Dieu n'écoute pas la prière, dont il méprise les sacrifices, de qui l'encens est une abomination, parce qu'il fait injure à Dieu et qu'il porte préjudice à l'Eglise ?

IIe Point. — Qui non intrat per ostium in ovile ovium, sed ascendit aliunde, ille fur est et latro (5). Celui qui n'entre pas dans la bergerie par Jésus-Christ, qui s'appelle la porte, est un mercenaire, un voleur, un larron qui ne vient que pour voler, égorger et perdre. Quel tort fait-il donc à l'Eglise, c'est-à-dire aux fidèles? 11 usurpe le ministère, il se rend coupable de vol, il abandonne son ministère.

(1) Malach. 1.— (2) Osée 2.— (3) Isaïe i .— (-i)Ibid.— (3) Jean M).

1° Le bénéfice est donné pour la charge, c'est afin que celui qui sert Dieu puisse vivre convenablement et qu'il donne ce qui lui reste aux membres pauvres de Jésus- Christ : mais celui qui n'entre pas par la porte cherche un bénéfice et ne pense pas à l'emploi, car il ne vient que pour voler et prendre plusieurs bénéfices. Ainsi, il n'est pas le vrai pasteur, mais il prend sa place au détriment du troupeau; il n'est pas légitime possesseur, mais c'est un voleur et un étranger qui se gorge de rapines, et s'il veut faire pénitence, il faut qu'il rende autant qu'il a pris. Pierre de Blois, au témoignage de saint Grégoire, dit : Celui qui entre autre part que par la porte dans le bercail se fatigue en vain pour remporter la palme du salut, à moins qu'il ne quitte l'honneur qu'il s'est procuré injustement.

Malheur aux pasteurs qui se nourrissaient eux-mêmes/ Vous mangiez le lait, vous vous couvriez de la laine, mais vous ne faisiez pas paître mon troupeau. Vous n'avez pas fortifié ce qui était faible, vous n'avez pas guéri ce qui était malade; mes brebis ont été dispersées pâtre qu'il n'y avait point de pasteur (I).

2° Pourquoi les appelle-t-on non seulement voleurs, mais larrons? Parce qu'ils égorgent le troupeau et le conduisent à sa perte. Vous tuiez ce qui était gras, vous ne cherchiez point ce qui avait péri; mon troupeau est devenu un objet de rapine et mes brebis la proie des bêles sauvages, car il n'y avait pas de pasteur (v2). Quand on recherche le profit et les plaisirs, il arrive que ceux qu'on devait édifier par l'éclat des verîus, on les tue par les scandales de sa vie; les pénitents que l'on reçoit à corriger, on les jette dans l'abîme, ou par malice, ou par défaut d'expérience. Il arrive que, par la négligence de ces prêtres, le peuple ignore les mystères, et qu'une trop grande indulgence donne plus de facilité pour commettre le péché;

(l)Ezéch. i4, ft- (2) Ibid.

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ceux qui sont faibles dans la foi chancellent, elles hérétiques s'appuient sur les vices des pasteurs pour faire glisser leurs erreurs : de là les railleries de la parole sainte, la perte de la discipline, le mépris du sacerdoce. Quand même ces hommes voudraient avoir soin du troupeau, les brebis n'écoutent pas leur voix et ne les suivent pas, parce qu'ils n'ont pas l'esprit de Dieu et que leurs exemples l'emportent sur leurs paroles. Les brebis suivent le pasteur, dit le Sauveur, mais elles ne suivent pas un étranger; elles le fuient, parce quelles ne connaissent pas la voix des étrangers (1).

3° L'étranger est le même qu'un mercenaire, un voleur, un larron, qui n'entre pas parla porte pour faire paître les brebis, mais pour se nourrir lui-même aux dépens de l'héritage du Seigneur; il fuit au moindre danger, parce qu'il ne se met pas en peine des brebis, et le loup ravit et disperse le troupeau. Au contraire, le pasteur donne sa vie pour ses brebis, il vient pour leur donner une vie plus abondante, et s'il perd une de ses brebis, il va la chercher et la rapporte sur ses épaules.

Quel tort ne fait donc pas à l'Eglise celui qui usurpt l'emploi de pasteur! Propterea vivo ego, dicit Dominus, quia dispersœ sunt cunctis montibus et non erat gui requireret ; ecce ego super pastores requiïam gregem meum de manu eorum et cessare faciam eos ut ultra non pascant gregem meum. nec pascant amplius pastores semetipsos (2).

IIIe Point. — Ils ont régné, mais non d'après mon ordre; ils sont devenus chefs, et je ne les ai pas connus : aussi ma colère s'est allumée contre eux (3). Ceux qui, sans vocation, s'arrogent le sacerdoce royal, se préparent leur perte , s'attirent une grande fureur , une vengeance prompte et une réprobation certaine.

1° D'après ce qui a été dit, il est facile de comprendre qu'ils s'attirent une grande colère, car ils font à Dieu une

(i) Jean 10. - (2) Ezccli. 34. — (3) Osée 8.

à2 MÉDITATIONS.

injure grave, causent à l'Eglise un grave dommage; ils résistent à l'ordre établi de Dieu, ils usurpent le saint ministère, ils donnent au Seigneur des serviteurs inutiles et paresseux, ils dépouillent, dispersent, dévorent le troupeau du Seigneur, de telle sorte que Jésus, malgré sa grande douceur, s'emporte contre eux en paroles dures en les appelant voleurs et larrons. Il est certain que la colère de Dieu est proportionnée à la gravité de l'offense, et l'offense est d'autant plus grave qu'elle attaque plus insolemment la majesté divine dont elle détruit le culte. Si peccaverit vir in virum, placari potest ei Deus; si autem in Deum peccaverit, quis orabit pro eo (1)?

L'injure est d'autant plus grave qu'elle ne consiste pas dans un acte transitoire, mais dans un état qui, à cause du caractère de l'Ordre, ne peut pas changer ; de là cette parole de l'évoque dans l'ordination du sous-diacre : Vous ne pourrez plus aller en arrière. Pendant qu'il en est encore temps, ne méprisez donc pas la voix de celui qui vous avertit, fuyez la colère à venir.

2° « Ma fureur s'est allumée, elle sera suivie d'une « prompte vengeance. » Dieu punit d'ordinaire promptement toute prévarication contre son culte. Vous établirez Aaron et ses fils dans les fonctions du sacerdoce; tout étranger qui osera briguer cet emploi mourra (2). Il n'épargna pas même les fils d'Aaron, car un feu envoyé par le Seigneur les dévora, parce qu'ils offraient à Dieu l'encens avec un feu profane. Oza fut puni de mort pour avoir porté témérairement la main sur l'arche. Le roi Ozias eut une lèpre qui dura toute sa vie pour avoir voulu offrir l'encens sur l'autel. Saùl, pour avoir voulu offrir un holocauste afin d'obtenir une grâce, fut livré à Satan, qui excita son envie au point qu'il se fit périr de ses propres mains.

Mais Coré, Dathan et Abiron , avec deux cent cin-

(1)11 Rois 25. — (2)Nombr. 3.

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quanle lévites qui ambitionnaient le sacerdoce, nous ont laissé dans leur personne un exemple mémorable de leur folie et de la vengeance terrible de Dieu : les uns furent brûlés, les autres engloutis. « Ils descendirent vi- ■ vants dans l'enfer, dit l'Ecriture, afin que les Israélites « se rappelassent qu'aucun étranger ne devait offrir l'en- « cens (!). »

3° Les étrangers dont nous parlons ne sont pas prévenus moins clairement de la colère et de la vengeance terrible qu'ils excitent contre eux et qui rend leur réprobation certaine ; non qu'ils ne puissent obtenir miséricorde, si Dieu leur en donne le temps et le moyen , s'ils condamnent sincèrement la cause de leur erreur, qui est l'ambition, et si, quittant leur emploi, ils se réfugient dans quelque solitude pour y faire de dignes fruits de pénitence: mais comme Esaû, après avoir vendu son droit d'aînesse, ne trouva pas moyen de faire pénitence, quoiqu'il le demandât avec larmes, eux aussi, en abandonnant le patrimoine que la Providence leur avait préparé, ne pleureront jamais assez pour obtenir le pardon el la série de grâces qui leur était préparée. Qui a vu un clerc vraiment et promptement pénitent ? dit saint Chrysostôme. Semblables à Dathan et Abiron au milieu des feux et des gouffres de la terre entrouverte, ils tiennent encore l'encensoir et l'encens. Saint Bernard conclutdelà que ceux qui ne sont pas appelés ou préparés et qui reçoivent lesOrdres sacrés encourent une damnation certaine.

Dieu grand, puissant et terrible! Qui pourra soutenir la présence d'un Dieu si saint, s'il ne l'a choisi et sanctitié lui-même? Que ne deviennent-ils sages et intelligents, et que ne se rappellent-ils ces paroles : In illa die ceciderunt sacerdotes in bello dvm volunt fortiter facere. dum sine concilio exeunt in prœlium : ipsi auiem non erant de semine illorum virorum per quos salus facta est.

(l)Nombr. 16.

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