DE LA PATIENCE
La patience du prêtre consiste à attendre sans découragement et sans inquiétude les effets de la miséricorde de Dieu sur lui et sur les autres.
Ce serait une marque que l'on compterait plus sur ses talents et sur ses travaux que sur la grâce et sur la coopération de Dieu, si l'on s'impatientait des retards que l'on éprouve.
Rien ne doit tant soutenir la patience du prêtre que le souvenir que Dieu exige de lui non curaiionem sed curam.
Quelque peu de succès qu'ait un prêtre appelé et appliqué à son ministère, il ne doit ni se décourager ni s'abattre. Jésus-Christ n'a pas converti beaucoup de monde par sa prédication.
C'est souvent par miséricorde pour le prêtre ou pour les pécheurs que Dieu retarde le succès ; on aurait donc grand tort de s'impatienter.
Quand on craint que les retards ne viennent de la justice de Dieu ou de l'infidélité des hommes, il vaut bien mieux recourir à l'humilité que de se livrer à l'impatience.
La patience de Dieu à l'égard des plus grands pécheurs, celle de Jésus-Christ à l'égard des Juifs et envers Judas, envers les apôtres, envers nous, ne serait-elle pas une grande leçon qui nous enseigne la patience dont nous devons user envers nos semblables?
Il faut bien prendre garde de confondre la patience avec l'indifférence : celle-ci attend sans désir, l'autre désire vivement, mais elle attend pour réussir plus sûrement.
Quelle patience ne faut-il pas avoir pour supporter l'entêtement, les faux raisonnements, la résistance, la grossièreté et souvent les mauvais traitements des hommes !
Il est impossible, sans une patience affermie, de conserver la douceur qu'exige le ministère.
C'est assez de montrer de l'impatience pour perdre la confiance du peuple.
Ne point se rebuter de toutes les difficultés qui se trouvent dans les études, s'assujettir sans murmure au*
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règles et aux usages d'une maison, savoir vivre en paix avec les personnes d'une humeur ou d'un caractère difficile, conserver la tranquillité d'âme dans les événements contraires, ce sont là autant de signes de patience que l'on doit chercher dans ceux qui sont dans le sacerdoce ou qui s'y destinent.
de l'humilité.
Le prêtre doit toujours avoir sous les yeux l'humilité de son chef. L'apôtre nous la montre bien énergiquempnt clans ces paroles : Exinanivit semetipsum formant servi accipiens.
L'Evangile ne prêche rien tant que l'humilité. C'est donc la principale leçon que nous devons répéter sans cesse. Comment voulons-nous qu'on nous écoute, si nous ne la pratiquons pas?
La vraie humilité consiste à ne vouloir point de l'estime des hommes pour nous-mêmes : Non nobis, Domine, non nobis, sed nomini tuo da gloriam.
Si le prêtre n'est pas établi dans une sincère humilité, il prendra aisément pour lui le respect qu'on rend au sacerdoce en sa personne. Combien voit-on de prêtres qui affectent de se mettre à la place de Dieu dans l'esprit des hommes ! C'est d'eux que saint Paul dit : Ostendens se tanquam sit Deus. Quel crime !
Il faut être bien aveuglé pour s'attribuer la conversion des âmes et pour se glorifier de leurs progrès dans la vertu ; c'est pourtant un mal bien commun.
Il est difficile qu'un prêtre orgueilleux soit susceptible de toute la compassion qu'il doit au pécheur.
Les effets de l'orgueil sont bien terribles dans un prêtre, et pour lui et pour les autres. Il sacrifie tout à sa vanité, et Jésus-Christ et les âmes.
Le vice de l'orgueil est d'autant plus dangereux, que plus on en est infecté, moins on s'en aperçoit : on a be-
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soin, pour en être guéri, d'un ami généreux et éclairé ; mais où le trouver?
L'humilité nécessaire au sacerdoce commence à se montrer dans un jeune clerc quand il n'est point entlé de ses succès, quand il prend volontiers conseil, quand il communique aussi volontiers avec les simples qu'avec ceux qui sont distingués par leurs talents ou autrement.
C'est une marque d'humilité de ne parler de soi que dans le cas de nécessité.
Celui-là est vraiment humble de cœur qui ne s'offense ni des mauvais traitements ni des mépris.
Un homme vraiment humble pense toujours qu'on lui fait plus d'honneur qu il ne mérite.
L'air de complaisance et le ton de vanité avec lequel on prêche nuisent plus aux sermons de ce temps-ci que le défaut de style.
Le prêtre doit se rappeler souvent cette maxime de saint Jean : lllum oportet crescere me autem minui, et en peser chaque mot. On trouve tous les jours l'occasion de la pratiquer quand on y pense.
Le prêtre qui se complaît dans l'excellence ou dans le succès de son ministère ou qui en tire vanité est bien à plaindre. Saint Grégoire dit qu'il est hostis Redemptoris. Que d'ennemis de Jésus-Christ parmi ses ministres!
DE LA DODCEUR.
Le ministère de Jésus-Christ est un ministère de bonté et de miséricorde. Il est dit de Jésus-Christ : Per viscera miser icordiœ visitavit nos.
Que de gens se trompent au sujet de la douceur et de la sévérité évangélique ! Ce sont deux grandes vertus dont on fait deux grands vices par la fausse idée qu'on en a.
La douceur consiste à supporter avec compassion les défauts du prochain et à l'encourager par des paroles de
charité ; la sévérité consiste à conduire les hommes dans les voies de l'Evangile, quelque opposées qu'elles soient à la nature.
C'est une douceur injuste et cruelle d'abandonner les maximes de l'Evangile pour ménager le pécheur et ne point l'irriter.
Quelle barbarie de laisser croire à un homme qu'il est en paix avec Dieu, tandis qu'il est son ennemi et qu'il ne travaille qu'à se rendre malheureux pour jamais !
Malheur au prêtre qui ajoute à la rigueur de l'Evangile des paroles dures ou des paroles accablantes ! C'est un mercenaire qui vient ut mactet etperdat. A Dieu ne plaise que le ministre de la réconciliation la laisse jamais voir comme impossible! Ce serait anéantir la rédemption de Jésus-Christ et sa mission.
Quelle douce satisfaction pour un prêtre de rendre aux âmes la paix qu'elles ont perdue par le péché !
Il est difficile qu'un prêtre passe pour doux parmi les hommes qui ne connaissent ni n'aiment la sévérité de l'Evangile.
La douceur sacerdotale n'empêche pas qu'on ne reprenne vivement le pécheur. Jésus-Christ et son précurseur étaient doux; cependant l'un et l'autre ont appelé les Juifs race de vipères. Reprenez en vous servant de motifs forts et d'expressions douces.
Celui qui désire la réputation de douceur et qui craint celle de sévérité a déjà sacrifié son devoir dans son âme.
Le prêtre doit réformer l'âprelé ou la mollesse de son propre caractère pour n'avoir que la douceur ou l'austérité de l'Evangile.
Prendre feu à la moindre contradiction, ne pas craindre de blesser le prochain par des paroles aigres et quelquefois piquantes, se laisser fréquemment dominer par une humeur noire et bizarre, s'abandonner aisément à la colère , ce sont là autant de défauts opposés à la douceur qu'exige le ministère sacré. Quiconque ne s'en
est point corrigé ne doit pas être choisi : Nec hune elegit Dominus.
La plupart des hommes ne connaissent que la douceur qui vient du tempérament, il n'y a que celle-là qui leur plaît; c'est la douceur de cœur et d'action que Jésus- Christ exige : Discite a me quia mitis sum et humilis corde.