‹ Méditations sur les vérités de la foi et de la morale (volume 2)Chapitre 122 sur 168 · FERMETÉ DAME · texte numérisé non relu

FERMETÉ DAME

La fermeté nécessaire au prêtre consiste dans une fidélité inviolable à suivre toutes les lois de Jésus-Christ et de l'Eglise dans sa propre conduite et dans celle des autres.

Jésus-Christ n'a pas voulu que ses apôtres commençassent l'exercice de leur ministère qu'ils n'eussent été revêtus virtute ex alto. Les ministres sont les colonnes de l'Eglise, il faut qu'ils aient assez de force pour la soutenir contre tous ses ennemis ; ils sont les chefs de l'armée sainte, ils doivent soutenir par leur courage celui des combattants.

Quelle force extraordinaire ne faut-il pas avoir pour résister au torrent des erreurs et des préjugés!

Combien faut-il qu'un prêtre connaisse et aime la vérité pour tenir ferme contre la multitude et même contre sa propre humilité, qui lui crie qu'il ne doit pas se regarder comme plus sage que les autres !

La crainte du blâme et du mépris a un grand ascendant sur le cœur humain ; elle a besoin d'un contrepoids bien fort pour n'avoir pas le dessus.

TOMB V. ilj

La faiblesse humaine, l'amour des aises , sont des obstacles habituels au devoir du prêtre; il faut un secours bien puissant et continuel pour les vaincre.

Le véritable prêtre est déterminé à tout perdre, même la vie, plutôt que de manquer de fidélité à un devoir, à une vérité, à une âme. Il n'y a point de prêtre qui n'ait souvent l'occasion d'user de la fermeté évangélique.

Ce qui doit soutenir le prêtre dans l'attachement à son devoir, c'est qu'il ne sera jugé ni sur la conduite ni sur les exemples de personne, mais sur la vérité et sur la loi.

Plus le prêtre est ferme, plus il doit être humble, afin de ne point scandaliser par une apparence d'orgueil et d'opiniâtreté.

C'est surtout la lâcheté et les infidélités du commun des prêtres qui sont un grand écueil. Le moyen de l'éviter est de fuir la conversation et même la compagnie de ceux qui manquent à leurs devoirs.

Si le prêtre se laisse entraîner au torrent, qui arrêtera le peuple?

La fermeté et la constance dans le bien est une disposition des plus essentielles au sacerdoce dans ce temps où l'iniquité domine dans tous les états.

Pour avoir confiance qu'on a reçu la fermeté nécessaire au ministère, il faut avoir évité le mal et pratiqué le bien d'une manière soutenue depuis un temps considérable.

Ce n'est point assez d'avoir évité les fautes considérables et le péché mortel, il faut avoir montré sa constance par son assiduité dans les saintes pratiques.

On doit trouver des marques de fermeté même dans l'enfance et dans l'adolescence des clercs.

Une des principales marques de fermeté est de compter pour rien les jugements des hommes.

Un bon ecclésiastique doit être accoutumé à vaincre ses goûts et ses répugnances.

11 faut avoir bien examiné et connu la vérité et ses devoirs, s'y tenir attaché au mépris et aux dépens de tout.

Que de gens changent de sentiment et de conduite sans s'en apercevoir, parce qu'ils ont laissé aveugler leur esprit !

On ne peut pas regarder comme un caractère ferme celui à qui la mollesse ou la légèreté font quelquefois abandonner une manière de vivre réglée et appliquée.

C'est la marque d'une grande faiblesse et d'une vraie lâcheté que de manquer à ses devoirs par respect humain.

Celui qui n'a pas de fermeté pour résister à la mollesse, à l'intérêt, au respect humain, n'est pas propre à prêcher l'Evangile : JSec hune elegit Dominus. Non erubesco evangelium.

Les clercs et souvent ceux qui leur donnent la mission ne font pas assez d'attention à la nécessité de la fermeté ; c'est pour cela que les règles sont abandonnées, que l'on donne le saint aux chiens et que la face du christianisme change de plus en plus.

Il y a une grande différence entre la fermeté et l'entêtement : l'une est l'effet de la grâce, l'autre est une suitr de l'ignorance et de l'amour-propre. La fermeté est un fort attachement aux lois et aux règles; l'entêtement est une grande opiniâtreté dans ses sentiments propres. La fermeté demeure volontiers inconnue, tandis que l'entêtement cherche à se montrer.

La fermeté découvre ses motifs avec simplicité et sans prétention; l'entêtement dispute pour prévaloir et pour dominer.

Qu'on examine bien , et on verra que la fermeté est plus rare qne l'entêtement; l'entêtement n'a besoin que de l'orgueil pour exister, au lieu que pour avoir la fermeté il faut avoir la connaissance et l'amour de la vérité dans un cœur pur et simple.

De tout temps la fidélité aux règles a attiré des persécutions plus ou moins grandes à tous ceux qui les ont suivies ; les âmes fermes les ont supportées avec joie , et les lâches ont cédé.

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