QUATRIÈME MÉDITATION
Qui sont ceux qui vont aux saints Ordres sans y être appelés ?
Mon mittebam prophetas et ipsi currebant, non loquebar ad eos et ipsi prophetabant (1). Comme ces prophètes qui ne sont pas envoyés et qui prophétisent faussement sont réprouvés de Dieu, de même beaucoup d'ecclésiastiques qui reçoivent sans vocation le saint ministère ne voient que des choses vaines; le Seigneur leur dira au grand jour : Je ne vous connais pas (2) ; celui qui fait la volonté de mon Père, c'est celui-là qui entrera au royaume des deux. Qui sont donc ceux qui courent aux saints Ordres sans y être appelés? 1° Ceux qui ne sentent point en eux-mêmes l'impulsion de la vocation divine ; 2° tous ceux qui n'ont pas l'esprit propre de la vocation divine ; 3° enfin tous ceux qui n'ont pas le talent propre de la vocation divine.
Ier Point. — Quos Deus prœdestinavit, hos vocavit. Il en a même appeléJ)eaucoup par une vocation extérieure au commencement de l'Eglise ; maintenant il appelle intérieurement, en parlant au cœur, et en l'inclinant fortement et avec douceur à faire sa volonté. Personne ne peut venir à Jésus-Christ si son Père ne l'attire, non par des liens extérieurs, mais par l'impulsion de la grâce prévenante, qui ouvre les oreilles du cœur, qui excite et qui aide à entendre. Ceux-là ne sont donc pas appelés qui n'éprouvent aucune impulsion de vocation divine, qui, venant du Père des lumières, respire les choses célestes et non les terrestres. Ceux-là ne sont pas appelés qui sont poussés par l'impulsion de leurs parents ou le désir des richesses et du bien-être. Dieu le Père ne conduit pas ceux qui sont guidés par une impulsion
(1) Jér. 23. — (2) Rora. 8.
DE CEUX QUI NE SONT TAS APPELÉS. .'iù
terrestre, par la vanité terrestre, par la cupidité terrestre.
4° Chacun doit écouter l'esprit qui lui parle intérieurement, l'inclination de son esprit et non le choix de ses parents, qui, par sollicitations, par prières, par menaces, poussent un de leurs enfants à l'état ecclésiastique et le destinent à l'Eglise, non pour le consacrer à Dieu, mais pour soulager leur famille, pour l'enrichir, dit saint Bernard, des biens du Seigneur, afin que leur fortune soit moins divisée. « Les enfants qui fréquentent les éco- « les sont poussés aux dignités ecclésiastiques et passent « de la férule à la royauté sacerdotale ; quelquefois « même, avant leur naissance, la sollicitude paternelle « leur a déjà préparé quelque bénéfice »
Ce n'est pas là une vocation divine, mais la prudence de la chair, qui est la mort. Il neutre pas par la porte. dit saint Augustin, celui qui entre par la porte laïque. De même qu'il est juste d'obéir aux parents dans les autres choses, dans celle-ci il faut leur résister fortement. Ils peuvent obtenir un bénéfice à un enfant, mais ils ne peuvent pas changer ses affections, ils ne peuvent pas l'appeler au saint ministère, à plus forte raison ils ne peuvent le forcer. « Que le père ne se fâche pas, dit le même « docteur ; on ne lui préfère que Dieu. »
1° La plupart des parents laissent libre pour le choix de l'état, mais il yen a beaucoup qu'attire l'honneur des saints Ordres, l'élévation aux dignités de l'Eglise, une vanité terrestre que l'on doit surtout détester, parce qu'il y a désir immodéré et mauvais des choses saintes, et qu'en montant par degrés aux saintes fonctions, on veut parvenir au faîte do son ambition, on veut avoir les premières places parmi le peuple, les premières chaires dans les synagogues, être appelé Rabbi ; ils veulent être élevés au dessus du peuple, dominer sur le peuple; même ils désirent dominer dans le clergé, arriver à l'episcopat, et ils pensent désirer une bonne œuvre; mais, comme
3t> MÉDITATIONS.
le dit saint Jérôme, ils pensent, si tamen opus desiderant, non dignitatem, laborern, non delicias, opus, per quod hu~ mililate decrescant, non intumescant fastigio.
Il n'y a pas encore là une vocation divine, mais l'orgueil de la vie, qui ne vient pas du Père, niais du monde ; or, le prince du monde est lè'démon, le prince des ténèbres, le père du mensonge, qui se transforme en ange de lumière.
3° Il y en a aussi un certain nombre qui vont aux Ordres sacrés par amour des avantages temporels, par le vlésir d'une riche oisiveté, à cause de la gêne de leur famille, parce que, de quelque côté qu'ils se tournent, ils ne voient pas une voie plus propre à leur faire mener une vie tranquille et convenable, même aussi pour soulager leurs parents et leurs proches. Ce n'est pas là une vocation divine, mais la concupiscence des yeux, qui, dit ^aint Bernard, « par un renversement de l'ordre, se sert a des biens célestes pour acquérir les biens de la terre ; » et il ajoute « que tous ceux qui dans les Ordres recher- « chent l'honneur et les richesses ou les plaisirs corpoi rels, ne veulent en dernière analyse que leurs intérêts « et non ceux de Jésus-Christ; ainsi, ils n'ont pas cette « charité qui vient de Dieu, mais cette cupidité qui est « bien loin de Dieu et qui est la racine de tous les maux. « Attirez-moi après vous, dit l'épouse, à l'odeur de vos « parfums; mais, au contraire, maintenant chacun se « laisse entraîner par son plaisir , et en recherchant « l'odeur d'un avantage honteux , on regarde la piété « comme un gain. Pour de telles personnes la damnation « est certaine. »
Il y en a beaucoup qui se font illusion; en dirigeant leur intention, ils conservent leur affection pour les biens temporels. Il arrive, dit saint Grégoire, que l'intention détruit au fond ce qui paraît à la surface de la pensée l'objet de l'attention de l'esprit. On veut l'office pour le bénéfice, et on le veut magnifique, avec une fonction qui