‹ Méditations sur les vérités de la foi et de la morale (volume 2)Chapitre 126 sur 168 · AMOUR DE LA RETRAITE · texte numérisé non relu

AMOUR DE LA RETRAITE

Un homme à qui il faut toujours de la compagnie est bien vide de Dieu ; c'est pourquoi la retraite et le recueillement doivent faire les délices du prêtre.

Ce n'est pas assez au prêtre de fuir les désordres des hommes, il faut qu'il s'éloigne souvent de leur compagnie, il faut qu'il retire de plus en plus son cœur et ses affections de leurs amusements, de leurs vaines occupations, afin de ne vivre que pour Dieu, de ne rien voir, de ne rien aimer qu'en Dieu.

Qu'est-ce que va continuellement faire un prêtre dans le monde? Il va consumer un temps précieux, montrer ses défauts et perdre la confiance des hommes.

Ce n'est que dans le recueillement que le prêtre peut préparer comme il faut le pain mystérieux qu'il doit distribuer au peuple.

Un homme dissipé ne fait que voir la vérité, il ne la sent pas, il ne la fera pas sentir aux autres ; c'est cependant pour cela que le prêtre est l'envoyé de Dieu.

Est-il possible de conserver l'esprit de prière, c'est-àdire le sentiment de sa misère et de celle des autres, quand on est toujours hors de soi et dans les amusements du siècle?

Est-ce dans l'agitation des affaires et dans la frivolité du siècle que le prêtre prendra la gravité de mœurs si nécessaire pour gagner la confiance des hommes et pour les conduire au solide bonheur?

Celui qui ne s'est pas accoutumé à vivre avec Dieu dans le sanctuaire de son cœur, se perdra par la va-

nité et par la dissipation dans l'exercice des plus saintes œuvres.

Heureux le prêtre qui vit dans le recueillement et qui se dérobe volontiers à tout commerce inutile! C'est un autre Moïse à qui Dieu intime et explique sa volonté pour son peuple.

Que de prêtres ont perdu l'esprit de leur vocation et sont devenus tout mondains pour s'être imprudemment livrés d'abord à la dissipation dans leurs fonctions, et puis aux engagements du monde !

Il y a des esprits tellement légers que la retraite leur est insupportable et qu'ils sont incapables de recueillement. Qu'ils fuient le sacerdoce, ils en seraient accablés, ou bien ils le déshonoreraient.

Il ne faut pas conclure de ce qu'un jeune homme a l'esprit et le caractère vifs qu'il ne soit pas appelé au saint ministère. Une réflexion vive et prompte peut lui tenir lieu de recueillement extérieur et de la retraite que son âge ne peut encore supporter.

Il y a une grande différence entre un caractère léger et un caractère vif: l'un ne réfléchira jamais solidement ; l'autre aura moins besoin d'une longue réflexion, parce qu'il verra et qu'il saisira promptement les choses.

On connaît un esprit léger à ses vicissitudes et surtout à ses inconséquences. Le caractère vif aime l'agitation, il voudrait sur-le-champ arriver à la fin qu'il se propose ; mais la vivacité n'empêche pas qu'il y ait de la suite dans ses vues et dans sa conduite.

Il est étonnant qu'on fasse si peu d'attention à la légèreté d'esprit dans le choix des ministres; on ne voudrait pas confier à un homme léger et étourdi une affaire de la moindre importance, et on lui met en main le sang de Jésus-Christ et le bonheur éternel des hommes.

Il serait bien tard d'attendre qn'on fût prêtre pour s'accoutumer à la retraite et au recueillement ; les fonctions, les rapports, les affaires portent à la dissipation ; l'habi-

tude du recueillement doit être commencée avant l'engagement dans les Ordres.

C'est dans le recueillement habituel du prêtre que le commun des chrétiens doit trouver un frein à la dissipation d'esprit; un prêtre recueilli est toujours prêt à leur parler de Dieu et de leurs devoirs.

Un homme dissipé n'aime ni Dieu ni les hommes, il n'aime que la dissipation.

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